‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 43 sur 220 · I: >II'|> ni", -h :rl|,,n si Vive . 1 11 SOldat · texte numérisé non relu

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moins de colère dans ira que de surprise et de

satisfaction cachée. Russignolet s'était reculé pour laisser son général fouler les drapeaux aux pieds de sa monture.

— Ah ! la 32« et la 85° ne fout plus partie de l'armée d'Italie, continua le major en écartant ses grands bras, ah! on ne salue plus leurs drapeaux! Alors autant nous traiter tous de va-nu-pieds et nous renvoyer en France les habits à l'envers! Marche sur ces drapeaux, citoyen général, et tout sera dit.

— Relevez ces drapeaux ! s'écria Bonaparte avec un accent qu'il s'efforçait de rendre dur.

— Non! dit Rossiguolet en s' élançant.

— Non, non! hurlèrent deux mille voix, marche dessus.

Les deux demi-brigades venaient de se débander sans ordre et entouraient pêle-mêle le général en che ! : l'action de Rossiguolet avait tout décidé.

*- Oui, oui, qu'il marche sur nos drapeaux et tout sera dit! répétaient les soldats.

— Ah! on ne les salue plus! disait une voix.

— Ils oùt pourtant été partout : àMonlenotte, à Millesimo, à Lodi, à Lonato, à Castiglione, à Roverode, à Bassano...

— Général ! s'écria un vieux chef de bataillon en se glissant jusqu'à Bonaparte, hier, à Calliano, nous étions un contre cinq; il y avait trois jours et trois nuits que nous marchions et que nous nous battions sans repos ni sommeil, depuis quatorze heures nous manquions de pain. Général, on peut nous pardonner une fois! Nous sommes de braves gens et nous ne méritons pas d'être mis au banc de l'armée!...

— Eh ! oui, reprit Rossiguolet qui se faisait l'orateur des masses, nous avons eu un tort, un seul, celui de ne pas nous faire tuer jusqu'au dernier, mais on ne pense pas à tout; une autre fois ça se serait retrouvé.

— Nos drapeaux, nos drapeaux ! criaient les soldats. Et tous entouraient Bonaparte arec une animation

impossible à rendre, les uns lui montrant leurs blessures, les autres invoquant ses souvenirs, ceux-ci rappelant un haut fait accompli par la demi-brigade, ceux-là lui demandant d'être landes à l'heure même sur les Autrichiens-: tous dans uto état de surexcitation tel que la scène ne pouvait évidemment se prolonger. Les drapeaux gisaient toujours à terre et les soldats empêchaient qu'on ne relevât ces insignes ■ de leur honneur vtîués au nié pris par leur jeune . général. C'étaient dos cris, des vociférations, des jurons, des promesses, des hurlements S former le concert le plus horrible et le plus émouvant.

Bonaparte, calme, impassible, voyant tout, écoulant tout, semblait aspirer avec une satisfaction réelle ces élans de colère furieuse qu'il venait de provoquer autour de lui.

— Nous ne faisons plus partie de l'armée d'Italie? demandaient les soldats.

— Et ce sera écrit sur nos drapeaux! hurlaieut des voix menaçantes.

— Allons" donc, j'en défie bien! cria Une voix claire dominant le tumulte comme uu siffle! aigu domine l'Orage

Les soldats placés devant Bonaparte s'écartèrent, ot un enfaut surgit en soulevant un des deux drapeaux; cet enfant, c'était Bibi-Tapiu.

— Plus partie dte l'année d'Italie, Va 32»! continua l'enfant. Où donc pourra-t-on écrire cela d'abord?

ode, mon L'enéral, plus de p!ae.\ ] -- boulets et IBS balles oui tout pris!

El I ; . t , i Ta]. 10. ileplov ant le ,lrM e.ui d« sait 11 'lier les lanih aux deeUiié-s cloue.- à sa hampe.

— On l'eeiira-t-on? ïepril le petit tambour. Sur le bleu ? la plaee a élé pn>e a M î i 1 ■• - i n i< . par un bi-r.uen

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eu p.. .iille pont du ravin et repèelie ,1 m- le loi'-

rent par moi, qui l'avais vu voler et qui ne voulais pas que le rougi- de notre drapeau pût être ramassé par quelque canard de Quiuze-Relique. Complet, plus de place, on ne l'écrira pas!

— Non, non, crièrent les soldats, nous faisons toujours partie de l'armée d'Italie!

Bonaparte se pinçait les lèvres pour mieux dissimuler l'émotion qui le gagnait. Tout à coup, se dressant sur ses étriers :

— Soldats, s'écria-t-il, jurez-moi que ce qui est arrivé n'arrivera plus, que jamais aucun de vous ne faillira à son devoir?

— Nous le jurons ! vociférèrent soldats et officiers.

— Jurez-moi que vous marcherez eu avant, toujours en avant, sans hésiter, à mon premier sigal !

