‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 203 sur 220 · LES CADAVRES · texte numérisé non relu

LES CADAVRES

Oamparini, baissant sa lanterne, examina attentivement la position des deux cadavres. Il se courba, posa sa main sur le corps de l'homme dont le visage avait été si abominablement déchiré.

— Celui-là aussi est mort, et bien mort! dit-il, mais il y a une chose que je ne m'explique pas. La blessure du visage a dû précéder le coup porté au brigadier, car ce coup, en atteignant le corps, a dû avoir un effet foudroyant. Or, comment expliquer que Rossignolet, après avoir reçu ces deux blessures, celle de la poitrine et celle du Visage, ait pu, après celle du visage surtout, avec un œil de moins, porter un coup aussi sûrement mortel?

Roquefort ne répondit pas. Un silence suivitees paroles.

— C'est bien simple ! dit tout à coup une voix. Camparini se redressa :

— Qui est là? dit-il en levant sa lanterne, tandis que Roquefort armait lestement une paire de pistolets qu'il prit à sa ceinture.

— Moi, maître! répondit la voix. Je t'attendais pour que tu payes ta dette.

Ces paroles n'étaient pas achevées, qu'un homme, surgissant de derrière le tronc noueux d'un chêne séculaire, se dressait devant Camparini et son compagnon. Cet homme portait l'uniforme des soldats de la République.

— Paille-de-Fer, dit Camparini sans manifester le moindre étonnement.

— Moi-même ! répondit l'homme.

— Est-ce donc toi qui as tué Rossignolet?

— Oui.

— Comment ?

— Il n'avait reçu que la blessure à la poitrine quand il a tué le brigadier. Alors, et comme j'avais dépêché mon adversaire, je revins sur le major et j-e l'attaquai brusquement. Il se défendit, et pour en finir plus vite, je tirai au visage.

— C'est donc avec intention que tu l'as défiguré ?

— C'était pour le tuer plus vite.

Camparini releva sa lanterne, L'approcha du visage de Paille-de-Fer, afin d'envoyer en plein les rayons lumineux sur ce visage, et regardant fixement son interlocuteur :

— Que t'ai-je promis si Rossignolet était tué? de >-

da-t-il.

— Cinquante louis! répondit le bandit.

— Et s'il échappait?

— Que tu me casserais la tête de ta propre main.

— C'estbien! Tu as bonne mémoire. Je tiendrai mes promesses. Relève la manche de chemise gauche de ce cadavre.

Paille de Ferobéil sans hésiter. L'avant-bras del'homme défiguré, misa nu, laissa voir un tatouage bleu e1 rouge nr la peau. Camparini examina attentivement ce tatouage, puis se redressant :

Roquefort, dit-il. donne cinquante louis à Paillo-dei i

Roqu for! se hâta d'obéir.

Qu< Iqi tants après, Camparini et Roquefort repre-

naient sous bois la direction de l'endroit où la voiture était demeurée stationnaire.

— Pourquoi as-tu regardé le tatouage? disait Roquefort. Doutais-tu donc? si le visage était déflgun . il y avait assez d'indices : la taille, la forme du corps, la couleur deB cheveux, la longueur des moustaches...

— Qu'importe! répondit Camparini Je devais m'assurer!

— Où vas-tu maintenant?

— A Saint-Mandé.

— Là aussi tout va bien?

— Merveilleusement.

— A quelle heure auras-tu fini?

— Dans une heure.

— Et le rendez-vous général?

— A Fontenay, à onze heures.

— Tous les ordres sont donnés?

— Tous. Rien n'a été omis j'en réponds. Un silence suivit ce rapide échange de paroles.

— De sorte, reprit Roquefort, que demain le soleil en se levant ne verra plus debout un seul de nos ennemis!

— Demain, dit Camparini avec un geste superbe, tous mes plans seront accomplis : demain, nous aurons atteint le but !

En ce moment, tous deux atteignaient les abords de la route, et on apercevait la voiture demeurant stationnaire à peu de distance

En quittant Camparini et Roquefort, Paille-de-Fer, abandonnant ce terrain encore tout souillé de sang et pavé de cadavres, s'était élancé dans la direction de Fontenay-sous-Bois. Mais il n'avait pas fait vingt pas, qu'une main ferme le saisit au passage.

— Voici tes cent louis ! dit une voix. Une bourse tomba dans la main de Paille-de-Fer.

— Maintenant, reprit la voix, maintenant que tu m'as prouvé que tu pouvais être fidèle, écoute, je vais te poser une question qui t'intéresse. 11 s'agit de la Cagnotte !

— Ma nièce! dit Paille de-Fer en tressaillant brusquement.

— Elle-même. Tu ne sais pas ce qu'elle est devenue depuis qu'elle a si brusquement disparu avec Carmagnole?

— Non!

— Que donnerais-tu pour le savoir?

— Tout!

— Tu l'aimes encore?

— Oui!

— De sorte que si l'on te mettait à même de retrouver la Cagnotte que tu adores et de te venger de Carmagnole que tu détestes et qui est ton rival...

— Je ferais tout! s'écria Paille-de-Fer dont les yeux étincelaient dans l'ombre.

— Alors, viens avec moi, dit la voix. Je crois décidément que nous pouvons nous entendre...

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