Tossefta, sur péa, eh. III
94 TRAITÉ PÉA
et à sps pieds, cela implique quo l'on possède aussi ceux qui sont encore en haut, au-dessus de la tète ; II. Miiir, au contraire (plus sévère), admet pour règle que cela dépend de l'action d'avoir fouillé tous les coins de l'arbre avec une gaule ; et en ce cas, après avoir quille, l'on n'a plus de droits sur aucun iVuil (lu haut, bien que l'on possède ce qui osl au-dessous de soi. On a enseigné au nom de l'école de Schammaï: depuis le momejit où Ton met les genouillères (pour cueillir les olives à terre), jusqu'à ce qu'on les retire, il est admis que le propriétaire reste possesseur de ce qui est au-dessus de sa tète. R. Abahou au nom de R. Simon b. Lakisch explique le terme précité bar-cara dans le sens d'enveloppe du genou. La gaule a pour but de fouiller tous les recoins, selon ce verset (I Samuel, XXIII, 23) : allez reconnaître et regardez dans toutes les retraites oii il peut se cacher (là, aussi, on emploie le même terme).
3. Qu'appelle-t-on féret (autre droit des pauvres, Lévitique, XIX, 10)? Les grains qui tombent à terre au moment de la vendange. Si un vigneron coupe une grappe entourée de feuilles et qu'en voulant la débarrasser de ces feuilles, il la laisse tomber à terre et elle s'égrène, elle reste pourtant au propriétaire (elle ne s'est éparpillée qu'après la récolte). Par contre, si quelqu'un voulait placer un panier sous la vigne au moment de la vendange (pour recueillir les grains), il volerait les pauvres. C'est pourquoi il est dit : tu n' empiéteras pas sur la limite de ceux qui montent ou les pauvres ^
Il résulte (de ce qui est dit du panier) que si la grappe s'égrène au moment de la couper 2j elle devient sacrée. Gela ne peut-il pas résoudre la question de Hilfi, qui est posée ainsi ^ : Est-ce que l'on peut rendre sacré le glanage du blé qui tombe à terre? (Ne reste-t-il pas profane comme étant le bien des pauvres qui n'est pas à lui ?) En ceci, répond R. Samuel bar Abdima, la Mischnâ diffère (malgré la corrélation entre le glanage et le grappillage) : le propriétaire est cause (par la mise du panier) que le grappillage n'a pu tomber \
A. Quelles sont les parts réservées aux pauvres sous le titre d'Oleloth? Les petites grappes qui ne sont ni catef, ni natef (ni amassées comme une charge sur l'épaule, catef, ni ayant tant de grains au bas que le bout du cep se ploie, natef). Si l'une de ces 2 conditions existe, le fruit appartient au propriétaire; si c'est douteux, il appartient aux pauvres \ Quant
1. V. ci-dessus, eh. V§ 6. défendre tout obstacle àla chute des grains
2. Avant d'atteindre la terre, elle est à terre, en interdisant de mettre le panier déjà aux pauvres. sous les ceps; mais, sans cela, la décla-
3. Comp. môme série, tr. Troutnoth, ration de sainteté pour son bien serait ch. VI§5 (f. 441^). réelle.
4. La Mischnâ a seulement en vue de 5. Comp. ci-dessus, ch. IV, § 8 (fin).
TRAITÉ PKA 95
à la série des grappes qui se trouvent suspendues au cep courbé, de telle sorte que le même coup de serpe les abatte, elles appartiennent au propriétaire ; à défaut (le coKc condition, elles sont aux pauvres. Les grains isolés de la vigne sont considérés comme grappe selon il. Juda (et appartiennent au propriétaire); mais, selon les- autres sages^ c'est de Voleloth (apppartenant aux pauvres).
On entend par olelolli, esL-il dit, les petites grappes qui n'ont ni la particularité du catef^ ni celle de natcf; mais, dès qu'il y a Tune de ces conditions quelle qu'elle soit, le produit appartient au propriétaire. En cas de doute, il appartient aux pauvres. Qu'appelle-t-on catef? Une branche de vigne composée de fragments superposés les uns sur les autres *. Qu'appelle-t-on natef? Une grappe dont les grains pendent au bout de la branche dorsale^, au point de la faire plier sous l'excès de charge. R. Aba dit au nom de R. Juda : elles appartiennent aux pauvres si les grappes en question sont tellement petites qu'on les touche toutes lorsqu'elles sont dans la paume de la main. Mais ce n'est pas ainsi, selon R. Hiya, que l'on a fixé les limites de ce droit : il raconte qu'un jour, à Sephoris, il y en eut une telle quantité, que l'on pesa sept litres d'oleloth^. Aussi la mesure diffère, selon R. Hinena; il faut, dit-il, qu'après les avoir mises sur une tablette, elles touchent toutes cette tablette. Si un lévite a reçu la dîme imparfaite (dont op n'a pas encore prélevé le centième dû aux sacerdotes) et qu'il y trouve des grappes dites olelôth, il pourra les utiliser et les mettre de côté même pour une autre première dîme '', à titre de prélèvement sur la dîme (100''). Or, comment peut-il en tirer parti? Est-ce que ces olelôth n'appartiennent pas de droit aux pauvres ? C'est que, dit R. Aboun au nom des rabbins, il sagit là des grains déchiquetés à la main en même temps que les grappes (ce n'est pas là le vrai caractère des olelôth). R. Simon explique quelle est, dans la Mischnâ, la raison de l'avis de R. Juda, (selon ce verset d'Isaïe, XVII, 6) : il y restera quelques grappillages, comme lorsqu'on secoue l'olivier et qu il reste deux ou trois olives au bout des plus hautes branches. Mais s'il y en a davantage, c'est considéré comme une grappe (et appartient au propriétaire). Un jour, R. Abahou, R. Yossé b. Hanina et R. Simon b. Lakisch passèrent par la vigne nommée Doron. Aussitôt se présenta à eux le fermier (ojpoç) et leur offrit une pêche si grande qu'ils en mangèrent eux et leurs âniers et en laissèrent les restes. On estima qu'ils avaient consommé la valeur de la mesure (AOTrag) du village d'Hino, con-
1. Couchés les uns sur les autres, 3. Ceci dépassait certes une quantité comme une charge sur l'épaule {catef) pouvant être contenue dans le creux de de l'homme. la main.
