LXI
une stjRrrusE.
En quittanl la porte «lu cabaret. le la rue des Mauvaises- Paroles, la voiture du docteur Co'rvisarl était partie dans la direction delà rue Bétizy. Le docteur lança un double ! par les deux ouvertures des glaces abaissées des porl ire , puis, après avoir remonté ces glaces, ce qui pion ea I intérieur de la voiture dans une obscurité plus le encore, il se pencha et, relevanl la draperie qui tombait le long de la banquette de devant :
— Venez, dit-il, vous pouvez sortir.
i ne -mi iv apparut se détachanl dans les ténèbres, et un homme qui était blotti sous la banquette se dressa i ement.
Vous deviez être mal a l'aise là-dessous ? .lit Coin n Lis vous aviez raison, il ne s'est douté .le rien.
— K; île/ moi \ i n détail ee qui > eu heu ! dit
j'h' m s'asseyanl sur la banquette de dessous
ni de sortir.
i i-ari n ta. -ans rien omettre, t. petite
i,M \ enail d n oir lieu tuprès du cadai re du fort de la halle. Quand il .-ni achevé :
i ,i loin .' .in oui nterlocuteur.
— Oui, répondit Cor\ i trt.
— Ainsi il a été (rompe ,, n tour '
— Certainement. Du reste, un médecin eût pu l'être lui-même
Puis, après un silence:
('.•s phénomènes léthargiques sonl réellement effrayants, ajouta-t-il en secouant la tête.
Le compagnon du docl r prit le cordon de soie correspondant au doigt du cocher et l'agita doiicenie II I . La
voiture s'arrêta. Le compagnon du docteur lui ad)
un geste amical, .m \ rit la portière et s '.la nça. La voiture repart il au gra nd trot.
Le personnage qui venait de descendre était alors au milieu de la rue de l'ArbrerSec ; il fit quelques pas en avant; un ro\ erbère allumé éclaira en plein son visage: ce visage était noir, cet homme était nègre.
La porte cochère d'une maison située au coin delà rue Bailleul était à demi ouverte; le nègre se précipita dan- iiut. ri.ur. On entendait le piétinement d'un cheval attaché dans la cour.
Cinq heures sonnaient. Le dîneur assis à la première table de la gargote de la rue des Mauvaises-Paroles, celui auquel s'était adressé Thomas, se leva, et. tirant, un sifflet de sa pochç, il le porta à ses lèvres; aussitôt un son aigu retentit et un profond silence succéda dans la salle au tumulte qui y régnait.
( De la rue, il était impossible de voir ce qui se passait dans l'intérieur de cette gargote ; elle n'avait pas de devanture comme les boutiques ordinaires : c'était un mur plein qui la séparait de la rue, et ce mur n'était perce que par deux ouvertures, celle de la porte et celle d'une fenêtre. La porte était pleine, ce qui ne permettait pas au regard de pénétrer, et la fenêtre était placée à une grande distance du sol. à upe hauteur telle que la tète de L'homme le plus grand n'eût certes pu y atteindre. Par surcroît de précaution, cette fenêtre était garnie d'un rideau de laine rouge très fort, très épais et fixé, en haut .t en bas, par deux tringles, ce qui l'empêchait de voltiger. )
Le silence régnait donc dans cette salle tout à l'heure si tumultueusement bruyante.
— 11 est l'heure ! dit l'homme qui s'était levé et qui s'avançait au milieu des consommateurs. Apprêtez-vous !
— Où allons-nous? demanda une voix.
— Vous n'avez pas besoin de le savoir. Allons, j'ai les ordres du chef, obéissez.
Par un même mouvement tous se levèrent.
— Ouvre la porte de communication, reprit celui qui paraissait avoir le commandement de la bande des habitués de la gargote.
Un homme s'a id ; mais, au moment où
il allait atteindre la* cuisine, il poussa un cri et lit un bond violent en arrière. Au même instant le gai';. bondit aussi dans la salle.
— Par la rue. filez ! Nous sommes pris! cria-t-il d'une voix rauque.
Une sorte de stupeur s'était emparée des tu des femmes.
celui qui avait parlé en chef se rua. vers la de la
nie; il voulut l'ouvrir, mais elle résista à r u
Trahis ! s'écria-t-il avec rage. Nous somnti Défendons-nous 1
Vingt laines nues brillèrent dans la demi-ohs. .
Bas les couteaux, dil nue \< ■ bas les
leau\. ou je tais fusiller le premier bandit qui n'obéira pas ! attention ; ipprêtez... armes !
Ce bruit ire, strident, qui aci i jours
i l'exi ce militaire accompli par une i
de soldats, retentit aussitôt. Mugi baie
i i uisine, et l'uniforme d un lieutenant d'inl
ne se destina dans l'encadreue ut de la porte ouvrant Sur la salle.
Au même instant le bruit sourd de - fusils,
retombant 3ur un pavé humide et fangeux, i orins dans la me. La gargote était cernée, et les doux issu» a
que possi dit I die du rez de chaussée étaient obsr les soldais.
Bas |e i outeaux, n pet., l'officié; . et attention a la mi m re. Voi e liiei sur deux de iront par cette
porte; on vous garrottera solidement les pieds et les mains, et celui ou celle qui fera mine d'opposer la moindre résistance sera cloué sur la muraille d'un coup de baïonnette sans i'n;'^ avi'8. Donc, attention!
La population hideuse de la gargote était enfin revenue de la stupeur qui l'avait frappée tout d'abord. Hommes et femmes se regardaient consternés, n'osai mment pas tenter la plus légère résistance. \n reste, tentative de résistance eût été folie, caries soldats a\ aient envahi la cuisine et toute une compagnie gardait la rue.
En ce moment les soldats s'écartèrent et un homme, qui venait d'entrer par la porte de la cour, passa rapint se dirigeant vers l'escalier en colimaçon conduisant au premier étage : cet homme, c'était le docteur LRipuytren.