‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 196 sur 220 · I ..u |i oldal ■ < nui. ut ; pire · texte numérisé non relu

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— En ■, o.là un g;nll ird 1 ilit un .'imiiiim gi.ai:idi.'r a\ .,•

admiration; Le majora jolimeht'bieri fait de les amener.

— Ei tu n'as que cette blessurc-là? dil un autre. Absolument, répondît Gorain avec modestie.

-—"Cësrf quelque vieux prévôt de salle de l'an ■ en ime, dit un soldat. Il n'en a pourtant .pas l'air; mais ces vieux lapins la, ça tous a quelquefois une mine... Voj oris, xieux, puisque nous sommes entre amis, tu peux bien parler : quel est ton coup de prédilection ? Chacun a le se n; je te dirai le mien.

— Oh! dit Gorain, c'a toujours été le coup du matin ; moitié vin blanc, moitié eau, avec un citron et un morceau de sucre.

— Superbe, le pékin. cria un soldai, tandis que ses camarades riaient à gorge déployée.

— Ces soldats sont bien aimables, murmura Gorain à l'oreille de Gervais.

En ce moment le coucou, toujours entraîné à la même allure douce, atteignit le sommet de la montée du faubourg Saint-Antoine. 11 était plus de dix heures ; la voiture avait mis une heure et demie à peu près pour traverser le faubourg dans toute sa longueur.

— Tonnerre ! dit Rossignolet, faut se dépêcher, nous serons en retard.

Sur l'observation de Rossignolet, le cocher prodigua les cris et les coups à Cocotte ; mais la pauvre bête parut demeurer absolument insensible aux uns et aux autres; et, bien que la mèche du fouet cinglât plus ou moins vigoureusement son échine, elle n'en activa ni plus ni moins sou allure.

La conversation se ranimait entre les soldats et tendait à devenir générale; Gorain et Gervais continuaient à n'y rien comprendre et le quiproquo menaçait de prendre les proportions les plus ébouriffantes.

— C'est égal, dit, en jetant un regard d'admiration sur ses compagnons et sur lui-même, le soldat à la mine farouche, ceux qui contemplent le présent coucou et qui nous reluquent de l'œil tout le long du faubourg, ne se doutent guère que ce modeste véhicule contient la fine fleur des maîtres d'armes de l'armée.

— Bah! dit Gorain avec un étonnement empreint d'un sentiment, d'admiration naïv. Tu es maître d'armes, toi, citoyen soldat?

— Comme tu dis, aimable pékin : Claude Lopimois-Nizar, qui te parle, prévôt de la 85 e.

Gervais se pencha à l'oreille de Gorain :

— C'est tout, de même agréable de savoir cela, dit-il. Au moins, quand on a de tels compagnons, on n'a pas peur dos mauvaises rencontres.

— Oui. répondit Gorain; mais dos maîtres d'armes ça doit toujours vouloir se battre. S'ils allaient nous chercher querelle !

— Par exemple! dit Gervais en pâlissant.

T.a voiture continuai! sa route vers Yineonnes; les soldats se mirent a ehanter en elneiir. ce qui calma les alarmes naissantes des doux bourgeois. Enfin on aperçut le donjon, la grosse haïr et la cime dépouillée des arbres du

liols.

Onze heures ,iu matin résonnaient sur le bronze de l'horloge du eliàleau. au moment où le coucou S'engageait dans la première allée, celle conduisant à ffogentsur- Marne.

— Les camarades doivent être arrh es? dit Rossignolet.

— Allons! i-opi n te soMat qui avait déjà parlé, nous entrons douze 'ln\^ le bois, nous verrons combien il en

sort ira.

Hein? lil Gorain en tressaillant.

— Qu'est ce que c'est qu tte plaisanterie! murmura

Gel \ ais.

LVD

s WNT M \NI)É.

i.e coucou atteignait les premières limites du bois de

\ limon nos, quand un jeune honnne. , n \ ploppâ dans les

plis d'un grand manteau, franchit les limites de la barrière du Trône renversé (comme on disait alors), et, tournant presque aussitôt à gauche, s'engagea dans l'avenue d'e Saint-Mandé, qu'il remonta d'un pas rapide.

