TROISIÈME JOURNÉE
Le général en chef était seul dans sa tente, debout devant une petite table sur laquelle une carie était étendue. Cette carte était celle des marais d'Arcole et du cours de l'Adige dans cette partie de l'Italie; elle était couverte de longues épingles à tètes de cire de couleurs différentes. Bibi-Tapin s'avança discrètement et se tint debout et immobile. Bonaparte se tourna vers l'enfant, l'examina un moment eu silence, puis, s'asseyant brusquement pour placer sou visage à lahauteur de celui de Bibi-Tapin :
— Avant-hier, tu as aidé à me retirer du marais? demanda-t-il.
— Oui, mon général, répondit l'enfant.
— Tu es arrivé un des premiers près de moi?
— Le second, mon général.
— Qui t'avait devancé?
— Rossiguolet, le tambour-major de la 32e.
— N'importe! ce n'est pas ta faute s'il est arrivé avant toi. J'ai souvenir de loi, mon eufaut. A Ctstiglione, c'est toi qui as été envoyé eu reconnaissance par Augereau : continue à marcher ainsi, tu arriveras. Je veux te donner la facilité de faire bonne route. Écoute, j'ai foi en ton intelligence : je vais te confier une mission importante.
Bibi-Tapin s'avauça pour être mieux à portée d'entendre.
— Tu es petit, leste, agile, poursuivit Bonaparte, le chargerais-tu de traverser l'Adige à la nage et de filer dans les roseaux sans laisser trace de ta présence?
— Oui, mon général, répondit Bibi-Tapin; où un singe passerait, je passerai.
— Tu es bien jeune, mais a=-tu assez de résolution eu toi pour préférer la mort à une trahison?
— Je vous le jure, mon général,
Bonaparte considéra l'enfant; il y avait sur cette jeune physionomie une telle expression d'énergie mâle et sauvage, qu'il se sentit convaincu, et un sourire joyeux lit plisser sa bouche aux contours si fins.
— C'est bien; tu vas demeurer près de moi, sans me quitter : demain, je le donnerai mes ordres au moment d'agir. Si lu réussis, tu me demanderas ensuite ce que lu voudras, je te l'accorderai. Je n'oublie j>;i- que j'ai déjà une promesse a tenir. Que voulais-tu me demander?
— Demain, mon général, répondit Bibi-Tapin avec émotiou, je voua le dirai... si j'en reviens.
Bonaparte appela Junot :
— Fais donner ,i Bouper à ce tambour, dit-il à son aide de camp, et qu'il dorme dans la teule. Maintenant, à cheval !
— Quoi! mon général, dit Junol avec un accent de reproche, vous ne voua repose/, pas? Mais il y a trois
nuils que VOUS n'.ivev. dormi.
— A cheval! à cheval ! je veux voir mes soldats!
Cinq miuutes après le général en chef", suivi Je sou seul aide de camp, parcourait les chaussées, se dirigeant vers la plaiue située au delà de l'Alpon. La nuit était froide, mais belle; partout les soldats, harassés, dormaient au près de leurs armes. Bonaparte n'était pas reconnu : il s'avançait examiuant attentivement les lieux, semblant combiner dans sa tète tout le plan de ,a bataille décisive qu'il devait livrer le lendemain. Il y avait cinquante-six heures que les deux armées se battaient sans relâche; aussi cette nuit-là, aucuue tentative ne fut-elle hasardée de part ni d'autre. Tous avaient un tel besoin de repos que les postes d'avanlgarde ne risquaient pas d'être surpris.
Eu arrivant à l'entrée de la plaiue que bordait l'Adige, Bonaparte s'arrêta, puis, mettant pied à terre, il laissa ton cheval à la garde de Junot, défendant à celui-ci de le suivre, et il s'avança lentement, avec précautiou, sa lunette à la main. L'ennemi était campé en face, à peu de distance. Alviuzy avait fait tiler ses parcs d'artillerie d'Arcole ; il avait abandonné le villacf durant la nuit, et il avait concentré toutes ses forces dans la plaine. C'était là qu'il voulait combattre comme sur un champ de bataille plus propre à favoriser la puissance du nombre; c'était là qu'il fallait aller le chercher. Bonaparte le savait, et ce nouveau changement daus la position de l'ennemi rendait un plan nouveau absolument nécessaire adresser.
