‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 42 sur 220 · LES DRAPEAUX · texte numérisé non relu

LES DRAPEAUX

« Cette fois l'armée française est perdue! » Tel était le cri général poussé par les Italiens, uu crid'allégresse chez les uus, uu cri de consternation chez les autres; mais quelle que lût la ditl'éience des points de vue politiques, l'opinion était la même et elle paraissait juste. Durant cette merveilleuse campagne de 1796, qui n'a pas son pendant dans l'histoire militaire des peuples, trois fois l'armée républicaine avait pu se laisser aller au désespoir, trois fois elle aurait pu se croire à la veille, d'être anéantie eu dépit de ses nombreux triomphes; mais jamais sa perte n'avait paru aussi assurée que depuis qu'Ai vinzy s'avançait vers elle. La siluation était eu effet désespérante. Après avoir inutilement poussé l'ennemi au delà de la Brenta et sacrifié sans fruit une foule de braves, après avoir perdu a gauche le Tyrol et quatre mille hommes, après avoir -ivre une bataille malheureuse àGaldieroet s'être affaiblie sanssuccès, toute ressource semblait anéantie. La gauche, qui n'était que de huit mille hommes avait vingt-deux mille Autrichiens autour d'elle. Les divisions Masséna et Augereau, réduites à quatorze mille hommes, étaient en présence de plus de quarante mille hommes, sous les ordres d'Alvinzy. Le temps élait affreux, des pluies continuelles détrempaient un sol déjà naturellement marécageux et empêchaient de se mouvoir dans les boues notre artillerie, qui avait toujours servi jusqu'alors à contre-balancer la supériorité numérique de l'ennemi. Wurmser était enfermé dans Mantoue, bloqué de nouveau, mais bloqué sans aucune chance de succès.

Certes, !a situation était désespérante : les généraux le comprenaient, Bonaparte le savait, bien qu'il ne voulût pas l'avouer en plein conseil ; mais sa lettre au Directoire prouvait dans quel état était sou àme. Un revers affreux pouvait anéantir à jamais tous les étourdissants succès du passé, et ce revers paraissait certain. L'armée était en proie à la consternation : chaque soldat redoutait une défaite et ne croyait plus à la victoire. L'esprit était le même que celui qui avait présidé à l'ouverture de la campagne. Mais, parmi les divisions de l'armée, la plus morne, la plus triste, la plus abattue, était celle du général Vaubuis,quis'était fait repousser à Calliano et qui avait perdu quatre mille hommes sur douze, et cependant cette division comptait dans ses raugs, lors de la bataille, deux demi-brigades fameuses : la 32= et la «o°, la Terrible et l'Infernale, deux demi-brigades rjui avaient toujours couru à l'ennemi comme deux trombes de fer et de flamme et qui, par une circonstance inexplicable obéissant à une terreur panique étrange, avaient lâché pied brusquement devant l'ennemi.

La division était campée à la Coroua : c'était là que Vaubois était parvenu à rallier .-es troupes, que Dowidcwich menaçait d'une seconde attaque. La 32° était en avant à l'entrée des défilés qu'elle gardait. Tous les soldats étaient tristes, sombres, abattus. Ce morne

désespoir, qui parfois s'empare sur terre de toute une armée, sur mer de tout un équipage, se lisait sur ces physionomies expressives :. désespoir affreux, aux conséquences les plus funestes, car il annihile les forces et anéantit les élans courageux. C'était le matin, a l'heure de la soupe, et aucun feu cependant ne brillait au bivac. Tous les estomacs .étaient vides, mais personne De criait la faim : le désastre de la veille était encore présenta tous les esprits, et ces braves soldats, qui vingt fois avaient affronté la mort sans pâlir, n'osaient se regarder mutuellement.

Au pied d'un bouquet d'arbres, un groupe de soldats s'était établi : ceux-là semblaient plus découragés eucoreque leurs camarades.

— Cré mille uiillious de n'importe quoi! ditl'uu des soldais, eu brisant le fourneau de sa pipe avec uu geste de rage. Nous faire ramener par les Quinz"-Reliques, nous, les braves de la 32e !... Qu'est-ce que va dire A -ereau"? Qu'est-ce que va dire le citoyen général en chei?

