CHAPITRE V
pour la dîme, sera-t-il sacré ? Oui, dirent les compagnons d'étude ; selon R. Judan, cet animal ne sera pas sacré. Notre Mischnâ confirme l'avis des compagnons, en ces termes : « N'êtes-vous pas d'avis en ce cas, demanda l'école de Hillel à celle de Schammaï, où il s'agit d'une consécration pan erreur, que l'animal continue à vivre au pâturage (sans être sacrifié)? Vous reconnaisse z bien aussi, répliquèrent les Schammaïtes, que si l'on se trompe en rédimant les animaux, et que l'on nomme le neuvième animal dixième (ou dîme), et le dixième pour le neuvième, ou le onzième pour le dixième, ils resteront sacrés. » Or, les Schamaïtes ont dû admettre cet avis ; sans quoi (s'ils adoptaient au contraire l'avis de R. Juda, qu'en cas d'erreur seule l'animal sera sacré) , l'école de Hillel répliquerait à celle de Schammaï : Votre objection se reporte d'un objet (la dîme) qui était sacré sans erreur (sans nul doute) sur un autre objet (consécration) qui serait sacré en tous cas, de doute ou non. Il se peut qu'il était dans le cas dont parle R. Imi *, à savoir qu'ils ne manquaient pas d'arguments à utiliser ; ou bien il en est de ce cas, comme dit R. Nassa : parfois, un homme possède deux réponses à faire, et il n'en donne qu'une.
4 (3). Si l'on a fait le vœu de Naziréat, et cherchant les animaux à offrir ensuite, on trouve qu'ils sont volés, au cas où ce vœu a précédé le vol, le Naziréat est maintenu; au cas contraire, non ^. En ceci, Nahum le mède s*est trompé : Lorsque des Naziréens revenant de leur lieu d*exil arrivèrent à Jérusalem et virent le Temple ruiné, ce Nahum leur dit : Si vous aviez su (lors de votre vœu) que le Temple sera ruiné ^, vous seriez-vous engagés au Naziréat*? Non, dirent-ils. Dès lors, Nahum les déclara libérés. Mais lorsque les sages eurent connaissance de ce fait, ils dirent à Nahum : chaque individu engagé au Naziréat avant la ruine du Temple devra rester Nazir ; ceux qui se sont engagés après la ruine ne le seront plus.
De quel cas la Mischnâ parle-t-elle ? Si, à la vue d'un animal passant dans la rue, on s'écrie : « Je veux être Nazir, à condition d'offrir cet animal en sacrifice lors du cérémonial final » (puis on apprend que l'animal a été volé et qu'il devient impossible de l'acquérir), le vœu doit rester valable si même il a été prononcé après le vol de l'animal (qu'en aucun cas cet homme ne possédait lors du vœu) ; si, par erreur, le Nazir supposait avoir un animal, et il se trouve ensuite qu'il n'en a plus (l'animal a été volé), on estimera que cet homme primitivement riche est devenu pauvre ; mais pourra-t-on pour cela lui enlever le Naziréat ? Voici donc quel cas il faut supposer: Si l'homme a dit vouloir être Nazir pour sacrifier à la fin l'animal qu'il a- dans sa maison, puis allant prendre l'animal il s'aperçoit du vol, « au cas où renonciation du vœu a précédé le vol, le Naziréat sera maintenu ; au cas contraire, il ne le sera pas » (en raison de l'erreur du vœu, qui est mal fondé). Les disciples de
1. Cf. J., tr. Pesahim, VI, 2, fin (t. V, p. 86). 2. Le Nazir peut arguer que s'il avait connu le vol, il n'aurait pas prononcé de vœu. 3. Cf. tr. Nedarim, IX, 2.
136 TRAITÉ NAZIR
R. Hiya, par Julianos, dirent que R. Juda demanda : Si les voleurs ont restitué l'animal dans la maison de ce Nazir pendant la nuit, le Nazir sera-t-il désormais rétroactivement engagé (en comptant la période depuis le jour de l'énoncé du vœu), ou le sera-t-il seulement à partir de ce jour, et une nouvelle période devra être observée? (question non résolue). — ^.
R. Yohanan dit : les compagnons d'étude contestent l'avis de Simon b. Schetah (de ne pas s'associer à l'énoncé d'une bénédiction que d'autres doivent dire, ou d'en dispenser d'autres en la disant). Selon R. Jérémie, ils contestent son premier avis ; selon R. Aba, ils contestent le second (de dispenser autrui en prenant part d'abord au repas qui entraîne le devoir de dire cette bénédiction). Est-ce que R. Jérémie ne se contredit pas lui-même, puisqu'ailleurs^ il met en doute le point de savoir si la consommation de verdure seule suffit pour dire la bénédiction du repas en commun, tandis qu'ici c'est un point résolu (il avait suffi à Simon b. Schetah de boire pour dire la formule de bénédiction)? Là où se trouve le doute, on exprime l'opinion des rabbins en général, et ici où l'on exprime la certitude, figure l'avis de R. Simon b. Gamaliel. Or, il a été enseigné à ce sujet ^ : Si quelqu'un s'est attablé avec d'autres personnes, n'eût-il goûté qu'à la sauce (ou aux légumes), même sans avoir mangé avec eux du blé de la quantité d'une olive, ils feront la bénédiction du repas en commun ; tel est l'avis des sages ; selon R. Jacob b. Aha au nom de R. Yohanan, ils ne pourront jamais procéder à la bénédiction du repas en commun, à moins que chacun ait consommé la quantité de blé d'une olive. Mais un autre enseignement ne dit-il pas : Si deux individus ont mangé du pain et un troisième de la verdure, ils pourront bénir le repas en commun? Cet enseignement n'est exprimé que selon R. Simon b. Gamaliel.
5. Lorsque deux honinnes sont en route, et un autre vient au-devant d'eux, le premier dit : « je fais vœu de Naziréal (je jurerais) que cet homme est tel et tel », tandis que le second voyageur dit : « je fais vœu de Naziréat que ce n'est pas un tel et tel » ; puis le nouvel arrivant dit : « je fais vœu de Naziréat que l'un de vous deux est Nazir », ou : « vous Fêtes tous deux » ; ou « que nul d'entre vous n'est Nazir » ; enfin un ht^ personnage arrive et dit : « je fais vœu de Naziréat que vous êtes tous trois Nazir » : d'après l'école de Schammaï^ tous ces hommes qui se sont ainsi engages seront Nazir ^; d'après l'école de Hillel, ils ne le seront pas, sauf celui dont les paroles^ ne sont pas confirmées.
6 (7). Si le nouvel arrivant recule spontanément (sans que Ton se mette à vérifier qui c'est), personne ne sera Nazir \ Selon R. Simon, ce-
1. Suivent deux passages déjà traduits, l'un au tr. Nedarim, IX, 2 (t. VIII, p. 226), l'autre tr. Berakhoth, VII, 2 (t. I, p. 130). 2. Ibid. 3. Tossefta au tr. Berakhoth, ch. 5. 4. V. ci-dessus, 11, 3. 5. La consécration, quoiqu'erronée, est valable. 6. Elles devaient servir à suspendre l'eflet du vœu. 7. On ne s'engage pas sur une base douteuse.