‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 3)Chapitre 98 sur 125 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

f arrivera aucun mal (Psauiiic xci, 10)? H. Hisda répond au nom de II. Jérémit' bar-Abba que cela si(jnifie : Ne t'eiïraye ni de mauvais son^jes, ni de mauvaises pensées; nulle plaie n atteindra ta tente, c'est-à-diro que lu ih; trouveras pas ta femme en doute de menstrues à ton retour d'un voyajje (n'est-ce pas en contradiction avec l'avis deR. Houna?), Non, c'est que l'homme vertueux n'a pas de mauvais songes, d'autres les ont pour lui. Mais est-ce un avanlanc de u'en pas avoir? R. Zeira ne dit-il pas que, si l'on reste sept jours sans avoir de; songe, on passe pour un impie, selon ce verset (ainsi traduit) : Celui qui repose rassasié, sans être visité (par un rêve), est impie (Proverbes, xix, 28)? Voici ce qu'on veut dire : ïl a eu un songe, mais sans savoir quelle en est la signification.

R. Houna bar-Aménlit au nom de R. Pedath ou de R. Yochanan : Si en voyant un songe on a l'àme triste, on doit aller l'exposera trois personnes. Gomment l'exposer, puisqu'il est dit qu'un songe non expliqué est comme une lettre non lue? Non, voici ce qu'on entend par là : on cherche à l'améliorer devant trois personnes, en leur disant : C'est un bon rêve que j'ai eu; ceux-ci lui répondront: w C'est bien, qu'il soit bon et que la Providence le fasse tourner en bien ; sept fois il sera décidé en ta faveur, du haut du ciel, que ce soit bon,T? et il sera bon; on dira ensuite les trois versets d'intervention, les trois de rachat et les trois de la paix. Les trois versets d'intervention ou changement du destin sont les suivants : 1° Tu as changé mon deuil en danse; tu as ouvert mon sac et tu m^as ceint de joie (Ps. xxx , 12); 2° Alors lavierge se réjouira dans la danse; les jeunes gens et les vieillards seront ensemble , et je changerai leur ajflictioii en joie (Jéré mie, XXXI, i3); 0" Dieu n^a pas voulu écouter Balam, il a changé, etc. (Deutérononie , xxiii, 6). Les trois versets de rachat sont les suivants : i"" lia racheté mon âme en paix contre l'oppression qui me gagne, etc. (Psaume lv, 19); 2° Ceux qui sont rachetés par V Eternel retourneront, de, . (Isaïe, xxxv, 10); 3" Zc peuple dit à Saiil : Fera-t-on mourir Jonathan qui a remporté la victoire (où il s'agit aussi de rachat, I Samuel, xiv, /i5). Les trois versets de la paix sont : 1° // crée le produit des lèvres , paix de loin et de près , et je Vai guéri (Isaïe , lvii , 19); 2" V esprit gagna Amassai , etc. (même expression de paix, I Chroniques, xii, 18); 3° Vous direz : Il en est ainsi de la vie , puisses-tu être en paix et que ta maison soit en paix (I Samuel, xxv, 6).

Amemar, Mar Zoutra etR. Asche étaient assis ensemble ; ils dirent : Que chacun de nous raconte quelque chose de nouveau, que n'ont pas encore entendu les compagnons. L'un d'eux commença et dit: Celui qui a eu un songe, sans savoir ce qu'il contenait, doit se placer devant les sacerdotes au moment où ils étendent les mains pour bénir le peuple ^ et dire ceci : rc Maître de l'univers, je suis à loi , et mes songes t'appartiennent ; j'ai eu un songe sans vsavoir son contenu ; soit

' lisage maintenu (\p nos jours.

fihi\ TUAITK DKS BKHAKIIOTH.