A l'endroit où cette avenue se croise avec la rue du même nom, s'élevait une haute bâtisse, maison isolée se dressant Comme l'I sans point de la ballade d'Alfred de, Mussei .

n, au premier coup d'oeil, n'avait rien qui

pin attirer le regard; elle ressemblait à toutes les maisons

S, mais en l'examinant attentivement on demeurait

frappe, au bout de quelques imitants, par certains détails

de sa construction régulière cependant dans son en-

: île.

Cette maison n'avait que deux étages : toutes les fenêtres étaient fermées et les vitres étaient coloriées comme les vitraux d'église, ce qui ne pouvait permettre à l'œil de deviner ce qui se passait à l'intérieur.

Au-dessus des fenêtres du second étage, la muraille se dressait nueetsans ouverture jusqu'à la corniche du toit. L'espace compris entre ces fenêtres et cette corniche était assez élevé, et eût été suffisant pour la construction d'un troisième; mais si cet étage existait réellement dans la maison, il ne prenait aucun jour sur la rue.

La porte était ce qu'on nomme une porte bâtarde : elle n'était flanquée d'aucune fenêtre : la muraille jusqu'au premier était nue.

Arrivé devant cette maison, le jeune homme parut chercher un moment, hésiter; la porte était fermée : il s'approcha, et peut-être allait-il frapper quand la porte s'ouvrit d'elle-même; alors il franchit le seuil de cette porte, qui se referma sur lui. Le jeune homme se trouvait alors dans un couloir aéré et bien éclairé par une grande ouverture donnant sur une cour voisine.

Les marches de pierre d'un escalier se dressaient en face de lui ; le jeune homme abaissa alors le pan de son manteau, et le joli visage du maréchal des logis des chasseurs à cheval apparut dans tout son mâle éclat.

— Monte! cria une voix paraissant venir du haut de l'escalier.

Louis obéit sans hésiter ; il gravit d'un pas rapide un le-', et sur un grand palier qui s'offrit alors à lui, il rencontra le citoyen Thomas, lequel se tenait devant une porte ouverte.

— Entre ! ditril à Louis en s'effaçant.

Le maréchal des logis entra s ms manifester la moindre émotion; il se trouva abrs dans une pièce carrée d'assez belle dimension et éclairée sur une cour intérieure.

Louis détacha son manteau, le rejeta en arrière, et il apparut alors en uniforme de sous-officier des chasseurs à cheval, son grand sabre accroché au crochet du ceinturon et un pistolet à double canon passé dans ce même ceinturon.

Sans y être invité, il prit un siège, s'assit, et attirant son sabre entre ses jambes, il s'appuya sur la poignée.

Thomas rentra dans la pièce, referma la porte, et, s'assey-ant à son tour en face du jeune soldat, il l'enveloppa dans un regard profond.

— Tu viens me demander de t'aider à retrouver la joli' mignonne? dit-il.

— Oui, répondit Louis : cela n'a-t-il pas été convenu hier?

— Tu aimes cette jeune fille?

— Que t'importe!... je veux la délivrer, tu m'as promis de m'aider : tiens ta parole!

— Je la tiendrai, tout de suite, si tu- le veux ? Louis bondit sur son siège.

— Tout de suite, dis-tu ? répéta-t-il d'une voix rauque. Thomas fit un signe affirmatif.

— Tu peux sauver Rose maintenant?... Alors tu vas le faire !

— Nous allons causer.

— Hein ?

— Ah! tu ne me comprends pas, mon jeune.ami? Eh

bien ! avant tout il faut que nous fassions plus ample connaissance, car il est essentiel que tu me comprennes.

En achevant ces ui-H Tleeuas s dit -a vivement, et portant à ses lèvres un sifflet qu'il prit dans ses vêtement-, il en lira un son clairet ai n.

Au même instant un bruit sourd retentit au dehors : on eût dit des masses de fer s'entreetiôquaht.

Louis s'était levé en portant une mains sur la crosse de son pistiil'i, l'antre sur la poignée de son sabre.

— Ne crains rien, dit Thomas.

— Oh! fit Louis avec un regard de défi, je n'ai pas peur!

