CHAPITRE VIII. /i/i
terme analogue pour la fin. Les rabbins enseignent aussi : Si en sortant du village on voit un entant ayant une torche à la main, on l'examine s'il est Israélite; en ce cas, on dil la bénédiction, mais non s'il est Cuihéen. Pourquoi parler d'un enfant? N'est-ce pas aussi applicable à une grande personne? Il s'agit, répondit R. Juda au nom de Rab, du moment où le soleil vient de se coucher : si c'est une grande personne, il est évident que ce n'est pas un Israélite (puis(|ue le sabbat est à peine terminé); tandis que si c'est un enfant, il se peut que ce soit un Isjaélite qui ])ar hasard vient de prendre la torche.
Les rabbins ont encore enseigné : Si en marchant hois du village on voit de la lumière, fût-elle même aussi épaisse que la fournaise ardente, on dit la bénédiction; si elle n'est pas aussi épaisse (et qu'elle soit destinée à la cuisson, non à la clarté), on ne peut pas la bénir. On enseigne tantôt qu'on dit la bénédiction à la vue de la lumière d'une fournaise ardente et tantôt que non. Comment cela se peut-il? Dans ce dernier cas, il s'agit du commencement (car le feu sert alors à cuire), tandis qu'au premier cas il s'agit de la fm (oii il sert en même temps de lumière). De la même façon on explique que tantôt il soit permis de dire la bénédiction sur la lumière du jour et du foyer, et tantôt non. Et comment se fait-il que tantôt on permette la bénédiction sur la lumière de la synagogue et des salles d'étude, et tantôt non? La défense a lieu lorsqu'il se trouve là un homme considérable (c'est alors pour lui faire honneur qu'il y a une lumière, et non pour la clarté); ou bien encore on peut supposer dans les deux cas la présence d'un homme impoi tant, mais au premier cas on suppose qu'il y a un servant (dont la lumière sert aussi à éclairer) ; ou bien enfin on peut supposer en tous cas la présence d'un servant, et c'est défendu lorsqu'il y a clair de lune (qui suffit à éclairer le servant; la lumière, en ce cas, n'est qu'un honneur). Les rabbins enseignent encore : Si Ton apporte de la lumière pendant qu'on est assis à la salle d'étude, selon Schammaï, chacun la bénit séparément; selon Hillel, l'un la récite pour tous, comme il est dit : Par la quantité des gens du peuple brille la majesté du roi (Proverbes, xiv, t:>8). Tel est donc le motif de Hillel; mais quel est celui de Schammaï? 11 pense que cela dérangerait toute l'école (en répondant amen, si l'un la disait pour tous). On a enseigné de même que, pour cette raison, dans la salle d'étude de R. Gamaliel , on ne souhaitait pas la santé à celui qui éternuait.
rrOn ne bénit ni la lumière, ni les épices des morts. •)•>
Pourquoi? Parce qu elle est dressée en Thunneur du mort, et les épices pour faire passer la mauvaise odeur (elle n"a pas un autre but, savoir d'éclairer). R. Juda dit au nom de Rab ; Tonte lumière qu'on transporte devant le mort le
fih^i TliAITK DKS liEHAKIiOTH.
jour <'l l;i imil ne peulscivir à la bciiédiclioi» (cai- c'est spécialeineiil poiii- lioiio rer le inoit qu'on la j)orLe); mais c'est permis, si ou la poi'le seulemeul la uiiil (parce qu'alors elle serl à e'claircr). De même H. Houna dit (ju'on ik; j)eut la prononcer sur les ëpices des cabinets (servant à chasser les mauvaises odeurs), ni sur l'huile servant à enlever les taches des mains (apnYs le repas). Est-ce à dire que lorsqu'un objet n'a pas pour but de répandre la bonne odeur, on ne peut la bénir? Mais n'a-t-on pas dit : Si l'on se trouve dans la boutique d'un parfumeur, y lût-on assis toute la journée à aspirer la bonne odeur, on ne prononce qu'une l'ois la bénédiction, mais on la répète chaque fois qu'on v rentre après une sortie; et pouitant Tépice n'est pas là pour répandre de l'odeur, mais pour la vente? Au contraire, dit-on, le marchand expose les épices, pour qu'en les sentant les passants les achètent (ces épices ont donc aussi pour destination de répandre la bonne odeur).
