‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 194 sur 220 · L'EXPLICATION · texte numérisé non relu

L'EXPLICATION

— Que vous ai-je promis depuis quinze ans? De vous faire possesseurs des millions des Niorres, de eeit\ des d'Borbigny et des saini.-c.en ais, de oeui des Surville. de ceu\ enfin des Courmool ! tajourd'hui je veux tenir ma parole, aujourd'hui, 10 brumaire, je Tiens vous dire :

demain VOUS aurez enfin la récompense de vos tra\ aux et il, \"s l'aii-nes. demain TOUS aurez le beneliee de mes PUSefl et de mon adres i n liouiTB joyeux accueillit cet exorde du discours i niiie m Fhom&s s'apprêtait è prononcer devant cinq hoi i n lemblés autour d'une table sur laquelle

brûlait une gTMSfl I inipe.

Ces hommes étaienl Pi< k, Roquefort, Cliivass >. Bam-

];ii;i-TAP1N

•boula et un dernier qui se trouvait dans l'ombre et dent le entièrement, enfoui qii'il était dans une énorme cr I m ■.,,-- iline blanche empesée, tan-

dis que des m tches Bott : - oreilles dé «'huai d'une

gigantesque perruque poudrée dissimulaient complètement le front et les .joues

C Ile d'un cabaret avoisinant des halles,

que s,- passai - Il était minuit, et Paris était

aussi calme, aussi tranquille que si les événements de cette journée du 19 brumaire ne s'étaient p mplisu

— Les millions dos Moires! reprit Thomas après un silence. Commençons par ceux-là. Ces millions, qui trois fois lurent presque nôtres et qui trois fois nous échappèretii par une série de circonstances étrangement fatalesl! Ces millions? où sont-ils aujourd'hui? Ils doivent être la propriété de Louis Niorres, mais Louis est mineur et il n'a pas la libre disposition de ses biens. Dernièrement, M. d'Adoré a été nommé son tuteur. En conséquence de cette position. M. d'Adoré a reçu du notaire les deux millions eu or et en bijoux dont le comte de Sommes n'avait pu jadis gi endre maître.

— Oui! dit Bamboula, Le second procès intenté cassa lie premier, précisément au moment où j'allais toucher.

— Je sais qu'il n'y a pas eu de ta faute.

— C'est ee que je tenais à constater.

— Ensuite? ensuite? dit Pick.

— M. d'Adoré est donc, à cette heure, dépositaire de ces deux millions, reprit Thomas. Maître Raguideau l'a déclaré devant toi !

Thomas s'était tourné vers l'homme à la cravate gigantesque, s'adressant particulièrement à lui.

Celui-ci fit un geste affirniatif, mais il ne prononça pas une paroi,.

— Et ces deux millions, où sont-ils? demanda Roquefort dont les prunelles ardentes flamboyaient.

— Vous le saurez tout à l'heure, dit Thomas.

— Aux millions des d'Orbigny maintenant! dit Pick.

— Ceux-là ei ceux des Cantegrelles appartenaient à M. di unie. Or.Signelay. pour pouvoir, si beso lit , quitter Paris et même la France en empor-

irtune et c i femme, Signelay avait con-

verti une pat é fortuné immense en pierreries.

Il avait pic • itre millions de valeur- enfermées dans

un coffre qui ; : quittai! jamais. Ce coffre est demeuré entre les main- M. d Adore!

— Quatre millions! s'écria Pick.

— Ils sont chez le vieux comte? dit Roquefort.

— Vous saur-/, tout à l'heure où ils sont, reprit Thomas. Écoutez enco

— Les millions des Courmont deveuus ceux des Geoffrin maintenant ! dit Bamboula.

— Pour ceux-là, l'affaire est plus facile encore à expliquer! dit Thomas. Ces millions-là seront à nous dès que nous le voudrons, mais ils nous donneront plus que la puissance de l'argent, ils nous donneront la puissance de position!

Thomas s'interrompit et appuyant son coude sur la tablé placée devant lui et encadrant son menton avec le pouce et l'index, il promena sur ses auditeurs un regard fin et dénonciateur.

— Laissez-moi vous rappeler l'histoire de ces millions, dit-il. Elle est instructive.

