‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 136 sur 220 · I.IS lUI.Kltll · texte numérisé non relu

I.IS lUI.Kltll

Nicolas de Neuville, sieur de Villeroi, secrétaire dos Inancos, possédait, eu 1512, hors Pans, une maison

avec cour et jardin, dans un lieu voisin de celui où l'on fabriquait de la tuile, lieu que. dans les lit-es du quaiorzièmesièele, on nommait la SabioTWièpe, et que Charles VI, en 1416, qualifia pour la première fois du nom de Tuileries. U ie ordonnance du Louvre porte que toutes les tueries et escarcheries de Paris seront transférées hors les murs de la ville, [ires des Tuileries Samt-Honoré, qui sont sur la dite rivière de Seine, outre les fossés du chàieau du Louvre.

Eu 1518, Louise de Savoie, mère de François Ier, trouvant malsain le séjour de l'hôtel des Tournelles, le roi acheta la maison des Tuileries et les terrains avoisiuauts pour y loger sa mère; mais Louise ne se plut! pas davantage dans cette habitation qu'elle disait être trop loin de Paris, et, en 1525, elle la donnait à Jean Tierceliu, maître d'hôtel du dauphin, et à Julie Duirot sa femme, pour en jouir du'-aut leur vie. Les deux époux morts, maison et terrains revinrent à la courouue. Ou était alors eu 1564, Catherine de Médicis avait cessé d'habiter le palais des Touruelles depuis la mort d'Henri II, et était venue s'établir au Louvre, auprèsde sou filsCharlesIX, etpersouuene supposait que la reine voulût se séparer de ce fils avec lequel elle était au mieux.

Jusqu'à cette époque, l'année, suivant le calendrier et les traditions adoptées, commeuç lit le samedi-saint après vêpres, et le chancelier de L'Hôpital voulait que l'année datât à l'avenir du 1er janvier. Ou sait combien ces réformes sont généralement difficiles à établir et ce qu'elles soulèvent d'oppositions et de réclamations.

Catherine, soit pour contrarier le ministre, soit par conviction sincère, fut une des premières à s'opposera ce changement; mais L'Hôpital, ce Galon le Censeur, comme dit Brantôme, n'était pas homme à abandonner une idée qu'il croyait bouue : il tint fermo et tii si bien, que le roi, alors eu voyage, rendit la fameu.-i ordouuauce de Roussillon que le Parlement ne consentit à enregistrer que trois ans plus tard, en IS61, et par laquelle il était décidé que doréuavaut l'année commeucerait le 1er janvier.

Catherine, blessée dans son amour-propre, voulut bouder, et elle se résolut i quitter le Louvre. Mais où aller? le roi, par un édit du 28 j invier (même année), avait ordouué la démolition du palais des Tournelles, toujours à cause de la mort ail inri II. Catheriue voulait bien quitter le Louvre ! mais elle ne voulait pas ader trop loiu; elle jeta les yeux autour (t'eile et cil» apeiçut la maison des Tuileries, dans .laquelle, elle alla s'iu-taller : ceci se passait au mois de mai ISW.

Bientôt la maison parut bien petite à la puissante reine mère, qui résolut de faire construire uu pi . plus digne d'elle. Commençant par acheter des j.uv.ius qui avaient la Seine pour limite, elle les entoura .nmurs et elle, rit construire uu bastion (comme moyeu de défense) là où devait plus tard exister le trop laineux pont Tournant.

Eu môme temps elle faisait jeter les fondations d'un bâtiment dont le roi sou fils posa la première pierre : mais l'argent manquait pour continue'" l'œuvre. Catherine réalisa les fonds nécessaires en faisant vendre les termina v&cawts des hôtels des Tournelles et d' I goulo.ine, et chargea Philibert de 1, unie et Jean Bul-

i.ui .le ré iiiicMti .u du nouveau palais.

Le palais aohevé ue se composai! que de ce gros pa villou <ie l'Horloge, couronna alors par tin dftms vaste, circulaire et couvert en ardoises eu dépM du nom que portait le château. (Depuis on chan :a Lu forme de ce dôme qui, aujourd'hui, a la forme quadrangulaire.)

De Chaque Côté du pavillon central OU prolongea le* bâliiiieuts eu tonne de galeries, niais ees bâtiments avaient fort pou d'étendue (ils s'arrêtaient à droite et à gauche a pu près au tiers du développement qu'il» oui Requis depuis,)

1UIU-TAPIN

Tel qu'i' élait et entouré de ses grands arbres, avec sa vuesur 1» Seine et sur la campagi.e, le nouveau palais reçut les éloges de tous, et ou le trouva si beau que l'on crut que Catberiue y séjournerait toute sa vie, lorsque brusquement, sans raison appareille, sans cause expliquée, la reine mère abandonna les Tuileries pour aller habiter l'hôtel de Soissous (depuis Halle au blés), dont elle venait de faire l'acquisition.

Catherine, il faut l'avouer, avait la manie des emménagements et des déménagements, car, si je compte bien, la reine mère eut cinq résidences royales eu l'espace de moius de trente ans, Muissi ces premiers changements de demeure avaient eu pour cause des motifs politiques, il n'en fut pas ainsi du dernier.

