LE BALCON
Dans la dernière galerie, le point par conséquent le plus éloigné île la fête, la foule était moins compacte. En arrivant dans cet endroit du palais, avec sa compagne, Camparini chercha un moment de l'œil parmi les groupes de masques qui s'agitaient devant lui. Sans doute il rencontra sur-le-champ ce qu'il cheichail, car, sans hésiter, il entraîna Urauie vers une fenêtre ouverte qui garnissait extérieurement une magnifique draperie de velours rouge. Un homme était dans l'ouverture de cette teuèfre, les coudes appuyés sur le balcon qu'ornait la draperie, la tète dans ses mains réunies et semblant absorbé dans un monde de pensées pénibles. A en juger par ce que l'on voyait de cet homme, il devait être jeune encore.
Camparini marcha droit vers lui, sans quitter la
main d'Uranie, et arrivé dans l'embrasure de la fenêtre, il eulevalestementson masque sans prononcer une parole. L'homme s'était redressé eu entendant venir Camparini et il avait attendu, Cu apercevant subitement les traits énergiquemeut accusés du Roi du bagne, il tressaillit et poussa un léger cri de joie.
— Le marquis 1 dit-il.
— Lui-même, cher baron, répondit Camparini. Trèsheuieux de vous rencontrer, car il s'agit pour nous deux d'événements graves. Vous connaissez le palais, vous êtes au mieux avec son noble propriétaire : ne pourriez-vous nous conduire dans une pièce écartée où nous fussions libres de causer sans être entendus'?
— Vous n'êtes pas seul? demanda le masque eu jetant un coup d'œil sur Uranie.
— Cette dame m'accompagne, et c'est précisément pour elle que je réclame quelques instants d'enlretien secret.
— De quoi s'agit-il?
— De lui!
— Vous avez des nouvelles? demanda précipitamment l'interlocuteur masqué du Roi du bagne.
— Oui; mais, pour Dieu! prenez garde : il est des choses dont il est dangereux de parler en publie.
L'homme masqué fil un signe affirmatif, et, invitant Camparini à le suivre, il gagua le foud de la galerie. Là une magnifique porte sculptée était pratiquée dans la boiserie : l'homme l'ouvrit et s'effaça pour laisser passer Uranie.
Camparini s'était reculé pour passer le dernier. Ce mouvement, en le rejetant en arrière, l'avait rapproché de l'Arménien, lequel l'avait suivi avec une attention scrupuleuse. Cet Arménien était de même taille, de même allure ;ue celui qui était demeuré dans le salon piécédo , sou costume était absolument semblable, enfin a similitude était telle que Camparini ne manifesta pas le moins du monde s'être aperçu du changement.
L'Âiménienle touchait presque tout en lui tournant le dos.
— Sur le balcon, troisième rosace! murmura rapidement le Roi du bagne à l'oreille de l'Arménien.
Urauie avait franchi le seuil de la porte que venait d'ouvrir l'homme masqué. Celui-ci se retourna ^ers Camparini qui s'inclina légèrement et passa à son tour. Le mystérieux introducteur repoussa la [oite après être entré à sou tour.
L'Arménien était demeuré dans la galerie, comme un danseur en quête de quelques instants de silence et de repos. Après qu'il eut vu disparaître les trois personnages, il gagna rapidement le balcon extérieur qui courait autour de l'éditice, et, tournant à droite, il atteignit l'un des côtés du palais. Celle partie du balcon, qui garnissait le côté droit, était située audessus d'un petit canal latéral servant de voie de communication entre le grand canal et le canal Foscari. Étroit, sinueux, peu fréquenté, ce petit canal no desservait d'ordinaire que les cunnnuus du palais, aussi étaitil toujours désert et triste. Cette nuit-là, les illuminations resplendissant sur l'autre canal le rendaient encore plus sombre par l'ellet du contraste; aussi, lorsque l'Arménien eut franchi l'angle droit forme par la muraille, passa-t-il brusquement d'un foyer lumineux à une nuit profonde.
A gauche, dans le canal Foscari, c'étaient des cris, des chants, des bruits de rames, des myriades de gondoles glissantsur les eaux, se croisant, se dépassant, s'euchevètraut les unes dans les autres, et daus le petit canal l'eau était noire, décerte et silencieuse, L'Arménien suivit le balcon et atteignit une large fenêtre tendue à l'extérieur de draperies très épaisses qui per m citaient à peine à une pâle e lai té de so laisser deviner extérieurement et qui s'opposaient absolu-
LE TAMBOUiR DE LA 3;2<> UKMl-lilUf.ADE
ment à ce qu'au regard indiscret plongeât il.ius la pièce Qu'elle éclairait.
Des sculptures ganiis-aieul cette partie de la muveille; l'Arménien étendit la main et interrogea avec S66 doigts ces sculptures placées fortement en -aillie.
— Une, dit-il à voix basse ei en avançant lentement, ileux... trois ! (l'est o&UeMti.
Puis il appuya la pan me de sa main droite sur la partie de la muraille qu'il louchait, et il demeura immobile comme s'il iùi siiulii concentrer ses forces. Un léger craquement retentit : l'Arménien poussa un soupir de soulagomen'.