Ces deux millions trois cent mille livres, propriété de M. Romilly. devaient tout d'abord revenir à sa sœur. Vous vous rappelez le procès Rostange? Tu avais bien joue ton rôle, Chivasso, mais les circonstances furent contre toi, et Rostange fut battu.

— Cela est vrai ! dit Chivasso.

— Les deux millions trois cent mille livres revenaient de droit aux Courmont, à leurs femmes et à leurs enfants. Comment pouvait-on s'emparer de cette fortune? Aucun de vous n'entrevoyait le moyen de réussir. Ce fut alors que je découvris la filiation qui existait entre les Courmont et les Geoffrin. Ce fut alors que j'ébauchai cette affaire Charney, à laquelle vous ne vouliez d'abord rien comprendre.

Aujourd'hui que les choses-son t plus claires, que peu vous? applaudissez-vous des deux mains à mon oeuvre? Puis s'adressant à l'incroyable :

— Allons, Charney, continua Thomas, viens confirmer mes paroi -, viens prouver que j'ai agi habilement en allant te chercher au tond de la Syrie-.'

L'incroyable se Leva lentement, s'avança, et, abai d'une mai; ' ate gigantesque, tandii utre

il écartait les mèches de saperruque poudrée, il pré à la lumière le visage expressif et gracieux du futur d'Amélie Geoffrin.

— Ferdinand disparu, continua Thomas, ■ tout seule lient iei'e ; partant elle a les deux millions trois cent mille liivr.es. or, tu -épouseras Amélie. Charney, pui

j'ai su tout combiner pour amener ce mariage, et ta position sera dans l'avenir l'un de nos plus grands ni" d'action, en même temps qu'un puissant palliatif aux dangers à courir.

Depuis longtemps, je voulais avoir dans le moud second moi-même, pouvant mettre à sa main cette so la plus riche et la plus puissant e.

Moi, le Roi du bagne, moi. Caniparini, car je rejette ici, devantvous, ce nom de Thomas, bon à tromper les dupes, je veux que Charney soit pour l'association aujourd'hui ce que de Sommes a et jadis !

Sous la monarchie, j'avais lancé de Sommes dans le monde des grands seigneurs, et si de Sommes a osé lutter contre son chef, que son exemple te serve de leçon! Voici Bamboula, qui devrait être un autre moi-même, qui devrait être le premier après moi. Vois-le, cour le front sous mon regard et reconnaissant ses fautes !

Écoute, Charney ! ton rôle est beau, et si tu sais le jouer, si tu le joues loyalement vis-à-vis de ton chef, tu peux rendre à l'association les plus grands services.

Époux d'Amélie Geoffrin, par la position dans le monde de ta belle-mère, tu peux continuer à fréquenter les meilleurs salons et les maisons les plus riches. Tuverr puissants du jour et tu te feras leur ami.

Tu nous aideras dans le tracé de nos plans pour I que, et tu nous serviras pour protéger la retr sonne en dehors de ceux qui nous écoutent ne pourra soupçonner que tu n'es pas ce que tu parais être.

Tu vivras ouvertement,, grandement, tu feras boa ménage, enfin tu auras pour toi tout ce que l'on les honnêtes gens! Tu m'as compris?

— Oui ! dit Charney d'une voix ferme.

— Tu jouiras des revenus de ces deux milions cent mille livres ; mais, poursuivit Thomas, oupour mieuS dire Caniparini, je sais par expérience qu'un mené l'association ne doit jamais posséder un grand capit 1 de Sommes m'a instruit par son exemple à cet éga tuas nourri jusqu'à cette heure l'espoir d'accaparer po toi cette fortune, tu t'es trompé!

Charney demeura impassible sous le regard ari Roi du bagne.

— Les deux millions trois cent mille livres, reprit mas en accentuant chaque mot, doivent rentrer en Fran au moyen de traites fournies sur le banquier allemand. Cette pensée vient de moi. Me servant de Grafeld, dont j'achetai l'obligeance au moyen de nouvelles adre

sa cour, je le fis mettre en relation avec le comte d'Adoré... vous savez le reste. Le clerc de maître Raguideau et le commis du banquier Chivry vous ont suffisami, renseignés.

— Oui! dit Pick.

