‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 212 sur 220 · I.E FLAN · texte numérisé non relu

I.E FLAN

— De qui don.- parles-tu? reprit Chivasso après un long silène

— De Bamboula! répondit Camparini.

— Bamboula ! s'écrièrent les trois hommes avec une même intonation de surprise et de colère.

— De Bamboula ! répéta le liai du bagne, de Bamboula qui, en 1785, m'a trahi et a train l'association dans l'affaire des Niorres : de Bamboula qui, en 1790, nous a trahis dans le procès d'Horbigny, de Bamboula qui, en 1794, nous a trahis à Paris et aux Antilles; de Bamboula qui, depuis 1707, nous trahit et aujourd'hui nous, a vendus '.

— Les preuves de ce que tu dis ! s'écria Pick.

— Elles sont dans la conduit,1 même ,1e Bamboula ! Employé par Fouché, il devait nous servir dans ce poste important : il a commencé par nous servir pour mieux capter ma confiance, puis maintenant il nous vend !

— Depuis quand sais-tu cela ? dit Chivasso.

— Qu'importe, je le sais !

— Quoi : s'écria Pick, tu sais qu'un des nôtres nous trahit, nous vend, nous livre, et celui-là n'esl pas mort?

— Celui-là pouvait nous être utile, c'est pourquoi il a vécu.

— Bamboula ! un traître ! dit Pick avec un geste menaçant.

Camparini s'était croisé les bras sur la poitrine : promenant sur ses compagnons un regard calme et dominateur.

— Si je vous révèle le danger, dit-il, c'est que le danger est conjuré. Ah ! bien que vous me connaissiez, vous ne me devinez pas encore. Sachez que depuis trente ans jamais la trahison n'a existé dans l'association des enfants du bagne sans que cette trahison je ne la devine et ne la punisse. Pick et Roquefort peuvent en témoigner : Bamboula en témoignera cette nuit en payant sa dette.

« Rappelez-vous ce qui a eu lieu en 1797, il y a deux ans, lors du retour de la campagne d'Italie.

«J'avais Bamboula entre mes mains et j'étais résolu à le punir; toi aussi Roquefort tu étais là garrotté.

— Oh! s'écria Roquefort, tu sais si depuis j'ai été Adèle, si je t'ai trahi !

— Non ; je savais aussi que chaque fois que tu avais trahi c'est que Bamboula t'avait entraîné, c'est pourquoi je t'ai pardonné en dépit de nos lois.

« Maisj'avais Bamboula au bout de mon pistolet, Bamboula allait mourir, Chivasso m'a détourne le bras !... il a bien fait. La trahison de Bamboula devait faire notre force" ; je n'avais pas deviné cela alors!

« Que fut-il convenu'.'... que Bamboula serait désormais un ami fidèle et l'un des chefs des chauffeurs. Bamboula <le\ lit continuer à être un agent du ministre de la police et cette situation, en décuplant nos forces, nous garantissait la sécurité la plus profonde et lu plus absolue.

«Longtemps Bamboula fut fidèle, longtemps il servit la cause commune. Grâee à lui. pas une démarche ne fut tentée sans que nous lussions instruit- à temps; gr 1 lui, les soupçons furent si habilement détournés que Jacquet, que Fouché crurent que Camparini était mort, et vous savez tous si M. Thomas, le digne négociant, l'excellent père de famille, a jamais eu maille à partir a\e la police.

Tout ail lit bien, tout eût été bien jusqu'au fout, si Bamboula avait pu se guérir de la fièvre d'ambition le poussa à vouloir être le Roi du bagne. Depuis quinze ans. Bamboula n'a qu'un rêve ; celui de me succéder. 'trois l'ois il a été vaincu dans la lutte, et une quatrième fois il tenie encore 1" combat.

— Comment ! dit Chivasso, quelles preuves as-tu '.'

— Depuis quinze ans que j'ai appris à me défier de Bamboula, reprit Camparini, je l'ai suivi pas à pas. Bamboula est habile. Il veut d'un même coup accaparer à son profit toutes les, richesses eue je \ais placer enfin entre nos mains, nous détruire, moi et tous les chefs de l'association, se faire Roi, et captera tout jamais la confiance de Fouché.

» Oh ! son plan est habile, je le répète, mais ce plan je l'ai deviné' jusque dans ses moindres détails. Écoutez! voici ce qui doit avoir lieu cette nuit. Nous allons nous rendre ii la ferme. Là, nous trouvons Bamboula qui s'yest introduit déguisé, ainsi que cela a été convenu entre nous...

« Nous forçons le fermier à nous livrer les trésors et les traites ; puis, ces trésors et ,-es papiers en notre puissance, au moment où nous croyons triompher, Bamboula donne un signal : tous quatre nous tombons frappé le mort, et nos hommes ont tel- prisonniers par quatre brigades de Fouché embusquées dans quatre endroits différents.

Nos hommes peuvenl être pris, eux, car ils n • savent rien, et leur capture importante pour le m, m ■ police, ne l'est pas pour les intérêts personnels de Ban: boula. Nous, c'est différent, nous pourrions parler, ans . faut-il que nous mourions, et le plan de Bamboula e t arrêt,' à cei égard.

Alors, nos hommes livrés. Bamboula, qui seul coin lit

cret de la maison de Saint-Mandé, met à exéem

le plan formé par moi. Seulement, au lieu que ce so t

Chivasso qui épouse l 1 joli ■ mignonne, ce sera lui qui alors

héritera des millions des d'Horbigny et des Cantegrelles.

— Mais Charney ? dit Pick.