— Oui, je sais que tu es brave, mais personne rie sôfige à t'attaquer; c'est une simple mesure de p n qui vient d'être prise : toutes les issues sont bouchées, atin que tu ne puisses même tenter de fuir .

— Je suis prisonnier? s'écria Louis.

— Oui.

— Et de quel droit attente-t-on à ma liberté?

— Du tïfôil du plus fort : cela suffit... Oh! ne te roidis pas ainsi, enfant, tu ne pourrais lutter; d'ailleurs, tu n'es pas prisonnier pour longtemps, bientôt tu seras libre, oui, tu seras libre, et tu emmèneras avec toi celle que tu cherches. Donc, patience !

— La jolie miuiK'une ! s'écria Louis, elle est ici?

— Oui.

— C'est donc toi qui l'as fait enlever?

— Oui. Oh! ne menace pas, dit Thomas impassible, tu ne saurais lutter... d'ailleurs, la vie de la jolie miynonn* me répond de ton obéissance.

— Rose ici!... répéta Louis en faisant effort pour demeurer calme.

— Oui, Rose est ici, dans cette maison, reprit Thomas, et encore une fois il dépend de toi de la faire libre.

— Mais pourquoi l'avoir enlevée alors !

— Pour te prendre au piège, toi.

— Moi? s'écria Louis avec étonnement.

— Oui, il fallait que tu fusses une heure en ma présence.

— Mais qui donc es-tu?

Louis fit un pas vers son interlocuteur; celui-ci sourit railleusement.

— Qui donc es-tu? répéta Louis en fronçant les sourcils.

— Tu ne me connais pas ?

— Non !

— Tu m'as vu cependant autre part qu'à Paris.

— En Egypte ?

— Non; cherche, enfant, cherche dans tes souvenirs.

— En Italie?

— Peut-être... mais tu m'avais vu à une autre époque...

— Aux Antilles?

— Peut-être encore... mais remonte cependant vers une époque antérieure.

— Je ne me souviens pas !

— Eh bien! je suis celui qui t'a préservé de la mort, celui qui t'a emporté enfant, celui auquel ton grand-père t'a confié une nuit... celle qui précéda la destruction entière de sa famille... je suis Saint-Jean enfin, le valet de chambre de M. le conseiller de Niorres.

Louis frissonna, un tressaillement convulsif venait d'agiter tout son être.*

— Saint-Jean ! répéta-t-il.

— Oui, Saint-Jean, celui qui t'a emporté dans ses bras, continua Thomas.

— Saint Jean, le valet de chambre de mon grand-père, Saint-Jean... mais Saint-Jean est celui qui a empoisonné mon-père! s'écria Louis dont les dents s'entre-ehoquaient de rage; Saint-Jean, c'est le Itoi /ht bïigneï

— Ah! tu sais cela'?... dit Thomas eu souriant.

— Saint-Jean! répéta encore Louis; oh! je crois que tu vas mourir!

Et, dégainant son sabre par un mouvement plus rapide que la pensée, Louis se rtraJen avant en poussant un rugissement sonore : la main haute, la pointe menaçante, il fondit sur Thomasavecla rapidité de l'éclair traversant l'espace.

mni-TAPiN

Thomas se baissa, évita le choc, étendit la main, saisit »vec une adresse inouïe le pistolet passé dans la ceinture de Louis, et avant que le jeune homme eût pu le frapper, il lit en arrière un saut prodigieux.

la muraille parut s'entr'ouvrir, ou plutôt s'affaisser sur cl! -même : à la place de celle muraille de toile venait de surgir une grille qui le séparait du maréchal des logis.

Louis demeura un moment immobile et stupéfait. Il ji i lit un regard ardent sur cette cloison de toile si artistcment dressée quelques instants auparavant, et ce re • gardse reportait ensuite sur la grille dont la porte venait de se refermer sur Thomas, mue par un vigoureux ressort.

Thomas avait arraché sa perruque et avait redressé sa haute taille :

— Tu as dit qui j'étais! reprit-il d'une voix rauque. Je suis Saint-Jean, celui qui a fait périr ta famille, je suis celui qui a livré Saint Vincent aux Anglais, je suis celui nui a tout tenté depuis quinze ans pour s'emparer de ta fortune, je suis le Roi du bagne enfin, ce Camparini dont Jacquet a dû te l'aconter l'histoire et que l'on croit mort depuis deux ans. Tu comprends que si je te parle ainsi, c'est que j'ai un motif pour le faire.

