LA BARRIÈRE DES PAILLASSONS
Après avoir quitté le souterrain dans lequel il venait d'avoir avec Bamboula la singulière conversation rapportée dans le précédent chapitre, le nègre s'était trouvé dans un corridor long et étroit, comme ces corridors de couvent, qui parcourent tout un corps de bâtiment, desservant toutes les cellules d'un même étage.
Ce corridor n'était pas plongé dans des ténèbres aussi épaisses que celles qui envahissaient les caves. De s ouvertures pratiquées de distance en distance dans la mu raille permettaient aux rayons argentés de la lune d'envoyer leurs pâles reflets jusque sur le plancher de chêne qui recouvrait le sol.
Le nègre parcourut le couloir dans toute sa longueur : à son extrémité il trouva une porte qu'il ouvrit en faisant jouer un ressort caché dans la muraille. Un escalier descendait en spirale : une petite lanterne, accrochée dans un angle, éclairait les premières marches. Le nègre décrocha la lanterne et descendit vivement. A l'extrémité de cet escalier était encore un couloir, plus étroit que le couloir supérieur, puis, au bout de ce couloir, un autre escalier remontait
Quand le nègre eut gravi les degrés de ce second escalier, il se trouva en présence d'une trappe placée à plat, comme celle des anciennes entrées de cave. Il éteignit sa lanterne, puis il prêta l'oreille. Sans doute le silence le rassura, car il appuya doucement son épaule contre la trappe qu'il souleva lentement, avec précaution. Quand l'ouverture fut assez grande, il fit glisser son corps et s'élança au dehors. La trappe se referma d'elle-même, sans bruit.
Le nègre regarda autour de lui : il était sur le chemin de ronde : le souterrain qu'il venait de traverser passait sous le mur d'enceinte de la capitale. La trappe ouvrant sur ce chemin était dissimulée derrière un petit hangar bâti sur le bord de la route.
Le nègre était alors près de la barrière des Paillassons. En face de lui s'ouvrait une petite rue. Il paraissait réfléchir et hésiter.
— Allons ! murmura-t-il. il faut agir! Il ne m'avait pas trompé, puisque Bamboula a confirmé tous ses renseignements. Voici la ruelle qu'il m'a indiquée ..Quelle heure est-il?... Deux heures et demie. Cassebras sera bientôt au poste que je lui ai indiqué.
Le nègre lit un mouvement comme pour traverser le boulevard, mais une nouvelle réflexion le retint.
— Si tous s'entendaient !... se dit-il, si j'allais tomber dans un piège... je suis seul... Faire naufrage au port!... être vaincu au moment de triompher... Non! non! cela n'est pas possible!...
Puis, après un silence :
— D'ailleurs, il faut en finir! ajouta-t-il : il y en a assez qui souffrent pour que toute hésitation doive cesser ..
Et il traversa rapidement le boulevard, s'engageani dans la ruelle, il la remonta en comptant vingt-cinq pas.
— Vingt-cinq!... dit-il à voix haute et en s'arrêtant. Alors, reprenant dans sa poche le sifflet qu'il y avait
replacé, il le porta à ses lèvres et il en tira un son aigu accompagné des modulations originales qu'il venait de faire entendre dans le souterrain : mais cette fois ces modulations, au lieu d'être douces, furent vibrante- et sonores.
Cela fait, il attendit : tout était, rentré dans un profond silence. Tout à coup un bruit retentit à droite : le nègre
se tourna de c )té. Un homme était prés de lui. sans
qu'il lût possible de dire comment ni d'où cet homme avait surgi.
(Ytiit une sorte de colosse tenant à la main un sabre nu et ayant une paire de pistolets passés à sa ceinture. La lune, qui resplendissait au ciel, permettait de constater ces détails :
— Mère Escorbille ! dit le nègre d'une voix impérative.
— Vivant''.' répondit le colosse.
— Non, morte!
— Où!
— A Vienne!
— Quand?
— La nuit dernière.
— L'heure?