Toute la droite de l'armée autrichienne était appuyée sur l'Alpon; la gauche était bordée par les marais, que cachait un vaste champ de roseaux gigantesques, qui se continuaient jusqu'à l'Adige dont ou apercevait au loin les flots argentés se déroulant sur la terre uoire, comme une lauière de soie claire découpant sur du velours. Bonaparte contemplait cette plaiue avec une attention scrupuleuse, et la ligne des roseaux surtout semblait appeler son examen le plus minutieux. Il était là depuis un quart d'heure, sa lunette braquée sur ces roseaux devant lesquels veillaient les sentinelles autrichiennes, quand tout à coup une petite boule de feu s'éleva dans les airs et s'éleiguit brusquement. Bonaparte laissa échapper un soupir de satisfaction et se recula en repliant sa lorgnette. Revenant alors sur ses pas, il rejoignit Junot qui commençait à être iuquiet. Tous deux reprirent la direction de Ronco.
— Tu vois celte plaine couverte à celle heure par les armées autrichiennes, dit Bouaparte en saisissant le bras de Junot, l'Italie entière croit que demaiu cette plaine aéra notre tombeau. Eh bien! demain, à pareille heure, nous camperons là à notre tour, et l'Italie consternée reconnaîtra enfin ma puissance! C'en est fait de l'armée d'Alvinzy comme de celle de Wurmser, comme de celle de Beaulieu! Dans quinze jours Mantoue se rendra et il n'y aura plus un seul Autrichien en Italie!
Junot ue répoudil pas, son général avait parlé, et ce que disait Bonaparte était pour Junot parole d'Évangile : le doute n'était pas permis.
Ils allaient atteindre Ronco.
— Que signifie cela? dit Bonaparte en s'arrètant brusquement. Quoi! pas une seuliuelle ne signale notre arrivée ? On pourrait donc surprendre les avaulpostes! Vois-tu quelque chose, Juuot?
— Rien, mon général!
— Mais il y avait tout à l'heure, ici même, uu grenadier en faction quand nous sommes passés.
— Cela est vrai.
— Ce grenadier, où, est-il?
— Il dort! répondit Junot eu désignant le soldat qui, effectivement, accroupi sur une pieire, sou fusil près de lui, dormait d'un sommeil de plomb.
Il y avait près de soixante heures que l'armée n'avait pas pris une seule minute de repos. Le besoin impérieux du sommeil avait probablement vaincu l'a-
mour du devoir et le grenadier, succombaul à la fatigue, avait cédé à la nécessité. Juuot allait le réveiller, quand des canotis de fusil brillèrent daus l'ombre; c'était une patrouille faisant la roude.
Bonaparte sauta à terre, saisit le fusil abandonné et prit la place de la sentinelle; la roude arrivait :
— Qui vive! cria Bonapane, d^nt le vêtement fort simple différait si peu de celui des soldais que, dans la nuit, il était impossible de reconnaître le général.
Junot s'était effacé brusquement, comprenant l'intention de son général. La patrouille survint; le chef s'approche, échange le mot d'ordre avec Bonaparte et la ronde s'éloigne en continuant sou chemin. Mais le bruit qu'elle avait causé avait réveillé le soldat. Celui-ci se voyant désarmé, apercevant un homme debout à sa place et sou propre fusil à la main, ne fait qu'un bond vers lui; il va lui arracher son arme, quand un cri de terreur s'échappe de ses lèvres.
— Mon général! balbutia-t-il. Je suis perdu! J'ai mérité d'êlre fusillé.
— Non ! dit en souriant Bonaparte, le sergent de ronde n'a rien vu ; tu ne seras pas puni, mais une autre fois seulement choisis mieux ton temps.
Le soldat demeurait stupéfait, les mains jointes : il ne pouvait en croire ses oreilles.
— Tou nom? lui demanda Bonaparte.
— Griugoire, de la 32e! répondit le soldat.
— Depuis quand étais-lu en faction?
— Depuis un quart d'heure seulement, mon général, mais je sortais de l'ambulance.
— Tu es blessé?
— Une fois avant-hier et deux fois hier, mais j'étais de grand'garde cette nuit et je suis venu à mon poste.