Louis demeurait immobile, fasciné, comme sous l'empire du sentiment le plus puissant. Il froissait la poignée de son sabre, et ses yeux lançaient des gerbes d'étincelles lumineuses qui allaient se briser sur l'acier poli de la lame nue qui avait failli fendre le crâne du Roi du bagne.

— Écoute-moi, continua Thomas. Si je me suis dévoilé à toi aussi bruquement, c'est pour aller plus vite en besogne, car l'heure presse et il faut que j'agisse sans retard.

Louis ne répondit pas.

— Je suis le Roi du bagne, reprit Thomas. Tu es bien certain de me reconnaître, n'est-ce pas? regarde-moi !

— Oui! dit Louis dont le sang empourprait le visage : tu es celui que j'ai vu à Saint- Vincent, tu es celui que j'ai retrouvé à Venise, celui que j'ai juré de tuer!

— Bah! fit Camparini en riant : bien d'autres que toi ont fait ce serment, et personne n'a jamais pu le tenir.

Les doigts de Louis craquèrent, tellement fort ils serraient la poignée de cuivre du sabre de cavalerie.

— Regarde ! reprit Camparini : tu vas comprendre enfin pourquoi j'ai su t'attirer ici, tu vas savoir ce que je veux de toi.

Et reportant son sifflet à ses lèvres le Roi du bagne, qui semblait avoir reconquis tout l'éclat de son infernale majesté, tirade l'instrument un son modulé.

La pièce dans laquelle il se tenait, celle que la grille surgissant à la place de la muraille de toile séparait de ia pièce dans laquelle était demeuré le maréchal des logis, était carrée, mais d'un carré parfait.

Alors que le mur de toile était remis en place, cette pièce devait être plongée dans une obscurité profonde car ses murailles n'étaient percées par aucune ouverture : on ne pouvait même distinguer aucune trace de porte.

Les trois murailles (la grille formait le quatrième côté) étaient absolument noires et nues.

— Regarde ! dit encore Thomas en s'adressant à Louis et en désignant du geste la partie la plus proche de la grille.

Une partie de cette muraille tourna sur elle-même, comme roulant sur un pivot mobile. Une excavation se lit, puis cette excavation s'agrandit et permit à l'oeil de pénétrer dans l'intérieur d'une sorte de petite cellule, ne possédant pour tout meuble qu'un lit garni d'un maigre matelas.

Sur ce matelas était étendue, les bras et le corps attachés, dans l'impossibilité de se redresser complètement, une jeune fille au visage pâli, aux yeux rougis par les larmes.

— Rose! s'écria Louis avec un geste furieux. Bondissant avec force, le jeune homme se rua sur les

barreaux de la grille qu'il secoua frénétiquement sans parvenir à les ébranler même faiblement.

Louis! murmura la prisonnière.

— Tu vois qu'elle est entre mes mains! dit Camparini.

— Que faut-il faire pour que tu la laisses libre? demanda Louis en réunissant toutes les forces de son esprit, toute son énergie morale pour parvenir à comprimer la fureur qui grondait en lui et pour demeurer calme.

— Es-tu disposé à tout faire pour te voir libre, ainsi que Rose ?

— Tout ce que l'honneur me permettra de faire je le ferai s !

— Tu renoncerais à ton nom, à ta fortune?

— Oui ! sans hésiter.

— Eh bien ! il faut plus encore.

— Et que faut-il donc? demanda Louis.

— Tu vas le savoir!

Camparini, reportant son sifflet à ses lèvres, en tira un nouveau son aigu et terminé par une modulation étrange qui devait évidemment avoir une signification particulière.

CAMPARINI.

— Regarde ! regarde, Louis de Niorres ! disait Camparini avec un geste impérieux.

Alors il se passa dans cette salle dans laquelle se tenait le Roi du bagne, quelque chose d'étrange et qui, au premier abord, pouvait faire douter de la réalité. On eût dit l'accomplissement de quelque rêve effrayant, rêve d'une imagination exaltée, d'un fou dans le paroxysme de son délire...

