‹ Le Talmud de Jérusalem;Chapitre 107 sur 343 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

le sabbat prédomine sur le reste). 2° Dans les Prophètes, il est dit (Ézéch. XX, i^) : La maison d'Israël s'est révoltée contre moi et n'a pas suivi mes lois,... profanant à l'excès mes sabbats. 3° Dans les Hagiographes, il est dit (Néhémie, IX, \S) : Tu es descendu sur le mont Sinai ; puis (ibid.) : tu leur as fait connaître ton saint Sabbat, etc. R. Éléazar b. R. Abina dit : dans ce verset le mot préceptes relatif au sabbat est écrit d'une façon pleine (avec le W superflu), afin d'indiquer que ce précepte équivaut à tous les autres préceptes de la loi; et pourtant celui de la circoncision a une telle gravité, qu'il l'emporte même sur le repos sabbatique. On peut comparer c&tte analogie à l'élévation de rang de deux grandes dames (malrona) qui se suivent : à première vue, on ignore laquelle est supérieure à l'autre ; mais dès que l'on voit l'une céder le pas à l'autre, on sait quelle est la première par le rang. Audessus de tout, se trouve la défense de l'idolâtrie *, comme il estdit (Nombres, XV, 52) : Si vous péchez involontairement^ en n'observant pas tous mes commandements (ce qui se rapporte à l'idolâtrie). R. Juda b. Pazi dit : la profanation du nom divin (de la religion, en public) est aussi criminelle que l'infraction de toutes les autres lois *, selon ces mots (Ézéchiel, XX, 39) : Vous maison d'Israël, ainsi a dit l'Éternel, Dieu d'Israël : Allez servir chacun vos idoles ! (en secret). Ensuite, vous m'ecouterez et ne profanerez plus mon saint nom.

Comme Moise avait négligé la circoncision de ses fils, un ange voulut le tuer, puisqu'il est écrit (Exode, IV, 24) : l'Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir. Or, dit R. Yossé, il n'est guère possible d'admettre que Moïse ait négligé d'accomplir cette opération; seulement, durant son séjour en Median, il avait hésité, en se disant : opérer la circoncision et faire sortir l'enfant aussitôt après (aux trois premiers jours) est un acte dangereux ; d'autre part, il était impossible d'ajourner le départ, puisque la Providence lui avait dit (ibid. 19) : Va, retourne en Egypte. Le seul tort qu'il avait eu, ce fut de perdre du temps en passant la nuit avant la circoncision, comme il est dit (ibid. 24') : Ce fut en voyage^ clans une hôtellerie. R. Simon b. Gamaliel ajoute : il n'y a pas à supposer qu'un ange ait voulu tuer Moïse, mais l'enfant était menacé ; et ce qui le prouve, c'est que le mot circoncis 3 (du même verset) ne se réfère pas à Moïse, mais à l'enfant. Selon une version, ce mot s'applique à Moïse ; selon une autre version, il s'applique à l'enfant. D'après la 1" version, la femme de Moïse s'est exprimée ainsi devant l'ange : «l'époux de sang (mon mari, pour qui j'ai circoncis mon fils et accompli l'alliance de sang) est recherché par toi » (laisse-le-moi en vie). D'après la 2* version, elle dit : « Toi circoncis, grâce au sang versé, tu me restes (vivant) ». Puis il est dit (ibid. 25) ; Se fora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le

i. Cf. J., tr. Pèa, I, 1 (t. II, p. 14); Mekhilta, section Bô, ch. 3. 2. V. Midrasch sur Psaumes, ch. 24; Rabba à Lévit., ch. 22. 3. Selon le sens arabe du mot Hathan, rappelé par M. Rubens Duval dans une séance de la Société Asiatique, en janvier 1885. Cf. Mekhilta, section Ithro, ch. 1.

188 TRAITE NKDARIM

jeta à ses pieds, R. Juda, R. Néhémie et les autres interprètent ce verset diversement : le 1" entend par là que c'était aux pieds de Moïse; le 2" dit que que c'était aux pieds de l'ange; le 3^ dit que c'était aux pieds de l'enfant. Selon le 1^'" avis, la femme dit à Moïse : Voici, par la coupe faite, ton devoir accompli (et désormais tu es libéré). Selon le 2° avis, elle dit à l'ange : Vois, ta mission est remplie. Enfin, selon le 3^ avis, elle toucha le corps de l'enfant. Puis il est dit (ibid. 26) : L'Éternel le laissa. Alors elle dit : tu es pour moi l'époux uni par le sang, à cause des circoncisions ; de ce dernier terme (au pluriel), on conclut que l'opération devra comporter la denudation et l'ablation des filaments*. D'autre part, il est dit (Lévit. XII, 3): on coupera la chair de son prépuce ; cette dernière expression (expletive) indique que l'opération aura lieu si même on constate à cette place une tache. Mais comment tenir compte de ce verset (Deutér. XXIV, 8) : Observe avee un soin extrême et exécute les lois sur la lèpre ? Est-il fait une exception à ce précepte en faveur de la circoncision, ou même cette dernière doit-elle céder devant les lois de pureté (d'après lesquelles il est interdit, en cas de tache visible, d'y toucher)? Comment, en ce cas, concilier la présente loi avec celle de la fixation d'un jour précis (le 8*) pour circoncire? C'est qu'au sujet de la circoncision il y a le mot superflu chair ; d'où l'on conclut que le précepte affirmatif de circoncire l'emporte sur la défense négative relative à la lèpre (prescrivant l'abstention). Cette explication est admissible d'après l'avis de R. Yôna, qui dit * : un précepte affirmatif de circoncire l'emporte sur une défense négative, même lorsque nul terme biblique n'est à côté pour le confirmer; ma's comment l'expliquer selon R. Yossé, qui exige pour l'adoption de cette prépondérance que les 2 préceptes soient rapprochés dans le texte (ce qui n'a pas lieu ici)? Il y a cette distinction à établir ici que, dans le précepte affirmatif, le mot superflu chair figure au même titre qu'une juxtaposition de texte (et justifie la prépondérance d« la circoncision sur la loi de la lèpre).

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