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DIBI-TAPIN
Je vous le jure, représentants du peuple, la patrie n'a pas de plus zélé défenseur que moi, mais c'est sur vous seuls que repose mon salut, car il n'y a plus de Directoire, vous le savez; le conseil des Anciens est investi d'un grand pouvoir, mais il est encore animé d'une plus grande sagesse... Sauvons ces deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices : la liberté et l'égalité,
Ici une agitation extrême interrompit le général : des cris, des bravos, des interpellations, des approbations éclatèrent sur tous les points de la salle.
— Sauvez la France ! reprit Bonaparte avec véhémence; prenez les mesures nécessaires au bonheur du pays. Environné de mes frères d'armes, je saurai vous seconder, j'en atteste ces braves grenadiers dont j'aperçois les baïonnettes et que j'ai si souvent conduits à l'ennemi, j'en atteste leur courage ! nous vous aiderons à sauver la patrie '.... Songez que je marche accompagné et du dieu de la fortune et du dieu de la guerre !
Des applaudissements frénétiques accueillirent ces paro- 1 - ; les Anciens étaient ramenés par la présence de cet homme extraordinaire, qui dominait si facilement tous ceux qui l'approchaient. On accorda au général Bonaparte les honneurs de la séance.
Au dehors, les troupes étaient toujours dans la même position, attendant avec impatience la fin de cette journée où leur chef adoré jouait une si grande partie. La foule se pressait anxieuse et cherchant à deviner les nouvelles.
Tout à coup des cris frénétiques éclatèrent : c'étaient les soldats qui saluaient Bonaparte à sa sortie de la salle des Anciens. Le général s'arrêta, promenant un regard rapide et enflammé sur ces triplée rangs de grenadiers : on eût dir qu'il se sentait renaître; il respira librement et un soui sa physionomie.
— ^ legé i Miurlaunevoixtellementpuissante que Bonaparte se retourna.
Ros était devant. lui, brandissant sa canne
comme aux grands jours de bataille. La nuit venait rapidement, car il était tard, six heures avaient sonné. Un galop de cheval retentit et un jeune sous-officier se précipita vers le général, lui tendant une lettre.
— Bibi ! murmura Rossignolet en se caressant la moustache.
Le général prenait la lettre et la lisait. Il adressa un geste de satisfaction au jeune sous-officier. Derrière le général se tenait un officier supérieur au front pâli, aux traits amaigris, aux yeux fatigués : c'était Maurice Bellegarde.
Louis Niorres, qui venait de remettre la lettre à son général, lançait sur le colonel des regards ardents que celui-ci ne paraissait pas remarquer. L'expression du visage du maréchal des logis avait une animation singulière; quelque chose d'étrange devait se passer dans l'âme du jeune homme.
général s'était reculé e1 paraissait réfléchir. Rossignold fit un pas pour se rapprocher de Louis.
— Le colonel? dit Marres au tambour-major, il faut que i l'ii m colonel.
— Qu'est-ce qu'il y a donc ? demanda Rossignolet avec i: nient.
— II y a... Je (<■ Le dirai pins tard, car je Qesaic si. . Oh I
ii-. Rossignol i . qui je viens de rencontrer en in le bois de Poulogsne.
— Qui ilcuie ? Dis vite)
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Qu'es! ce que c'esteela, dit-il, un nègre?
Il se retourna; les regards de Louis avaient pris uni ne 'liivction. Le jeune sdus-ol'fieier venait de mettre pied à terre. Confiant son cheval à un soldat, il courut vers il colonel Bellegarde. Rossignolet le suivil --ans avoir l'air. de comprendre ce qui s.' passait.
Bellegarde était tellement absorbé dans ses réflexions, qu'il ne parut pas remarquer la présence des deux sol-dats.
— Mon colonel, dit Louis avec précaution, comme s'il eût craint de surprendre trop brusquement Maurice.
Celui-ci tressaillit et redressa la tête.
— Qu'est-ce? que me veux-tu? dit-il.
— Mon colonel... vous savez bien... le fils de la citoyenne Geoffrin ?
— Le fils de la citoyenne Geoffrin? répéta le colonel comme quelqu'un cherchant à rallier ses souvenirs. Ferdinand?
— Oui, mon colonel.
— Il est mort, dit Maurice en secouant la tête.
— Eh bien ! non, mon colonel, il est vivant ! Maurice fit un soubresaut tel, qu'il faillit tomber.
— Il n'est pas mort ! fit-il avec émotion ; et qui te l'a dit?
— Une lettre que j'ai portée moi-même à sa mère, et que m'a remis un soldat.
— Un soldat? Quel soldat?
— Mon colonel, poursuivit Louis, est-ce vrai que la joie peut tuer?
— Comment? que veux-tu dire ?
— En apprenant à madame Geoffrin que son fils vivait... aurais-je eu tort?
Maurice dévorait Louis des yeux depuis quelques instants. De pâle qu'il était il devint subitement cramoisi. S'élançant vers le maréchal des logis, il lui prit les dein mains qu'il éteignit avec un geste convulsif.
— Louis! s'écria-t-il, que veux-tu donc dire? que me contes-tu ?
— Mon colonel... dit Louis très ému.
— Réponds: mais réponds donc!
— Mon colonel, donnez-moi votre parole d'honneur que vous vivrez quarante-huit heures au moins!
— Pourquoi cette promesse?
— Je vous le dirai, mais...
— Maurice, dit Berthier en s avançant vivement, le général se rend à la salle des Cinq-Cents; il ne veut pas que son état-major l'accompagne. Pour Dieu, ne le quittez pas. Je suis cloué ieij moi.
Maurice tressaillit.
— Mon général!... dit-il en s'élançant.
— Sacré mille millions de je ne sais quoi! dit Rossignolet, :e qu'il y aurait du danger?
— Peut-être! murmura Berthier.
— Alors, emboîtons le pas! Viens, Bibi, et quand nous serons là... nous verrons bien !
Tous deux se précipitèrent à la suite de Maurice, qui venait de rejoindre le général.