— Minuit deux minutes
L'homme fit un signe de satisfaction en reculant et en abaissant la pointe de son sabre.
Le nègre passa devant lui et continua sa marche. Tournant à gauche, il quitta la ruelle pour suivre une voie adjacente.
Depuis quelques instants, depuis que le nègre avait échangé avec l'homme au sabre les paroles que l'on vient de lire, le silence qui jusqu'alors avait régné profond et absolu, était troublé de minute en minute par une succession de bruits lointains dont il était difficile de définir la cause.
Le nègre s'avançait, marchant en homme certain de la route qu'il a à suivre Les rues qu'il suivait et qui certes étaient fort peu dignes de ce nom, ressemblaient à ces chemins de campagne qui parcourent les villages. Bordées souvent par des murailles délabrées, ici par un simple fossé séparant la voie d'un champ, là par une haie, plus loin par une succession de masures basses à l'aspect misérable, ces ruelles étroites s'enchevêtraient les unes dans les autres.
Bientôt le nègre atteignit une rue plus large et bordée de maisonsdans tout son parcours ; à l'extrémité de cet! • rue, qui était courte, se dressaient de grands arbres aux cimes dénudées, bordant un chemin qui devait couper la rue à angle droit.
— Voilà le petit chemin des Paillassons ! se dit le r.è-
au
r,i!:i-ï.\iM\
gre en inspectant le terrain tout autour de lui. Est-il à son poste?
Le nègre s'approcha de la première maison à droite, et,
s'appuyant contre la muraille, il regards attentivement;
i rue était absolument déserte : on entendait dans l'air
ce bruit vague et sans nom qui avait succédé au silence
profond de la miit.
— Personne ne m'a suivi, murmura le nègre, personne ne m'espionne, doue personne ne se doute de ma présence ici. Ah ! décidément, je crois que cette fois la bonne cause triomphera! Allons! il faut qu'il vienne, lui.
Quittant la façade de la maison, le nègre suivit le mur à droite. Cette première maison, comme les suivantes, était bâtie sur la rue, mais elle avait ses derrières élevés far un terrain en friche, sorte de champ sauvage qui l'étendaità perte de vue et tel qu'en présentait alors la plaine de Grenelle, ce Sahara parisien devenu de nos jours une cité animée.
Le champ venait aboutir au pied même des murs des maisons ; aucune route ne les séparait. Une sorte de petit sentier tracé par les piétons indiquait seul le passage choisi par les habitants. Le nègre s'avança sur ce sentier qu'il parcourut rapidement.
En atteignant la hauteur de la quatrième maison, il s'arrêta de nouveau, interrogea encore les alentours pour s'assurer qu'il était bien seul, et qu'aucun regard indiscret ne planait sur lui. Certain de n'être ni observé, ni épié, il se baissa vers la terre. Sa main droite, en suivant la muraille, passa derrière une touffe de mauvaises herbes et rencontra l'ouverture d'un soupirail garnie d'une croix de fer. Le nègre appuya sa main et parut faire un effort.
— 11 est venu ! dit-il avec une expression c!esa*isfactiou évidente.
Et s'agenouillant pour se pencher plus encore, il écarta les broussailles et avança la tête.
— Cassebras! murmura-t-il à voix basse.
— Voiià! répondit-on. Tu peux entrer, citoyen, la mai son est déserte.
Le nègre tira à lui la croix de fer qui, montée sur charnières, s'ouvrit comme une porte. L'ouverture du soupirail demeura large et béante : le nègre y introduisit ses jambes et se laissa glisser. Deux bras vigoureux le reçurent et l'aidèreni à reprendre son aplomb.
— Là-haut, il y a de la lumière, dit Cassebras.
Les deux hommes quittèrent la cave et remontèrent par un escalier intérieur. Bientôt ils se trouvèrent dans une pièce du rez-de-chaussée, aux rideaux des fenêtres soigneusement fermés, et éclairée par une lampe placée sur une petite table au centre delà chambre.
