CHAPITRE VI
1. L'école de Schammaï dit * : si l'on a abandonné des produits aux pauvres seuls, l'abandon est réel (et l'on est dispensé de la dîme) ; selon l'école de Hillel, les produits ne sont considérés comme tels que s'ils sont aussi bien abandonnés aux riches qu'aux pauvres, comme cela a lieu pour les fruits de la schemita (7° année de repos). Si toutes les gerbes du champ ont chacune la mesure d'un cab et que l'une d'elles ayant la mesure de quatre cabs ait été oubliée, elle n'est pas considérée comme oubli (laissée aux pauvres), selon Schammaï; mais, selon Hillel, elle est classée comme telle.
R. Hiya indique, au nom de R. Yohanan, quel est le motif qui a guidé recelé de Schammaï - ; comme il est écrit (pour la péa, Lévitique, XIX, 10) : c'est pour le pauvre et r étranger ; à quoi bon ajouter les mots : tu abandonneras ces produits ? C'est pour dire qu'il y a encore une autre sorte d'abandon semblable à celui-ci ; et, de même que dans ce verset, il s'agit seulement de parts dues aux pauvres, non aux riches, de même cet abandon spécial pourra être fait tout exclusivement aux pauvres. Selon R. Simon b. Lakisch, l'avis de l'école de Hillel ^ s'appuie sur ce verset (Exode, XXIÏI, 11) : les terres resteront en friche (pendant l'année du repos agraire) ; à quoi bon y ajouter encore l'expression tu l'abandonneras ? c'est pour dire qu'il y a encore un abandon dans les mêmes conditions que celui-ci : de même que pour la schemita, l'abandon s'adresse à tous, aussi bien aux pauvres qu'aux riches, de même tout autre abandon légal doit comporter les mêmes conditions. Comment l'école de Hillel ne tient-elle pas compte du motif de Schammaï? Elle objecte que l'expression tu les abandonneras (dont Schammaï prétend tirer une induction
1. Babli, tr. Baba mecia, f. SO*» ; tr. Misclipatim, Exode, ch. XXIII. Edouyoth, ch. IV, §§ 3 et 4. 3. Voir Glose des tossafistes au tr.