Pourquoi C*i herine, après avoir f<il bâtir le beau château des Tuileries, y avoir employé ites sommes considérables, les talents des plus célèbres artistes et toutes les recherches et commodités du luxe, l'abaudonna-t-elle presque aussitôt qu'il fut achevé pour aller daus une autre demeure beaucoup moiusbelle? C'est que Catherine élait fort superstitieuse, que son astrologue, qu'elle contraignit à tirer son horoscope, lui annonça qu'elle mourrait dans un lieu appelé Saint- Germain, et que les Tuileries étaient s. tuées dans la paroisse Saint-Germain l'Auxerrois. Épouvantée, la reine mère «ml même un moment la pensée de faire démolir son œuvre.

Ainsi le château des Tuileries, cette première résidence royale de la terre, a eu pour cause de son érection une discussion à propos d'un changement dausle calendrier, et il faillit avoir pour cause de ruine la prédictiou d'un astrologue. Heureusement la fantaisie désastreuse de Catherine fut absorbée par des pensées d'uue autre importance.

C'était eu 1573 que Catherine avait abandonné les Tuileries, depuis cette époque jusqu'en 1596, le palais demeura désert et abandonné.

La façade du palais des Tuileries, telle qu'elle existe aujourd'hui, se compose de neuf corps de bâtiments b ;i tranché^. Catherine avait doue fait bâtir le centre, c'est-à-dire le pavillon de l'Horloge (t les deux bâtiments s'é>enJaut à droite et a gauche, qui devaient se terminer eux-mêmes par deux pavillons. Lorsque la reiue mère abandonna cette résidence, les deux pavillons des deux extrémités étaient à peine ébauchés.

II an IV, maître de Paris et ayant pacifié son royaume, songea aux embellissement de la capitale, et l'une de ses premières pensées se reporta sur les Tuilerie»; il ht terminer les deux pavillons 'commencés par Catherine, il ajouta les deux grands corps de bâtiments suivants, et il songea à rattacher le Louvre aux Tuiiines par celte galerie si belle qui longe le bord de la Seine. La façade des Tuileries, qui primitivement n'avait que quatre-vingt-six toises de développement, en acquit alors cent soixaute-huit. Cependant ce ne luieut que sous Louis XIII que le pavillon de Flore et le pavillon de Marsan furent terminés. Mais une remarquesingulière et qui peiutbien les usages et les mœurs de l'époque, sous Louis XIFI on voyait encore, dans l'enclos du château des Tuileries, les chantiers de bois, fours et autres objets nécessaires a la fabrication des tuiles.

Bien que Louis XIV affectionnât peu le séjour de l'aiis, sa dignité royale voulut cependant y faire achever laiésideuce àlaquelle avaient lait travailler ses prédéce-seurs. Levau fut chargé de réparer et de terminer les Tuileries. Ce fut lui qui remplaça le dôme circulaire du pavillon de l'Hurloge par un dôme quadraimulaire; il exhaussa ce pavillon et il termiua la galerie du bord de l'eau.

En écrivant l'épilogue de VIlôtel de Niorres, j'ai donné de la cour du Carrousel et de la façade des

Tuileries, sur cette cour, une description exacte à laquelle ie renvoie mes lecteurs. Au reslo, ce u'est pas de ce côté des bâtiments royaux que 'y. les prie de m'accompagner aujourd'hui; c'est du côté des jardins.

Avant Louis XIV, ce jardin des Tuileries, entouré de fortes murailles, flanqué d'un fossé profoud et d'un bastion qui le protégeait, était une promenade abso lument iudépeudaute du château. Une grande rue, nommée rue des Toileries, et un espace de terrain assez considérable (tout l'espace occupé aujourd'hui par les jardins particuliers) séparaient le château des jardins, ce qui fil dire a un rfroeur d'alors, en parlant de ce jardin dans sou Paris ridicule :

Qu'il est beau, qu'il est bien muré!

Mais d'où vieut qu'il est séparé.

Par tant de pas du domicile?

Est-ce la mode dans ces jours D'avoir la maison à la ville Et le jardin dans les faubourgs?

Près du bastion, Louis XIII avait placé sur le quai une porte de la ville appelée porte de la Conférence. Alors, le jardin des Tuileries renfermait une vasle volière, un étang, une ménagerie, une orangerie et une garenne qui en occupaient l'extrémité.

En 1665, Le Nôtre fut chargé de dessiner le jardin des Tuileries. Il changea tout : il le réunit d'abord au palais en faisant raser la rue; puis il fit élever les deux terrasses, celle de la Seine et celle des Feuillants, et cr user ti-ois ba-sins (ceux conservés depuis). A celle époque, le jardin se composait de parterres ornés de massifs d'ifs, de buis et d'un bosquet. Quant aux arbres, on les planta à l'état de bouture. Longtemps le jardin lut exposé aux ardeurs du soleil; mais, aucun roi n'habitant le pilais, personne ne se souciait d'en rendre agréables les dépendances.

