LE CONCILIABULE
— Comprenez-vous enfin où je voulais en venir?comprenez-vous où m'ont conduit quinze années de peines, de labeur, de réflexions et d'inventions? Combien de
. fois ai-je failli être vaincu durant ces quinze années de ; lutte!... Je me suis courbé, mais jamais je n'ai été renversé, et aujourd'hui je me redresse plus fort, plus puissant, vainqueur enfin 1
Et rejetant en arrière, avec un geste empreint d'une énergie dominatrice, les longues manches de sa robe de soie, le président promena sur la petite assemblée ses regards ardents qui filtraient à travers les trous du capuchon rabaissé comme deux .jets de lave incandescente.
Les cinq personnages formant auditoire demeuraient dans la même attitude calme et réservée.
Lue demi-heure s'était écoulée depuis l'instanl où on avait présenté au paysan le plan de la ferme de Fonte-
nay. Le paysan venait d'être emmené à son tour après qu'il eut donné tous les détails qu'il était capable de fournir. Maintenant la salle voûtée ne contenait plus que les six hommes revêtus de la longue robe noire au capuchon rabaissé sur la poitrine. Une tribune, la dernière des six petites, celle placée à la droite du président, demeurait toujours libre.
Après cet exorde prononcé d'une voix sonore, le président, qui s'était levé, reprit sa place dans son fauteuil.
— Avant d'aller plus loin, messieurs, reprit-il avec un accent plus calme, il faut procéder au partage du trimestre ; avant de rappeler le passé et de songer à l'avenir, faisons les comptes du présent, car d'ici à huit jours la répartition doit avoir été faite dans toute la France.
En achevant ces mots, le président ouvrit le tiroir de sa table; y prit un cahier de papiers manuscrits, et, descendant lentement, se dirigea avec majesté vers une table de chêne qui, lors du départdu paysan avait été apportée par des hommes masqués et avait été placée au centre.
Il déposa sur cette table le cahier qu'il ouvrit. Ce cahier avait l'aspect d'un grand livre de commerce; il portait sur ses pages rayées des dates, des désignations, des chiffres, des comptes enfin.
Laissant le cahier sur la table, le président se recula, regagna sa tribune et reprit place dans son fauteuil.
— Vous cinq, messieurs, ditril, êtes les cinq têtes des cinq branches dont la réunion forme la grande association dont je suis le seul et unique chef! Il y a six semaines encore, vous étiez six : le sixième est mort. Celui que j'ai nommé pour le remplacer n'est pas encore connu de vous, n'assistera pas à cette séance. Tout à l'heure je vous expliquerai la cause de cette absence. D'ailleurs, cette présence n'est pas absolument nécessaire, puisque, d'après nos lois, la délibération est valable quand cinq membres sont réunis en conseil, et nous sommes six.
En achevant ces mots, le président ouvrit un grand registre relié en maroquin rouge et placé devant lui.
Avant d'aller plus loin et afin que le lecteur ne m'accuse pas d'exagération, il faut qu'il se reporte avec moi à cette époque de trouble et de perturbation où la police n'existait pas, ainsi que je l'ai dit déjà, où les associations les plus bizarres et les plus dangereuses se formaient de toutes parts, correspondaient les unes avec les autres, existaient presque en plein jour enfin sans que le gouvernement eùtla force de s'y opposer.
Le Directoire était trop faible pour rétablir alors la paix et la tranquillité. Il fallut pour cela la puissance d'ordre et de volonté du Consulat, et certes la destruction des redoutables bandes des chauffeurs (bien que les historiens île Napoléon l<* ne lui en aient jamais fait un titre de gloire n'est pas l'un des moindres services que le premier consul ait rendu au pays.
Que le lecteur juge donc les événements qui vont suivre non plus au point de vue de notre administration, si habilement organisée, mais en se reportant à cette époque de désordre et d'anarchie qui a précédé l'ère de tranquillité et de prospérité.
Le président avait donc ouvert le grand registre placé devant lui :
— Suivant l'usage, reprit-il, je dois avant tout vous lire les articles du règlement qui vous concernent, afin qu'ils soient toujours présents à votre mémoire.
Le président posa un doigt sur le livre de maroquin rouge.
. - Article premier do la constitution des chauffeurs! lut -il à voix haute. Outre le chef suprême, reconnu roi par tons les enfants des galères, six chefs secondaires seront nommes.
''" La France sera divisée en six parties, et chacune de ces parties aura pour ohel un des six désignés.
