CHAPITRE PREMIER
tandis qu'aux termes de la présente Mischnâ, « celui-là seul qui aura accompli un préceple religieux sera favorisé pour ce fait » ? C'est qu'ici il est question d'un homme d'une situation intermédiaire (qui a commis autant de péchés que de bonnes actions): dès qu'il accomplit un seul précepte religieux^, il fait pencher la balance en sa faveur, ses jours seront prolongés, et il aura droit à une part du sol sacré. Enfin, celui qui transgresse une seule défense ne sera pas favorisé, ne verra pas ses jours se prolonger et ne jouira pas d'une part d'héritage dans le sol sacré. Mais n'a-t-on pas enseigné^ : Celui qui reste simplement assis à ne pas transgresser de défense sera récompensé comme s'il avait accompli un précepte religieux? On entend par là, répond R. Zeira, celui qui a été exposé à une transgression douteuse et s'en est aussi abstenu ; selon R. Yossé b. Aboun, on entend par là celui qui s'est assigné pour tâche l'accomplissement d'un précepte religieux, et ne Ta jamais transgressé. Quel est le précepte d'une telle importance? C'est, répondit Mar'Ouqban, le devoir d'honorer père et mère. R. Mena explique ce verset (Ps. CXIX, 1) : Heureux ceux qui sont dans un chemin intègre, qui marchent selon la loi de V Eternel, savoir que Fintégrité (ou l'abstention du mal) équivaut à la marche dans la voie divine (à l'accomplissement d'un précepte). R. Aboun déduit la même conclusion de ce verset (ibid. 3) : Ils n'ont pas commis non plus d'iniquité, ils ont suivi sa voie, en ce sens : même ne pas faire de mal équivaut à accomplir une bonne action, digne de Dieu. R. Yossé b. R. Aboun explique aussi ce verset (Ps. I, 1) : Heureux l'homme qui n'a pas suivi le conseil des méchants ; le fait seul de n'avoir pas suivi le conseil des méchants équivaut à celui d'avoir suivi le conseil des justes.
Ben-Azaï a interprété ce verset (Ecclésiaste, X, 3) : Les mouches mortes infectent et font fermenter l'huile du parfumeur ; on déduit de l'emploi des verbes au singulier (quoique le sujet soit au pluriel) qu'une seule mouche morte pouvait également infecter l'huile du parfumeur, et de même l'homme qui n'aurait commis qu'un péché ^ perd ainsi le bénéfice qu'il tire de ses bonnes œuvres. R. Akiba explique le verset suivant (Isaïe, V, 14) : C'est pourquoi le séjour des morts a ouvert la. bouche, élargi sa gueule, sans frein (loi) ; or, ce dernier mot est employé au singuher, pour indiquer quel sort funeste est réservé à celui qui n'a pas une bonne action en excédant sur les mauvaises, de façon à faire pencher ainsi la balance en sa faveur. Toutefois, cette appréciation sévère est seulement applicable au jour du jugement pour le monde futur ; mais, en ce bas monde, y eût-il 999 actes en défaveur de l'homme, et une seule bonne œuvre plaide pour lui, l'Eternel -tiendra compte de cette dernière action et fera pencher la balance en sa faveur, puisqu'il est dit (Job, XXXI V, 23-24) : S'il se trouve pour lui un ange intercesseur, un entre mille qui annonce à l'homme la voie qu'il doit suivre, Dieu a corn-
1. Tossefta à ce traité, ch. 1, fin. 2. J., tr. Maccoth, III, 17 (f. 32b). 3. Une faute commise de plus que les bonnes œuvres fait pencher la balance en la défaveur de cet homme.
238 TRAITE QÏDDOUSCHIN
passion de lui et dit à Vange : Délivre-le, afin quHl ne descende pas dans la fosse; f ai trouvé une rançon (pour lui). R. Yohanan dit : lorsque tu entendras une sentence émise par R. Eléazar, fils de R. Yossé le Galiléen, ouvre l'oreille comme un entonnoir pour l'écouter ; car R. Eléazar, fils de R. Yossé le Galiléen, a dit : Si même 999 actes blâmables viennent accuser un jour la conduite de l'homme, tandis qu'une seule bonne œuvre plaide en sa faveur, l'Eternel tiendra compte du bien et fera pencher la balance de ce côté. De plus, il ne sera pas seulement tenu compte d'une telle bonne action entière; y eût-il même 999 parts de cet acte qui soient blâmables, et n'y eût-il qu'un côté favorable dans cette action, cette part suffit pour que Dieu fasse pencher la balance vers le bien, parce que dans l'expression (précitée) « s'il y a un ange intercesseur », il n'est pas dit : « un sur mille » mais « un d'une part de mille », autrem.ent dit : un millième de cette action. Après quoi, il est dit (ibid.) : « Dieu a pitié de lui et dit à l'ange : Délivre-le, afin qu'il ne descende pas dans la fosse, j'ai trouvé sa rançon ; » ainsi, lors même que l'ange dirait de le « délivrer » (éprouver) par les souffrances, Dieu répondra avoir déjà « sa rançon ».
La distinction établie dans notre Mischnâ, entre celui qui accomplit un seu^ précepte religieux et celui qui ne l'a pas accompli, s'applique à ce bas monde ; mais, quant au monde à venir, si le nombre des bonnes actions l'emporte, l'homme jouira des splendeurs de l'Eden • ; si le nombre des mauvaises actions est supérieur, cet homme aura l'enfer en partage. Lorsque les actions de l'homme se divisent en deux parts égales, les unes bonnes, les autres mauvaises, selon R. Yossé b. Hanina, Dieu lève (pardonne) la faute (Exode, XXXIV, 7), en ce sens qu'il lèvera le plateau de la balance où sont les péchés de façon que l'autre côté favorable l'emporte ; selon R. Abahou, l'emploi au singulier du mot « faute » (ibid.) indique que la Providence (en cas de partage des œuvres) enlève une des fautes, de sorte que les bonnes œuvres l'emportent. R. Eléazar expUque ce verset (Ps. LXII, 13) : A toi aussi, Seigneur , la bonté', car tu rends à chacun selon ses œuvres, en ce sens : Si un tel n'a pas d'œuvres, tu en lui en donnes du tien. C'est aussi l'opinion de R. Eléazar ; il interprète les mots qui a beaucoup de grâce (Exode, XXXIV, 7) en ce sens : Dieu penche vers la grâce. R. Jérémie dit que R. Samuel b. R. Isaac fit une objection 2. Il est dit (Proverbes, VIII, 6) : La justice garde celui dont la voie est intègre; mais la méchanceté cause la ruine des pécheurs, puis (ibid. 2iJ ; Le malheur poursuit ceux qui pèchent ; mais le bonheur récompense les justes, et enfin (I Samuel, II, 9) : // garde les pas de ses bien-aimés ; mais les méchants seront anéantis dans les ténèbres; est-ce à dire qu'il sera fait un enclos à l'enclos, ou une ruine à la brèche ? (Comment justifier cette extension du mal?) Certes, il arrive de faire un enclos à l'enclos ou une ruine à la brèche 3. Voici, dit R. Jérémie au nom de R. Samuel b. R. Isaac, comment il
1. V. J., tr. Péa, I, 1, fin (t. II, pp. 21-22); Ë., tr. Rosch ha-schana, f. 17a. 2. J., tr. Schebouoth, 1, 7 (fol. 33^). 3. Cf. J., tr. Sf/nhédrini XI, 1 (fol. 27°),