— Us diront ce qu'ils voudront, Rossignolet, répondit un autre. Est-ce que nous nous sommes mal battus? Trois contre un ! c'est suffisamment gentil.

— D'ailleurs, Griugoire, dit un soldat qui portait le bras en écharpe, on ne pourra pas dire que nous avons perdu notre temps depuis le commencement de la campagne : quatre armées détruites, dont deux qui auraient dû être brossées parles armées du Rhin, les choux-choux du Directoire. On a l'estomac bas, mais après avoir digéré comme qui dirait deux cent mille hommes, l'appétit peut se lisser.

— C'est pas l'embarras, reprit Rossignolet en s'appuyant sur sa canne qui m- le quittait jamais. A Beaulieua succédé Wurmser ; à Wurmser succède Alviuzy, sans compter les Dovvidowich et autres cascades en wich. Pas une miette de repos, du même au même tous les jours de la vie : au pas de course et la charge!

— Tiens ! fit Gringoire. On ne peut pas faire pourtant l'ouvrage de tout le monde. Ceux du Rhin se croisent les bras pendant que nous nous brossons ici t

— C'était déjà -pas à nous à caresser "Wurmser. TSous avions culbuté les Piémontais et Beaulieu, ça devait sulfire.

— Et c'est encore moins à nous à frotter Alvinzy.

— C'est vrai. Si chacun avait fait sa tâche, la guerre serait finie; mais si ça continue, nous aurons la Prusse Bur le dos en Italie. Tous ces faignanls de l'armée du Rhin se croisent les bras.

— Et encore, si on nous envoyait des renforts 1

— Ah ! ouich ! le Directoire s'en moque bien 1 On nous abandonne comme des bons à rien au fin fond de l'Italie.

— Et nous avons tous les jours soixante mille hom< mes sur les bras.

— Ce qui ne laisse pas d'être fatigant!

— Aussi, dit Gringoire, en s'étendant sur l'herbe, j'éprouve le besoin de me reposer : arrive qui plante, je ne bouge plus. Mourir pour mourir, j'aime autant que ça commence tout de suite.

— Oui, dit le tambour-major avec des regards sombres, et quand nous aurons versé notre sang dans des milliers de combats, quand nous serons ramenés sur les Alpes, nous reviendrons sans honneur et sans gloire, comme un tas de va-nu-pieda,un tas de gueusards, de fugitifs, on nous montrera au doigt. C'était bien la pei .e de se démancher la carcasse abattre Beaulieu et Wurmser , pour venir se casser le nez devant Alvinzy.

— Bah! fit une voix claire, c'est peut-être lui qui se cassera le sien sur nos baïonnettes.

Rossignolet se retourna.

— Ah! fit-il, te voila, Bibi-Tapin ; tu avaleras peut-.

être les soixante mille hommes d'Alvinzy à loi tout seul. Le bon temps est passé, marmouset!

— Ah! ouist, fit l'enfant; je la connais, celle-là: Vous avez tous dit la même chose quand le général en chef est venu à Nice, et puis un mois après c'était une autre chanson, hein ? Vous avez encore cassé vos pipes quand on aeuWurmserau bout de ses souliers, et cependant il a un peu filé proprement, le Quinze- Reliques ! Vous chantez toujours le même refrain. Quoi! Alvinzy, c'est un troisième couplet, voilà tout. En avant la chanson!

— Il est drôle, le petit, murmura Rossiguolet avoc un sourire.

— Oui, dit Gringoire ; mais la débâcle a commencé hier: dire que les Quinze-Reliques ont vu nos talons!

— Tonnerre! s'écria le major, et moi et ma canne nous sommes encore vivants!

— Ah ! ça, on ne peut pas vous le reprocher, dit Bibi- Tapin, vous avez tout fait pour demeurer sur le carreau, et c'est pas de votre faute à l'un et à l'autre si vous êtes encore l'un portant l'autre.

— N'empêche, petit, j'ai l'àme à l'envers. Rossignolet n'est plus Rossignolet! Ah! sacré mille millions de n'importe quoi, que dira le général en chef?