— Ah ! murmura Bouaparle eu s'appuyant sur le bras de Juuot, avec de pareils hommes, que me fait la différence du nombre. Demain soir, Junot, si tu n'es pas blessé, tu partiras pour Paris.
Enfin le soleil se leva; ce jour-là, il était radieux.
— L'ennemi, avait dit Bouaparte à ses généraux, a perdu en morts, blessés, noyés ou prisonniers, plus d'uu tiers de son armée. Ce qui lui reste d'hommes est harassé, découragé. Nos soldats sont auiuaés d'un feu sacré ; ces combats d'hier et d'avant-hier ont redoublé leur courage au lieu de les accabler. Alvinzy nous offre la bataille dans la plaiue, il faut en finir, quitter nos digues et déboucher avec toutes nos forces. Masséna occupera la gauche et Robert attaquera, tandis qu'Augereau franchira l'Alpon!
A huit heures du malin, le canon recommence à tonner. Masséna débouche de Rouco, seul en avant de ses troupes, la tète nue, son chapeau à la pointe de son épée. C'est que tous comprennent que cette journée sera décisive. Officiers el soldats sont décidés à vaincre ou à mourir. La première attaque est furieuse. On se bal avec rage... Le généial Robert s'élauce au centre... maio il tombe bientôt mortellement atteint.
Celte mort jette de la confusion dans l'armée; il y a un moment d'hésitation. Bonaparte voit le danger; Juuot le comprend ; l'aide de camp s'élance.
— Eu avanl la 326 ! n'écrie-t-il en se mettant à la tôle de la demi-brigadu.
La Terrible se rue comme une avalanche, traverse un bois de saule.-, tombe sur les Autrichiens un memeut victorieux, les prend en flanc, les renverse, les repousse. Les digues sont balayées. Augereau a franchi l'Alpon; il y a quatre heures que l'on se bat et tous les corps donnent avec un acharnement sans exemple. Cette fois il faut que la victoire se décide. Alvinzy a concentré son armée; il veut frapper un grand coup et écraser les français. S'appuyant le long .les îoseaux, certain de ne pas être surpris de ce côté, il préseule uue masse compacte. Il est deux heures de l'après-midi ; l'armée autrichienne est encore
forte de plus de vingt mille hommes, et à peine eu reste-t-il dix mille valides à Bonaparte.
En cet instant, dans le marais même, le long des roseaux passe une ombre rapide, des feuilles s'écartent, une tête d'enfant apparaît et jette un rapide coup d'œil sur la plaine. Les Autrichiens sont à deux cents pas à peine; ils s'apprêtent à charger. L'armée française, acculée, cédant à la force, n'offre plus qu'une résistance désespérée.
L'enfant qui vient d'écarter les roseaux, c'est Bibi- Tapin; son œil intelligent a reconnu la situation. Disparaissant soudain, il continue sa course sans être vu. Tout à coup il s'arrête : il a vu remuer des branches; il se baisse, il épie; des uniformes blancs se détachent dans les roseaux; les Autrichiens sont là en embuscade. Il faut passer, cependant; l'enfant l'a promis : il mourra ou il accomplira sa mission. D'un bond il saute dans le marais, il s'enfonce, il s'accroche à des fascines heureusement sous sa main; il tourne l'embuscade; mais un fusil s'est abaissé dans sa direction ; Bibi-Tapin n'a pas vu le danger.
— Pas encore! dit une voix brusque en excellent français. Laisse-le passer !
L'enfant n'a rien entendu; il atteint la hauteur de la colonne autrichienne.
— Tonnerre ! dit une autre voix, je le tenais au bout de mou fusil.
— Il faut le prendre vivant!
— Mais nous pouvions l'arrêter.
— Il faut le laisser passer. Viens; maintenant nous pouvons agir!
Et trois hommes, revêtus de l'uniforme autrichien, s'élancent à leur tour de la direction des colonnes d'Alviuzy. En cet instant le combat recommence avec plus d'acharnement que jamais.
Bibi-Tapin a atteint le milieu des roseaux. Une gueule de pistolet se présente brusquement à la hauteur de son front et deux mains nerveuses l'étreignent.
— Les matelots! crie l'enfant. En avant 1 le général l'ordonne.
