‹ Le Talmud de Jérusalem;Chapitre 93 sur 343 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

1. Toutes les appellations ' des vœux équivalent aux vœux mêmes exprimés, comme celles des sentences d'anathème sont semblables à ces anathèmes, et celles des interdits par serment ressemblent à l'expression même des serments ; enfin, celles de la privation par naziréat ressemblent à ces engagements mêmes. Si quelqu'un dit à son prochain : « Je fais vœu de me tenir à distance de toi », ou a je me sépare de toi », ou « je m'éloigne de toi », ou « je ne veux rien manger de toi », ou « je ne veux rien goûter de ce qui est à toi », tous les actes qu'il s'est ainsi interdits le seront en réalité. S'il dit: « Que je te sois en horreur », il y a lieu, selon R. Akiba, de pencher en ce cas vers la sévérité ^. Celui qui s'est engagé dans un vœu selon les impies ^ s'astreint par suite au naziréat, avec obligation finale d'offrir un sacrifice et de subir les conséquences d'un serment inutile (la pénalité des coups de lanière) ; mais s'il dit vouloir adopter le procédé des hommes sans reproche (prudents), cela n'équivaut à aucune parole (et l'individu reste libre). La déclaration de s'engager selon leur offrande volontaire entraîne le naziréat et l'obligation d'un sacrifice à Tissue de la période de temps engagé.

Comme il est écrit (Nombres, XXX, 3) : Si un homme s'engage par vœu^ on déduit du terme final explétif que les diverses appellations des vœux équivalent aux vœux mêmes *. Puis (ibid.) : ou s'il a juré ; là aussi le mot superflu par serment indique l'extension des appellations diverses d'interdit par serment à l'instar des serments eux-mêmes. Ainsi, il est dit (Lévit. XXVII, 28): cependant tout anathème\ du terme ?>yi\Nd.ni qui sera en anathème (superflu), on conclut que les diverses appellations des sentences d'anathème ressemblent (par le fait) aux anathèmes. De même encore il est dit (Nombres, VI, 2) :^

1. D'ordinaire on traduit kinouî : « renonciation par simple parole ». Le Worterhuch de J. Levy, s. r. a : Umschreibungen der Gelûbdeformeln, transcriptions (autres dénominations) de ces formules. 2. Littéralement : R. Akiba gratta, se frotta ensemble les lèvres (en entendant l'énoncé de cette formule), afin de désigner ainsi mentalement (sans se prononcer) qu'il faut suivre l'avis sévère et s'abstenir de manger dans le voisinage de cet homme. 3. Tandis que les gens pieux se gardent bien de faire des vœux, de crainte de ne pas pouvoir les tenir parfaitement, les impies (gens légers) les énoncent à la hâte, sans souci, et il leur arrivera p. ex. de s'interdire la jouissance d'un pain placé devant eux, qu'ensuite par mégarde ils rompent et mangent. 4. Cf. J.j tr. Nazir, 1, 2 (f . 51*),

160 TRAITE iNEDARIM

le vœu d'être Nazlréen * ; à quoi bon ajouter Texpression de s'abstenir? C'est pour dire que les diverses appellations delà privation par naziréatressemblejit à cos engagomenls mêmes. Toutes ces interprétations s'expliquent bien selon R. Akiba, qui est d'avis de tirer parti des expressions expletives ; mais comment les justifier selon R. Ismael, qui dit qu'il arrive souvent d'user de termes redondants ^ et que la Bible s'exprime selon le langage usuel, comme p. ex. (Genèse, XXXI, 30): tu vas, ou (id.) tu soupires, ou (ibid. XL, 15): j'ai été enlevé. C'est que le verset entier relatif aux vœux dit : Lorsqu'un homme fait un vœu à VEternel, ou s'impose par serment une interdiction à lui-même, il ne devra pas profaner sa parole ; à quoi bon ajouter encore: Tout ce qu'a proféré sa bouche, il doit l'accomplir? C'est pour en conclure que les appellations des vœux équivalent aux vœux mêmes, et celles des interdits par serment ressemblent à l'expression même des serments. Mais d'oii sait-on que les sentences d'anathème ressemblent aux anathèmes? On le déduit par analogie ^ entre le mot vœu employé ici (Nombres, XXX, 3) et le même mot usité pour les anathèmes (Lévit. XXVII, 2) ; or, comme en ce dernier passage, les diverses appellations soit des vœux, soit des serments, ressemblent à ces actes eux-mêmes, l'expression semblable employée ic^ indique que les sentences d'anathème ressemblent aussi à l'anathème. On sait aussi que les diverses appellations du Naziréat équivalent au naziréat par analogie des mots vœux, employés 2 fois; or, dans le 2" passage, les diverses formes de serment équivalent au serment, de même les diverses appellations du Naziréat équivalent au naziréat. Mais alors quel compte R. Akiba tient-il des mots (inutiles) selon l'expression de sa bouche? Ils signifient, selon lui, qu'il faut remplir un vœu s'il est entièrement conforme à l'expression ; mais en cas d'annulation partielle, il sera rompu. Mais R. Ismaël (qui applique déjà ladite phrase à une autre déduction) n'est-il pas de cet avis ? Il tire du même passage biblique la déduction relative à cet avis, outre celle qui concerne l'extension aux appellations diverses d'un même acte. Comment R. Ismaël li'applique-t-il pas à l'extension les mots le vœu d'être nazirééen de s'abstenir (où il y a un terme superflu, non redondant)? Ils indiquent, selon lui, qu'un homme peut assumer un second naziréat pendant qu'il accomplit un premier. Est-ce à dire que R. Akiba ne partage pas cet avis (en appliquant ces mots à l'extension dos appellations du naziréat)? Si ; mais il tire plusieurs déductions de l'expression redondante de s'abstenir (qui suit les mots le vœu d'être Nazir), y compris la faculté d'assumer un 2° Naziréat pendant l'accomplissement du 1".

Pourquoi, au sujet des estimations, des anathèmes, des échanges et des consécrations, tous énoncés dans le texte biblique (Lévit. XXVII), n'est-il pas question des diverses appellations à employer à leur égard ? C'est que, fut-il

1. M. le gr. R. Wogue, à ce verset, traduit : abstème. 2. V. p. ex. tr. Yebhamoth, VIII, 1; tr. .Sofa, VII. 5. Cf. Grœtz, Geschichte, t. IV, p. 427. 3. Cl. Silri, section Nasaô, oh, 22.

Page 1