LES TRÉSORS
— Ecoute-moi, Hamelin, et que pas une de mes paroles ne s'efface de ta mémoire, repritle comte après un silence. En parlant du monstre qui a été Le démon exterminai; teur île sa famille, j'ai réveillé tous les souvenirs du p.i ■ .
Tu connais eu détail toutes ces ténébreuses affaires de la famille de Niorres, toutes celles de la famille de Morandes et celles aussi de la famille de Cantegrelles... Tu que le but poursuivi par ce soi-disant marquis de Camparini était L'accaparement successif de toutes ces Immenses fortune ?
— Oui ! oui ! dit Hamelin. A l'époque de la Terreur, vous m'avez tout raconté en détail, mon bon maître. Vous disiez que vous pouviez être pris et guillotiné, et vous vouliez laisser après vous quelqu'un qui. connaissant tous co- infâmes mystères, pût continuer ù protéger les innocenl - et à faire punir les coupables. Tout ce que vous m'avi . il me semble que vous venez de le faire et que je l'entends encore.
— Donc, reprit M. d'Adoré, tu sais que le petit-fil conseiller de Niorres a été retrouvé par miraele. Cet enfant, reconnu pour ce qu'il él ùl réell m n I être mis en possession delà fortune île s s pères. Malheureu sèment une partie de cette fortune a
parles commi le la Convention, et
restitution esi encore pi . Tu te raj
procès qui eut lieu jadis à propos de cette fortune. que l'on croj ait La ligne directe des Nio ntn
i in comte de Sommes et les demoiselles de N';, , er. 1 n premiei it avait m
il Sommes ^a posse: sion de cette fortune, mais ce juger mentfutvit é. Cependant de Sommes avait été proi
i un t ■ i : 1 1 , - o.H sanl pour pouvoir tent h ir.Ilavaii ait vendre plus! lincs pour la somma.
de deux millions de fran< s qui entra
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Le notaire fut chargé de veiller sur i i inil-
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jugement rendu le déclara seul et unique descendant de la famille de Niorres. La question des deux millions ne fut même pas présentée. Maître Raguideau n'en avait parlé à persi mne.
Enfin, il y a quinze jours, l'enfant est revenu. Ce fut alors que maître Raguideau faisant appeler les deux nièces du conseiller, les deux cousines de Louis, les femnfin de MM. Bonehemin et le Bienvenu, leur révéla l'existence de ces deux millions. Toutes les pièces des précédents procès avaient été détruites pendant la Révolution : rien n'attestait l'existence de cette fortune. Cette révélation inattendue nous causa à tous1 la plus grande surprise. Le lendemain nous devions revoir le notaire... le lendemain mesdames Bonehemin et le Bienvenu disparaissaient à leur tour.
Ce fut alors que maître Raguideau s'adressa à moi, me disant que des circonstances impérieuses l'empêchaient de demeurer plus longtemps dépositaire de ces deux millions. La maison dans les caves de laquelle ils étaient enfouis allait être démolie... elle menaçait ruine.
Je parlai de cela alors à Henri et à Charles : dans leur douleur, ils me supplièrent de me charger seul de cette affaire.
— Mais, dit Hamelin, pourquoi ne pas déclarer hautement cette somme, puisque l'enfant est reconnu : on peut la déposer en son nom.
— Oui, mais déposer cette somme en son nom, c'est déclarer Niorres possesseur de deux millions! Or, Camparini n'est pas mort, j'en suis sûr. Déclarer Louis riche de deux millions, c'est jeter l'enfant sous les coups de l'infâme bandit.
— Cependant, mon bon maître, il faudra le faire tôt ou tard.
— Plus tard, Niorres sera en état de se défendre. Maintenant il est trop jeune... Puis, écoute, Hamelin, je rais te confie I us nos secrets!... Cette fois, Jacquet affirme être sur les traces de la société du Roi du bagne,
fois, il jure que quinze jours ne seront pas écoulés avant que la société soit purgée de ces misérables... 11
donc m indre, Hamelin, et si dans quinze jours le jeune Niorres n'a rien à redouter, on le déclarera hautement possesseur de» ces deux million-,
— Je comprends, monsieur.