— Bibi-Tapin? dit une voix.
— Mon capitaine ! répond le tambour.
— C'est lui! dit une autre voix.
Elle comte d'Adoré s'élance.
— C'est lui ! c'est lui ! Ne me reconnais-tu pas ? ajoute Charles d'IIerbois en bondissant à son tour.
— Monsieur Charles! s'écrie Bibi-Tapin, l'ami d'Etoile-du-Matin !
— Dieu soit béni! dit Charles en pressant l'enfant contre sou cœur.
— Eu avant! en avant! crie le tambour en se dégageant. Le général vous envoie l'ordre d'attaquer.
— A moi, mes matelots ! dit Charles.
— Eu avant les gabiers ! crie Henri.
— Eu haut tout le monde! hurle Petit-Pierre.
Les autrichiens attaquaient alors les Frauçais avec une ardeur extrême; sûrs du succès, cerlaius du triomphe par la force du nombre, ils se ruaient en avant. Augereau reçoit le choc; il fait un effort, mais cède; Masséna est repoussé sur la gauche ; le péril est extrême! Tout à coup des cris furieux se fout entendre; la colonne autrichienne parait coupée eu deux.
Des vociférations sans nom fendent les airs; les Autrichiens surpris s'arrêtent; ils croient èlrc chai par toute une division cachée dans les roseaux ; les Français reprennent l'offensive ; le caruago est affreux.
Bibi-Tapin, Maurice, Henri, Charles, combattent avec le, marina, dont l'utile diversion va décider du sort de ta journée» L'enXanl rient de recevoir une blessure; bes vêtements sont déchirés.
— Les armes dus N.urrcs! cr.e le comte d'Adure eu désiguant le bras du lambour.
Mais il ne peut ou dire davantage; un Sot d'Autrichiens vicutàla charger, le combat redouble; une mêlée horrible sépare les Français les uns des autres; la fumée les entoure de ses nuages opaques ; ou ne voit plus, ou n'entend plus; c'est uu chaos de sang, de fer et de feu.
Enfin, les Autrichiens fuient ; la terre est jonchée de cadavres; soixante-douze heures de combat se terminent par uue victoire qu'a arrachée l'héroïsme de quelques milliers de braves, et le nom d'Arcole s'écrit en caractères ineffaçables dans les annales de notre gloire
La nuit allait venir; l'armée triomphante se formait dans la plaine. Les chirurgiens, les employés des ambulances parcouraient le champ de batailie, d'où se dégageaient des émanations acres et fétides ; la terre était imprégnée desang; près de cinq mille cadavres gisaient là, étendus sur le sol ; les blessés se traînaient péniblement, appelant du secours, demandant à boire, se raidissant dans des convulsions suprêmes. Le soleil, se couchaut à l'horizon, éclairait de ses reflets rougeâtres ces scènes sanglantes et leur prêtait une horreur nouvelle.
Assis dans sa tente, entouré de ses officiers, de son état-major, le général en chef, sans se laisser aller aux douceurs du triomphe, s'occupait de tout, pensait à tout et à tous. Donnant des ordres pour la poursuite des Autrichiens, préparant tout pour le bien-être de ses troupes, songeant d'abord aux autres sans ce soucier de lui-même, il se montrait là ce qu'il devait être plus tard : génie administrateur tout autant que génie guerrier. Les principaux ordres donnés, Bonaparte se retourna vers un homme qui se tenait immobile dans l'ombre et l'appela du geste.
— Citoyen le Bienvenu, dit-il, vous avez rendu encore aujourd'hui à l'armée d'Italie un service que la France ne doit pas oublier. Que puis-je faire pour vous remercier en son nom ?
— Vous le savez, général, répondit Charles. Je n'ai qu'une demande à adresser, je ne dirai pas à la générosité de mou pays, je dirai à sa justice.
— Je sais ce que vous désirez: malheureusement, cela ne dépend pas de moi; et ici, en Italie, je ne puis rien.
— Mais à votre retour en France, général!
— J'obtiendrai la révision du procès qui. vous a coudamnés, je vous le promets.
— C'est là tout ce que je demande, en mou nom et en celui de Bonchemiu.
En ce moment Henri pénétra sous la lente.
— Eh bien? demanda le général.
— Aucune trace!... répondit le marin avec abattement.
