CHAPITRE III
lors qu'en consentant à la 1" offre avec rabais d'un dinar, le vendeur a annulé le vœu du 1" acquéreur, on peut aussi supposer annulé le vœu du 2*, en consentant à un nouveau rabais et en vendant l'objet pour 2 dinars, R. Amé a enseigné : l'avis exprimé dans notre Mischnâ, d'annuler « les vœux d'incitation )^, doit émaner de R. Tarfon * ; or, il explique notre Mischnà même au cas où les 2 individus ont énoncé des vœux formels de persister dans leur prix offert (seulement, vu la possibilité prévue d'une entente, le vœu n'est pas acquis). R. Aba dit au contraire que la Mischnà est justifiable d'après tous les sages, en admettant qu'il ne s'agit pas de vœux formels ; car, s'il s'agissait de vœux formels (et que la nullité ait pour base le doute sur l'issue du vœu), l'avis exprimé ici (à la suite) par R. Eléazar b. JacOb et celui de R. Tarfon (au texte précité) reviendraient au même, et on l'aurait énoncé (ce qui n'est pas). — Selon une version de la Mischnâ, R. Eléazar dit : « Celui qui veut, etc. » (sans rapport avec ce qui précède) ; selon d'autres, il dit : « Même celui qui veut... » La 1" version confirme l'avis précité de R. Amé (qu'il s'agit même de vœux formels) ; la 2° version confirme l'avis de R. Aba. De même, R. Pedath dit au nom de R. Yohanan : l'avis de la Mischnà, d'annuler « les vœux d'incitation », doit émaner de R. Tarfon ; quant à la fin de la Mischnâ, il faut l'entendre ainsi : « Tout vœu que j'émettrai à l'avenir est annulé dès à présent, pourvu que l'on s'en souvienne lors de l'énoncé du vœu », s'il n'a pas fait de condition relative au vœu (seulement une indication spéciale, oubliée plus tard) ; mais si la condition est vague, l'eùt-on oubliée lors du vœu, celui-ci est nul. Toutefois, ceci n'est vrai qu'à l'égard des vœux, non pour les serments 2; car les conditions sont applicables aux vœux, non aux serments — ^.
2. Voici un exemple de la seconde sorte de déclarations : « Qu'il me soit interdit (de jouir de tel ou tel objet) si sur cette route je n'ai pas vu autant de monde qu'à la sortie d'Egypte » , ou « si je n'ai vu un serpent aussi gros que la poutre principale d'un pressoir ». Voici un exemple de la troisième sorte : dire « Que tel objet me soit interdit, si j'ai mangé, ou si j'ai bu », et ensuite se souvenir avoir mangé ou bu; ou énoncer la même formule d'interdit par rapport à l'avenir, puis, par oubli de l'engagement, se mettre à boire ou à manger. Ou bien dire : « Je m'interdis par vœu de jouir de ma femme, parce qu'elle a volé ma coupe, ou parce qu'elle a frappé mon fils », et il est notoire qu'elle -n*a pas frappé, ni volé. Ou encore dire ceci, en voyant d'autres manger ses figues : « Que ces fruits vous soient interdits comme un s icrifice »', et il se trouve que c'était son père et ses frères, accompagnée d'autres personnes*; en ce cas, dit l'école de Schammaï, ces proches parents conservent la faculté d'en manger, non les étrangers qui les accompagnent ; selon l'école de Hillel,
1. Au tr. Nazir, \, 4, R. Tarfon dit de ne pas admettre le vœu d'abstinence s'il a pour objet le moindre doute. 2. Cf. J. tr. Nazir, VIII, 1 (f. 57*) ; tr. Schebouoth, m, 1. a. Suit un passage traduit au tr. Soto, VII, 1 (t. VII, p. 298). T. vni 12
178 TRAITÉ NEDARIM
c'est permis aux uns et aux autres (par suite de l'annulation de l'interdit).
En quoi est-ce i.ne exagération d'énoncer l'interdit, en formulant le vœu par les mots ; « Si sur cette route je n'ai pas vu autant de monde qu'il y en avait à la sortie d'Egypte » ? Est-ce là un fait qui manque de réalité? Certes non; mais on veut seulement parler de les avoir vus en une fois*. Ainsi, lorsque l'empereur Julien'^ se rendit en ce pays, il fut accompagné par 120 myriades d'hommes (ce n'est donc pas un fait irréalisable) ; il s'agit seulement de l'impossibilité d'avoir vu tant de personnes à la fois. De même, quant à la formule taxée d'exagération « d'avoir vu un serpent aussi gros que la poutre principale d'un pressoir », on peut objecter ce fait : Le serpent du roi Schabor avalait des chameaux et même des chariots (caréna) ; lorsqu'on voulut le tuer, on remplit de paille une selle de chameau, au milieu de laquelle on plaça des charbons ardents, que le serpent avala, et il mourut ainsi. D'autre part, R. Juda b. Pazi dit avoir vu la peau d'un serpent (si grande) qui formait la tenture de 8 entre-colonnes, [AsaÔGTuAov. Enfin, R. Samuel b. Jacob dit avoir vu une peau de serpent si étendue qu'on alla l'offrir en présent au roi. (Donc, il existe des serpents énormes, et comment taxer d' « exagération » l'exemple de la Mischnà?) Il s'agit, dit Samuel, de la formule parlant d'un tel serpent carré (fait impossible). Mais si l'on parle d'un tel animal carré, à quoi bon est-il question d'un grand, et n'est-ce pas aussi exagéré d'un petit? Oui, répond R. Mathnia ; seulement, c'est l'usage en ce cas, pour bien faire saisir sa pensée, de citer un grand exemple; et ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que l'on dira (d'un fait impossible) : semblable à un chameau volant en l'air, au heu de parler d'une souris qui vole (dont la petitesse offre une image moins saisissante). — '■^
Au 3« commandement du Decalogue, la défense de ne pas jurer en vain (Deut. V, 11), et de ne pas proférer de mensonge (Exode, XX, 7) ont été énoncées dans la même parole * ; ce que la bouche humaine ne peut exprimer, ni l'oreille entendre. De même, au 4® commandement, les mots souviens-toi (ib. 8) et observe (Deut. V, 12) ont été exprimés en même temps; ce que la bouche humaine ne peut dire, ni l'oreille entendre. Des versets : Celui qui le profanera (le sabbat) sera puni de mort (Exode, XXI, 14), et : Deux agneaux d'un an sans défaut^ (Nombres, XXVIII, 3) ont aussi été énoncés ensemble, ainsi que les préceptes (contradictoires) : i° Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton frère (Lévit. XVIII, 16), et S** Son beau-frère cohabitera avec elle (Deutér. XXV, 5), ou les suivants : 1<* Aucun héritage des enfants
1. Tr. Schehouoth, III, 8. 2. Selon Grœtz, Geschichte, t. IV (2* éd.), p. 494, il faut changer ce nom en Dioclétien. 3. Suit un passage traduit au ir.Maasseroth, V, 7 (t. III, p. 193). 4. Les variantes entre les 2 versions du Decalogue s'expliquent ainsi selon les rabbins. Cf. Sifri, section ki-thetsé, n° 233; Rabba sur l'Exode, ch. 28. 5. En opposition au repos sabbatique, les sacrifices étaient olïerls au Temple même le sabbat.