— Ce qu'il faut en ce moment, c'est retrouver une cachette sûre pour cette somme importante. A cette heure, Paris n'est pas tranquille... un mouvement peut éclat r
. ces deux millions doivent être mis eu
ii.l'. té.
— Et où seront-ils mis alors?
— Ici, sous ta garde !
— Ici ! s'écria Ham lin.
— Oui, maître Raguideau, qui te connaît, est tout à fait de cet avis.
— M . millions en or ou en argent... c'est lourd
it...
— Il n': "i cent mille francs en or. Quinze cent
3 convertis en diamants. Le trans- ; i effectué, d matin, par des
i . Tu auras préparé une il connaîtras... Tu as compris ?
— Tu n'aui - de ce dépôt que quelques jours...
— Il sera bien gardé, je vous en réponds !
— ( 'lit il. d'Adoré. Qu'as-tu fait du coffret nue j'ai apport hier?
— < \ ous m'avez ordonné de garder à vue jus-
- otre retour?
- oui.
— 11 est là, il ne me quitte pas. Tenez, le voici sur ce bahut. Si je sortais, Mariic demeurait auprès : elle et moi n'avons p ' le veiller. Vos ordres ont été strictonent exécutés.
— Donne-moi ce coffret.
Hamelin alla le prendre et le plaça sur la table devant
M. d'Adoré. Aux efforts que fit le fermier pour le soulever et l'apporter, il était facile de juger que ce coffret devait être extrêmement pesant. Lecomtelecomtempla longuement et deux larmes débordant de ses paupières glissèrent sur ses jours.
— Ce coffret! dit-il avec un douloureux soupir, c'est un héritage!
— Un héritage! répéta Hamelin.
— Hélas! ce sont les bijoux des d'Horbigny et des Saint- Gervais joints à ceux des Sarville et des Cantegrelles ! Ce coffret appartenait à M. de Signelay et à Uranie, sa femme. La valeur de ce qu'il renferme est immense, Hamelin. Dans ces temps de trouble, Signelay avait, le plus qu'il avaitpu, converti sa fortune et celle de sa femme en pierreries, afin de pouvoir, si besoin était, quitter Paris et la France en emportant leurs richesses. Il y a là, mon ami, pour plus de quatre millions peut-être de pierreries précieuses. C'est encore un dépôt que je confie à ta loyauté et à ta vigilance !
— Mais, dit Hamelin, pourquoi, mon bon maître ne pas garder tout cela vous-même.
— Oublies-tu donc que ma maison de Saint-Cloud vient, d'être violée par des chauffeurs? D'ailleurs, puis-je répondre de moi-même? Sais-je si, après s'être attaqué à ceux que j'aime, demain on ne s'attaquera pas à moi?
— A vous !
— Pourquoi non! Dois-je dès lors laisser cette fortune l'héritage enfin à la merci de mes ennemis? Puis, suppose un moment l'accomplissement d'un miracle, suppose qu-'Uranie, que Signelay, que Lucile aient échappé... qu'ils vivent encore, qu'ils reviennent!... Ne dois-je pas le ur conserver intact ce qui est leur bien ? Ce coffret, Hamelin, tu vas le cacher comme tu cacheras demain les deux millions des Niorres. Je neveux même pas savoir où tu les enfouiras. Que toi et ta femme connaissiez seuls ce secret. Je t'ai dit tout, je ne t'ai rien laissé ignorer, afin que si je mourais tu puisses remettre ces trésors dont tu es dépositaire. Sije mourais, Hamelin, tu irais trouver maître Raguideau le notaire et tu lui raconterais tout ce que je viens de te dire : il agirait . et tu obéirais.
— Oui, mon bon maîtr .
