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— Souviens-toi de ce que je t'ai dit! murmura- 1- il. (Page 231.)
Rose, revenue sur le seuil de la boutique, le suivait des yeux avec une attention telle qu'elle ne vit pas madame Gervais s'approcher de l'endroit où elle se tenait. L'excellente femme regarda Rose, surprit la direction de ses yeux, sourit doucement, et pressant Rose dans ses bras :
— Tu l'aimes! murmura-t-elle.
Rose tressaillit, et l'émotion intérieure qu'elle ressentit fut telle qu'elle frissonna et parut sur le point de s'évanouir.
— Enfant ! dit madame Gervais avec une adorable expression de sympathique tendresse. Crois-tu que je veuille te gronder? Non; ce que je veux, c'est que tu n'aies pis de secret pour moi qui suis ta mère. Répondsmoi, jolii mignonne : tu l'aimes?
Rose avait le visage enfoui dans l'épaule de madame Gervais ; relevant doucement la tête avec un mouvement empreint d'une grâce adorable, elle approcha ses lèvres yoses de l'oreille de son interlocutrice :
^— Je ne sais pas si je l'aime, murmura-t-elle; tout ce que je sais, c'est que si je ne devais plus le revoir... je mourrais !
— Chère enfanll
— Est-ce que c'est l'amour cela? dit Rose avec une naïveté charmante.
Mme Gervais sourit.
— Dame!... fit-elle, je crois que oui!
— Oh! dit Rose avec une expression de pudeur angélique.
— Bah! dit madame Gervais en lui caressant les cheveux, tu peux l'aimer!
— Pourquoi? demanda Rose en se dégageant tout à coup et en regardant fixement Mm« Gervais.
— Tu veux le savoir?
— Oh!... oui... Pourquoi puis-je... l'aimer?
— Parce qu'il t'aime, lui?
Rose étouffa un cri et cacha de nouveau sa tête dans le sein de madame Gervais.
Pendant que cette petite scène intime se passait dans le magasin du bonnetier, la foule, grossissant, recommençait la lecture du décret et de la proclamation, et à chaque lecture, comme à la première, le nom du général adoré électrisait la foule.
Dans ce cri de : Vive Bonaparte! qui s'échappait de toutes les bouches, il y avait une telle expression d'a-
lîIIU-T.VPIN
mour, de confiance, de joie, que eertea celui qui inspirait
c.-t amour, cette confiance, cette joie, eù1 pu avoirle
de se dire à cette heure le maître adoré de ta France.
Gervais étail demeuré avec les plus tenaces lecteurs; a épelait La proclamation, il en pesait tous les mots, il nalysail toutes les expressions avec son intelli- nce ordinaire.
oh! disait-il, le général Bonaparte! Quand je pense que mon épouse lui a vendu des bas ! oui, des bas; car 3 porte des bas comme vous et comme moi... voilà ce
['il 3 a d'étonnant !
— Et dire que nous avons pourtant voyagé en carrabas lui! dit une voix.
Gen us se retourna.
■■- Tiens ! Gorain ! s'écria-t-il. C'est ma foi vrai, ce que ta dis là!
— Nous avons été à Versailles avec le général, qui n'étaït pas général alors...
— Pas plus que nous n'étions munitionnaires nousnêmes, dit Gervais en prenant le bras de son ami et en ïentraînant loin des groupes tumultueux.
— A propos, as-tu revu Fouché, toi ?
— Non ; et toi ?
— Moi non plus. Fouché, cet excellent Fouché, ce parfait Fouché ! dit Gorain en- arrondissant les coudes avec complaisance. En voilà un ami! Aussi, tant pis! je ne dis plus le citoyen Fouché, je dis Fouché tant court.
— Ah! quel cœur! s'écria Gervais-.
— Et dire que grâce à lui nous allons être des muni-
es en premier, en vrai premier '.
— C'est pourtant vrai !.., ce sera superbe !
— Décidément ce Thomas se moquait, de nous !
— 11 nous eût fail 1 tngtlir dans la seconde classe.
— Tandis que maintenant..
— Dame ! avec Fouché pour ami et avec le général Bonaparte!... Décidément e*es1 un bien grand homme!
— Oui, je n'avais pas voulu le dire jusqu'ici, mais bah! Je le dis tout de même.
— A propos! il faut penser à ce que nous a recommandé Fouché.
— Oui, je ne l'oublie pas ! Allons tout de suite au îendez-vous. .
— Tu es sûr que Thomas y sera!
— Tiens ! il me l'a promis, pas plus tard qu'hier.
— Mais il faut être adroit.
— Oh ! tu penses '
Tout en causant et en se tenant bras dessus, bras dessous, les deux bourgeois avaient remonté la rue Saint- Denis.et atteignaient le boulevard.
Le boulevard était encombré de troupes qui se dirigeaient vers larue du Mont-Blanc. In rie avançaient lentement : c'était toute la \7- division qui 3e rend fit à la place de olution et aux Champs-
-. pour y êtr. - par le général Bo-
aapa
irrêt, résultant, comme toujours de la marri une foule imposante, rendaient souVeni la colonne ionnaire.
nioni ni où Gorain et Gen -ur le
!. [e régiment dé chasseurs, auquel appartenait nie de Niorres, était à la hauteur delà porte Saint- . Sur l'un des bas-reliefs de la porte même, on voyait ide affiche jaune fraîchement colli
En d ce fiche, pi i sée très haut, étaient
ieux bornes de pierre. Un 3oldat, un gigantesque tam-
lour-maji ad orme, ai ec ses plume
bant, - dre mt, je mêlant - I s'emmêlant, et ii1 monté sur ers deux bornes, un pied sur l'une, un pied sur l'autre, dans i du colosse île Rli<
i i deux mains derrière le <\><+, et t n u s
sur la i> il " de cuivre d' ■ igau |i
mr e> ijordi U i tte sur la muraille
.r l'affiche jaune.
— C'est ici ''"ii ■ en ttalieet en 1 i ùt-iL Itten
ton, "" "u ' '< I "M chel n tlapollti Bi
de s'intéressera vos aimables personnes ; c'est adressé péremptoirement e1 radicalement à. Karrnée de Paris dont auquel nous avons celui d'appartenir. Attention ! mes
amis...
— Noust'écoutons! crièrent des cavaliers en entourant te tambour.
— Et dire, reprit Rossignolet en se redressant, qu'il n'y i p ts dans toute la cavalerie une seule peau d'âne! C'est humiliant pour vous, mes enfants, j" comprends et j'apprécie votre chagrin sincère!
— De quoiide quoiîfltun vieux brigadier en s'avancant. On s'en fiche et on s'en eontrefiehe de ta peau d'âne/., on a ses trompettes !
— Hein? dit Rossignolet en se retournant eten.toisant son interlocuteur. Ne médis pas de la peau d'âne, l'ancien çapourrait écorcher la tienne !
— Est-ce quec'est avec ton briquet que tu te chargerais de l'agrément'.' dit le brigadier avec un sourire moqueur.
— Mon briquet est peut-être plus court que ton bancal, répondit le tambour-rnajor, mais il est aussi solide; et la preuve c'est qu'il revient des Pyramides, tandis que le tien a baguenaudé en France... comme un propre à rien!
— Ouich! Voyez-vous ces relintintins de l'Egypte ! case donne l'agrément de se moquer des anciens du Rhin! Et pendant que ça se graissait la carcasse avec les nègres, nous nous brossions aux frontières, nous!
— De quoi? Crois-tu pas qu'on se croisait les bras sur les bords du Nil ?
— Ça vous a la langue dorée parce que ça revient de loin !
— Va donc manger de la choucroute avec tes quinzereliqui* '.
— Tiens! le Rhin vaut bien le Nil.
— Et ceux du Rhin valent peut-être mieux que ceux d'Italie?
— C'est mon avis
— Tonnerre !
— De quoi !
Ces deux répliques, lancées avec une intonation menaçante, se croisèrent dans l'air comme deux boulets se rasant.
— Pousse-cailloux de malheur! dit 1" brigadier.
— Gros-talons de je ne sais quoi: répondit le major.
— Demain, si on allait au bois de Vincennes ?
— On ne m'y trouverait pas. vu que je suis de service ; mais après-demain, comme qui dirait sur le coup du matin.
— Route de Fontenay-sous-Bois!
— Ça va. l'ancien !
— j'aurai des amis.
— El lie " aussi.
— i uvera que des gros talons savent mettre au pas les pousse cailloux.!
— On verra voir!
Et, après eei échange de paroles aimables, Rossignolet;
adressant un geste gracieux au bru- ■ ■ retourna
vers la muraille. 11 était toujours demeuré grimpé sur les .i.iiv bo n lit donc l'afflche à la hauteur des yeux.
— Attention! dit-il, etpuisqu'il n'y a pas de caisse... on
s'en passera 1