quo jaie rêvé de iiioi-inèine, soit quo d'autres aient rove de moi, soit que j'aie rêvé d'autrui, si ces rêves sont bons, fortifie-les et réalise-les comme les songes de Joseplj; s'ils ont besoin de remède, guéris-les comme Toau amère par notre mailre Moïse (Exode, \v, 23-95), comme Miriam a été guérie de la lèpre (Nombres, xii, 10-16), comme Kzécbias a échappé à sa maladie (II Hois, x\, 10), comme Elisée a pallié le mal des eaux de Jéricho (II liois, 11, 91), et comme tu os changé en bénédiction la malédiction de Balaam l'impie (Nombres, Axiii); do même, change pour moi tous mes rêves en bien. 75 On achève cette ioiinulo en même temps que les sacerdotes, au moment où rassemblée dit «men. Ou bien (lorsque, ayant cessé, les sacerdotes se tournent vers l'arche sainte) on dit ceci : rO puissant dans les hauteurs, toi qui séjournes dans la Ibrce, tu es la paix et ton nom est la paix; qu'il te plaise de répandre la paix parmi nous. ;)

Le second commença à dire ceci : Si quelqu'un, en entrant dans une ville, craint l'effet pernicieux d'un mauvais œil , qu'il place le pouce de la main droite dans la main gauche et celui de la gauche dans la droite, en disant: «Moi un tel, fils d'un tel, je descends de la race de Joseph, sur lequel le mauvais œil n'a pas d'effet ^ 7? selon ce verset ainsi traduit (Genèse, xlix, 22) : Cest une brandie fertile, Joseph, cest une branche fertile au-dessus de Vœil (de ses mauvaises influences). R. Yossé bar-R. Hanina ditqu'on le conclut de ces mots {ibid, xlviii, 16) : Que, semblables aux poissons , ils se multiplient au sein de la terre; de même que les poissons de la mer sont couverts par l'eau et ne peuvent être atteints par le mauvais œil, il en est de même delà race de Joseph , et s'il craint d'exercer lui-même une mauvaise influence, qu'il regarde le côté gauche de son nez'^.

Le troisième dit : Si quelqu'un est malade, il n'en devra rien dire le premier jour, afin de ne pas empirer sa destinée; mais plus tard il peut en faire part aux siens. C'est ainsi qu'agit Raba en étant malade ; au second jour seulement il chargea son serviteur de le faire savoir, de dire à tous ceux qui l'aiment de prier Dieu en sa faveur afin que ses ennemis s'en réjouissent. Cependant il est dit (Proverbes, xxiv, 17) : Lorsque ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, et lorsqtui chancelle , que ton cœur ne soit pas joyeux. Si Dieu le voyait , cela lui déplairait, et il détournerait de lui sa colère (cette dernière pensée de Raba est donc inexacte).

Lorsque Samuel avait eu un mauvais rêve, il disait (pour l'annuler) : Les

' Plus haut, fol. 20"; tr. Baba Metsia, pas toujours échapper aux influences mys-

fol. 84"; tr. Baba Bathra, fol. iiS**; tr. térieuses des Chaldéens, des mages, des

iSoto, fol. 36^. sectateurs du parsisme, si pernicieuses

■^ 11 est bon de rappeler, pour excuser pour la religion pui-e du monothéisme,

de tels dévergondages de pensées supers- qui est exemple de faux pi'éjugés. fitieuses, que ces talmudistes ne savaient

CHAIMTUE IX. ^57

uns racontent le mensonge (Zacliarie, x, 2). Lorsqu'il en avait un bon, il disait, au contraire : Est-ce que les songes mentent? N'esl-il pas dit : Je lui parlerai dans un songe (Nombres, xii, 6)?l{aba demanda : N'y a-t-il pas précisément une coniradiction entre ces deux versets? Non, lui dit-on, la parole divine se communique dans un songe par un ange; mais le songe qui a lieu par l'cfTet d'un démon est faux. U. Bizna bar-Zabda, R. Akiba, U. Panda, R. Nabman, R. Birim, disent au nom d'un vieillard, qui est R. Renaa : il y avait à Jérusalem vingl-quatre interprètes de songes; ayant un jour fait un rùve , j'en ai demandé l'explication à tous, et quoiqu'ils m'aient donné des interprétations différentes, toutes se sont réalisées conformément à ces mots : Tous les rêves se dirigent d'après la boucbe (l'explication). Est-ce bien établi sur un texte légal? Oui, selon l'avis de R. Eliézer, qui fonde cet avis sur ce verset : // arrive que cela fut, comme il nous l^ avait expliqué (Genèse, xli, i3) ; à condition, ajoule Raba, que l'interprétation soit en harmonie avec le rêve, comme il est dit : // expliqua à chacun selon son rêve [ibid, 12). Le maître des boulangers vit que son expUcation était juste (ibid, xl, 16). Comment le savait-il? Cesi que, dit R. Eliézer, chacun lui avait dit son rêve et le sens de celui de son voisin.