Les rabbins ont enseigné: Si quelqu'un, en marchant hors du village, sent de bonnes odeurs, et que la majorité des habitants soient des idolâtres, il ne peut pas dire la bénédiction; mais il le peut, si la majorité se compose d'Israélites. R. Yossé l'interdit même en ce dernier cas, parce que, selon lui, bien des filles israélites répandent de l'encens pour les magiciens. Est-ce à dire que tout le monde le fait? N'y eût-il qu'un petit nombre qui agissent dans ce but et d'autres qui parfument les vêtements, il se trouvera toujours que la majorité n'a pas le but de répandre de l'odeur, et sans ce but spécial il n'est pas permis de dire la bénédiction. R. Hiya bar-Aba dit au nom de R. Yochanan : Si l'on se promène le vendredi soir à Tibériade et le samedi soir à Sephoris, et que l'on sente de la bonne odeur, on ne peut pas dire la bénédiction , car, selon toutes les probabilités, elle est répandue seulement pour parfumer les vêtements. Enfin les rabbins enseignent : Si Ton se promène dans une rue d'idolâtres, ce serait un péché d'^ispirer l'odeur.
ff On ne bénit la lumière que lorsqu'on en jouit. ^^
H ne s'agit pas, dit R. Juda au nom de Rab, d'en éprouver de la joie, mais d'avoir la faculté d'en lirer aussi bien parti de loin que de près. C'est ce que dit aussi R. Asche : On doit pouvoir en profiter même de loin. Mais, fut-il objecté, on a enseigné que si l'on porte une lumière dans son sein, ou dans une lanterne, (pav6$, ou que Ton voie une flamme sans qu elle éclaire et que l'on soit éclairé sans voir la flamme , on ne peut réciter la bénédiction que lorsque ces deux conditions sont réunies. Or, on comprend que l'on soit éclairé sans voir la flamme, au cas où elle est placée dans un autre coin que celui oii 1 on esl ; mais comment se peut-il que l'on voie une flamme sans qu'elle serve a éclairer? N'est-ce pas au cas où elle esl éloignée (et nen résulte-l-il pas que de
CIIAPlïr.K VIII. /«vi
loin c'csl iiilerdit)? Non, il satjil (riiiio liiini<*r(* vacillaiilc prcUc à s'oloindre. Los rabbins ont ensei^ono : On pout prononcor la bonodiction sur des charbons ardonls, mais non s'ils sont morts. A quoi roronnaîl-on qu'ils sont ardents? Si en y iniroduisani un copeau il prend l'eu. On demanda ' : Est-ce quo ce terme omrmoth (cbadxms moris) s'i'crit avec X ou avec r? On le voit, dit K. Ilisda bar-Abdune, par ce verset (Kzéchiel, xxxi, 8) : Lps cèdres ne le cachent pas imDDV (latis le jardin de Dieu (là il y a un :^'). liaba dit : Il i'aut véritablement en jouir; c'es(-à-dire, selon Oula, reconnaître la difï'érence qu'il y a entre un issar et un pondion (deux pièces de monnaie-). S(ilon Jfiskia, on doit savoir distinguer un poids de Tiberias d'un autre de Sephoris. R. Juda bénissait la lumière chez Ada Deila, Raba chez Goria bar-Hama, Abaye chez bar-Abouba. Juda dit au nom de Rab : Il n'est pas nécessaire de rechercher la lumière comme on doit rechercher à accomplir d'autres préceptes divins. En principe, dit R. Zeira, je la recherchais; mais lorsque j'eus appris le propos de R. Juda au nom de Rab, je ne la cherchais plus et je la bénissais s'il m'arrivait d'en rencontrer.
rr Celui qui mange , etc. i^
R. Zebid ou R. Dime bar-Abbe dit : La discussion a lieu pour le cas où il y a un oubli; mais si c'est volontairement omis, il faut, selon tout le monde, retourner à sa place et dire la bénédiction. Gela ne va-t-il pas sans dire, puisqu'on parle d'oubli? Il faut le dire, pour qu'on ne croie pas qu'il en est de même au cas où c'est intentionnel, et que la Mischnà parle d'oubli pour faire ressortir davantage l'avis de Schammaï. On a enseigné que Hillel dit à Schammaï : D'après vous, celui qui ayant mangé au haut d'un château fort, et ayant oublié l'action de grâces, en descend, doit-il remonter au château pour la dire? Quoi ! répliqua Schammaï, si quelqu'un y avait oublié sa bourse, ne remonterait-il pas pour la prendre? A plus forte raison doit-il en être de même ici pour le culte divin. Il y avait deux disciples : l'un d'eux, ayant oublié la récitation, agit selon Schammaï (il revint sur ses pas pour cela), et il trouva une pièce d'or; l'autre, l'ayant omis volontairement et fait comme Hillel (sans retourner), fut dévoré par un lion. Gomme Raba bar bar-Hana voyageait en caravane, il oublia, après avoir mangé, de réciter la hénédiction. Que dois-je faire? se dit-il. Si j'en fais part à mes compagnons, ils me diront de la réciter où je me trouve, car [)artout la bénédiction s'adresse à Dieu; il vaut mieux que
^ Tr. Pesahim , fol. 70"; tr. Schabbatli , romain, ou à la moitié du pondion. (Voir loi. 76^. Zuckermann, Talmvdisrhr Cewichtc und
\a' "ICN. dacraçjtoi', é(]uiv.'il;iil à [as Miin:e, pago 9.1}.)
yjf) TRAITÉ DKS BKRAKHOTFÎ.
je leur disp avoir ()nl)li(* dim rolomlx' d'or, cl il los prin rrallenflre pour cette cause. Il alla donc à la prornière place dire la hénédicliori ot lionva en effet un tel objet. Pourquoi justement une colombe? Pourquoi justement cet oiseau-là? C'est qu'on lui compare Tassemblf^e d'Israël, comme ce verset l'indique -.Semblable mix ailes de la colombe couvertes (Var^rent et dont les plumes brillent d^or (Psaume lxviii, i A); oi', de même que la colombe n'a de salut que dans ses ailes, de même Israël trouve son salut dans les préceptes divins.
ffJusques à quand, etc.^
Combien de temps dure la digestion? Aussi longtemps, dit R. Yochanan, qu'on n'a pas faim; selon Resch Lakisch, aussi longtemps qu'on a soif par suite du manger. R. Yemar bar-Salmia demanda à Mar Zoutra, ou R. Yemar bar-Schezbi à Mar Zoutra : Est-ce bien ce que Resch Lakisch a dit? R. Ame ne dit-il pas de lui que le temps de la digestion dure autant de temps qu'il faut pour marcher quatre milles ? Comment expliquer cette contradiction ? C'est que, la première fois, il s'agit du cas oii l'on a mangé beaucoup, la seconde fois, du cas où l'on a mangé peu.
rr Si Ton apporte du vin , etc. ii
Est-ce à dire que pour un Israélite , n'eût-on pas entendu toute la bénédiction , on peut répondre amen? Mais l'obligation est-elle remplie sans une audition complète? C'est qu'il s'agit, dit Hiya bar-Rab, du cas oii l'on n'a pas mangé avec eux. C'est ce que dit aussi R. Naliman au nom de Rabbah bar-Abouha.
Mon fils, dit Rab à son fils Hiya, hâte-toi (quand on passe la coupe) de la prendre, afin de dire la bénédiction. C'est ce que dit aussi R. Flouna à son fils Rabbah. En résulte-t-il donc qu'il vaut mieux réciter la bénédiction que de dire amen? Mais R. Yossé n'enseigne-t-il pas l'inverse? Par le ciel, lui dit R. Nehoraï, c'est bien ainsi; et la preuve, c'est que les faibles ^ engagent le combat, mais les forts viennent ensuite et emportent la victoire. (Réponse.) Ce sujet est explifjué par des opinions diverses; car on a enseigné qu'il importe peu qu'on récite la bénédiction ou qu'on dise amen; seulement celui qui bénit a plus de mérite que celui qui donne une simple réponse. Samuel demanda à Rab : Peut-on répondre amen après la prière des enfants des écoles? Après celle de tout le monde, dit-il, on répond amen, sauf pour les enfants des écoles, parce qu'ils ne disent les bénédictions que pour les apprendre par
' H y a dans le texte p")'<"^'713 - galenrii, menrent l'engagement , les derniers ne vélites. C'est-à-dire , bien que ceux-ci com- sont-ils pas préférables aux premiers ?
CHAPITHK Vlll. f\M
cœur. Toutefois, cetlo exception ne s'applique pas au moment où ils récitent la section biblique dite haplitam\ car, en ce cas, on leur répond amen.
Des rabbins ont enseigné : Aussi longtemps que Ton n'a pas apporlé l'huile parfumée (si l'on a l'habitude de s'en frotter les mains), on ne peut pas réciter l'action de giâces. Tel est l'avis de I]. Zilaï; selon Ziwaï, ce n'est pas un obstacle, mais c'en est un selon R. Acha. R. Zouhamaï dit: De même que l'homme malpropre ne peut servir au culte, de même on ne peut avoir les mains tachées pour dire la bénédiction. Cependant, dit R. Nahman bai-Isaac, je ne connais aucun do ces trois avis, mais seulement l'explication donnée par cet enseignement de R. Juda an nom de Rab : Sanctifiez-vous (Lévitique, XI, à II) se rapporte à la première ablution; soyez saints [ibid.), à la seconde; car je suis saint, à l'huile parfumée; moi, F Eternel votre Dieu, à l'action de grâces.
* Voir l '^ partie, p. i 07, et ibid, note; Adler, dans le recueil Monatschrift de Frankel, année 1862, p. 9.99 et suiv.
/I'lR THMTK DKS liKli A k IK)