— Quoi! cet enfant a disparu complètement ?
— Complètement, absolument, général.
— Mais à quel instant?
— Voilà ce qu'il serait difficile de préciser; sa disparition a ou lieu au plus fort du combat.
— Il aura été tué.
— Nous eussions retrouvé son cadavre, et uous avons minutieusement fouillé le champ de bataille.
— Blessé, peut-être!
— Ou il serait demeuré sur le terrain, général, ou il aurail été emporté à l'ambulance; dans l'un el dans l'autre cas, noua eussions eu de ses nouvelles, et, je vous le répète, rien, nous n'avons rien, aucun indice!
— Voilà qui est étrange' dit Bonaparte en se levant.
Puis, B'adrasB&ui encore aux deux marie
— Jie vais donner de nouveaux ordres, dit-il. J'aime cet onfaut : je veux savoir ce qu'il est devenu.
Henri et Charles s'inclinèrent et sortirent, tandis que Bonaparte, sans se soucier de prendre un peu de ce repos dont il devait avoir cependant un besoin si absolu, se remettait au travail.
Charles et Henri n'avaient pas fait dis pas en avant qu'ils se heurtaient à un groupe d'hommes venant précipitamment vers eux.
— Rienl nous n'avons rien trouvé 1 aucun indice! dit l'un des nouveaux venus ; n'est-ce pas, monsieur d'Adoré?
— Et Jacquet? demanda le comte à Henri.
— Nous ne l'avons pas revu.
— Où vous a-t-il quittés?
— Dans les roseaux, à l'endroit même où nous étions embusqués.
— Et depuis la fin de la bataille vous ne l'avez pas aperçu?
— Non; il a disparu au moment même où l'enfant arrivait vers nous, nous apportant l'ordre d'attaquer.
— Mais qu'est devenu cet enfant? répétait Charles avec une colère sourde. Tué, blessé, ou vivant, sain et sauf, il n'y a pas d'autre manière d'être, et, dans tous les cas, nous devrions avoir de ses nouvelles.
— Aurait-il été entraîné par les Autrichiens alors que ceux-ci fuyaient?
— Impossible! les Autrichiens ne se fussent pas arrêtés à faire un prisonnier de si peu d'importance.
— D'ailleurs, dit Maurice, je connais Bibi-Tapin, il ne se serait pas laissé prendre.
— Mais alors qu'est devenu cet enfant? répéta-t-on de toute part.
— Je vais vous l'apprendre! dit une voix brusque. Tous se retournèrent.
— Jacquet ! s'écria Charles.
L'ex-agent de M. Lenoir s'avança, les vêtements en désordre, la physionomie extrêmement animée.
— Vous voulez savoir ce qu'est devenu cet enfant? dit-il d'une voix brève; eh bien! il est entre les mains de celui qui a intérêt, plus qu'aucun de nous peut-être, à tenir en sa personne le petit-lils du conseiller dé Niorres: Camparini a enlevé l'enfant!
— Camparini! s'écria-t-on.
— Eh oui! Camparini, Pick et Roquefort, tous trois so.us des uniformes autrichiens, Campirini, Pick et Roquefort, dont j'ai surpris trop tard l'embuscade...
— Ce sont euxqui ont enlevé Bibi-Tapin ? dit Maurice.
— Comme ils ont enlevé Lucile et Uranie, capitaine, comme ils ont fait arrêter le vicomte de Signelay et Mahurec! Oh! la partie n'est pas gagnée encore, messieurs, et nous avons affaire à de rudes jouteurs.
— Mais cet enfant, où le conduit-on? dit le comte avec une impatience fébrile.
— Nous le saurons! répondit Jacquet; quelqu'un de sûr est sur les traces des trois hommes.
—Ainsi, dit Maurice avec découragement, nous n'aurons jamais raison de nos ennemis, nous ne pourrons jamais les joindre en face; depuis trois mois nous n'avons pas fait un pas eu avant.
— Aujourd'hui, répondit Jacquet, nous avons fait même dix pas eu arrière, mais c'est pour mieux prendre notre élan! C'est à Venise, messieurs, qu'est le nœud de cette intrigue, c'est à Venise qu'il faut aller.
TROISIÈ3IE F^LRTIJë: