‹ Le Talmud de Jérusalem; (volume 5)Chapitre 11 sur 227 · Béreschîth rai^a, ch. 29; même · texte numérisé non relu

Béreschîth rai^a, ch. 29; même

14 TRAITÉ PÉA

€ Et l'étude de la loi au-dessus de tout. »

H. H(^rakhia cl R. Ijiya du village Tchoumin rexpliquont tour à tour. L'un dit : tout l'univers a moins de valeur qu'une seule des prescriptions delà loi ; l'autre dit: l'accomplissement des préceptes de la loi est inférieur à l'étude de rÉcriturc-Sainte '. R. Tanhouma adopte le premier avis; R. Yossé bon Zimra, le second. R. Aba père de R. Aba dit^ au nom de R. Aba b. Mare: il est écrit d'une part (Proverbes, VIII, 11) : tous les objets désirables ne peuvent lui être comparés. Voici la raison de cette divergence de termes : par objets désirables d'ordinaire, on entend les pierres précieuses et les perles ; par les objets de tes désirs, on entend les paroles de la loi', dont il est dit : Voici celles que je désire {iérémic, IX, 23). Le prince Artaban "* envoya un jour à Rabbi le saint une pierre inestimable (à-ijj/r^TÔv) , en lui demandant de lui renvoyer aussi par contre un objet d'égale valeur. Rabbi lui envoya une mezouza. Quoi, lui fit dire le prince, je t'ai envoyé un objet au-dessus de toute valeur (t'.;j.*/)), et tu m'envoies une chose qui ne coûte qu'une petite pièce de monnaie, çoAAi.;^. C'est que, lui répondit Rabbi, les objets de tes désirs et des miens ne peuvent lui être comparés ; en outre, tu m'as envoyé un objet que je vais garder, tandis que mon envoi est un objet dont la valeur doit te profiter, parce que c'est lui qui te gardera, comme il est dit (Proverbes, VI, 22) : Pendant que tu marches^ elle te guidera. — R. Mena déduisait toutes les recommandations (faites dans notre mischnâ) du verset suivant (Deutéronome, XXXII, 47): ce n'est pas une chose vaine pour vous; ces mots doivent s'appliquer à l'étude de la loi ^, et les mots elle est votre vie se rapportent au devoir d'honorer ses parents (dont la récompense est la prolongation de la vie) ; et en sa faveur vos jours seront prolongés , c'est-à-dire en faveur de vos bonnes œuvres'; enfin, à l'expression sur la terre correspond l'idée du rétablissement de la paix entre les hommes (l'harmonie sociale sur terre). Par contre, il y a quatre choses pour lesquelles l'homme est partiellement puni ici-bas et principalement dans le monde futur ; ce sont : l'idolâtrie, les unions illicites, l'homicide, et au-dessus de tout la calomnie. Pour l'idolâtrie, on le sait par ces mots ; cette âme sera exterminée; son péché est en elle (Nombres, XV, 31). Que signifient ces derniers mots? Que l'âme a été exterminée, et avec elle le crime qu'elle a commis (même au-delà de la

1. Il met la théorie au-dessus de la Ducange, signifie : bourse d'argent (/b/pratique. leria), en usage vers le règne de Cons-

2. Babli, tr. Moëd traton, fol. 92. tantin le Grand. Ce mot se trouve dans

3. Bereschith rabba, ch. 35. Babli, tr. Schabbath, fol. 32i> .

4. Babli, tr. Jbôda zara^ f. 10^ ; 6. Elle est au-dessus de tout et com- Mekilta sur la section BS, ch. 11. prend tout.

5. C'est le sens que donne ici 7. C'est conforme aux Proverbes, M. Zuckermann {talmudische Mûnzen, XXI, 21.

p. 32) à ce terme qui, d'ordinaire, selon

TRAITÉ PÉA i%

tombe) ; et il est dit : Hélas ^ ce peuple a commis un grand péchés en faisant Un Dieu d'or (Exode, XXXII, 31). Pour les unions illicites, le verset suivant le prouve (Genèse, XXXIX, 9): comment agirais- je aussi mal? Ce serait pécher envers V Eternel. Pour l'homicide, il est dit : Kaïn s'écria vers V Eternel: mon crime est trop grand pour être supporté (ibid. IV, 13). Quant au crime de la calomnie, l'Écriture-Sainte ne le qualifie pas seulement de grande faute (comme les précédents), mais de double faute : que l'Eternel extermine toutes les lèvres adulatrices, la langue qui parle arrogamment* (Psaume XII, 4). Il est écrit (Genèse, XXXVII, 2) : Joseph rapporta à leur père ce qu'ils avaient dit de mal. Que dit-il ? R. Meir, R. Juda et R. Simon diffèrent d'avis à ce sujet' : selon R. Meir, il les accusa de manger des membres d'animaux vivants (acte barbare qui est interdit même aux Noahites) ; selon R. Juda, il les accusa de mépriser les fils des concubines de Jacob et de les traiter (nommer) comme esclaves (bien que ce fussent leurs frères paternels) ; selon R. Simon, il disait qu'ils regardaient d'un œil favorable les filles de leurs voisins (et pour ces 3 calomnies, il a été diversement puni). Aussi R. Juda ben Pazi lui applique-t-il ce verset (^Proverbes, XVI, 11): le poids et les balances de la justice sont dans la mobin de Dieu ; tous les poids du sac sont son œuvre ^ En effet, 1° qu'a dit Joseph ? ses frères sont susceptibles de manger des membres d'animaux vivants; par contre, dit l'Éternel, je veux faire éclater la preuve qu'ils saignent les animaux avant d'en manger, par ces mots (Genèse, XXXVII, 7) : z75 ^^or^èren^'î^?i bouc et trempèrent dans son sang la tunique de Joseph. S*' Que dit ensuite Joseph ? Ils maltraitent les fils des concubines et les envisagent comme esclaves; pour l'en punir, il fut vendu lui-même comme tel (ibid. 28). 3° Que dit-il encore? Ils regardent avec convoitise les filles étrangères ; aussi fut-il l'objet d'une tentative de ce genre : la femme de soninaître leva les yeux sur Joseph etc. (ib. XXXIX, 7). R. Yassa dit au nom de R. Yohanan : celui qui est capable d'une calomnie renie la source de toute vérité (ou la divinité). Et qu'est-ce qui l'indique? C'est qu'il est écrit (Psaume XII, 5) : // en est qui disent: par notre langue nous serons puissants ; nos lèvres sont avec nous ; qui sera notre maître? (nous n'en reconnaissons aucun) ; or, tous les péchés que l'homme commet sont relatifs à la terre, tandis que celui de la médisance offense le ciel et la terre, comme il est dit (Psaume LXXXIII, 9): leior bouche s'attaque même au ciel^ et leur langue répand le mal sur la terre. R. Isaac dit '' que ce verset (Ps. L, 22) : comprenez bien cela, vous qui oubliez Dieu., pour que je ne punisse pas

\. Le dernier mot, mbn:i, de ce ver- 2. Bereschith rabba, ch. 84 (édit.

set a ici le sens d'arrogance \ l'exégète Amsterdam, fol. 93").

talmudiste s'atiaehe à la forme du pluriel 3. Les actes de l'homme sont jugés

de ce mot, pour faire ressortir la quajiti- par lui.

té, l'étendue de la faute, ainsi que pour 4. Le même R. Isaac, raconte un proies trois autres crimes capitaux. cédé analogue, ci-après ch. VI, § 5.

iQ TRAITÉ PÉA

sails espoir (le salut, a été expliqué par R. Josué B. Levi, qui lui compare le verset précédent (20) : tio te mets à parler contre ton frère ; contre le fils de ta mèrCy tio donnes du scandale ; or, ces mots, dit-il, se rapportent au verset antérieur (16): mais à V impie Dieu dit: qu'as-tu à énumérer mes statuts? Pourquoi portes-tu mon alliance dans ta bouche?

Quelle est l'expression biblique qui implique la défense de médire? la suivante : tu te garderas de toute mauvaise parole (Deuteronome, XXIII, 10). R. lia rappelle un enseignement de R. Ismael (qui déduit cette défense d'une autre expression) ; il ny aura pas de calomniateur parmi ton peuple, est-il dit (Lévitique, XIX, 16), cela se rapporte à la médisance. R. Nehemie enseigne en effet qu'il faut éviter la mauvaise conduite de ces gens * qui attribuent les paroles de l'un à tel autre (et établissent des confusions pernicieuses). Voyez, dit R. Hanina, combien l'ombre même de la médisance doit être évitée avec soin, puisque l'Écriture-Sainte s'exprime de deux façons différentes (au sujet de la naissance d'Isaac). Afm de maintenir la paix du ménage entre Abraham et Sara, il est dit : Sara dit en elle-même, se disant : puisque je suis vieille, comment aurais-je de la volupté^ et mon maître aussi est i^ieux] et, au lieu de répéter ces mêmes mots à Abraham, l'Éternel lui demande pourquoi Sara a-t-elle ri en disant : comment pourrai-je enfanter puisque je suis vieille (Genèse, XVIII, 12 et 13), et le texte biblique ne lui redit pas les mots onon maître est vieux, m^ais je suis vieille. R. Simon ben Gamaliel démontre également combien la Bible évite toute parole blessante (en terminant l'histoire de Joseph et de ses frères), afm de rétablir la paix parmi eux ; c'est dans ce but qu'il est dit (ibid. L, 16-17) : Ils envoyèrent vers Joseph et lui firent dire : Voici ce que ton père a ordonné avant sa mort, parlez à Joseph et dites-lui, de grâce, pardonne le péché de tes frères, etc., et pourtant il n'est rien dit nulle part de cet ordre de Jacob. R. Simon ben Nahman dit au nom de R. Yonathan: il est permis de dire du mal des querelleurs; et, ce qui le prouve, c'est qu'il est dit (au sujet de la compétition d'Adonias fils de David avec Salomon) : je viendrai après toi et je compléterai tes paroles (accusatrices, I, Rois, I, 14). Comment, demanda à ce propos R. Zeira en présence de R. Yassa, a-t-on tué Adonias fils de Haguith, pour avoir sollicité Abisag la Sunamith à devenir sa femme? (Quel eût été le crime, puisqu'elle n'était que la servante du roi David)? En effet, fut-il répondu, on lui suscita quelque prétexte afin de se justifier ensuite d'avoir versé le sang d'un querelleur. On demanda en présence de R. Yohanan : est-ce un acte de médisance, de dire de méchantes paroles et de les faire sciemment accepter (comme on le verra par les exemples suivants)? Les boutiquiers, marchands de lin, reçurent un jour du roi l'ordre de se réunir tous auprès de lui pour un travail ; mais il y avait parmi eux un homme nommé (par ironie) Bar-Hobets (fils du fromage),

1. Littéralement: <l comme les marchands », qui, en colportant leur pacotille, se targuent de ventes qui n'ont pas eu lieu.

qui ne s'y rendit pas. Que mangerons-nous aujourd'hui, se demandèrent-ils? L'un d'eux répondit : des Hobtsui (fromages, mot faisant allusion à l'absent). Que l'on amène Bar-HobcLs, dit le roi (ainsi averti de cette absence). C'est là, dit R. Yohanan, une médisance faite à mots couverts. La garde urbaine' de Sipporis fut un jour convoquée tout entière ; mais l'un de ses membres nommé Yohanan ne se rendit pas à l'appel ; l'un dit à l'autre : allons-nous rendre visite aujourd'hui à R. Yohanan? Que l'on fasse venir Yolianan, fut-il dit (sans le désigner comme rabbi). Ce cas, dit R. Simon ben Lakisch, est un exemple d'accusation faite avec justice (parce qu'il était inexact de l'appeler avec le titre de rabbi^). R. Aba bar Cahana dit: au temps de David, tous les Israélites étaient des justes ; seulement, comme il y avait des délateurs parmi eux, ils se rendaient en guerre au champ de bataille et y tombaient. C'est pourquoi David dit (Psaume LVII, 15) : Mon âme est exposée au milieu des lions; je repose au milieu de gens ardents, fds de V homme qui ont pour dents des lances et des flèches, et dont la langue est un glaive tranchant. Or, les lions dont il est question ici sont Abner et Amassa, de vrais lions dans l'étude de la loi ; par gens ardents^, il est fait allusion à Doëg et Ahitofel, que poursuivaient ardemment la médisance ; les « fils de l'homme qui ont pour dents la lance et les flèches » sont les gens de Keïla, dont il est dit (I, Samuel, XXIII 11): Les gens de Keïla me livreront-ils en sa main? Saul descendra-t-il? Enfin, à l'expression leur langue est un glaive traiichant correspondent les Ziphiens dont il est dit (Psaume LIV, 1) : lorsque les Ziphiens vinrent dire à Saul. A ce moment, David priait devant l'Éternel et lui disait: Maître de l'univers, à quoi bon faire résider ta providence sur terre? Retire-la du milieu de ces gens comme il est dit (ibid. LVII, Q)\ Élève-toi au ciel, ô Éternel^ qu'audessus de toute la terre ta gloire rayonne ! Au contraire, dans la génération d'Achab, quoiqu'elle fût composée d'idolâtres, ils se rendaient à la guerre et ils étaient vainqueurs, parce qu'il n'y avait pas de délateurs parmi eux ; aussi Abdias dit-il à Elle (I, Rois, XVIII, 13) : N'a-t-on pas dit à mon seigneur ce que je fis quand Jésabel tuait les prophètes de l'Eternel, etc. (Ainsi, quoique Abdias ait caché des prophètes, il n'était pas dénoncé à la reine). Il est dit (à la fin de ce même verset) : je les nourris de pain et d'eau. S'il put leur donner du pain, ne va-t- il pas sans dire qu'il put leur procurer de feau? Non, car il était bien plus difficile de leur faire passer de l'eau que du pain. — Élie faisait savoir (sous Achab) sur le sommet du mont Garmel qu'il était resté seul prophète du vrai Dieu (ib. XIX, 1), et bien que tout le peuple