— Maintenant, reprit le comte, moi seul et toi, connaissons jusqu'ici ce dépôt. Ainsi quejetel'ai dit,que Mariic, ta femme, soit ta seule confidente. Par ces temps de chauffeurs et de bandits, il serait imprudent de laisser même soupçonner dans ta ferme lu présence d'un tel trésor. Lorsque je t'ai apporté cette cassette hier dans ma voiture, j'ai la certitude que personne n'a pu soupçonner son importance, ni même sa présence. Je l'ai prise chez le colonel Maurice Bellegarde. Gringoire l'a descendue, sans savoir ce qu'il portait, car elle était entortillée de toile comme un petit ballot. Maurice et moi connaissions seuls l'existence de ce trésor. Donc personne ne peut soupçonner, je te le répète, la présence de ces valeurs énormes dans ta ferme.
— Oh! dit Hamelin en relevant la tête, quand même on la soupçonnerait, ma ferme est bien gardée ! Mes chiens dévoreraient toute une bande deehaui I j'ai ici dix
en bon état et dix serviteurs âdèl s, d s Br que j'ai fait venir et qui recevraient les chauffeurs, comme
ils recevaient au placis les sans culottes de Carrier !
— N'importe, dit il. d'Adoré, il est plus prudent de garder un secret absolu. Personne ne sait ce qui que personne ne le sache ! Demain les deux million - •■ . transportés avec la même précaution, je m'en char..
— A quelle heure vieudrez-vous?
— Vers neuf...
Un aboiement formidable et répété interrompit : quement le comte. Coumà, le lévrier caraïbe, qui s jusqu'alors tenu couché aux pieds de M. d'Adoré, s< dressa d'un bond en faisant entendre un ment
sourd.
— Eh bien! qu'est-ce donc? dit Hamelin en allant ouvrir la porte.
BIBI-TÂPIN
Oonmà s'élança d'un seul bond, passa comme une flèche devant le fermier et se précipitant dans la cour joignit ses aboiements à ceux de César et des deux autres bouledogues.
— Qu'ont donc tes chiens? demanda le comte qui s'était avancé près du fermier.
— Je ne sais pas, je vais voir.
Hamelin descendit dans la cour et prit au passage une fourche plantée dans un tas de fumier, dont il s'arma par précaution. Il s'avança vers la porte d'entrée. Les quatre chiens étaient réunis devant la porte en un seul groupe, hurlant à qui mieux mieux.
Hamelin s'approcha de cette porte et montant précipitamment sur une borne, il passa sa tête par-dessus le mur bas formant clôture. La plaine était déserte. Au reste, les chiens avaient cessé d'aboyer, ils flairaient la terre.
Le fermier descendit et s'avança, les quatre chiens se reculèrent avec une sorte de terreur comme s'ils eussent craint d'avoir mécontenté leur maître. Hamelin se baissa et explora la terre.
— Ah ! dit-il en ramassant un gros morceau de viande qui gisait devant la porte.
Et tenant le morceau de la main gauche, il le montra à ses chiens en les menaçant du manche de sa fourche qu'il brandissaitde lamain droite. Les chiens reculèrent l'oreille basse et tremblants. Hamelin jeta sa fourche et rentra dans la maison en tenant toujours son morceau de viande à la main. S'approchant de la lumière, il l'examina avec attention. Le morceau de viande était saupoudré d'une poudre flne et blanche.
— Ah! ah! fit Hamelin, on a voulu empoisonner mes chiens ! C'est bon à savoir.
— Empoisonner tes chiens! s'écria le comte.
— Oui. C'est de l'arsenic cela, j'en suis sur.
— Mais si on y parvenait... cela est facile.
— Oh! que nenni ! mon bon maître. Les Bretons sont plus malins que cela ! Mes chiens sont dressés à ne manger que ce que moi ou ma femme leur donnons. On pourra leur présenter tout ce qu'on voudra, ils regardent, ils flairent, mais, si je ne leur dis pas de manger, ils mourront le faim à côté. Quant au lévrier, c'est bien autre chose lui;
avant de manger, il regarde sa nourriture, il la tourne et retourne, il la flaire... Si on l'attrape jamais celui-là, faudra être malin. Mais, n'empêche, on a voulu empoisonner mes chiens, c'est un mauvais coup... Demain soir j'organiserai mon affaire. Je ménagerai une sortie pour iretje veillerai avec un fusil... Nous verrons bien... Si on vient... on n'en reviendra pas!