2. Elles paraissent suspendues comme 4. Puisque l'on peut opérer le prélèvedes gouttes, nataf^ selon le commentaire ment par un produit externe. Gomp. tr. de R. Simson. Troumotli, ch. II, § i.
tenant réquivalcnt d'un saa de IcnLillos. Quoique temps après, les mêmes ral)l)ins repassèrent par là, le fermier ne put leur offrir que deux ou trois fruits renfermés dans une main (tout petits). Mais, lui dirent-ils, nous voudrions les produits du même arbre (très-grands), dont nous avons déjà mangé? C'est du même arbn;, répondit-il, ce que je vous offre. Il y a lieu, s'écrièrent-ils, do lui appliquer ce verset (psaume CVII, 34): ils oui changé un pays fertile en une terre salée (improductive), à cause de la méchanceté de ses habitants (l'impiété est cause de cette décadence). R. Ilanina dit : lorsque je me suis rendu là (en Palestine '), i'ai pris ma ceinture, celle de mon fils et la courroie de mon ânier, pour entourer le tronc d'un caroubier en Terre sainte, et je n'ai pu y arriver (à cause de sa grosseur). J'en ai coupé un fruit ^ ; au moment de cette incision, j'en ai retiré ma main pleine de miel (la sève qui en coulait était aussi sucrée). R. Yohanan dit : la dernière sorte de fruits que nous mangions dans notre jeunesse valait mieux que le meilleur produit, tel que la pêche, consommé dans notre vieillessCj car, pendant notre génération ^, le monde a changé (à son désavantage). R, Hiya bar Aba dit à l'appui de cette opinioù : la mesure d'un saa d'Arbel * produisait : 1° une mesure de fine fleur de farine, 2° une mesure de farine simple, 3° une mesure de farine ordinaire (cibarium) , 4° une autre de son, 5° une de déchet ordinaire, et enfin 6° une de grosse mouture (semoule), tandis qu'à présent sa valeur a tellement diminué que la dite mesure produit à peine l'une des parties qui viennent d'être énumérées. R. Houna dit au nom de R. Abin : le cunamon ^ était si répandu, qu'il servait à nourrir les boucs, lorsque les Israélites le cultivaient. — Le même auteur dit aussi que les deux agneaux servant aux sacrifices quotidiens, offerts au Temple le matin et le soir étaient tels, que montés sur le chameau qui les apportait, leurs pieds touchaient la terre. R. Houna raconte au nom de R. Idi qu'un habitant ayant un jour attaché sa chèvre à un figuier, il trouva à son retour un mélange de lait de sa chèvre^ et du miel (jus de figues). — Rabbi dit à R. Perida : « Ne me montreras-tu pas des grappes de raisin de ta vigne? Je veux bien, fut-il répondu. » Rabbi sortit pour aller les voir; mais, tandis qu'il en était encore éloigné, il lui semblait y voir un bœuf : « Ne crains-tu pas, dit-il au maître, que ce bœuf ne cause des dommages à ta vigne? Ce
1. Voir même série, tr. Sôta, ch. I § 8 (f. il^) et ch. IX, § 14 (f. 24»^). Comp. tr. Trou7noth, ch. VI, § 5.
2. Midrasch rabba sur la section Nasso, ch. IX, et Samuel rabbaii^ ch. XIII.
3. C'était, selon le commentaire de Frankel, l'époque de la guerre entre l'empereur Aurélien et la reine Zénobie.
4. Babli, tr. Kethoubôth, f. 412* ; Midrach Yelamdénou sur la section Tet-
savé. Cf. Neubauer, p. 216. Au heu d'Arbèle, il faut lire selon d'autres : un saa de blé vanné.
5. Pline, HisL nat. I. XVI, § 32, cite le K(vva;j.cv, qu'il nomme: Jrutex cinnami. Comp. Gallien, 'E^ aÙTî^ia^ I, de ntidotis et simpl. medic. ^ § 7. C'est une sorte de cannelle.