i. D'après un commentaire, il s'agirait Mischna, au traité Para; Bereschith

des conseillers de la ville : BouXY;T£(a. Rabba, ch. 98.

2. Selon le commentaire à' En-Jacob, 4. Voir p. ex. version clialdéenne des il y aurait eu du mérite à faire ressortir ps. CI, 5, et GXL, 12. Gomp. Ludovic de la valeur de R. Yohanan. Dieu, Historia Christi persice scripta

3. Voir Pesikta, sur la 6* partie de la (Leyde, 1639), notes additionnelles.

iB

TRAJTl': PEA

ait eu connaissance de sa proclamaLion hardie, on n'en disait rien à la reine. Pourquoi appelle-l-on le calomniateur troisième langue? Parce qu'il fait mourir (pour cause de calomnie) trois personnes, savoir c(;lle qui répand la fausse nouvelle, celle (iiii l'accepte et la personne dont il est question '. Au temps d(i Saul, ce mal causa la mort de 4 personnes: Doëg qui en fit part, Saul qui l'accueillit, Ahimelek que cela concernait, et enfin Abner. Pourquoi ce dernier '^ fut-il tué ? R. Josué ben Levi, R. Simon ben Lakisch et les rabbins émettent divers avis à ce sujet : d'après le premier, il fut puni pour avoir, en riant (sans souci), exposé, dans un jeu, la vie des jeunes garçons de sa garde, comme il est dit: Abner dit que les jeunes gens se lèvent et se livrent un assaut devant nous (II, Samuel, II, 14) ; selon Resch Lakisch, il fui puni pour avoir placé son nom avant celui de David : Abner envoya donc des messagers à David pour lui demander à qui est le pays (ib. Ill, 12); et sa lettre disait <( d'Abner à David, » au lieu de l'inverse. Selon les rabbins, il fut puni pour n'avoir pas opéré .une réconciliation entre Saul et David, au sujet de ce qu'il est dit (I Samuel, XXIV, 12) : Regarde donc, mon père^ regarde, dis-je, le pan de manteau qui est entre mes mains ^ Quelle preuve de condescendance, demanda Abner, veux-tu tirer de ce verbiage? Cela ne s'est fait que par une déchirure d'épine (non par ton fait). Aussi, lorsque David arriva avec les siens auprès des bagages de Saiil, où il aurait pu de nouveau tuer le roi, David l'appela et dit (ib. XXVI, 13) : Répondras-iu Ab7ier2 C'est-à-dire, diras-tu encore que c'est une épine qui a enlevé la lance et la cruche d'eau devant le roi ? Selon d'autres enfin, Abner fut frappé, parce qu'il aurait pu empêcher l'extermination de Nob, la ville des prêtres (I Samuel, XXII, 19) et qu'il ne l'a pas fait. Il est dit (Psaume CXX, 4) : Ce sont des flèches aiguës, tirées par un /lonime puissant, et des charbons de genièvre. Or, à l'aide de toute arme, on peut frapper de près, tandis que les flèches (comme les crimes humains qu'elles symbolisent) frappent de loin ; tous les charbons, une fois qu'ils sont éteints à l'extérieur, le sont aussi à l'intérieur, tandis que les dits charbons conservent longtemps une flamme latente ; et il arriva, parfois d'avoir laissé de ces charbons enflammés à la fête (des Tabernacles) et de les retrouver brûlants à Pâques ^ R. Samuel bar Nahman dit qu'ayant rencontré

1. Voir Babh, tr. Erakhin, f. 15^; Taiiliouma, section Melsora; Rabba sur le Lévitique, ch. 26, et les Nombres, ch. 19; Mldrasch sur l'Ecclésiaste, IX, 42; Scholior tab, ch. 12 et 52, ainsi que tr. Schabbat/i, f. 33'>; Aboda zara, f. 18'^ TaanUh, f. 1^ ; Yôma, f. 22:»; Pesahim, f. 87i> elilSa; Slfri sur Telsé et Pirké de R. Eliézer, § 53.

Page 1