R. Yochanan dit : Si , en s'éveillant , on a juste un verset en tête, c'est une espèce de petite prophétie. Trois songes, dit R. Yochanan, se réalisent : celui du matin, celui que fait un autre pour vous et celui qui est expliqué dans le songe même, ou , selon d'autres, celui qui est répété, comme il est dit : Quant à la répétition du rêve, etc. [ibid, xli, 82). R. Samuel bar-Nahmeni dit au nom de R. Jonathan : L'homme ne voit en songe que les pensées de son cœur, comme dit Daniel (11, 29) : 0 roi, tu as vu sur ta couche tes pensées, ou encore c'est conforme à ces mots : Tu connais les pensées de ton cœur. La preuve, dit Raba, que c'est bien ainsi , c'est qu'un rêve ne montre guère ni un palmier d'or, ni un éléphant passant par le trou d'une aiguille ^ L'empereur dit à R. Josué bar- R. Hanina : Comme vous vous prétendez très-sage , dites-moi ce que je verrai F. 5G^ en songe. — Tu verras, lui dit-il, que les Perses te prendront captif, qu'ils pilleront tes biens et te chargeront de faire paître leurs troupeaux avec une houlette d'or. Il y songea toule la journée, et le soir il eut, en effet, ce rêve. De même, le roi Schabor (un Perse) dit à Samuel : Puisqu'on vous croit si sage, dis-moi quel songe j'aurai. — Tu verras, lui dit-il, que les Romains te feront prisonnier et te chargeront de moudre des graines de dattes dans un moulin d'or; il y songea tout le jour, et la nuit il en rêva.

Bar-Hedia était un interprète de songes; si on le payait, il l'expliquait favorablement; sinon, il l'expliquait en défaveur. Abayé et Rabba eurent des

Tr, Baba Metsia, fol. oH^; d'où la thieu, \i\, 9Ji; Marc, \, -j.^; Luc, wiu, même expression dansles évangiles : Mat 9,5.

/j58 traite des BERAKHOTH.

songes; 1(; j)reiiii('r lui doimu un zouz , l'autre rien. Ils lui (iir(;nl lous deux : Dans notre révc, nous lisions ces mots (Deutéronome, xxvni, 3i) : Ton bœuf sera égorgé sous tes îjeux , etc. (suite de maMdictions). A Raba il dit : Tes afi'aires iront si mal que, par excès de chajj^rin, lu ne pourras pas manger; à Abav^ il dit : Tes affaires iront si bien que. par excès de joie, tu ne [)ourraspas manger. Ils lui dirent ensuite: Nous avons lu aussi ces mots (ibid, tu): Tu auras des fils et des files, etc. A Raba il dit: Elles seront faites captives. A Abavé il dit : Tes fils et tes lilies seront nombreux, et comme elles seront mariées au dehors, il te semblera qu'elles sont captives. Nous avons lu aussi, dirent-ils : Tes fils et tes filles seront donnés a un autre peuple [ibid. Sa). Comme ils seront nombreux , dit-il à Abayë, tu voudras les marier à tes parents, et ta femme préférera les siens ^ ; mais comme elle remj)ortera et qu'ils seront mariés aux siens, il te semblera qu'ils vont à fétranger. A Raba il dit : Ta femme mourra, puis tes enfants seront soumis à une autre femme; ce verset est en effet appliqué à la belle-mère par Raba, au nom de R. Jérémie bar-Aba ou de Rab. Nous avons lu en songe, dirent-ils, ces mots (Ecclésiaste, ix, 7): Va manger ton pain en paix. A Abayé il dit : Par suite du succès de tes affaires, tu mangeras, tu boiras et la joie de ton cœur te fera répéter ce verset. A Raba il dit : Tes affaires iront mal, tu égorgeras des animaux, mais tu ne mangeras nine boiras, et tu diras ces mêmes mots pour calmer tes soucis-. Nous avons lu, dirent-ils, ces mots: le champ produira beaucoup de semences (Deutéronome, xxviii, 38). Pour Abayé, dit-il, ces mots se réaliseront; mais à Raba s'applique la fin du verset (tu recueilleras peu). Nous avons lu, dirent-ils, ces mots : Tu auras des olives dans tout ton territoire (ibid. ko). Pour Abayé, dit-il , ces mots se réaliseront, mais à Raba s'applique la fin du verset (tu n'auras pas d'huile). Nous avons lu, dirent-ils : Tous les peuples de la terre verront, etc. [ihid. 10). A Abayé il dit: 11 se répandra la renommée que tu es le chef d'une maison d'études, et tu inspireras le respect à l'univers. A Raba il dit : On attaquera le trésor royal , on te soupçonnera, tu seras arrêté comme voleur et tout le monde éprouvera d'autant plus la crainte d'être également soupçonné (situ l'as été^); et le lendemain il arriva, en effet, qu'on le saisit pour un tel soupçon. Nous avons vu de la laitue, dirent-ils, à Touverture d'une cruche. Pour toi, dit-il à Abayé, cela signifie que tes affaires s'étendront en tous sens comme la laitue. A Raba il dit: Tes affaires seront aussi amères que la laitue. Nous avons vu, dirent-ils, de la viande au bord de la cruche. Ton vin sera si bon, dit-il, que tout le