— Nous le jurous !

— Jurez-moi que vous n'avez cédé hier qu'à la fatigue et au nombre et non au découragement!

— Nous le jurons!

Bonaparte s'élança à terre, il saisit les drapeaux et les ramassa, puis les remettant à chacun des officiers chargés de les porter:

— Soldats! reprit-il en remontant à cheval, l'un de vous a eu raison, il n'y a plus de place sur ces drapeaux pour écrire la phrase que je voulais y faire tracer. Soldats de la 32e et de la 83e, votre général consent à tous conserver sous ses ordres: il vous pardonne! Vous faites toujours partie de l'armée d'Italie, cette armée dont vos pères août glorieux, dont vos fil= seront fiers. Soldats 1 j'ai refusé de saluer des drapeaux qui avaient déserté durant une heure la voie de la gloire et de l'honneur. Je veux oublier ! Maintenant, je salue eu eux la promesse de l'avenir que je viens de recevoir de vous !

Et, forçant son cheval à reculer, Bonaparte leva son chapeau et salua les deux étendards. Alors la, scène changea, soldats et officiers se ruèrent en poussant des cris d'enthousiasme; à la rage la. plus folle succédait l'ivresse la plus grande. Le jeu ne général, entouré, pressé, fut enlevé sur son cheval et, durant quelques instants, il demeura suspendu, retenu par cinquante bras qui le touchaient, le portaient, l'entraîuaient.

L'accès de frénésie auquel obéissaient la 32° et la 85° avait gague les autres demi-brigades qui avaient assisté à cette scène émouvante : ce fut un délire général. Du même cri était dans toutes les bouches; ces soldats qui, une heure plus tôt, désespérés et doutant, demandaient à rentrer en France et à voir finir la guerre, appelaient maintenant le combat et l'ennemi, et, confiants en leurs forces et surtout en leur chef, hurlaient à la fois un formidable: « En avant ! »

— Demain, dit Bonaparte, je vous rappelerai vos promesses !

Puis.se soustrayant enfin à l'ovation dont il était l'objet, le jeune héros emmena Vaubois à l'écart:

— Général, lui dit-il, entretenez ces braves dans cet esprit qui fait accomplir des merveilles. Demain, dans les marais d'Arcole, j'aurai besoin que chacun de mes soldats vaille dix hommes!

— Ils en vaudront cent, j'en réponds, répondit Vaubois.

— Je le crois. Ce soir, vous recevrez mes intructions définitives. Faites appeler ce petit tambour de la 32e qui se nomme, je crois, Bibi-Tapin ; je veux lui parler.

Cinq minutes après, l'erian1., rouge d'émotion, de joie et de confusion, se tenait immobile devant son général en chef. Bonaparte avait mis pied à terre, c'était sur le faite du mamelon : tous les regards étaient fixés sur le général et sur l'enfant ; les cris d'enthousiasme des soldats formaient toujours un effroyable concert.

— Qu'as-tu fait de ce morceau de drapeau que lu m'as montré? demanda Bonaparte.

— Le voilà, mon général , répondit l'enfant en débou-

tonnant son uniforme, il est là, sur mon cœur, avec la pièce d'or qui vientde vous... vous savez?

— Oui. Et tu as repêché ce lambeau dans le torrent de Bissano?

— Oui, mon général.

— C'était sous le feu de l'ennemi alors?

— Pendant que la 32° culbutait les uhlans !

— C'est une action d'éclat que tu as faite là !

— Ce- i possible, mon général.

Bonaparte regarda l'enfant.

— Nous sommes de vieilles connaissances, reprit-il en lui secouant rudement l'oreille, je ferai dire à ta mère que je suis content de toi.

Bibi-Tapin secoua la tète.

— Je n'en ai plus, dit-il.

— Ton père, alors?

L'enfant fit le même geste.

— Vous savez bien, mon général, dit-il, que je suis un enfant trouvé. Ma mère, c'est la 32e; mon père, c'est... encore la demi-brigade.

— Oui... j'avais oublié.... maistu m'intéresses, parle vite, que puis-je faire pour loi?

Bibi-Tapin devint cramoisi et parut hésiter.

— Parle l répéta brièvement Bonaparte.

L'enfant prit sou courage à deux mains.

— Général, dit-il, on se battra demain, n'est-ce pas?

— Oui, dit Bonaparte, je le crois

— Eh bien! après la bataille, voulez-vous me faire venir et m'accorder dix minutes d'audience? Vous saurez alors ce que vous pouvez faire pour moi, et, si vous le faitesi... je ne sais pas ce que je pourrai laire, moi, pour vous dire merci.

Bonaparte regarda curieusemen l l'enfant, puis après un léger silence :

— Demain, dit-il, après la bataille, viens trouver Berthierou Junot, on t'introduira sur-le-champ auprès de:moi.

Et Bonaparte congédia l'enfant par un geste brusque.

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