‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 199 sur 220 · I : '■■ .et à l'ouest : Vincennes. Ce quadrilatère · texte numérisé non relu

I : '■■ .et à l'ouest : Vincennes. Ce quadrilatère

qui aujourd'hui offre des éclaircies charmantes, de belles des bouquets de chênes centenaires semés autrefois l'une des parties du bois les plus fournies et les moins fréquentées.

Près de l'endroit où s'arrête aujourd'hui la dernière limite du ratissant jardin entourant le chalet du maréchal cornu il h' la division militaire, était alors une belle clairière, longue de deux cents pieds au moins, large d'environ cinquante, ombragée par des bouquets d'arbres et tapissée par un frais gazon. En été, c'était le rendez-vous habituel des amateurs de diners sur l'herbe. En hiver, la clairière était moins fréquentée, mais elle n'avait pas moins son cachet grandiose et imposant. Ses grands arbres dénudés, aux branches noires, entrelaçaient leurs rameaux comme les réseaux d'une vaste' toile d'araignée, et le gazon jauni par les rayons du soleil d'automne disparaissait à demi sous un moelleux lit de feuilles sèches.

C'était dans cette clairière que Rossignolet et le brigadier avaient conduit les deux troupes.

— Tiens ! dit Gorain en poussant Gervais, nous allons déjeuner sur l'herbe! Tu vois que j'avais raison de le dire.

— Ma:.- les provisions! dit Gervais.

— C'est peul être ce que les deux soldats portent dans las gros paquets qu'ils défont, ainsi que tu le pensais.

— C'est possible cela I

— Le terrain est-il bon? demanda à voix hauetRossignolet.

— Oui ! ouil • pondirent quelques voix.

— Il convient à tout le mon!

— Oui '

— Alors. laïque I

— Hat.it ii i- : dil i" -. ieu i brigadier,

— Hein ' dil i ii.li oir mil entendu.

— Ah mon iM'u M.n -m Lis échauffés I Les voilà qui

ai ii leurs babitfl J comme le inajorl

KtTertiv.'irirnt fessoMats se déptrmHaïeri i de leurs uniformes, et, les pliant soigneusement, les déposaient en tas sur deux pointa différents de la clairière.

Tous demeurèrent en pantalon et en chemise. ■ — Allons! allons, toi qui étais si pressé! dit te soldai à la figure rébarbative et en s'adressantà Gorin. ftépi moi cela! En deux temps!

— Comment? comment? dit Gorain. Me déshabiller.

— Eh oui!

— Pourquoi faire?

Le soldat regarda Gorain sous le nez.

— Farceur! dit-il. Tu veux être drôle jusqu'au bout '■

— Mais, dit Gervais, je ne vois pas la néc< • niever mon habit pour déjeuner. L'été, je ne dis pas, mais l'hiver! Je m'enrhume très facilement, moi!

— Les joujoux! hurla une voix.

Un bruit de fers froissés retentit. C'étaient les deux paquets que l'on avait achevé d'ouvrir et que les soldats'occupaient à débarrasser de leur contenu.

— Les provisions? dit Gorain.

— Voyons ce qu'il y a... ajouta Gervais en tendant le cou

— Je voudrais qu'il y ait du pàt...

La parole s'arrêta sur les lèvres de Gorain. Le bourgeois demeurait immobile et comme fasciné. Il é là, le corps penché en avant, le bras étendu, l'œil fi:. la bouche ouvert'.

Gervais formait pendant, dans une situation presque identique, seulement le visage de Gorain était devenu subitement cramoisi comme si tout le sang s'y fût ]■ d'un même coup, et celui de Gervais était blême et p . comme celui d'un mort.

A quelques pas d'eux, les soldats attroupés s'occupaient, à choisir leurs armes, car c'étaient des épées de combat que renfermait chacun des deux paquets.

Rossignolet s'était baissé et avait choisi trois épées : il en passa une sous son bras et, tenant les deux autre* eu croix, il s'avança vers Gorain et Gervais.

— Allons, dit-il; chacun la vôtre, choisissez!

Gorain et Gervais ne bougèrent pas. mais ils levèrent à la fois leurs yeux effarés sur le tambour-major. *

— Choisissez! répéta celui-ci.

— Choisir... quoi? eut enfin la force de dire Gervais.

— Eh bien, l'un de ces joujoux... L'autre sera pour ton ami !