— Eh bien? demanda le nègre en fixant sur le fort de Ta halle son œil inquisiteur, ei qui parut vouloir aller fouiller jusque dans les replis les plus cachés du ccr- ', eau.
- Eh bien!... j'ai vu Rosette... répondit le fort de la halle.
— Ce soir?
— Oui.
— Où cela ?
- Dans une maison sur le chemin de ronde.
— Près de la barrière de la Cunette ?
— (en.
i "i jo i';:\ is dit qu'elle étail ?
ici \ 1 ; j | .
'l'u vois bien que je ne m'étais pas trompé. Ah! tu l'as v ne ' m lui as parlé?
Non.
Quoi ! tu ne lui as rieu dit '.'
— ,1c n'ai pas pu.
[i Cassebras raconta alors tans rien omettre, mais ;i 1 1 s s i sans rieu ajouter, sa visite au pavillon situé près
du i bemin de rende.
Ab! ah1 m ii nègre réfléchissante ce qu'il venait h entendre, Thomas a pris imite- ses précautions, il pa rai trait; il a prévu même le cas nu tu eusses voulu déli-
vrer Rosette de force. Un canon de carabine braqué' sur elle d'une part, et ensuite il t'a averti que Rosette quittait le pavillon, sans doute pour t'cnlever la fantaisie de tenter un coup de main. Décidément Thomas est fort. 11 faut que tu tues Spartacus, maintenant. Eh bien, mais c'est fort logique, cela? Quand tu auras accompli de point en point tout ce qu'on veut te faire faire, tu appartiendras pieds et poings liés aux chauffeurs, l'n garçon de ta force, c'est une jolie acquisition pour la bande.
Cassebras avait pris une énorme pelle à feu placée dans la cheminée, et il s'amusait tout en réfléchissant, à en tortiller la tige qu'il redressait ensuite.
Le nègre le regarda fixement.
— Es-tu toujours décidé à demeurer honnête homme? demanda-tol brusquement.
Cassebras tressaillit et regarda à son tour son interlocuteur.
— Est-ce que tu en doutes? dit-il en fronçant ses épais sourcils.
— Non... mais tu aimes Rosette.
— Eh bien?
— Travailler à la délivrer, c'est travailler à la rendre à Spartacus.
— Qu'elle soit heureuse, et ensuite...
Cassebras n'acheva pas. Un silence suivit cette phrase commencée et interrompue. Le nègre ne disait rien; il paraissait attendre.
Tout à coup Cassebras se leva et repoussa son siège ; puis, se mettant à marcher rapidement, il fit plusieurs fois le tour de la chambre avec les allures d'un lion enfermé dans une cage, dont il s'apprête a briser les barreaux.
Revenant vers son interlocuteur, il s'arrêta tout aussi brusquement qu'il s'était levé.
— Eh bien ! oui, j'ai vu Rosette, dit-il d'une voix rauque; eh bien! oui, je l'ai entendue. Elle parlait de Spartacus qu'elle aime; elle a dit que, si elle devenait veuve, elle ne se remarierait pas; elle a dit qu'elle était malheureuse; elle a pleuré; elle a gémi; elle a prié. Je l'ai vue à deux genoux sanglotant, elle que j'aime plus que ma vie. Alors j'ai tout compris. Elle ne m'aime pas, elle ne m'aimera jamais. Je veux qu'elle soit heureuse; je la délivrerai. Oui, je la ferai libre; mais je ne veux pas même qu'elle le sache : je ne veux pas qu'elle me dise merci '. Spartacus a donné à manger à ma pauvre mère... je lui rendrai sa femme, nous serons quittes.
— Tu ne tueras donc pas Spartacus? demanda le nègre.
— Moi ! Est-ce que c'est possible!
— Tu l'as promis, cependant.
— Oui ! j'ai promis de le tuer, mais c'est pour le sauver. Si j'avais dit non, qui suit si Thomas n'aurait pas donné' l'ordre à un autre.
— C'est, vrai, dit le nègre.