' Tr. Nedarim, fol. a 3'; tr. Kidous- a fortiori, et Ton dira : si Raba a été

chi}i,îo\. khi^. ' soupçonné, à plus forte raison nous le

^ Ce sera ta seule consolation. . serons. ' On raisonnera , observe Raschi . par

ClIAIMTUE IX. /if)!)

ïiiondt; viendra l'acheter de la viande el du vin. A Raba il dit : Ton vin deviendra ai()re, et chacun ira (ailleurs) acheter de la viande, pour l'v tremper. Nous avons vu, dirent-ils, un tonneau pendu à un palmier, Tes aiï'aires, dit-il à Abayé, seront aussi char|fëes que le palmier. Les tiennes, dit-il à Raba, auront aussi peu de valeur que les dattes. Nous avons vu, dirent-ils, qu'une grenade poussait au bord de la cruche. Tes affaires, dit-il à Abayé, auront autant de valeur qu'elle; les tiennes, dit-il à Raba, agaceront les dénis comme la grenade. Nous avons vu, dirent-ils, un tonneau tomber dans le puits. On recherchera tes affaires, dit-il à Abayé, comme on dit qu'on ne retrouve plus le pain tombé au puils^ A Raba il dit : Tes affaires iront mal, et tu feras aussi bien de les jeter dans le puits. Nous avons vu, dirent-ils, le petit d'un àne se tenant à notre chevet et se mettant à braire. Tu seras roi (chef d'école) , dit-il à Abayé, et tu auras près de toi un amoi^a (chargé de dire la Loi au peuple, et criant comme un âne). A Raba il dit : Il manque dans tes phylactères les mots (Exode, xiii, i3) : Le premier-né de l'âne (et il faut faire la dépense d'en acheter d'autres). Mais, lui répliqua-t-il, je les ai examinés et j'ai vu que cela ne manque pas. C'est la lettre 1, répondil-il, qui est effacée de ces mols'^. Enfin Raba y alla seul. J'ai vu tomber, dit-il, la porte extérieure de la maison : ta femme mourra, répondit l'interprète. J'ai vu tomber, dit-il, mes dents de devant et les molaires : c'est que tes fils et tes filles mourront. J'ai vu deux colombes s'envoler : tu te sépareras de deux femmes. J'ai vu deux têtes de rave : tu recevras deux coups ^ sans rien dire. Le même jour Raba alla s'asseoir toute ia journée à la maison d'études; et en voyant deux aveugles, il voulut les séparer, il reçut d'eux deux coups; comme ils levaient la main pour le frapper de nouveau, il suffit, dit-il, de m' avoir frappé deux fois.