— Pour... pour... pour... mod! balbutia Gorain d'une voix inintelligible.

— Mais... mais qu'est-ce que nous allons donc fai dit Gervais auquel la terreur commençait à rendu forces.

— Nous allons nous battre! répondit simplement Rossignolet.

— Nous... battre!

— Eh oui !

— Nous battre ! répéta Gorain en chancelant. Et pourquoi faire, mon Dieu?

— Pour tuer son homme donc!

Les deux bourgeois se regardèrent : ils échangèrent un coup d'œil empreint d'une telle désolation, qu'Us accrurent mutuellement leur effroi.

Enfin Gervais s'av-aneanl vers le gigantesque major et les mains jointes, la ligure piteuse, presque les termes aux yeux :

— Respectable citoyen, s'écria-t-il, aous 3omn

mon ami et moi, nous avons le caractère bien fait, nous entendons la plaisanterie, mais cependant U \ a des Limites... Ne continuez pas! nous n'en peinons | Ul3.

— Mais, dit Rossignolet, je ne plaisante

— Tu... ne... plaisantes... pasl dit G

— Nullement. Nous Miens nous battre et nous ne sommes même venus ici, les camarades et moi, que pou; cela i e amis qui sent ai se moi Dnl tous t'ait p

de i armée d'Italie, les autres étaient de oalle du Rhin. On

., e\ il des mets relal.i\ émeut, aux baUtS faits de> UI

.nre . et pour s'aooordei oonveau de aera-

r un coup de torcho»! Voilà!...

BIBI-TAPIX

— Un coup de torchon? dit Gorain, niais à cet égard, je ne rois pas grand inconvénient.

— Alors en garde!

— En... quoi?... je ne sais pas...

— Eh! major! cria un soldat, on tire ses adversaires au sort! Tous les nom- dans un chapeau!

— Minute! dit Rossignolet en se retournant. Le brigadier et moi ne tirons pas. Nous nous choisissons mutuellement. Pas \rai, l'ancien?

— Naturellement! répondit le vieux brigadier en fouettant l'air de son épée.

Gorain et Gervais avaient écouté cet échange de paroles avec un redoublement d'angoisse.

— Sauvons-nous! dit Gervais.

— Je ne peux pas bouger! répondit Gorain, J'ai des douleurs dans les jambes...

— Et moi au-

— Allons! il faut l'aire bonne contenance! dit Rossignolet. Vous m'avez demandé à m'aceompagner. Il ne s'agit pas de me déshonorer maintenant. Cré mille n'importe quoi! pas de caponnerie sur le terrain, sinon je vous embroche comme deux poulets!

— Mais... mais... dit Gervais, je ne veux pas me battre!

— Tu te battras!

— Mon Dieu ! mon Dieu ! mais qu'est-ce que nous avons avons donc fait au ciel pour...

— Ce que yous avez fait, dit Rossignolet en relevant sa moustache avec un geste menaçant; je vais vous le dire, mes citoyens. Vous avez fait le malheur d'honnêtes gens en vous laissant prendre aux appâts des fripons et des bandits. Suffit, je m'entends ; ce n'est pas la peine de vous en dire davantage; le moment n'y est pas; mais je ne vous ai pas en grande estime tous deux, et je n'ai pas été fâché de vous fourrer un tantinet dans le guêpier de ce matin. Ce sera leur punition, que je me suis dit.

— Comment.' quoi? pourquoi notre punition? dit Gervais d'un ton lamentable.

— En garde ! cria une voix sonore.

Pendant que le major parlait aux deux malheureux bourgeois, les soldats avaient achevé de tirer au sort leurs adversaires. Chacun cherchait, avec l'ennemi, qui lui éta.it échu en partage, un terrain convenable. Ces hommes qui tous avaient fait partie des deux armées héroïques qui, sur le Rhin et sur l'Adage, avaient accompli des merveilles ; ces soldats éprouvés par cinquante combats, tous sachant admirablement manier l'épée, puisque tuas étaient ou avaient été maîtres .d'arme.-, regardaient un duel comme l'un de ces accidents vulgaires de l'existencej auxquels un homme de cœur ne doit pas accorder une attention exagérée.