— Non, reprit Cassebras avec une sorte de rage sourde, non, je ne tuerai pas Spartacus ; non. je ne frapperai pas celui qui a été mon ami et l'ami de ma mère: mais si je ne tue pas celui-là, \ ois tu, il faut que j'en lue un autre.
Air j'ai trop souffert : j'ai besoin de faire souffrir à mon tour. Tu entends ? il faut (pie je frappe, car si je ne
frappe pas un autre, ce sera moi que je frapperai, et ma pauvre mère me maudira pour l'avoir lâchemenl ai.au
donnée.
Le nègre se dressa vivement. Saisissanl la main puissante de son interlocuteur :
— Carde ta COlèTB, dit il d'une voi\ frémissante. Oui,
tu frapperas, mais tu frapperas comme frappe le glaive,
de la justice; tu tu, 'ras connue tue la main armée par
Dieu pour vengerla société bumaine. Écoute, Cassebras. Thomas t'a promis Rosette si dans cinq jours tu as tue
spartacus. Thomas est un monstre, un élre internai, i de ces créatures sans nom que lu nature forme de
siècle en siècle, poui prouver jusqu'où elle peut atteindre
en mal. Comme elle l'orme de siècle en siècle aussi les
■-. pour prouver que sa puissance en bien n'a pas
de limites; Thomas est l'ennemi de tout ce qui est bon et
généreux, de tout ce qui est loyal et honnête; c'est l'incarnation des vices. Depuis quinze ans, cet homme est parvenu à échapper au châtiment que lui réserve la justice humaine. Il faut que cet homme soit puni cependant; il faut que la justice triomphe. Tu t'es fait jusqu'ici l'instrument de tes passions, Cassebras; tu as agi uniquement dans le but de sauver la femme que tu aimes. Veux-tu faire plus aujourd'hui? veux-tu devenir l'instrument de cette justice qui doit triompher?
— Oui, dit le fort de la halle, je suis prêt.
— Alors si tu veux frapper, si tu veux tuer, tu frapperas et- tu tueras, car je serai la loi et tu seras le glaive' !
LE TAFIER
L'esprit humain pourrait-il calculer jamais la somme d'événements divers qui peuvent s'accomplir à la même heure, je ne dirai pas sur la surface du globe (ce qui serait un champ trop vaste), mais sur un même coin de ce globe? Que de fois a-t-on accusé l'écrivain d'exagération, parce qu'il paraissait entasser faits sur faits, événements sur événements ! Rien n'est plus injuste cependant qu'un semblable reproche.
Qu'est doirc l'invention, si féconde qu'elle soit, auprès de la réalité de chaque jour! Je n'en veux pour preuve que les faits-divers des grands journaux. Ces faits racontent chaque matin ce qui s'est accompli la veille, à Paris seulement, c'est-à-dire ce qui, dans les faits accomplis, est venu à la connaissance publique. Eh bien! prenez votre journal, cher lecteur, additionnez la série de vols, de crimes, d'événements, d'accidents accomplis en vingtquatre heures chaque jour; ajoutez, au chiffre total des laits connus, le chiffre des faits inconnus du public, mais connus seulement de nous seuls, c'est-à-dire ces catastrophes intimes que l'on se raconte d'ami à ami, mais auxquelles la publicité est interdite, et ensuite ilii'S-moi franchement si l'écrivain, qui passerait pour être le plus exagéré, peut être encore taxé d'exagération ?
Et nous sommes à une époque d'ordre, de tranquillité, à une époque où la sage administration de la police veille sur nous et préserve les honnêtes gens : que l'on se tigure dès lors ce que pouvaient être les plaies sociales de l'espèce de celle qui nous occupe, en un temps de révolution, de désorganisation et de faiblesse ?
Que le lecteur réfléchisse et il ne m'accusera certes pas d'exagération, alors que je fais tous mes efforts pour composer une peinture exacte des mœurs, des faits et des coutumes d'une époque si voisine de la nôtre et cependant si différente de celle dans laquelle nous vivons.