Raba finit par aller porter un salaire au devin. J'ai vu le mur s'effondrer, dit-il; — tu achèteras des biens sans limites (qu'un mur ne saurait contenir), lui répondit-il. J'ai vu le palais d'Abayé tomber en ruine, au point que sa poussière me couvrait; — à la mort d'Abayé, tu hériteras de son école. J'ai vu mon palais se rompre, et chacun venait en retirer une brique; — ton en-

' Cf. traité ^cW^rt^A, fol. 66'.

" Dans le mot IIDn» le T n'est pas une mater lecùonis ; et comme il ne se trouve pas dans le texte, l'écrivain, qui fy aura mis par erreur, l'aura effacé plus tard. Or, il n'est pas permis de raturer un texte sacré , sous peine de le rendre illégal.

^ Il y a là un jeu de mots sur l'expression nD^lp' qui signifie à la fois coup [colpo) . ot — selon Raschi — baton dont

la tête a une forme de rave. On trouve de même, selon le Talmud de Jérusalem, fol. 1 3' (plus haut, i" partie, p. 5o), un passage oii il est dit que R. Zeira consent à recevoir d'un boucher un coup , tout en lui payant le prix d'une mesure de viande qu'il désirait acheter. Il ne s'agit sans doute, dans ces deux épisodes, que d insister sur la mansuétude et l'humilité de ces docteurs du Talmud.

^iGO TRAITE DES BKHAKIIOTH.

seignemenl se répandra dans le monde. J'ai vu que ma tète se fendait el que nwi ceivelie la quittait; — la laine de Ion oreiller sortira (ton savoir se propagera). J'ai lu en songe le tiallel raccourci (Ps. cxiii); — des miracles auront lieu pour toi seul (et tu diras le Ilallel spécial). Quelque temps après, bar-Hedia accompagnait Raba sur un vaisseau. Pourquoi, dit-il, vais-je m'exposer à côte d'un homme qui sera l'objet d'un miracle (n'est-ce pas dangereux pour moi)? En marchant, son livre tomba; Raba le vit , le ramassa et y lut ces mots : Tous les songes de'pendent de la bouche (de leur explication). Impie, lui dit le rabbin, cela dépendait de toi, et tu m'as causé tant de chagrin ! je te pardonne tout, excepté la mort de la fille de R. Hisda (sa femme, qui était morte, selon cette explication); j'exprime le vœu qu'un tel homme soit livré sans pitié à la justice. Que dois-je faire, se dit-il? Je sais que la malédiction d'un sage se réalise même si elle est imméritée ', à plus forte raison lorsque Raba vient de me maudire à juste titre; je vais donc m'exiler, puisqu'il est dit-: L'exil est une expiation des péchés. 11 se rendit donc chez les Romains et alla s'asseoir à la porte du trésorier en chef du roi. Ce dernier eut un songe. J'ai vu en rêve, dit-il, que je m'entrais une aiguille dans le doigt. — Donne-moi un zouz, dit l'interprète (et je te l'expliquerai). Mais comme il ne reçut rien, il ne lui dit rien. J'ai vu, lui dit un jour le trésorier, qu'un ver me rongeait deux doigts. — Donne-moi un zouz , répondit-il ; mais , ne l'ayant pas reçu , il ne dit rien. J'ai vu , dit le trésorier un jour, qu'un ver me rongeait la main entière. — C'est qu'un ver ronge toutes les soies du roi, répondit l'interprète. Lorsqu'on l'apprit chez le roi , on fit venir le trésorier pour l'exécuter (en punition d'avoir mal gardé ce dépôt qui lui était confié). Pourquoi me tuer? dit-il. Qu'on fasse venir celui qui , V. :,ù\ Tayant su, n'en a rien dit de suite. On fit donc venir bar-Hedia , qui dit : Pour avoir voulu t'épargner un zouz^ les soies royales sont détruites. On recourba deux cèdres, en les liant avec une corde; on attacha une jambe de bar-Hedia à un cèdre et l'autre au second cèdre; on lâcha la corde au point que, lorsque les deux cèdres se redressèrent pour se remettre en place, tout le corps se fendit en deux parties jusqu'à briser la tête.