Cependant, ce qui augmentait ce jour-là, à leurs yeux, l'importance de la rencontre, c'était que cette rencontre prenait, à cause du nombre des adversaires, les proportions d'un véritable combat. Puis ce n'était plus un duel entre particuliers pour une particulière : m un duel de corps d'armée à corps d'armée, et il s'agissait moins de l'honneur des combattants, que de celui de l'armée du Rhin yt de l'armée d'Italie. Aussi, apportaient-ils tous le plus grand soin dans les apprêts du combat qui allait avoir lieu. Deux par deux, tous prenaient place, se partageant loyalement le terrain et l'exposition de la lumière. Comme Rossignolet quittait les deux amis pour se diriger vers le brigadier qui l'atr. niait, deux soldats s'avançaient vers Gorain et vers Gervais. Le major, avant de quitter les bourgeois, avait pris les deux épées qu'il tenait, et les avait placées chacune dans l'une des mains des deux amis. Gorain et Gervais étaient demeurés immobiles. Les deux soldats saluèrent du fer les deux bourgeois.

— Lequel est Gorain ? demanda l'un deux en clignant de l'œil.

— Lui! lui! dit vivement Gervais qui espérait, en désignant son compagnon, l'offrir en holocauste au danger.

— Alors, dit l'autre soldat en saluant Gervais, c'est toi qui es mon particulier. Flatté outre mesure... En garde I

Et il fit deux appels du pied. Les deux botirge- i - t blaient de tous leur.- membres; leurs dents claquaient; ils ne pouvaient parler. Les deux soldats échangèrent un rapide regard d'intelligence. Les vîngtautrès adversaires étaient alors sur deux lignes, tous, le corps droit, les talons rapprochés, La main gauche tombant le long dé la cuisse le bras droit tendu, la pointe de l'épée basse : tous avaient la position du tireur émérite s'apprêtant à furie salut d'usage. Un silence profond régna dans la clairière durant l'espace de quelques secondes. Rossignolet et le vieux brigadier étaient en face d'un de l'autre, au point central de la ligne des combattants, et paraissant être les chefs d'emploi.

Attention ! dit Rossignolet en levant le fer.

— Attention! reprit le brigadier en imitant le même mouvement.

Tous le répétèrent.

— Vive l'armée d'Italie! cria Rossignolet.

— Vive l'armée du Rhin ! vociféra le brigadier. • — En garde!

Les vingt épées nues se rencontrèrent avec une précision telle, que leur choc se confondit dans un même bruit; puis à ce bruit succéda un instant de silence : chacun étudiait et tâtait son adversaire par cette pression de l'épée que peuvent seuls comprendre les bons tireurs.

Lajambe gauche repliée, le corps effacé, les yeux dans les yeux de l'adversaire, la main haute et la pointe menaçante... tous demeurèrent un moment immobiles... puis des cliquetis retentirent... un mouvement se fit dans la double ligne des duellistes... le combat commençait...

— En garde! cria l'adversaire de Gorain en se mettant en position.

Le gros bourgeois demeura bouche béante, tenant son épée des deux mains, comme s'il eût tenu un cierge, et ne paraissant pas disposé à tenter le moindre mouvement.

— En garde! répéta l'adversaire de Gervais.

Le bonnetier tremblait comme la feuille du tremble agitée par le zéphir : il maintenait la garde de son épée I entre le pouce et l'index, comme s'il eût eu peur d'y tou- I cher... sa figure était plus blême que jamais...

— En garde, morbleu ! dit encore son adversaire.

Et comme le bourgeois demeurait immobile, le soldat i fouetta vigoureusement le fer de Gervais... L'épée s'échappa des mains du bonnetier et s'en alla voltiger au I loin. Ce désarmement, loin d'intimider Gervais, parut lui rendre toute sa vigueur.

Il tourna sur lui-même en poussant un cri inarticulé et il se précipita, tête baissée, fuyant sous bois.

La fuite de Gervais sembla détruire le charme qui rendait Gorain immobile. En voyant fuir son compère, l Gorain jeta son épée dans les jambes de son adversaire j et se mit à fuir également... Tous deux disparurent à la i fois dans la direction de Fontenay-sous-Bois.

— Eh! fit l'un des soldats, leur peau vaut deux cents livres chaque.

— Faut les rattraper! cria l'autre.

— En avant!

Tous les deux se mirent à la poursuite des deux amis.

En ce moment, le duel était engagé sur toute la ligne : les adversaires luttaient avec une égale science, Une égale vigueur. Des étincelles jaillissaient au contact des épées.

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