3» Tous ,,'s six chefs ne correspondent qu'avec le chef suprême; Ils n'auront jamais aucune relation entreeux. ils ne se prêteront jamais aide ni assistance sans un ordre exprès du chef suprême : ils ne doivent pas se connaître.
IUBI-TAPIN
4° Tous les bénéfices résultant des travaux de l'association seront dirigés vers la caisse commune. Le chef suprême sera dépositaire de cette caisse qui ne pourra être ouverte qu'en présence des six chefs secondaires.
5° Chaque trois mois, le conseil s'assemblera : les résultats des trois mois écoulés seront mis au jour, et le partage des bénéfices sera luit.
6° Pour se rendre à cette assemblée, chacun des six chefs prendra une route différente : ils arriveront tous à des heures différentes, afin de ne pas se rencontrer; iis seront tous masqués et ils revêtiront l'uniforme adopté pour la séance. Aucun ne doit connaître les autres. Ils doivent pouvoir se rencontrer le lendemain sans se reconnaître. C'est là la cause principale de la sécurité dont doit jouir l'association.
7° Le chef seul aura le droit, s'il le trouve bon, de se montrer à visage découvert. Lui seul adressera la parole à chacun des six autres : ceux-ci lui répondrontà lui seul, mais ne parleront jamais entre eux. Ils ne doivent même pas -changer un seul signe.
8° La séance terminée, le partage fait, chacun des six reprendra la route qu'il aura parcourue, tous ne devant partir que successivement et sur l'ordre du chef.
9° La plus légère infraction à ces lois sera punie de mort.
Le président s'arrêta et referma son grand registre; puis il frappa deux coups sur le timbre qu'il avait placé près de lui.
Aussitôt sur la façade de chacune des cinq tribunes occupées, apparut une bande lumineuse, un transparent de verre de couleur sur lequel un nom était peint en rouge sur fond noir.
Le nom que portait la première tribune était : Mesnard le Boucher ; celui de la seconde : Iïrayon de Bouvray; celui de la troisième : le Poitevin grêlé; celui de la quatrième : Charles de Lyon; de la cinquième : Ville sauvage.
— Voici vos noms de correspondance pour les trois mois qui viennent, reprit le président. Mesnard le Boucher, vérifie les comptes du Nord.
Le premier personnage, c'est-à-dire celui occupant la tribune à la droite du président, se leva, descendit et se dirigea vers la table où était le cahier de papiers manuscrit^. Il prit dans sa poche une liasse d'autres papiers et parut compulser avec soin. Ce travail dura près d'un quart d'heure, sans que rien ne troublât le silence qui régnait dans la pièce.
Quand Mesnard le Boucher eut achevé, il se tourna vers le président et prononça à voix très haute et très distincte la phrase suivante :
— Je jure que les lois de l'association ont été observées, et je déclare n'avoir aucune observation à faire.
— Signe ta déclaration, dit le président.
L'homme obéit : il se mit à écrire, puis il retourna à sa place.
— Dragon de Bouvray, vérifie les comptes de l'Alsace, de la Franche-Comté et des Vosges ! reprit le président.
Le chef indiqué se leva à son tour et il alla procéder, sans mot dire, à la vérification du registre. Quand il eut achevé, il s'avança vers le président, comme l'avait fait son prédécesseur, et, comme lui, il dit de la même voix sonore et bien accentuée :
— Je jure que les lois de l'association des chauffeurs ont été observées, et je déclare n'avoir aucune observation à faire.
— Signe ta déclaration, dit ensuite le président. Dragou de Bouvray obéit et il retourna ensuite à sa
place.
Puis, après celui-là, ce fut au troisième. Les cinq chefs présents enfin allèrent tour à tour vérifier les comptes, et tous firent le même serment, tous signèrent la même déclaration.
— Maintenant, reprit le président, le partage. Quittant alors sa place, il appela, du geste, autour de
lui les personnages, qui obéirent avec un ensemble parfait. Le président revint vers la tribune de laquelle il
venait de descendre : la façade de cette tribune était en chêne massif; au centre du panneau était une grande plaque de ferpercée de six entrées de serrures différentes, placées à intervalles inégaux; au centre de cette plaque était un trou rond, offrant à son orifice des découpures bizarres : saillies et creux tracés le plus capricieusement qu'il soit possible d'imaginer.
Sur un signe du président, l'un des cinq chefs s'avança, prit une clef qu'il tenait à la main et l'introduisit dans l'une des entrées, puis il fit jouer un ressort et il se retira sans enlever la clef qui demeura dans la serrure.
Après celui-là, ce fut au tour d'un autre : tous cinq firent jouer une clef différente dans cinq des six entrées. Ensuite le président introduisit la sixième clef dans la sixième serrure.