Ben-Dama, neveu de R. Ismaël, demanda à ce rabbin : Que signifie la vue de mes deux mâchoires brisées? — C est que, dit-il, deux nobles Romains avaient projeté de te faire du mal, et ils sont morts. Bar-Kapara dit à Rabbi : J'ai vu que mon nez était arraché. — C'est que tu n'auras plus de colère ^. — J'ai vu, dit-ii, que mes deux mains étaient coupées. — C'est que tu n'auras plus besoin de travailler. - — J'ai vu mes deux jambes coupées. — C'est que tu iras à cheval (ce qui est un honneur). — J'ai vu qu'on me disait: Tu mourras en

Tr. Maccolh, fol 1 1\ ' On sait qu'en hébreu le mot r|X si-

Fr. Synlmlrin , fol. By''. gnifie ;i la lois nez oi. colèrp.

CIIAIMTUK IX. ^(61

adar^ el ne verras pas le mois de uissaii (suivanl). — delà signifie (jne (ii mourras avec honneur et que lu ne seras pas ë[)rouv(*.

Un Sadducéen dit à R.ismaël : II me send)lait on rêve que j'arrosais d'huile les olives. — Il s'agit de quelqu'un qui aura cohabité avec sa mère (comme celui qui répand l'huile sur l'olive qui la produit). — II me semblait que j'ariachais nne étoile. — C'est, que tu as volé un lils d'Israël (semblable aux étoiles). — H me semblait avaler une étoile. — C'est que tu as vendu un Israélite comme esclave et tu as mangé le [)rix de vente. — .l'ai vu que mes yeux s'embrassaient l'un l'autre. — Il lui dit qu'il a cohabité avec sa sœur (issue, comme les deux yeux, de la même souche). — .l'ai vu que j'embrassais la lune. — Il lui dit qu'il a commis un adultère. — Il me semblait écraser un bouquet de myrtes. — C'est que tu as souillé une jeune fiancée. — J'ai vu un bouquet audessus de moi et un autre au-dessous. — C'est que tu as renversé ta couche (contre nature). — J'ai vu des corbeaux s'approcher de mon lit — Ta lemme a commis l'adultère avec beaucoup d'hommes. — J'ai vu des colombes s'approcher de mon lit. — Tu as souillé beaucoup de femmes. — Il m'a semblé voir deux colombes qui se sont envolées. — Tu as épousé deux femmes, que tu as répudiées sans leur donner acte de séparation. — 11 me semblait éplucher des œufs. — C'est que tu as déshabillé des morts. — Toutes tes autres explications, dit-il, sont vraies pour moi, mais cette dernière ne l'est pas. Sur ce, une femme vint et dit: Ce manteau est la couverture d'un tel homme qui est mort et que tu as dépouillé. — J'ai vu, dit-il, qu'on me racontait : Ton père t'a laissé des biens à Capodocie. — As-tu des biens à Kapotkia? lui demanda R. Ismaël. — Non, répondit-il. — Ton père y est-il allé? — Non, dit-il. — S'il en est ainsi, dit le rabbin, kajw signifie poutre, et deka dix (en grec). Va voir si la première des dix poutres n'est pas pleine de zouz. H trouva, en effet, qu'elle en était remplie.

R. Hanina dit : La vue d'un puits, en songe, est un signe de paix, comme il est dit : Les serviteurs (FIsaar creusèrent, un canal et y trouvèrent une source d'eau vive (Genèse, xxvi, 19). R. Nathan dit : C'est la trouvaille de la Loi, comme il est dit : Ceux qui me rencontrent trouvent In vie (Proverbes, viii, 35), et ici on se sert ajuste titre du terme source d'eau vive. Selon Raba, il s'agit de la vie elle-même. Il y a, dit R. Hanan, trois symboles de la paix : le fleuve, l'oiseau et la marmite. Du fleuve il est dit : f envoie vers elle la paix comme un fleuve (Isaïe, Lxvi, 12). De l'oiseau il est dit: Comme F oiseau plane en l'air, ainsi Dieu étend sur eux sa protection {ihid. xxxi, 5). De la marmite il est dit ; Eternel, pour nous tu prépares (tu cuis) la paix {ihid. xwi, 1 2). 11 faut que ce pot, dit R. Ha-

' Le mot adar, coimiip on verra dans terme nissan est d'une racine analogue à ia réponse, signifie aussi honneur; et le nOj- H"'- ^'^ ^^^^*''^'^' signifie p/>ro»ye;'.