— Quoi qu'il dise, j'en connais un qui en dira encore davantage quand il saura l'événement.

— Qui donc? demanda Gringoire.

— Le capitaine Maurice Bellegarde! répondit Bibi- Tapin.

Rossignolet leva les yeux au ciel.

— Pauvre capitaine, murmura-t-il, c'est une fière chance pour lui qu'il n'ait pas été avec nous !

— Il n'en serait pas revenu, dit Bibi-Tapin.

— C'est pas l'embarras, il n'est peut-être pas mieux loti à cette heure, reprit Rossignolet. Ousqu'il peut bien

être, avec son vieux aux oreilles de chien ?

— Comme ça, depuis le temps ou tissait pas ce qu'il est devenu? demanda un soldat.

— Non, répondit Rossignolet.

— Où l'avez- vous laissé ?

— A Venise.

— Et vous l'avez planté là pour revenir à l'armée?

Le major lança un regard foudroyant au soldat.

— Bêle! dit-il avec un accent méprisant, est-ce qu'on plante là un chef sans ordre subséquent? Un beaujour, il nous a donné celui, à Gringoire, àTorniquet, àBibi- Tapin et à moi, de faire demi-tour à droite et de regagner nos campements. Nous avons obéi... voilai

— Mais pourquoi vous a-t-il renvoyés?

— Ah ! voilà ; on n'a jamais pu savoir.

— Je crois que je le sais, moi, dit Bibi-Tapin.

— Qui est-ce qui le sait? demanda-t-on.

— Le capitaine allait bien certainement jouer sa peau dans des affaires qui le regardaient et il n'a pas voulu risquer la nôtre. C'est pas faute que je l'ai supplié, cependant; niais il n'a pas voulu m'écouler;il nous a ordonné de retourner auprès du général en chef, et il a fallu obéir.

— Et, depuis ce temps-là, on n'a eu aucune nouvelle du capitaine?

— Aucune, dit Bossiguolet.

— Aucune ! répéta Bibi-Tapin avec un soupir.

Lu brusque roulement de tambour retentit aux avant-postes du camp; puis, presque aussitôt , on battit au champ et uue nouvelle se répandil de grou] iupe avec la rapidité de la foudre.

— Le général en chef! se disaient les soldats avec stupeur.

— Cié million de n'importe quoi! murmura Rossignolet, voila Le chiendent qui va commencer; il e I

i certain qu'il ne vient pas ici pour nous adresser des compliments.

— Aux armes 1 commanda une voix sonore

Bonaparte venait effectivement et inopinément, suivant sa manière d'agir, d'arriver au camp. Il avait appris, la nuit précédente, l'échec éprouvé par la division Vaubois. Quittant brusquement Vérone, où élait son quartier général, il était parti seul et il venait d'arriver à la Corona sans perdre une minute. La physionomie si belle du général en chef était chargée de nuages , ses yeux lançaient des éclairs rapides, et, de temps à autre, il se mordait les lèvres avec une contraction de sourcils qui indiquait une pénible préoccupation de l'esprit; il y avait de la colère jusque dans la façon dont sa main fine et blanche froissait les rênes de son cheval. Vaubois, le visage empourpré, s'était élancé au-devant du général; mais celui-ci lui tendit aussitôt la main avec un geste cordial et affable qui dut rassurer le brave soldat, dont un hasard malheureux venait de triompher.