— Charney est le complice de Bamboula. A eux deux, après nous, la puissance, et, tandis que Charney prend dans le monde la place que je voulais lui donner, et qui est si importante pour l'avenir, Bamboula, riche, se fait nommer Roi du bagne, tout eu captant la confiance de Fouché et en prenant la place de Jacquet. Dès lors il est à l'apogée de la puissance. C'est la mort de Jacquet qui l'a décidé à agir ainsi.

— Bamboula et Charney ! dit Chivasso. Ils s'entendent?

— Oui; tout leur plan est fait, et avouez que ce plan est habile !

— Mais de qui tiens-tu tous ces détails? Ce n'est pas Bamboula qui les a donnés; qui donc t'a éclairé?

— Moi-même.

— Comment?

— Depuis longtemps je lisais dans le jeu de Bamboula, depuis longtemps je me déliais de lui et j'ai pris mes précautions. Charney n'a agi que par mes ordres : Charm y, a eu l'apparence de trahir, et il servait fidèlement lu cause !

— Oh! tu es grand! dit Pick avec admiration.

— Mais pourquoi n'avoir pas Chivasso.

tué Bamboula? >'eeria

/ in i ,,,,, [e rej arda flxemenl en face :

L-quoi ? répéta t-il. Parce que Bamboula a entre mains des papiers qui peuvent nous perdre tous. Ceux de la rue de Beaujolais? mais je m'étais emparé . ei - papiers !

— Tu n'avais violé que le secret d'une cachette, et il y > ail ileux.

vlors ces papiers qui existent encore...

— Sonl les plus importants; c'est tout le secret do notre association.

— Où sont-ils ?

— Bamboula nous le dira cette nuit. 11 faudra bien qu'il parle, et connue, cette fois, il est sur du triomphe, carj'ai su lui donne]' toutes 1rs apparences de l'a sécurité, Bamboula, surpris. Bamboula parlera!

— .Mais pourquoi avoir attendu pour agir jusqu'à cette nuit?

i amparini haussa Les épaules:

— Tu ne comprends pas? dit-il. Les quatre brigades de police apostées sont composées des meilleurs hommes, c'est-à-dire de nos plus dangereux ennemis. Jamais

sion meilleure ne s'esl présentée pour les anéantir. D'un même coup nous les détruisons tous, et la portée ce coup esl immense. Fouché a promis au général Bonaparte de détruire les chauffeurs, il s'y est engagé formellement. Or, au lieu de les détruire, ce sont ses brigades les plus fortes qui serontdétruites. Le général 31 1 1 furieux, il ne pardonnera pas cet échec au ministre. et Fouché sera disgracié. Et Fouché, vous connaisse/ mon opinion sur son compte/ ("est le génie de la police. c'est l'ennemi le plus formidable que nous ayons jamais eu à combattre. Lui renversé, c'est la sécurité pour nous !

— Mais ces brigades, de combien sont-elles fortes?

— De cinquante hommes chacune.

— Deux cents hommes, et nous ne sommes que soixante-trois! dit Chivasso. Que faire?

— Tout esl fait! dii Camparini. J'avais envoyé porter des ordres à tous les chefs des départements. C'est pour cela que la grande conférence a eu lieu il y a peu de j airs. Toutes mes mesures sont prises, et s'il y a deux cents hommes prêts à nous attaïuer, ces deux cents hommes vont entourés à cette heure par quatre cents autres, tous pris parmi les plus déterminés des bandes du centre de la France...

Camparini s'arrêta : son regard était devenu fixe et semblait interroger l'horizon. Ses compagnons suivirent la direction de ce regard. Le clocher de l'église de Fontenay se détachaii comme une flèche noire sur les nuages amoncelés. La base de cette flèche, plongée jusqu'alors dans les ténèbres, \ enait de s'éclairer. Une lueur, comme celle d'une lanterne, brillait à l'intérieur.

— Le comte d'Adoré vient d'arriver à la ferme! dit Camparini. Charney doit le suivre; maintenant, avançons ! 11 est l'heure ; nos bommes doivenl être à leurs postes.

Camparini et ses compagnons se dirigèrent vers Fontenaj . Toul étail calme, el le silence le plus absolu régnait dans la campagne.

— Qui as-tu chargé îles chiens? dit Chivasso à Camparini.

Beau-François ! répondil celui-ci.

Tous quatre continuaient à s'avancer. Le Poidu bagne, qui dirigeai! la marche, ralentissait son allure : on cul

lilt qu'il attendait quelque o \ cm lue n t pour se précipil '1'

ulte.

tin venait d'atteindre les premières maisons de Pon tenay. Le petil village dessinait sa. masse confuse qUe Burmontail le 1 locher,donl la lumière étail éteinte. Suivant la rue, déserte alors, qui, du bois do \ i'ncen conduit en h nit do t, ci " m 1 e 1 \ ersant tout le

village, les quatre liommes se u vèrenl bientôt do 1 autri

do Fontenay. Les bâtiments '\<- la ferme se droit a peu do distance. Camparini s'arrêta : ai tendons ! dit il.

L'attente l'ut 1 rte. Presque an môme instant, et i\''

'r points diirércnts do la campagne, s'élevèrent,

sans détonation qui les suivît ou les précédât, quatre petits globes de feu de couleurs différentes : l'un rouge, l'autre bleu, l'autre jaune, le quatrième blanc.

Les quatre brigades sont cernée ! dit vivement Camparini, à la ferme*! .l'avais bien dit que cette nuit serait la nuit du triomphe ! Maintenant, en avant les chauffeurs!

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