/i()2 TRAITK DES HEHAKIIOTH.

nina ((ju<' l'on voit en r(;v(3), no conlicnnc pas dc \ian(Jo (car alors ii indicjuf l'inverse, selon ces mots) : Ils se brisnit tomme le contenu du pot, comme la viande dans la marmite (jMicIiéc, m, 3).

H. Josué ben-Lëvi dil : A la vue d'un fleuve dans un sorige, on doit se lever de bonne heure et dire (le verset précilé) : Je lui envoie la paix , comme unjleuve, avant ([ue cet auire verset lui vienne en lele : Si l'oppression accourt comme un fleuve (Isaïe, lix, i 9). A la vue d'un oiseau, on doit dire bien tôt : // nous protège comme les oiseaux qui volent^ avant d'avoir en tête celui-ci : Comme l'oiseau quitte son nid (Proverbes, xxvii, 8). A la vue d'un pot, on dit bien tôt : Dieu, tu nous prépares la paix, avant de penser à celui-ci : Prépare le pot, prépare-le (Éze'chiel, xxiv, 3). A la vue des raisins, on dit bien tôt : Comme les raisins du désert (Osée, ix, 10), avant dépenser à celui-ci : Leurs raisins sont des grappes ameres (Deutéronome, xxxii, 32). A la vue de la montagne, on dit bien tôt : Comme ils sont agréables sur les monts, les pieds du messager de bonnes nouvelles (Isaïe, LU, 7) , avant de penser à celui-ci : Sur les montagnes je pousse des soupirs et des plaintes (Jérémie, ix, 9).

A la vue d'un schofar ( corne de bélier servant de trompette) , on doit s'empresser de dire: En ce jour il sera sonné du grand schofar (Isaïe, xxvii, i3), avant de penser à cet autre (dont le sens est différent) : Sonnez du schofar sur la colline (Osée, V, 8). A la vue d'un chien, on s'empresse de dire : Contre tout Israël nul chien n aboya (Exode, xi, 7), avant de songer à ce verset : Les chiens sont des imprudents (Isaïe, lvi, 1 1 ). A la vue d'un lion, on s'empresse de dire: Le lion a rugi; qui n aurait peur (Amos, m, 8)? avant de penser à celui-ci : Le lion est sorti de sa tanière (Jérémie, iv, 7). A la vue des ciseaux, on dit : Il se rasa et changea de vêtements (Genèse, xli, i/i), avant de songera celui-ci : Cest seulement en me rasant que la force me quitte (Juges, xvi, 17). A la vue d'un puits, on s'empresse de dire : Source d'eau vive (Cantique , n , 16), avant de songera celuici : Comme le puits laisse jaillir Veau ( Jérémie, vi, 7). A la vue d'un jonc, on dit : // ne brise pas le jonc ployé (Isaïe, xlh , 3 ) , avant de songer à celui-ci : Tu as eu confiance dans V appui d'un roseau qui se plie [ibid, xxxvi, 6). Les rabbins enseignent qu'à celte vue on peut espérer de devenir sage, selon ces mots (détournés de leur sens) : Le jonc est la sagesse (Proverbes, iv, 5). A la vue de plusieurs joncs, on espère avoir l'intelligence, comme il est (\\{.(ibid.) : Par toutes tes acquisitions , acquiers (K^p) rintelligence (ou en lisant le mot Nip kané et en le traduisant par : 'cLe jonci^ est l'intelligence). R. Zeira dit : Il est avantageux de voir en songe du potiron (N"!p) , des pousses de palmier (N"np) mangeables la première année, de la cire (N*"i''p) et des joncs (N^ip) ^ On a enseigné : Il n'y a que celui

' Au simple aspect des termes hébreux , logie que peuvent en tirer les esprits subon aura reconnu leur honionvmie et Vimn- tils.

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