CHAPITRE IV
Pourquoi cette présomption servit-elle de base? On comprend la latitude avec laquelle les Gohanim étaient autorisés à consommer des saintetés au dehors, où les prélèvements n'étaient effectués qu'à titre de souvenir, selon ces mots (Jérémie, XXXI, 21) : Place-toi des signes pour indiquer les chemins'^] mais pourquoi cette faculté fut-elle étendue à la Palestine, où les saintetés étaient d'ordre légal? C'est conforme à l'avis de celui qui dit^ : Les Israélites de ce temps assumèrent spontanément la charge des dîmes et autres redevances (elles restèrent donc d'ordre rabbinique).
Il est dit enfin (Ezra, ibid.) : pendant que le Cohen se tient pour consulter les Ourim et Tumim. Or, on sait bien que cet oracle placé sur le pectoral du grand-prêtre n'a plus fonctionné lors du second Temple ^ ; ces mots n'expriment qu'une espérance, comme on dit parfois : jusqu'à la résurrection des morts, ou : jusqu'à la venue du Messie, fils de David, — Quant aUx « fils de Barzilaï » (du même verset), cause du rejet du sacerdoce, se sont-ils convertis au judaïsme par conviction, ou non? Or, dans la première hypothèse, ces Cohanira auraient dû pouvoir manger même des saintetés supérieures, et dans l'hypothèse contraire, ils ne devraient pas même avoir la faculté de manger des saintetés secondaires, illimitées par l'espace (telle que l'oblation)? A quoi bon parler de ces distinctions du motif de conversion? Lors même qu'elle s'est convertie par suite de conviction religieuse, est-ce qu'une prosélyte n'égale pas une prostituée pour l'inaptitude au sacerdoce? On peut répondre qu'il s'agit des filles de ces converties, qui épousèrent les Gohanim en question ^. Mais alors elles devraient être considérées comme de vraies Israélites (sans nulle tache) ? R. Simon n'a pas songé de suite au but religieux, en faisant prendre à l'enfant le bain légal. Or, on voit qu'en le lui faisant prendre elle n'y pensait pas, puisqu'elle renouvelle plus tard ce bain dans un but d'édification religieuse ; ceci indique la conversion tardive 5, de sorte qu'une telle personne sera considérée à l'égal d'une prostituée pour l'inaptitude à épouser un Cohen.
Celui qui se convertit par aniitié pour un juif, ou par amour pour une femme, ou si c'est une femme par amour pour un homme, ou les prosélytes des tables royales (de faveur), ou les prosélytes des lions (par peurj, ou ceux de Mardochée et Esther (par le fait de leur victoire), ne seront pas accueillis ^ Selon Rab, ce sont toujours des prosélytes, et une fois convertis on ne les repoussera plus, quoi qu'on fasse en principe ; on devra les accueilUr et leur montrer bon visage, dans l'hypothèse que la conversion a eu lieu par conviction religieuse. — « Les prosélytes » viennent de l'exil, selon ces mots (Ezra, VI, 21) : Par ceux qui s'étaient retirés vers eux purifiés des impuretés des
1. C'était une simple réminiscence rabbinique. V. Midr. Rabba sur Lamentations, I, 19. 2. Voir ci-dessus, I, 9, avec les passages parallèles, cités en note. 3. J., tr. Sota, IX, 12. 4. La défectuosité de naissance est ainsi presqu'annulée. 5. Le défaut originaire est insignifiant et n'empêche pas de manger l'oblation. 6. Ces néophytes sont suspects de n'avoir adopté le judaïsme que mus par des intérêts mondains, dit M. J. Derenbourg, Essai, etc., p. 228.
278 TRAITÉ QIDDOUSCHIN
nations de la terre, etc. Ainsi « les affranchis », selon ces mots (ib. II, 58) : tous les serviteurs etc. ; « les bâtards », selon les mots, dit R. Simon (Néhémie, VII, 61) : Voici ceux qui montèrent de Tel Melah, de Tel Harscha, etc. ; or, la première localité vise Babel ; la seconde, les « gens de père inconnu, ou les enfants trouvés ». Puis (ib.) : De kroub ; ce mot désigne les bâtards, car des gens nombreux (Rab) suivirent le penchant de leurs yeux (et s'unirent à des femmes impropres). X)' Addon ; ce terme se réière à ceux qui supposent qu'il n'y a pas de justice (En din), ni de Seigneur (Adôn). C'est à R. Hiskia que revient cette déduction de langage (d'analogie entre Addon et Adôn). Enfin, à'Immer (ibid.) désigne ceux qui se sont révoltés {himmer) contre Dieu, par leurs mauvaises actions. R. Aboun dit au nom de R. Pinhas : Ils se font remarquer comme la frange d'un vêtement ^. R. Levi dit au nom de R. Simon b. Lakisch : les gens en question étaient dignes de devenir un Tel Melah (monceau de sel) ; seulement, le principe de la justice sévère se tut, et devint un Tel-Harscha (le mont du silence). « Les serviteurs « arrivent de là, puisqu'il est dit (Josué, IX, 27) : Josué les donna en ce jour à la communauté et à Vauiel comme coupeurs de bois et puisevrs d'eau. On comprend l'utilité de ces deux services pour la communauté ; en quoi servaient-ils l'autel de Dieu? Josué les suspendit pour ainsi dire (les Guibéonites) au pied du mur (de l'autel), et dans son hésitation il dit 2 : Je ne les éloigne, ni les rapproche ; cela dépend du futur constructeur du Temple, et il rapprochera les uns, à son gré, ou les écartera. Aussi, David vint et les éloigna, comme il est dit (II Sam. XXI, 2) : Les Guibéonites ne sont pas des enfants d'Israël. Pourquoi David les éloigna-t-il ? Parce qu'il est dit (ibid. \) : Il y eut une famine au temps de David duraiit trois ans de suite ; d'une année à l'autre, David recula sa décision à cet égard (sans trouver quelle est la cause, ou le péché, suscitant ce malheur) — ^.
David chercha parmi tousles gens de sa génération, et ne trouva personne à qui s'en prendre. Il eut donc recours à l'oracle des Ourim et Toumim, comme il est dit (ib.) : David consulta V Eternel, par la voie de l'Ourim et Toumim. R. Eléazar explique ce verset (Sophonie, II, 3) : Vous tous, les gens de bien du pays, qui accomplissez son ordi^e, cherchez r Eternel ; par l'expression « accomplir son ordre », on entend celui qui exécute la justice avec sévérité, et note les bonnes œuvres à la fois, selon ces mots (II Sam. XXI, i) : L'Eternel lui répondit que c'est à cause de Saûl et de sa maison sanguinaire ; « à cause de Saiil », pour défaut de faveur à son égard (pour ne l'avoir pas assez déploré), et « de sa maison sanguinaire », pa7^ce qu'il a fait mourir les Guibéonites, David leur fit donc demander pourquoi ils en veulent à la maison de Saûl : Il a fait mourir, répondirent-ils, sept des nôtres, 2 coupeurs de bois, 2 puiseurs d'eau, un maître d'école, un scribe, un desservant*. Que voulez-
1. Par des manières recherchées, ils veulent attirer sur eux l'attention du public, explique M. Schuhl, Sentences, p. 421. 2. Cf. J., tr. Sf/nhédrin, VI, 9 (f. 23 ). 3. Suit un passage traduit au tr. Taanith, III, 3 (t. VI, p. 167). 4. V. B., tr. Yebhamoth, fol. 79a.