Les années de la Révolution ne contribuèrent pas, ainsi qu'on le pense, à l'embellissement du jardin : absolument délaissé de 1789 à 1795, il élait dans un état de dégradation épouvantable lorsqu'en I79G la commission des inspecteurs du conseil des Anciens y lit exécuter d'utiles réparations. Les deux terrasses furent plantées de nouveaux arbres; les bassins et les escaliers fureut reconstruits et des grilles furent substituées aux portes de maçonnerie qui existaient dapuis Louis XIV.

A notre époque, où tout se métamorphose comme sous l'impulsion de la baguette d'une fée, il est euneux (ne serait-ce que pour mieux apprécier notre Paris merveille) de reconstruire fidèlement le Paris de nos pères.

Bleu peu", par exemple, peuvent se représenter aujourd'hui le jardin des Tuileries tel qu'il était en 1799. Comme de nos jours, il était bordé, à droite et à gauche, par la terrasse du bord de l'eau, et avait pour fond la façade du palais. Jadis toute la largeur du jardin, du'eôté des Champs-Elysées, était protégé! par le vasle bastion dont j'ai parlé. Le ïvôire avail fait disparaître ce bastion en continuant '.es penlM douces de ses terrasses; mais il avait soutenu ce* mêmes terrasses par une forte muraille que defendaH un large fossé.

Une sortie étant pratiquée entre les deux terrasses, il avait fallu souper à établir un moyen pour franchir le fossé, et eu 1716, ou avait établi là le fameux pont Tournant, iuveulé et construit par uu augustin , Nicolas Bourgeois. Ce pont élait composé de deux parties en planches qui, réunies pendant le jour, remplissaient la largeur du fossé et formaient passage. La nuit ces deux parties s'ouvraient, et chacune, tournant sur son ]>ivot, allait s'appliquer contre le mur de terrasse et laissait le fossé decouvarl. Le pont Tournant existait encore eu 1799.

Du côlé de la terrasse des Feuillants, le jardin était clos par un vieux mur en partie recouvert de charmilles. Alors la rue de Rivoli n'existait pas. Le terrain qu'elle occupe aujourd'hui (depuis le château jusqu'à la place Louis XV) était occupé par les anciens enclos et les jardins des Capucins et des Feuillants, et par une longue cour qui aboutissait aux manèges couverts et découverts des Tuileries, manèges conligus à la terrasse du jardin.

Ce fut sur l'emplacement de cette célèbre cour des manèges que l'on avait construit, en 1790, la salle où l'Assemblée constituante termina sa session, où l'Assemblée législative tint la sienne tout entière, où elle fut remplacée par la Convention qui y siégea jusqu'en avril 1193, époque où elle la quitta pour occuper une salle dans le château des Tuileries,

Enfin, cette salle du manège, souvent réparée, avait servi encore, sous le Directoire, aux séances du conseil des Anciens, qui l'avait occupée jusqu'en 1798, époque où la salle actuelle (Chambre des députés) fut construite.

En 1799, le jardin des Tuileries n'avail donc que quatre entrées : celle du pont Tournant, celle de la Terrasse du bord de l'eau, celle du pavillon de l'Horloge, et, du côté où est maintenant la rue de Rivoli, l'entrée située en face la rue Saint-Roch, qui seule arrivait jusqu'au jardin.

Le lendemain du jour où se sont accomplis les événements rapportés dans les précédents chapitres, et à l'heure où la promenade, qui commençait à revenir de mode, se voyait encombrée par la société élégante, un homme richement vêtu, descendant la rue Saint-Honoré, arriva à la porte des Tuileries et pénétra dans le jardin.

Cet homme se mêla à la foule, allant, venant, cherchant des yeux et paraissant en quête de quelqu'un ou de quelque chose. Tout à coup il traversa en droite ligne l'allée des orangers, et il se dirigea vers un personnage qui marchait, le front penché, comme un homme accablé sous le poids d'un violent chagrin.

Ce promeneur, c'était le comte d'Adoré, mais le comte d'Adoré vieilli de vingt ans depuis la veille. Ses yeux étaient caves, son front ridé, ses joues pâlies, ses traits tirés, sa démarche presque chancelante. En apercevant celui qui se dirigeait vers lui, ses yeux eurent un éclair dans leurs prunelles ; mais cet éclair déteignit aussi. ôt.

— Et Ferdinand? demauda-l-il.

— Rien; aucune nouvelle, répondit l'autre. Impossible de deviner ce qu'il est devenu?

— Et madame Geofi'rin?

— Elle est peut-être un peu mieux, si toutefois on peut nommer mieux l'état de prostration dans lequel elle se trouve.

— A-t-elle repris connaissance?

— Je ne crois pas. Elle regarde, mais sa physionomie n'a aucune expression.

— Elle parle?

— Elle balbutie quelques mots.

— A t-elle demandé sou fils?

— Non, heureusement.

— Mais, enfiu, Corvisarl la sauvera?

— Il n'ose encore dire qu'il l'espère.

M. d'Adoré leva les yeux vers le ciel, comme pour implorer sa pitié.

LU

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