Alors, soulevant sa robe, il tira de dessous ses vêtements une tige d'acier, longue de six pouces au moins et assez forte : il présenta cette tige en face de l'ouverture dentelée placée au centre de la plaque et l'introduisit.
Opérant des pesées en sens différents, il se livra pendant quelques instants à un travail incessant. Puis, réunissant ses forces, il saisit la tige d'acier de ses deux mains réunies et appuya avec une vigeur de muscles soutenue.
Le panneau de chône formant la façade de la tribune s'abaissa lentement, retenu à sa base par des charnières invisibles. En s'abaissant, ce panneau, doublé de fer, découvrit une grille très serrée, au centre de laquelle était encore une série de combinaisons assez semblables, en apparence au moins, aux grands appareils de combinaisons de nos caisses modernes.
Chacun des personnages présents s'avança une seconde fois, à tour de rôle, et fit jouer une des combinaisons : alors la grille s'ouvrit toute grande et un spectacle étrange, merveilleux, fascinateur, resplendit à la lueur des lampes accrochées aux murailles.
En s'ouvrant, la grille laissa à découvert l'intérieur d'une armoire, et au fond de cette armoire, toute doublée de plaques de fer énormes, étineelait un amas de métaux aux ruisselants reflets : lingots d'or et d'argent épurés, piles de pièces de métal, bijoux, diamants, argenterie, objets d'art précieux, gisaient là entassés les uns sur les autres.
Le président s'avança et procéda au partage : puis après avoir laissé dans la caisse de fer ce qui, prélevé sur chaque partage, constituait le trésor de l'association, on se mit en mesure de refermer les deux portes, et on agit dans le même ordre que celui qui avait été observé pour leur" ouverture. Chacun des six personnages replaça sous ses vêtements la clef qu'il retira de la serrure. Durant l'opération du partage, pas une objection n'avait été faite ; le président avait seul parlé.
Sur un signe de lui, tous reprirent leur place et la séance continua.
— Messieurs, commença le président en se tenant debout devant son fauteuil, il y a quinze ans, en 1785, deux affaires furent présentées à l'association. Ces deux affaires étaient : l'une, celle de Niorres, l'autre, celle des d'Horbigny. Vous vous rappelez tous comment ces deux affaires ont tourné après des péripéties sans nombre, et, en 1790, vous tous les considériez comme à jamais perdues. Moi seul, votre chef, votre roi, moi seul j'espérais... Cependant alors, et comme compensation à ces affaires que vous regardiez comme terminées, je vous proposai celle de la famille de Cantegrelles. Vous savez encore comment cette opération, si habilement menée, vous échappa par deux fois. Celle-là aussi vous la considérez comme perdue pour nous!
Les cinq personnages firent à. la fois un même geste affirmatif.
— Reste l'affaire des Geoffrin : celle-là est en bonne voie, ainsi que vous venez de l'entendre. Quant aux affaires précédentes que vous avez considérées comme perdues, et auxquelles je n'ai jamais renoncé cependant, ces affaires-là sont en aussi bonne voie que la dernière ;
r.llil-T.VPlN
el m i m su attendre quinze ans, si je n'ai jamais déaes- |,,-iv , si j'ai ioujours poursuivi avec acharnement le môme but, c'est que, ce but, j'étais certain de l'atteindre... et à cette heure, je le vois, je le touche. Savez-vous bien que les million- des Niorresjointsàeeux des d'Horbigny et des Cantegrelles, forment, avec ceux des Geoffrin, plus de quinze millions de francs ? Sa vez-vous qu'une partie de ces fortunes réalisées représente, à cette heure, six millions au ne ;ns tant en numéraire, qu'en bijoux et. en pierreries. Or, ces quinze millions sont à nous, et cette fois nous les tenons; ils ne sauraient nous échapper. A cette heure, Signelay, Lucile et Uranie sont morts pour le monde, et le colonel Maurice Bellegarde va mourir; à cette heure, nous tenons entre nos mains tous ceux qui sont dépositaires des trésors que nous voulons posséder; à cette heure, nous sommes vainqueurs, ainsi que je vous le disais. L'instant est venu d'agir, et d'agir sans tarder, sans perdre une seconde; l'instant est venu où vous allez recevoir chacun communication du plan qu'il faut suivre.
Et le président, s'interrompant brusquement, frappa sur le timbre trois coups sonores : aussitôt six des sept partes de fer s'ouvrirent, et un homme masqué apparut sur le seuil île chacune d'elles.
— Aux. c Unies! commanda le président d'une voix forte.