Tout autour de la grille, les murailles disparurent, se relevant sur elles-mêmes, comme les toiles de fond d'un théâtre. La pièce était évidemment machinée comme une scène de féerie de nos jours.

Louis porta les mains à ses yeux, comme s'il eût voulu s'assurer qu'il fussent bien réellement ouverts, et un cri d'étonnement expira sur ses lèvres crispées.

— Regarde, regarde ! reprenait Camparini avec sa voix métallique. Regarde, Louis de Niorres ! et, puisque tu connais l'histoire de ta vie, remonte avec moi dans le passé pour te faire comprendre ce que j'exige dans le présent.

Je suis l'ennemi de ta famille !... je suis le Roi du bagne, qui a juré d'engloutir à son profit la fortune de tes pères!... je suis Saint-Jean, ancien valet de chambre du conseiller, celui qui a ourdi si habilement la trame dans laquelle tous les tiens moururent enserrés...

Regarde! vois-tu ces deux femmes, là... dans cette pièce... ces deux femmes, qui se sont dressées jadis entre moi et la fortune que je convoitais ; ces deux femmes qui m'ont échappé alors que je croyais triompher, les reconnais-tu?... regarde-les, si tu veux, car elles peuvent t'entendre !

Camparini s'était jeté de côté. A gauche de la grille, dans l'un des endroits où la muraille s'était relevée, à travers l'ouverture pratiquée, on apercevait deux femmes étroitement garrottées, dans l'impossibilité de tenter un seul mouvement.

— Blanche et Léonore ! murmura Louis qui paraissait ne pouvoir en croire ses yeux.

— Regarde encore ! pousuivit Camparini ; là, en face des deux mères, ne vois-tu pas les enfants* en ma puissance!

Effectivement, en face même des deux pauvres mères et séparés d'elles par une mince cloison de glace, deux enfants étaient couchés dans un même berceau.

— Mon Dieu! mon Dieu! murmurait Louis dont te Iront étaitbaigné d'une sueur froide, tout cela est-il donc réel !

— Regarde encore! regarde toujours ! poursuivit le Roi du bagne, que vois-tu maintenant, là... devant toi?...

Louis poussa un cri étouffé.

— Tu la croyais morto! reprit Camparini.

— Ohé, la mère! cria t-il d'une voix avinée, est-ce qu'il y a du liquide dans ton tonneau? (Page 204.)

— La femme de mon colonel/

— Et là!... et là! dit encore le Roi du bagne avec un double geste impérieux.

— M. de Signelay!... madame Uranie ! murmura le maréchal des logis dont les doigts crispés, enfoncés sous le revers de l'habit d'uniforme, déchiraient les chairs de la poitrine.

— Ah! reprit Camparini, tu te demandes si tu es éveillé, si ceux-là que tu croyais morts sont réellement vivants!... Oui, ils vivent, ils respirent... Ceux-là que la société a rayés de sa liste sont en ma puissance ! Ce sont les instruments dont il faut que je me serve pour atteindre le but que je me suis fixé!

Un silenee suivit ces paroles prononcées d'une voix stridente. Louis demeurait immobile, fasciné, dans l'incapacité de tenter un seul mouvement. L'enfant qui, dès son premier âge, avait affronté les dangers d ; la mer, l'enfant qui avait dormi souvent bercé par les tempêtes, qui avait vu mourir son père adoptif emporté par une vague furieuse, qui avait bravé sans frissonner les dangers de l'équateur, devant qui avait été poignardée la femme qui \uj avait servi de mère, le tambour qui avait battu la

charge sous le feu des ennemis, qui avait affronté la mitraillade des Autrichiens et le cimeterre des janissaires de l'Egypte, était là, haletant et comme frappé de vertige.

Oh! c'est que le spectacle qui fascinait ses yeux était bien autrement saisissant que celui de tous ces événements tragiques, c'est que l'âme la plus fortement cuirassée contre les émotions eût compris sa faiblesse.

Louis était là, dans une pièce, emprisonné, car il avait entendu grincer dans leur gâche les verrous de fer qui l'isolaient du reste du monde. En face de lui une grille infranchissable lui barrait le passage, le contraignant à l'inaction, rendant impuissants ses efforts.

Puis, de l'autre côté de cette grille, hors d'atteinte de sa main frémissante, cet homme, ce monstre souillé de tant de crimes, ce bourreau de tant de victimes innocentes et qui s'avouait cyniquement l'auteur de tant d'abominables attentats.

Enfin dans des cellules, se succédant les unes aux autres, placées tout autour de cette pièce ( sorte de cercle coupé en deux parties et dont la grille contre laquelle s'appuyait Louis eût été l'axe), séparées les unes des autreB

BIB'I-T VPTN

par des cloisonstransparemte s-, étaient enfermés ceux qui avaient aimé le petit-fiïs du conseiller et que ce deseen dant des Niorres aimait de toute la tendresse de son cœur.

C'était bien Blanche et Léonore, ses cousines, les premières victimes du Roi&u bagne, qu'il voyait devant lui,

, i ni bien les enfants dte Bonchemin et de le Bienvenu, ■ces deux innocentes êréatures couchées dans leur berceau... C'était bien la malheureuse Lucile, la femme du colonel Bellegarde, qui semblait attendre stoïquement la mort : c'étail bien Uranie, c'était bien Léopold, dont lui, Louis il.' Niorres, avait cherché les cadavres au fond dé la Seine... C'était bien enfin la jolie mignonne, cette Ruse qu'il aimail et qui jetait sur lui des regards éperdus et suppliants.

Tout a coup, sur un appel strident du Roi du bagne, une ^rappejoua dans le plancher, et huit hommes, tous masques, tous armés d'un fusil à double coup, apparurent lentement, montant dans la pièce comme poussés par un contrepoids.

Sur un geste de Camparini, sept de ces huit hommes s'avancèrent vers rhaeune des cellules et les canons menaçants s'abaisseront dans la direction de Blanche et de Léonore, des deux enfants réunis, de Lucile, d'Uranie et de Léopold, et enfin de l'a, joli» mignonne,

Louis rugit et s sua violemment les barreaux des

grilles... le huitième fusil menaça sa poitrine.

Pas un des malheureux que menaçaient les hommes masqués n'avait pu l'aire un mouvement ni jeter un cri : tous étaient garrottés, attachés, rendus impuissants, tous étaient bâillonnés, mémo les pauvres petits enfants, dont une mousseline couvrait la bouche.

Thomas se dirigea vers une fcible placée à peu de distance de la grille et sur laquelle étaient posées, avec tout ce qui est nécessaire pour écrire, des liasses de papiers manuscrits rangées symétriquement.

L'ouverture pratiquée dans le plancher et par laquelle étaient apparus les huit hommes masqués demeurait béante. Camparini, après avoir jeté un coup d'neil rapide sur les papiers places sur la table, se pencha au-dessus ée l'ouverture :

— Le clerc ' dit-il simplement.

Quelques minutes s'écoulèrent dans un silence profond. Aucun des maLheureux bâillonnés ne pouvait naturellement articuler un son, aucun de ceux qui les menaçaient de leurs fusils abaissés ne proférait une parole. Camparini attendait calme et impassible. Quant au jeune maréchal îles logis, suit que l'émotion terrible qu'il devait ressentir le suffoquât?, suit que le danger effrayant qui menaçait ceux qu'il aimait paralysât ses facultés, soit enfin qu'il eût assez de puissance sur lui-même pour se dominer complètement durant ce moment terrible, il demeurait muet; ses lèvres crispées s'agitaient sans qu'un son, quelque faible qu'il lut, s'eehappàt de sa gorge aride.

Un claqu'iiient, sec retentit au milieu du silène.', ci une tête apparut à l'orifice de la trappe, puis un buste monta lentement, et enfin un homme ht son entrée dans la piecr.

Cet boni me, c'était le jeune élerc île maître Raguidéavu, que nous avons rencontré, il y a peu de jours, dans les caveaux souterrains de l'ancienne poudrière de Grenelle.

