TAPIN
tout, jeune enfant et qu'il avait grandi en Orient près de sou père.
Il y avait, en outre des déclarations de naissance, actes de mariage du père, etc. ; il y avait de nombreux papiers, des lettres, des notes douuant les détails les plus précis sur la famille, les relations, la position sociale. Dowtki classa ces papiers, et, sans se rendre compte de la pensée à laquelle il obéissait, il les serra précieusement, bien décidé aies garder.
Dowski arriva à Malte, puis il partit pour Tarente, heureux de revoir sa fiancée... Mais en Italie, un malheur terrible l'attendait... La jeune fille était morte...
D w=ki comprit que c'était Dieu qui le punissait: alors les remords, qui à peiues'élaient fait jour, déchirèrent sou âme et son cœjr. Il eut peur. . il se sauva n.: .-dchant où aller pour calmer ses souffrances et ses ... g jisses.
Lu. proie à là plus violente douleur, Dow.-ki en était arrivé aux pensées de suicide, quand il fit la rencontre î'uu homme... dont le nom ne doit pas ètrepronoucé ici, continua l'homme masqué en baissant la voix. Cet h mime, je me contenterai de le désigner par son titre : :c marquis.
Le marquis parut touché de la situation pénible de D wski : il voulut le consoler, et, pour lui faire oublier ses malheurs, il le. lança à pleines voiles sur la mer des plaisirs. Dowski se grisa dans une folle orgie... il vil qu'en se grisant il pouvait oublier, et comme Dowski était lâche, comme il avait peur de la mort, comme, eu pensant au suicide, il avait songé a échapper aux tortures morales et qu'il av:<it reculé en présence du sacrifice matériel, Dotvvki songea à se y.,ser chaque jour pour oublier et être heureux!
I. était riche; il quitta Tarente avec le marquis son a ni et li se rendit a Naples.
Là, la vie de débauche fut continuée avec plus d'en-
Irai lement encore. Di\v;ki l'ut présenté partout comme
un iiche seigneur étranger; le marquis le forma aux
-s manières et acheva de le perdre eu lui faisant
"obtenir quelques succès d'amour-propre.
On jouait chaque nuit. Dowski finit par tout perdre; au bout de tix mois de cette existence de débauche, il u'avait plus rien!
Un matin, le marquis le trouva pâle, défait, et ses regards anxieusement fixés sur un sequiu de Venise placé sur une peiiie table. Ce sequin, c'était toute la loi lune de Dow.-ki.
— Tu n'as plus rien? dit en riant le marquis.
— Un sequin, répondit Dowski. Il me faut donc abandonner la vie que je mène.
— Non pas; il faut la continuer, au contraire.
— Comment?
— Par Dieu! comme tu l'as menée jusqu'ici. Et pour cela faire, écoule-moi, carissimo ! Counais-lu Florence?
— Non, répondit Dowski.
— Eh bien! je pars pour Florence. Prépare-loi, ma voiture viendra te prendre à dix heures. A Florence, ,; i-xiste un banquier fort riche et fort célèbre, nomme Cipricci. Il y a douze ans aujourd'hui, c'était donc
que la révolution n'éclatât eu France, Capricci vit entrer, un matin, dans sou cabinet, un gentilhomme i: tuçais voyageur qui, à la veille de se lancer dans ; tualion lointaine, voulait déposer une partie i a fortune liquide eutre les mains d'un banquier sérieux. Il remit à Capricci deux cent mille livres de Fiance sans vouloir accepter de reçu.
— Ecrivez sur vos livrée, dit-il, .simplement que je pose cette somme entre vos mains. Je n'ai qu'un
fils : lui ou moi viendrons vous réclamer celte somme an jour, capital et intérêts. Si dans vingt ans aucun • ie nous n'est venu, c'est que nous serous morls. Alors vous garderez la somme ; je vous déclare mou héi Hier.
— Le gentilhomme partit; il n'est pas revenu.
— Eh bien? dit Dowski.
— Eh bien! il faut qu'il revienne, lui... ou son fils. Ce gentilhomme se nommait de Charney.
Eu enleudanl prononcer ce nom, Dowski devint plus pâle qu'un linceul.
— Mais, balbutia-t-il, ces hommes sont morts.
— Je le sais, répondit le marquis. La preuve c'est que voici leurs extraits d'acte mortuaire qui me sont arrivés hier de Beyrouth.
— Tu les avais l'ait demander? s'écria Dowski avec effroi. Mais lu sais donc...
— Je sais que tu es fort intelligent, carissimo, et je vais mettre à profit cette intelligence dont t'a doué la prodigue nature. De ces deux actes mortuaires, nous allons en conserver un, celui du père, etbrûler l'autre, celui du fils. Tout le monde, en Italie, ignore la catastrophe dont ils ont été les victimes. Tu as tous les papiers de la famille, tu peux te donner l'âge du fils... Tu iras trouver Capricci à noire arrivée à Florence, tu te présenteras comme le seigneur de Charney, tu établiras ton identilé à l'aide des papiers que tu possèdes, tu montreras l'acte de décès de Charney père, et, si tu es adroit, tu ne sortiras de l'hôtel du banquier qu'avec les deux cent mille livres et les intérêts accumulés dans ta poche.
Comprends-tu?
Dow-ki comprit effectivement, et, comme il était sur une pente fatale, il accepta. Le lendemain, il partait pour Florence, et huit jours après, il faisaitrevivre le nom de Charney eu se déclarant leur unique héritier. Capricci n'avait aucune raison pour douter de l'identité du jeune homme; il paya...
Depuis ce moment, Dow=ki s'effaça complètement pour faire place à M Aunibal de Charney. Que devintil, depuis ce moment? il est inutile que lu le saches. Qu'i'l le suffise de savoir qu'il apprit, lui, ce qu'était devenu Ali, le renégat de Beyrouth, son infâme complice ou l'instigateur du crime accompli.
Ali avait quitté l'Oneut pour rentrer en France; il était arrivé au commencement de la révolution... Ali, qui avait habité Paris jadis; Ali, qui avait même été militaire et qui s'était fait chasser de sou corps pour escroquerie; Ali avait renoué bientôt avec toutes les mauvaises connaissances de sa jeunesse.
Il gaspilla l'argent provenant du vol eu folies de tous genres, et bientôt la misère le prit à la gorge : il avait commencé par habiter un appartement doré, et aujourd'hui il est... à l'hôpital.