Les cinq pu esonu iges placés dans les tribunes descendirent à la l'ois ; chacun d'eux ae dirigea vers- la porte placée à sa gaui lie et sur le seuil de laquelle se tenait l'un des hommes masques qui venaient d'apparaître.
Tous disparurent à la fois et les cinq portes se refermèrent.; la Mxieme demeura seule ouverte, l'homme masqué, auquel elle avait donné accès en s'ouvrant, était toujours sur le seuil. Le président quitta à son tour sa tribune, et. descendant lentement, il se dirigea vers la porte demei uverte.
— Le cl lire? denianda-t-il.
— La, répondit lhomme masqué en désignant le fond.
— Veille sur lui et prépare-le au rôle qu'il faut qu'il
L'homme masqué fît un signe d'assentiment.
l'aurore d'un grand jour.
Le ciel était magnifique et le soleil radieux venait de se lever, et cependant on était alors en plein hiver, en brumaire, le- matin du 18.
Dans cet appartement de la pue Neuve-des-Petits- Champs dans lequel nous avons déjà pénétré, dans cette ■ li inii'ie que a&ua connaissons, un homme a demi vèfcu était étendu sui une chaise longue : cet homme, c'était le colon. 1 Maurice Bellegarde.
Maurice était horriblement ohamgé;, il était devenu presque ■■> i inna/isaatilfi. - étaient amaigries,
ses yeua a-vaienl quelque chose de h igard, son teint était bleue ua épars retombaient autour de son
1 1 i.nt .m i cid : ■■ icocea.
de lui. le fidèle Gringoire, assis sur un tabouret, tenait à te m. un nu journal au m ôtadl en train de lire.
— En uite ' ensuite? (Usait Maurice»
■?— Le banquet offert pas le conseil au général Honaparte, lut iri-ih i ■!•, a eu lieu avant-hier 15. Le nombre des souscripteur- ôtaienl de sept cents.
C'est dans l'intérieur de 1/ancienne église s.nnt-Sulpiee que ce banquet a eu lieu. Le général est arrive a Inheuffl fixée et a pris place au miliru il,., l'empressement (b: Ions i convives.
Le général parai. -s. lit lombre et. pr soupe. Le banque!
fut triste : tous les convives paraissaient s'observer et r I i plu- .iiinde réserve vis-à-vis les uns des au-
Au qiiari, du np.13, le generd. qui, suivant son habi-
tude, ne peut demeurer Longtemps a table, s'est, lové ot, donnant le bras au général Berthier son chef d'état-major, il fit le tour dos tables, adressant à presque tous les députés quelques paroles froidement aimables. Puis il s'est retiré précipitamment. On prétend qu'en sortant du banquet, le général s'est rendu chez le directeur Sieyès...
— Et l'on prétend juste! dit une voix sonore.
— Ah! docteur! dit Maurice en tendant la main à Corvisart qui venait d'entrer.
— Bonjour, colonel, comment allez-vous ce matin?
— Toujours de même, docteur.
— Oui, la santé physique se rétablit, mais le moral...
— Hélas ! je souffre !
— Et du courage?
— Je n'en ai plus.
— Vous, un soldat!
— Eh! mettez-moi en face des ennemis de mon pays, et tant que mon bras pourra se lever, il se lèvera pour frapper, mais la blessure que j'ai reçue au coeur est de celles pour lesquelles votre science est impuissante.
— Colonel!
— Elle est inguérisable, docteur ! Lucile était ma vie... L'existence est partie avec elle. Je suis comme une lampe qui s'éteint faute d'huile. Je le sens. Regardezmoi, je vis encore par suite d'un miracle. Mon général est venu tous les jours... Sa vue m'a guéri de mes accès de folie, elle me soutient un peu... mais dès que je suis seul, je ne puis plus lutter.
— Parlons du général.
— Oh! volontiers, dit Maurice en souriant tristement.
— Vous savez qu'il a vu Sieyès?
— Non.
— - 11 l'a visité en quittant le banquet, ainsi que le journal le dit.
— La conférence a été longue?
— Oui, et surtout décisive.
— Sait-on ce qu'on a décidé?
— Joie sais, et tout Paris le saura ce soir. Un nouveau gouvernement doit être substitué à celui existant. Les conseils doivent être suspendus pour cinq mois : trois consuls remplaceront provisoirement les cinq directeurs et, pondant ces trois mois, les consuls, jouissant d'une sorte de dictature, s'engageront à maintenir le pa\ paix et à lui préparer une nouvelle constitution qui replacera la France au rang qui Lui est dû.