Les vêtements ,.|i désordre ani çaienl une lutte sou-

tei Il avait les mains attachées derrière le dos. les

chevilles liées ensemble, mais de- façon .1 |«nni.ir niar cher sans cinir, et un bâillon lui OOUVPaJÏl le bas du vfsage.

l ainpariui leva le pistolet qu'il avait BOtMeTvé 'lans sa

main droite et désignant Ife peut,. talée surchargée de papii ra et dei ant laquelle était une chaise :

— Met .. loi la, lui dit-il, et Obéis sans lie-ii,.|-. (no» lu es mort 1

le cl, iv Obéit en tremblant de ions 509 membres.

— Je vais te dédier les mains et te pemlettlW de respi-

rer, continua le Rot du bagn» ; mais si tu tentes un seul mouvement, sans mon ordre, si tu murmures un son sans que je t'aife interrogé, je te brûle la cervelle! Tu entends ? tu as compris?

Alors, prenant un couteau à lame aiguë et tranchante, Camparini coupa les liens qui retenaient les mains captives, puis il ht tomber le bâillon.

Le pauvre clerc respira, mais il n'osa même faire un mouvement pour aider la circulation à se rétablir dans ses avant-bras. ■

ibien y a-t-il d'années que tu es clerc chez maître

Raguideauî demanda Camparini. Réponds sans hésiter à voix haute, que tous ceux qui sont ici puissent t'entendro clairement.

— Depuis qu'il exerce, depuis six ans, répondit le clerc.

— Avant cette époque, n'étais-tu pas chez son prédécesseur ?

— Oui, citoyen.

— Combien de temps y es-tu resté ?

— Sept ans.

— Il y a donc treize ans que tu es dans l'étude 1

— Oui, citoyen :j'y suis entré en 1787.

— Tu es alors au courant de toutes les affaires qui ont été traitées par maître Raguideau ou son prédécesseur?

— Oh ! oui, citoyen.

— Tu n'en ignores aucune?

— Aucune.

— Tu connais alors l'affaire de la succession des Niorres ?

— Parfaitement.

— Prends cette liasse de papiers, là, devant toi, compulse ces papiers, examine et regarde s'il en manque un seul.

Le clerc obéit ; il prit une des liasses, déboucla la courroie qui retenait les papiers et. les ouvrit, mais à peine eutril tourné la première page, qu'involontairement il poussa un cri de stupeur.

— Les papiers disparus de l'étude il y a quinze jours! murmura-t-il.

— Oui, dit Camparini en souriant; régarde si tous les actes concernant la famille de Niorres sont bien là, et si, par hasard, quelques-uns ne seraient pas restés à l'étude.

Le clerc, en dépit, de l'émotion terrible à laquelle il était en proie, se pré-para à obéir ; il ouvrit le dossier et il se mita le parcourir avec une attention minutieuse.

Pendant ce temps, Camparini s'était retourne vers les cellules à jour.

— Vous voyez ces fusils braqués sur. vous, dit-il lentement; à mon premier signal, la mort frapperait sans miséricorde. Je vais détacher les baillons qui vous empêchent tous de parler, je vais trancher les liens qui \ ous privent de vos mains, car pour ce que vous allez avoir

a Cure, il l'aut que VOUS SOyéZ libres; mais" prenez garde! à la moindre tentative d'action qui me semblerait suspecte, à l'a plus légère désobéissance à mes ordres, la mort frapperait! oui, elle frapperaii instantanément, sans pitié, ni merci, non pas celui qui aurait désobéi ou encouru ma colère, mais l'être que celui-là aime le. plus... Blanche el Léonore. la vie de vos enfants efsi fë garant de votre soumission; Signelay, (Jfanîe, la vie de chacun de vous me répond de l'obéissance de l'autre; Lucile, l'existence crc ta sceuf est entra mains...

Et . se tournant brusquement vers 1 s qutnebou

pas :

— Quant a toi. poursuivit le Roi du bagne, à ta première hésitai ion. la folie mignonfac foulera frappée son

veux!... VOUS m'avez fous compris, n'est-ce pas'? poursuivit Camparini en faisant un pas en arrière polir 1

envelopper l'ensemble dans son regard de flammes. Vous

êtes tous en ma puissance, \ olis -aie ,pi ■ je lie ni.

pas en \ai.i. qUC JC ne pardonnerais pas... Mai ni e 11.1I1I

\ OUS alleZ :-a\ .al ce qlle je \ ell\ de \ OUS !

IÎIBI-TAPIN

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