Sans perdre un instant, sans formuler un reproche, sans descendre de cheval, Bonaparte donna l'ordre de faire prendre les armes à toute la division, et il te porta aussitôt, entouré de l'élat-major de Vaubois, sur un petit mamelon dominant la plaine qui formait l'entrée du défilé. La nouvelle de la brusque arrivée du général en chef s'était répandue avec la rapidité de la foudre. En un même instant, tous les soldats de la division avaient bondi sur leurs armes, tous les échos du camp avaient retenti, tous les tambours avaient battu : chacun s'était rallié à l'ombre des couleurs françaises, nobles débris pour la plupart reconnaissables seulement au vestige de nuance bleue de la partie accolée à la hampe. D'ordinaire, lorsque le général en chef arrivait ainsi inopinément surprendre une division, c'était une fête pour les soldats, c'était un jour de bonheur : tous les visages rayonnaient, toutes les bouches s'épanouissaient, tous les regards brillaient d'enthousiasme. Cette fois, si l'empressement était manifeste, l'inquiétude et le chagrin étaient plus manifestes encore. Les soldats prenaient place, le front soucieux, les sourcils contractés, les moustaches hérissées. TJn morne silence régnait sans qu'il eût été besoin de le commander. La division entière se rappelait son échec de la veille, et elle se disait que le général en chef ne venait certes pas lui adresser des compliments louangeurs.

Mais, parmi les demi-brigades les plus contristées, la 32' et la 83° présentaient encore l'aspect le plus sombre. La 32' surtout, se trouvant placée en avantgarde, h'avançait dans un ordre parfait ; mais tous les yeux étaient baissés, tous les fronts se sentaient couverts du rouge de la honte. Rossignolet, que son grade mettait en première ligne, avait à peine la force de brandir sa canne, et son plumet gigantesque, cassé la veille par quelque balle, retombait sur sou dos en véritable saule pleureur, augmentant encore l'apparence désolée du major. Les caisses elles-mêmes, dont la peau élait mollement attaquée, faisaient entendre des roulements sinistres; ou eût dit une marche funèbre.

Enfin la division entière prit place, sous les armes, en lace de l'endroit où se tenaient le général en ehel et l'état-major. Le silence était tel que, suivant la remar me faite par Gringoire, on eûl pu entendre une mouche voler, B >naparle poussa son che^ il en avant : il demeura seul entre l'état-major et le front des

troupes. S m d'il d'aigle parcourut lentement ces

ligo i mmobiles. i .e jet magnél Ique qui s'échapp ni is prunelles ardentes semblaii galvaniser chaque homme. Pour les pauvres soldats qui avaient à se reprocher, sinon une faute, au moins un manque devoir, le moment étail cruel : il n'en était pas un qui n'eût préféré de [ranci cœur se trouver expo é, la poitrine nue, en face de la gueule d'un canon chai é a mitraille que de demeurer immobile sous le regard méc intent du jeune général,

^Bes*U£*zr^

Mort aux Français! mort aux Français! hurlait toujours la foule. (Page 133.)

A mesure que ce regard quittait le front d'un régiment, une sorte de frémissement parcourait tous les rangs, et quelques soupirs de soulagement se faisaient entendre. C'élaii un antre corps qui demeurait anxieux et pour ainsi dire pantelant comme l'accusé sous le regard au juge. Enlin Bonaparte, poussant encore son cheval vers la droite, arriva précisément en face de l'endroit où se tenaient sous les armes la 32° et la 85e. Qui eût vu au feu jadis la Terrible et l'Infernale, ces deux demi-brigades à la réputation déjà européenne, n'eût certes pu les reconnaître. Soldats et officiers courbaient le front comme de vrais coupables : la rougeur de la honte leur montait au visage, et les braves gens se demandaient intérieurement comment ils avaient pu vivre encore après leur échec de la veille. La présence du général en chef leur révélait subitement leur situation pénible. Ohi si les Autrichiens eussent été la à portée de fusil !

Mais ce n'était pas une armée que la 32' et la 85° avaieut en face d'elles ; c'était un seul homme, petit,

maigre, chétif, malade, au teint jaune, aux cheveux plats, à lamaiu féminine; mais le feu qui jaillissait des prunelles de ce petit homme était déjà cent mille fois plus redouté que la lave vomie par les gueules d'une batterie entière. Chacun attendait... plus un cœur ne battait dans une poitrine.

— Colonel! commanda brusquement Bonaparte de cette voix qu'il savait prendre alors qu'il voulait terrifier, colonel, faites avancer les drapeaux de ces deux demi-brigades I

Le chef d'état-major appelé se précipita. Le générai fut obéi. Les deux purte-drapeau s'avancèrent, soutenant la hampe noircie à l'extrémité de laquelle flottaient des lambeaux incolores. Chacun connaît le profond respect du soldat pour sou drapeau, ce respect est facile à comprendre. Le drapeau, à l'étranger surtout, est le symbole de la patrie absente. C'est le pays qui vous suit, qui vous abrite encore. Pour le voyageur, le drapeau national, c'est le signe de la réunion à la famille; pour le soldat, c'est l'honneur de la

uation; pour tous, c'est uu noble symbole, car il n'exprime que de nobles sentiments. Eu temps de guerre, alors qu'un drapeau noirci par la poudre, déchiré par la mitraille, a assisté aux hauts faits d'un régiment, alors que ce régiment, s'est souvent battu avec une rage fiévreuse uniquement pour empêcher ce bout de toile de tomber entre les mains ennemies, le drapeau devient plus encore : c'est non seulement, ; le gage de l'honneur et de la bravoure, c'est le prix du sang versé : chaque morceau qui lui manque a fait mourir de braves gens dont leurs compagnons j gardent la mémoire; aussi, en temps de guerre, le respect pour le drapeau se transforme en adoration.

Les officiers généraux connaissent et comprennent cet admirable amour du soldat, et eux-mêmes ressentent une estime profonde pour ces drapeaux, véritables enseignes du chemin de la gloire : aussi un général, un maréchal, un chef d'armée enfin ne passet-il jamais devant un drapeau sans le saluer. Envoyant les drapeaux s'avancer vers lui, Bonaparte leva machinalement la main droite; mais presque aussitôt s'arrètaut par un brusque mouvement, il enfonça violemment sur sa tète, au lieu de le soulever, le chapeau au bord duquel étaient apposés ses doigts :

— Ces drapeaux ont reculé devant les Autrichiens, dit-il d'une voix brève, je ne les saluerai plus!

Il n'achevait pas, qu'un murmure effrayant éclatait autour de lui. Tous les fronts s'étaient redressés, tous les regards lançaient des éclairs, toutes les bouches frémissantes étaient prètfS à vociférer des menaces; les armes, froissées par des mains convulsives, faisaient de sourds bruissements. Bonaparte, avec son admirable connaissance du cœur humain, avait touché juste. Ce qu'il venait de faire était bien simple, mais c'était la plus terrible leçon qu'il pût donner à ces hommes de bronze que le péril n'émouvait pas. Les deux porte-drapeau demeuraient stupéfaits, sans oser bouger; les deux demi-brigades s'étaient avancées spontanément et presque menaçantes. Bonaparte fit un geste impérieux : tous les regards s'abaissèrent, les murmures cessèrent, on attendit.

— Colonel! reprit Bonaparte d'iàne voix plus claire et plus incisive, faites écrire sur ces drapeaux qu'à partir de ce jour la 33e et la 85* ne font plus partie de' l'armée d'Italie!

Celte fois, le silence qui accueillit ces paroles fut tel que l'état-major entier se rapprocha du général, craignant uue explosion terrible. Mais Bonaparte cloua sur place du geste ceux qui semblaient vouloir venir l'entourer pour le défendre en cas de péril. S'écarlanl davantage, au contraire, il s'avança encore vers les deux demi-brigades, suffoquées de douleur et de rage folle. Ne plus faire partie de l'armée d'Italie, elles, la Terrible et Y Infernale! Pas un officier, pas un soldat ne pouvait articuler un son.

Bonaparte foudroya encore du regard les premiers rangs placés en face de lui, puis if lit un mouvement comme pour s'éloigner:les deux porto-drapeau étaient à la même place. Tout à coup, au moment où Bonaparte tournait la lêle de son cheval, où chacun galvanisé par l'émotion n'avait plus conscience de soimême, le tambour-major de la 32", le gigantesque EWSBlgQOl'ef, bondit comme un trait, s'élançad'un seul élau jusqu'aux porle-drapeau, leur arracha des mains les hânrpéS, et jfctànf à la fois à terre, dans la poussière, devant les pieds du cheval de Bonaparte, ti deux débris glorieux :

— Cil ' éi i i-l-il de sa voix

rude, pour l'en aller ennuie- çfc, tant que tu marches de -sus.

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