— Mais, dit Maurice avec inquiétude, oommeut?... par quels moy ns exécuter ce projet?
— Sieyès a la majorité aux Anciens. Or, ce conseil, usant de son droit que lui donne la Constitution, va proposer ce matin même et décréter la translation du Corps législatif a Saint-Cloud en eanflani le s. .in de protéger eeite translation au gênerai Bonaparte.
— Les Anciens ont décret. matin?
— Mais à quelle heure donc"?
— A sept heures. La commission, que présidait Cornet, i ir:n aille toute la nuit. On a fait fermer les volets et les rideaux des fenêtres pour que rien as pût déceler le tra- \ ail auquel on se livrait dans les bureaux. Les Cinq-< n'étaient convoqué rnx pour mas heures ; de coite fa
o..ii. .-t. toute délibération étant interdite par la Cons-titu mon à, l'instant ot ledécrel de translation esl promu lu ne, on forme paj cette promnaigaéinn la salle des Cinq-Cents. Demain, ils se réuniront a Saint Cloud pour discuter.
— Et le général .
— Il ilo.i e > ne. ce mutin, une partie des régiments de la garnison.
— Comment .'... que fera t-il?
— Air mon cher Maurice, voua m'en demandes plus
long que je n'en -:u-. Attendez! ayv Ja eOUTOgS de
vivre oneore im pu et vous verre/. Vue/. \ oiis p matin impies de Totre gênerai.' Vous pou\o/ montera cheval muni ou, ut. M ailleurs, vous lui ievevua* VUittdc
remercîment pour toutes celles qu'il vous a faites. Je reconnais qu'il a été plus puissant que moi, car il a su vous guérir de vos accès de folie, et ma science eût certes échoué là où il a réussi. Au revoir, colonel, ce soir nous nous reverrons et nous causerons des événements de la journée.
Maurice ne répondit pas. Le docteur Le rçgàrda un moment, puis lui adressant un geste amical il quitta la pièce.
Dans le salon, il retrouva Gringoire qui paraissait l'attendre avec anxiété.
— Eh bien? demanda vivement le soldat garde-malade.
— J'espère qu'il vivra encore cette journée, répondit le docteur, mais je n'en suis pas sûr.
Gringoire était devenu très pâle.
— Quoi? dit-il d'une voix frémissante, vous croyez, docteur...
— Une seule chose m'étonne, Gringoire, c'est que le colonel ne se soit pas tué encore. Il faut que l'affection qu'il ressent pour son général soit bien extraordinairement puissante, car c'est à cette affection seule, c'est aux visites quotidiennes du général que nous devons jusqu'ici l'existence de Maurice.
Le soldat fit un signe affirmatif.
— Veille sur lui, continua le docteur, et efforce-toi de le déterminer à monter à cheval et à se rendre auprès du général.
Le docteur adressa un geste amical au soldat et quitta l'appartement.
Après le départ du docteur, Maurice avait paru réfléchir longuement. Demeuré seul, le colonel s'était soulevé lentement et, réunissant ses forces il s'était mis à parcourir la chambre d'un pas tremblant. Le front penché, les mains pendantes, le regard vague, il paraissait toujours être en proie aux réflexions les plus péniblement douloureuses.
— Pourquoi vivrais-je? dit-il en s'arrêtant. Le général n'a plus besoin de moi. La révolution qu'il va tenter est approuvée d'avance par toute la France. Demain il sera acclamé par la population toute entière... Iln'apas besoin de moi... Pourquoi donc m'obstiner à vivre?
Un court silence suivit ces réflexions, puis Maurice reprit :
— Lucile m'attend, elle m'appelle... Nous nous sommes juré de ne nous quitter jamais, je la rejoindrai
Le colonel était alors en face d'un meuble sur lequel était une boite de forme plate, il attira cette boite et l'ouvrit ; elle contenait des pistolets de tir rtc&ement ornés.
Maurice en prit un et l'examina : le pistolet n'était pas chargé. Prenant dans une poire une charge de pondue qu'il versa dans le creux de sa main gauche,, il s'apprêtait à faire glisser celte charge de poudre dans le canon, quand des fanfares éclatèrent soudainement au dehors, dans la rue. En même temps la porte de la chambre s'ouvrit.
— Mon colonel! cria Gringoire en se précipitant.
— Qu'est-ce donc ! demanda Maurice sans rien tenter pour cacher les préparatifs auxquels il se livrait.
— C'est le <> dragons, avec votre ami le colonel Sébastianj à sa tête, qui passe en ce moment dans la rue.
— Que m'importe ! dit Maurice en reprenant son arme.