CHAPITRE II
Les objets suivants ^ servent de séparation entre deux champs (et entraînent pour chacun d'eux l'obligation de la péa) : un cours d'eau, un canal, un chemin particulier (de 4 coudées de large), une grande route (large de 16 coudées), un sentier général ou particulier '\ qui est aussi bien établi en été qu'en hiver, un champ en friche % un autre nouvellement cultivé ^, ou un terrain contenant d'autres semences. Quant à la partie fauchée pour servir de pâturage, c'est une séparation selon l'avis de R. Meir; mais, selon les autres sages, cette dernière séparation n'est réelle que si cette portion agraire a été de nouveau labourée (ce qui ressemblerait à l'un des cas précités, au Nir),
1. Voir ci-après, tr. Demain eh. IV, 3. Voir tr. Baba bathra^ f. 99^ .
§ 3. 4. Dans ce sens le mot Bar est em-
2. Babli, tr. Baba Kamma^î. 61»; ployé par le traducteur chaldéen Onkelos, tr. Baba bathra^ i. 55*» ; tr. Menahoth, Genèse, XL VII, 19.
f. 71^ ; Torath Cohanim^ section Ke~ 5. Ce terme de Nir se retrouve dans doschim (ou lévitique, ch. XIX). Jérémie, IV, 3.
3Ô TRAITÉ PÉA
Si les champs sont divisés, il faut donner la péa pour chacun, parce que la Bible dit : ton champ (Léviliquo, XIX, 9); cela veut dire qu'il fiiiit la donner de chaque champ on particulier, sans dispenser celui du voisin par le sien. Les séparations énoncées dans la Mischnâ sont réelles et il n'y a nul contact entre les champs ; car, si elles avaient même lieu en cas d'une petite jonction, il suffirait d'un canal pour constituer la séparation entre deux champs d'arbres. Or, on enseigne plus loin (§ 3) : « Tout cela sert de séparation entre les champs ensemencés ; mais entre les plantations d'arbres, il faut comme division un mur » (et non un canal). Poussant plus loin la preuve, on peut se demander si le mur est considéré comme en partie joint (lorsque la clôture ne sépare pas tout-à-fait les H champs), ou s'il en est bien séparé ? C'est évidemment cette dernière supposition ; sans quoi, la séparation serait annalée lorsque, par dessus le mur, les branches des arbres s'entremêlent, comme on a enseigné (ib.): «cette séparation est annulée si, par dessus, le mur, les branchages des arbres s'entremêlent, et l'on donne ime péa pour le tout » ; il en résulte donc que le mur n'est pas considéré comme adhérent (et la séparation est complète). Si l'on admettait le contraire (la jonction), il ne pourrait y avoir interruption même d'un côté ; car on a enseigné : « si pardessus le mur les branchages s'entremêlent des 2 côtés, il n'y a pas d'interruption. » Si donc c'est d'un côté seul, l'interruption est réelle (il y a donc deux preuves diverses pour son avis). R. Yossé dit au nom de R. Yossé ben Hanina: si dans un champ on a prélevé la péa pour un autre champ, cette opération est sans valeur et la dîme est due. R. Zeira demanda en présence de R. Yassa : qu'arrive-t-il si l'on se propose de remplir oe devoir en laissant la péa dans le sentier étroit de séparation entre les champs? Il n'y a pas répondu \ Les paroles de R. Yossé ne se contredisent-elles pas? Car on a enseigné plus loin (III, 2): « Les autres sages reconnaissent comme R. Akiba, que si l'on a semé de Fanet ou de la moutarde en trois endroits différents, on donne la péa pour chacun spécialement. » (N'en résulte-t-il pas qu'on peut prendre dans une part, les parties nécessaires pour toutes les autres ?) Non, voici ce que la Mischnâ veut dire : pour l'anet il faut prendre la péa en 3 endroits différents, et pour la moutarde en autant d'endroits. Samuel dit qu'il faut agir ainsi parce que certaines parties sont mûres, bien avant que toutes le soienl (donc, l'on ne doit pas, pour la partie mûre, ajourner la péa). R. Yassa dit au nom de R. Yohanan que cela tient à ce que lesdits produits sont semés d'ordinaire par carrés (chacun forme un enclos séparé en raison de sa valeur) ; voilà pourquoi il s'exprime ainsi à cet endroit (R. Yassa adopte donc l'avis de R. Yohanan ; et, par suite, le petit sentier sera considéré comme une distinction). Comment donc se fait-il qu'il n'ait pas répondu ? En effet, il est évident que (pour le sentier) c'est une séparation manifeste (et qu'il faut donner chaque fois la péa
1. Littéralement : on l'a laissé torn- I, 5 (f. 60'); tr. baba bathra, ch. III, ber. Voir même série, tr. Kidouschin, § 1 (f. 13*).
TRAITÉ PÉA M
séparément). Il y a seulement doute sur le point de savoir si le prélèvement est un fait accompli (il va sans dire qu'en principe, on ne doit pas la prélever ainsi) ; mais, au cas où c'est un fuit accompli, conserve-t-elle sa valeur ou non? On enseigne, fut-il répondu, que selon R. Oscliia lu pca prélevée dans un champ pour en libérer un autre est sans valeur légale, et ce sera de même à l'égard du petit sentier étroit qui sépare les 2 champs. R. Yossé ben Ijanina dit: les intervalles creux ' séparent les 2 champs, et pour eux, il y a lieu de donner les 2 péas. C'est cette séparation, remarqua R. Ilisda, que Josué employa pour tracer les limites des tribus en Palestine ; R. Hanina vint rectifier cette tradition de R. Hisda et dit en son nom : Josué se servit de ce mode de distinction pour délimiter les frontières du territoire d'Israël (Josué, XIII, 7 et suiv.).
