CHAPITRE PREMIER
dis : Méchant, quoi! tu veux t'enorgueillir de ce qui ne t'appartient pas, et qui deviendra vermine et poussière ! Par Dieu, je couperai ces cheveux en l'honneur du Ciel. — Aussitôt, continua Simeon, je l'embrassai sur la tête et lui dis : Puisse-t-il y avoir en Israël beaucoup de gens comme toi, accomplissant la volonté du Seigneur. De toi, le Pentateuque dit (ibid. 2) : Si un homme ou une femme fait expressément vœu cVahslinence^ de s'abstenir en V honneur de V Éternel. R. Mena demanda : à quoi bon constater l'analogie entre l'avis de R. Simon et celui de Simeon le juste (pontife), puisqu'on tous cas il a dû arriver à ce dernier de manger d'autres sacrifices de péchés, offerts par exemple pour consommation involontaire de graisse interdite, ou do sang? C'est que, selon la pensée de Simeon le juste, bien des gens formulent des vœux par emportement ; dès lors, un vœu ainsi formulé finira par être négligé, et, par suite, le sacrifice offert à ce propos équivaudra à regorgement d'animaux profanes au parvis ; tandis que le vrai sage (prudent) énonce un vœu l'esprit calme, lorsque sa bouche et son cœur sont d'accord.
2. Dire à son prochain « je m'interdis telle jouissance », en employant soit le mot qonani^ soit qonah^ soil qonass\ c'est énoncer un synonyme du terme sacrifice (et de la défense qu'il comporte). Si Ton a exprimé l'interdit par l'un des termes //tera^/, ou Harakh, ou Haraf'^^ on a formulé les synonymes de l'anathème (avec ses conséquences légales). Si l'on a dit Naziq, ou Nazih, ou Pazih, cela équivaut à l'engagement par Naziréat; de même en employant pour l'interdit les mots Schboulha, ou Schqouqay ainsi que le mot Mohi pour vœu, on s'est servi des synonymes de serment (avec ses suites juridiques).
Par la Mischnâ, on sait quelles formules sont effectives pour ce que l'on s'interdit à soi-même ; mais les mêmes termes servent-ils à déclarer des objets consacrés au culte divin 3? On peut résoudre cette question à l'aide de cet enseignement* : Si, à la demande faite d'emprunter une hache, le prochain répond en jurant ne pas en avoir, et l'emprunteur (fâché) s'interdit par vœu (qônam) de tirer jamais parti des biens du premier, s'il a une hache qu'il ne veut pas prêter, ces biens restent interdits au second jusqu'après vérification d'absence de hache (donc, cette formule suffit à effectuer l'interdit des biens d'autrui). Toutefois, objecte R. Tahlifa, de Césarée, il y a cette distinction à établir là que le même langage, servant à l'un pour affirmer ne pas avoir de hache, sert à l'autre pour effectuer l'interdit des biens d'autrui, en raison de ce dilemme : ou la hache a été consacrée (interdite) par l'expression du premier, et les biens du même l'ont été par l'adjuration du second; ou ni l'un ni les autres n'ont été consacrés (on ne peut donc rien conclure de là), et la déduction serait seulement justifiée, d'interdire ses biens au prochain par cette for-
1. Ce sont 3 modes différents du môme terme corrompu. 2. Ce sont les corruptions du mot Harame. 3. Do façon à les interdire pour tous, ou à s'interdire ceux du prochain. 4. Tosselta à ce tr., eh. 4.
IGG TRAITÉ NEDARIM
mule, si après le refus de prêt le second avait ajouté qu'il interdit aussi ses biens à son prochain. Au contraire, dit R. Josua b. Hanania, il semble prouvé par cet enseignement que l'interdit est applicable: si en cas de constatation du manque de hache on avait dit que les biens du 1" restent permis, sans rien ajouter, on comprendrait que Tautre motif l'emporte ; mais puisqu'il est ajouté audit enseignement : « ces biens restent interdits jusqu'à vérification d'absence de hache », aussi longtemps qu'il y a doute sur cette présence, les biens restent interdits. Il en résulte que l'homme peut consacrer des biens au culte divin, en employant le terme qônam (usité au présent cas). R. Jérémie demanda : est-ce que l'on peut s'interdire un objet à soi-même en employant un terme ambigu, servant aussi bien à désigner un objet profane qu'à désigner un sacrifice? Oui, fut-il répondu, le moi gônam étant vague. Cependant, ceci ne prouve rien, et Ton ne peut rien déduire d'un terme corrompu, pas plus que des mots Schhoutha^ Schqouqa. Pourtant, Bar-Qapara a enseigné que l'appellation Heress (au lieu de Herem) a le sens d'anathème ', bien que ce mot ait le sens habituel de tesson (n'en résulte-t-il pas qu'on applique au terme sa signification la plus grave, impliquant l'obligation de sacrifice) ? C'est que, dit R. Zeira, ce mot peut avoir parfois le sens de Très-haut, comme dans ce verset (Job, IX, 7) : Il commande, Heress, au soleil, qui ne se lève pas.
R. Simon b. Lakisch dit : les termes en question sont des expressions populaires (erronées), comme il arrive à des Nabathéens d'appeler le Haspa (tesson) Kaspa (argent). — R. Yossé dit : l'avis de la Mischnâ (d'attacher de la valeur aux appellations corrompues du mot Nazir) est nécessaire pour les localités oil ce n'est pas l'usage de s'exprimer ainsi ; mais dans les localités oii c'est l'habitude, cela va sans dire, puisqu'il est évident qu'une appellation défectueuse du Naziréat n'en empêche pas la réalisation. — La Mischnâ parle des termes Schboutha, Schqouqa (corruptions de Scheboua\ serment). R. Hiya enseigne qu'il faut y joindre les appellations corrompues Schbouqa, Schqoua', Schqouda. De même, il est question de vœu énoncé par la formule Molli, par corruption de Momi, ou du serment formulé par Moïse, dont il est dit (Exode, II, 21) : Moïse consentit à rester chez Vhomme. Mais, demanda R. Yôna, pourquoi ne pas dire qu'il s'agit d'une formule de serment analogue à celle dont s'est servi Saûl, dont il est dit (I Sam. XVII, 39) : // ne voulut pas^ marcher? (Question non résolue). — Si l'on dit « que par ma droite ceci me soit interdit », ou « par la gauche », ce sont des formules réelles de serment. C'est que, dit R. Mathnia, il est écrit (Daniel, XII, 7) : // leva la main droite et la gauche vers le ciel, et jura par Celui qui vit éternellement.
3. Celui qui dit : « Ce que je mangerai de ce qui t'appartient sera pour moi comme non profane (mais sacré), ou non approprié pour moi, ni
1. V. J., Ir. Nazir, \, 1 (f. 51»). 2. Le sens habituel, dont lexegcle se tiétournc ici, est : Saùl essaya...