A cette époque où la Révolution avait tout détruit et où le Consulat, à la veille de son avènement, n'avait pu encore, par conséquent, reconstruire, la police, telle que nous l'entendons aujourd'hui, n'existait pas. Foucfoé en rêvait l'institution, il avait ses plans arrêtés, mais les circonstances ne lui avaient point encore permis de donner un corps à sa pensée.
Or, si Paris était mal gardé, que penser de ce que devait être la banlieue. C'était un peu comme au temps du bon roi Henri : le soleil couché, les voleurs se levaient et les honnêtes gens n'avaient plus qu'à trembler. La nuit surtout (les patrouilles grises n'existaient pas alors), le pavé de la capitale et celui des banlieues devenait l'empire des chauffeurs de tous rangs et de toutes bandes. Ceux qui se hasardaient, seuls la nuit dans les environs de Paris devaient être ou bien braves, ou bien fous, à moins qu'ils ne fussent de hardis malfaiteurs.
Aussi, qu'eussent pensé les habitants du faubourg Saint-Germain, de cet homme, cet incroyable élégant que nous avons entendu causer avec le nègre, s'ils eussent pu supposer qu'à deux heures et demie du matin, cet homme se promenait, solitaire et tranquille, jouant avec les chaînes de ses montres qui pendaient à ses côtés, et
paraissant aussi peu soucieux du danger qu'il affrontait en s'engageant sous les arbres de l'esplanade des Invalides, que s'il eût porté ses pas sur le boulevard, en plein midi.
11 marchait lentement, se dirigeant vers l'hôtel qui dressait en face de lui sa masse noire et son dôme magnifique. Arrivé devant la grille, il s'arrêta, se retourna comme s'il eût cherché ou attendu quelqu'un, mais ne voyant rien sans -aoute, il tourna à droite et longea le côté droit de la rue de Grenelle.
Pressant le pas, il atteignit les abords du champ do Mars, prit uni; allée qu'il remonta jusqu'à la bautrur de l'École militaire, et là, il attendit encore. Deux heures et demie sonnèrent à l'horloge.
— Allons ! murmura l'incroyable en portant la main à son masque qu'il assura sur sa figure. Encore une épreuve, la dernière... et ensuite je serai convaincu.
Prenant sa course, il passa comme un trait devant la façade de l'École : au moment où il atteignait l'extrémité opposée, quelque chose de blanc, un objet mince et léger, parut se détacher de l'une des poches de son habit et tomba en voltigeant sur la terre. L'incroyable ne s'aperçut pas sans doute de la disparition de cet objet, qui n'était autre qu'une feuille de papier pliée en forme de lettre.
Arrivé à l'angle de l'avenue qui suit le côté droit de l'École, il continua sa course, en la ralentissant un peu cependant, jusqu'à ce qu'il eût atteint l'autre avenue coupant celle qu'il suivait et qui se dirigeait, elle, vers la barrière de la ville.
Alors, tournant précipitamment sur lui-même, il reprit sa course avec une vélocité plus grande, et, revenant sur ses pas, il parcourut la distance qu'il venait de franchir. Quand il eut de nouveau commencé à longer la façade de l'École militaire, il s'arrêta et regarda attentivement à terre, autour de lui.
Un point blanchâtre attira ses regards: il se baissa, ramassa un papier et, l'examinant rapidement, il le mit dans sa poche.
— Décidément, dit-il avec un soupir de satisfaction, personne n'est sur mes traces. Si j'eusse été suivi; le premier soin de l'espion eût été de ramasser ce papier et de s'assurer de ce qu'il contenait. Or, ce papier écrit en chiffres, eût paru certes trop précieux pour qu'on n? s'en fût pas emparé. On ne l'a pas ramassé, donc la rout* est libre !
Alors, au lieu de tourner à gauche et de reprendre le chemin qu'il avait suivi, l'homme masqué suivit l'avenue se dirigeant vers la barrière de Grenelle.
Deux heures trois quarts sonnèrent :
— La réunion est pour trois heures ! murmura l'incroyable ! J'arriverai à temps.