« Un cours d'eau, un canal, un chemin particulier, une grande route. i>
On appelle n''7'l7C* tout cours d'eau (fleuve ou rivière), et hn2 une rigole, fût-elle vide-. — Puisque l'on a mentionné comme séparation des chemins particuliers ^, à quoi bon parler de la voie publique? (Cela ne va-t-il pas de soi?) C'est pour dire que tout cela ne sert de séparation qu'entre diverses sortes de verdures ; mais, entre les plantations d'arbres, la clôture seule sert de distinction (§ 3). De même, après avoir indiqué comme séparation le sentier particulier, à quoi bon parler d'un sentier général ? Pour en exclure un tel sentier qui aurait cette destination fixe en été, non en hiver (sans quoi, on eût pu croire que tout chemin public sépare, ne fût-il d'usage qu'en été, de suite après la moisson). Rab dit: le champ en friche, ou celui qui est nouvellement cultivé, sépare s'il a une étendue de la contenance d'un quart de cab ^, et celui qui contient d'autres semences sépare quelque petit qu'il soit; selon R. Yohanan, le champ en friche, ou nouvellementlabouré, ou contenant une autre semence aura une étendue de 3 sillons^ Y a-t-il une différence entre ces 2 interprétations? Non, d'après Rab, il s'agit du cas où elle n'est pas due (p. ex. pour de la verdure). Cette réponse est satisfaisante pour le cas d'une semence différente. Mais, puisque le champ en friche et le fraîchement cultivé sont soumis à la péa, en quoi diffèrent-ils? Le voici : Rab, en exigeant le quart de cab, parle d'un champ ordinaire carré (ayant cent coudées en longueur et en largeur) ; selon R. Yohanan, il s'agit d'un espace ayant 50 coudées de long sur deux de large (assez
1. Ou, selon d'autres, une certaine 3. Voir plus loin, tr. Kilaïm, ch. IV. plante à racines verticales. Voir Babli, § 7.
tr. Baba bathra^ f. 55^. Gomp. ci-après, 4. Soit une étendue d'un peu plus de
tr. Kilaïm, ch. I, § 7. dix coudées carrées.
2. Selon le commentaire Schnôth 5. En ce cas il y a séparation. — La EUa/tou, on entend par là tout cours racine TiDD est employée dans le sens de d'eau, fût-ce d'eau stagnante (mais non labourage par Isaïe, XXVIII, 24. Voir ^ide). ci-après, tr. Kila'im, ch. II, § 6.
32 TRAITÉ PKA
pclil pour qu'une séparation de 3 sillons soit remarquée, et ce serait là le point en litige). R. Z(Mra dit au nom de R. Eliezer que R. Meir (de notre Mischna) et R. Juda (delà suivante) sont d'accord dans l'expression de leurs opinions' : comme R. Meir est d'avis que l'action d'avoir fauché un champ pour le donner en partage suffit à établir une séparation (non une vraie moisson), c'est aussi l'avis de R. Juda (il le permet avant les prémices) ; et comme celui-ci dit là qu'à partir de l'instant où il y a l'obligation de la péa il faut cesser de faire paître l'animal, de même pour la séparation, R. Meir se conforme ici à cet avis. Mais ne trouvons-nous pas dit par R. Meir, qu'au cas où il y a obligation de péa, cela serve aussi de séparation? (donc il est inutile de le déduire de l'avis de R. Juda). C'est ainsi que l'on a enseigné : « Un champ qui a été dévasté par les sauterelles, ou rongé par les fourmis, ou ravagé soit par un orage, soit par les animaux, est dispensé de lapéa^. Tous reconnaissent que si l'on a de nouveau labouré ce champ, la séparation a lieu (et il faut une nouvelle péa) ; au cas contraire, elle n'a pas lieu. A qui se rapportent ces mots « que tous admettent cet avis »? A R. Meir, qui dans la Mischna admet comme séparation le champ mis en pâturage ; pourquoi donc ici admet-il qu'il faut le retourner et que, sans cela, la séparation est nulle? Selon lui, on ne parle que de ce qu'il y a dispense de péa (aux yeux de R. Meir, la récolte faite pour changer un champ en pâturage n'est pas une moisson, et l'obligation de la péa disparaît); mais si ce champ était soumis, ne fût-il pas labouré à nouveau, il servirait de séparation (cela dépend donc uniquement de la soumission à la péa). On le compare à cet enseignement ^ : R. Judan dit que c'est seulement permis au cas où l'on a commencé la récolte, avant que la production ne soit parvenue au tiers de la croissance ; mais dès que cette quantité a été produite, la moisson est interdite ; si cependant par mégarde on moissonnait, on serait tenu d'en laisser aux pauvres la part légale de la péa, et dès que cette obligation a lieu, la séparation légale est constituée (car cette moisson est réelle). R. Zeira se demandait si l'analogie continue; et puisque R. Juda ditquesil'ona commencé de faucher le champ avant la production d'un tiers on peut continuer lorsque ce tiers même est produit, avec dispense de donner aux pauvres les parts légalement dues pour le glanage, les épis omis et la péa, R. Meir exprime exactement la même opinion et les mêmes dispenses (il y a égahté pour le pâturage et la séparation de la péa).
2. Le cours d'eau sert de séparation entre deux champs, selon R. Juda, s'il est d'une largeur telle que l'on ne puisse pas, en se plaçant au milieu, moissonner à la fois les 2 rives, sans se déranger. Si au milieu des