— Maintenant, où sont ces traites qui ne sont encore négociées? Elles sont là où se trouvent les i millions des Niorres et les quatre millions des Signel

— Huit milions! dit Roquefort.

— Huit millions! répéta Camparini, qui demain, à | reille heure, seront entre nos mains!

— Demain? où cela?

— Demain, Pick, tu seras avec vingt-cinq hommes, tes meilleurs, au bois de Vincennes.

— A quelle heure?

— A neuf heures du soir.

— Tous masgués?

— Tous. Demain, le Roi du bagne s'efface encore pour être le chef des chauffeurs.

— Et qui chaufferons-nous.

— La ferme de Fontenay-sous-Bois, car c'est là que sont les deux millions de Niorres, les quatre millions des Signelay et les traites du comte d'Adoré. Demain, nous toucherons enfin le but, et demain, quand le soleil se couchera, nous n'aurons plus un seul ennemi à craindre!

Un quart d'heure après, Camparini et Chivasso étaient seuls dans cette même salle. Tous deux se levèrent sans mot dire, et, traversant la salle, gagnèrent une porte qu'ils ouvrirent. Cette porte donnait sur un escalier sombre.

Les deux hommes descendaient saus îhésiter, en dépit des ténèbres qui les entouraient. Bientôt ils atteignirent la hauteur du sol, mais ils continuèrent à descendre encore comme s'ils eussent voulu s'enfoncer sous les fondations de la maison.

Un claquement sec retentit, une lumière rougeàtre jaillit : les deux hominas étaient sur le seuil d'une pièce voûtée éclairée par une lampe accrochée à la voûte.

Ils traversèrent encore cette pièce, et la quittèrent pour suivre un long couloir à l'extrémité duquel ils rencontrèrent les premières marches d'un escalier.

Ils gravirent lestement les degrés : une porte s'ouvrit et une petite pièce, ga-inie à son centre par une grande table-bureau flanquée de deux sièges seulement, s'offrit à eux

Les deuv hommes une fois entrés, la porte se referma d'elle-même. Des bougies éclairaient magnifiquement cette petite pièce aux murailles peintes d'une seule nuance unie sans le moindre ornement.

Sur la table-bureau on voyait deux liasses de papiers, Camparini prit un siège et attirant à lui une liasse, il l'ouvrit.

— Non • m ■ nîs : dit-il on lisant ces deux mots places comme titre sur la première page.

Puis tournant ce premier feuillet :

— Jacquet, d'Herbois, de Renneville, reprit-il lentement.

— Morts ! dit Chivasso.

— Mahurec, le Maucôl?

- Morts aussi.

— Maurice Belleganle !

— 11 mourra s'il ne devient pas fou.

— Rossignolet?

— Il sera mort demain.

— Louis Niorres?

— Le piège est tendu à Saint-Mandé : il aime la jolie mignonne, il y tombera.

Camparini haussa les épaules en souriant.

— La ûile de Bernard nous mira enfin servi, dit-il. J'ai bi h fait d'empêcher jadis Roquefort de la tuer!

Puis revenant au manuscrit qu'il frappa du revers de la main :

— Quant aux autres non, s inscrits ici, dit-il, ceux qui l. s portent ne sont, plus nos ennemis : ce sont des instruments dont nou : auron nous servir.

Un ile nce sui v it ci t paroi ,

million ! repril i hivas io comme quelqu'un qui b réflé '.hi longuement.

Unit mil! ! répéta Camparini en regardant fixe-

i interlo suteur.

i c i peu.

— Tu trou s es '.'

— La fort une d étail autrefoi ; de cinq mil-

'II , colledi rt'Horbigny de quatre, celle de la

ne de i I bi fiillion po ôs, cela fait

e millions, i npt ■ lx d< mont .

Eh bien?

Vba ndonne i-tu don i nce qui est d'au moins

— Je n'abandonne rien! dit Camparini d'une voix ferme.

— Comment?

— Nous aurons tout et tout à nous deux, Chivasso, car tu es le seul que j'aime!

— Hein? fit le bandit en tressaillant.

— Sois là-bas demain à deux heures et tu auras l'explication de mes paroles !

— A Saint-Mandé ?

— Oui!

— Alors ? demanda Chivasso.

— Tout est prêt!

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