Qui Haut la muraille, il revint vivement vers l'appui du balcon. Jetant autour de lui un regard rapide et interrogateur, il s'ass.ui'a qu'aucun œil indiscret ne pouvait l'espionner, et, bien certain d'être seul, il se pencha sur la balustrade et examina attentivement les eaux. 11 demeura quelques instants dans la même situation. Tout à coup un léger bruit de rames retentit à l'extrémité du canal, et une voix claire et bien modulée lit entendre ces premiers vers de la vieille chanson napolitaine :
Perche, qu'à ne me vide, T'engriffe coin m' agato?
Nene, que l'agio falto, Que non me pui vide?
(Pourquoi, quand tu me vois, Fais-tu des griffes comme un chatî Niuie, que l"ai-je fait, Que tu ne puisses me voir?)
L'Arménien se pencha plus encore et laissa tomber dans le caual une petite pierre qu'il tenait à la main. La gondole passait alors sous le balcon : elle s'arrêta subitement, et le gondolier cessa de chanter. L'Arménien leva un doigt à la hauteur de ses lèvres, et tout aussitôt on entendit résonner dans la nuit le gazouillement du rosiguol. Uu mouvement parut s'opérer dans la gon J0U3 : l'Arménien se recula et attendit... Du bout de cr.rdage pas*-a en sifflaut dans l'air et vint s'abattre sur le balcon. L'Arménien s'en saisit et rattacha solidement à la balustrade de pierre, puis, secouant la corde, il s'assura que l'autre extrémité retombait dans la gondole.
— Là! niurmura-t-il. La retraite est maintenant assurée.
El revenant vers la muraille, il appuya de nouveau sa main sur la partie de la sculpture qu'il avait déjà pressée.
UN AMI DliVOIK.
La pièce dans laquelle l'homme masqué avait introduit Camparini et la jeune bile était disposée pour
rvir de bibliothèque. Dévastes corps de boiseries l'en loin ai en tel étalent garni s de volumineux in-quaflos reliés nettement. Un seule fenêtre éclairait celte p èce et une lourde draperie de velours vers I mcé retombait datis l'encadrement de bcrsd'oré. 1 ne lampe énorme pr itail ses rayonnements du haut d'une colonne en bn h'." florentin d'un admirable travai . Après s'être démasqué dans la galerie, i : un j-an ni avait presque ans-îlot remis son masque, niais, entré dans la biblio theque, il l'enleva de nouveau. Ur..nie se tenait en
arrière, paraissant attendre. Le jeune homme qui les avait introduits détacha brusquement son mas me,
tiranie pOUSSa UO Cri (le : -in ■prise.
— Monsieur de Moi val I dit-elle en frémissant. Emmanuel lit un pas en arrière.
— Mou Dieu ! dit-Il, celte voix...
Urauie - i tait démasquée.
— Mademoiselle de C.aulegrclles ! reprit-il avec un cri de surprise joyeuse.
— Oui 1 dit gravement Camparini eu s'a vançaut, mademoiselle Uranie de Cantegrelles qui s'obstine à me considérer comme son bourreau et que je conduis vers vous, mon cher baron, vous l'ami du vicomte de Signelay, afin que vous vous efforciez de la désabuser.
— Quoi ? qu'e=t^ce donc ? dit Emmanuel avec étonuemeut.
— Vous saurez tout dans quelques instants, reprit Camparini, mais permettez-moi en ce moment de poursuivre l'œuvre que j'ai commencée.
Et se tournant vers Uranie qui demeurait stupéfaite, les yeux anxieusement fixés sur Emmanuel de Bervai :
— Mademoiselle, continua-t-il, vous connaisse', le baron Emmanuel de Bervai ; vous savez qu'il est le seul ami du vicomte Léopold de Signelay; avez-vous foi en cette amitié?
— Oui, répondit la jeune 'fille avec un ton de conviction profonde.
— Avez-vous confiance en M. de Bervai?
Urauie lendit sa main aujeuue homme, qui la prit respectueusement et la porta à ses lèvres avec une douce expression d'affectueux respect. Camparini se retourna vers Emmanuel :
— Maintenant, monsieur le baron, contiuua-t-il, c'est à vous à parler. Vous étiez auprès du vicomte de Signelay lorsqu'il fut arrêté le jour des régates, vous connaissez tous les détails de cette arrestation veuillez les communiquer à mademoiselle, afin qu'après vous avoir entendu elle puisse porter sur moi le jugement que je mérite.
Uranie s'était rapprochée d'Emmanuel.
— Vous étiez avec le vicomte le jour où il fut arrêté? demanda-t-elle d'une voix frémissante.
— Oui, répondit Emmanuel, nous venions d'assister ensemble aux régates, et tout le temps il n'avait fait que parler de vous.
— Ohl il m'aime encore ! s'écria Urauie.
— Il vous aimera toujours, et je'suiscouvaincuqu'en ce moment sou unique pensée, c'est vous.
— Oh ! mon Dieu, mais ce qu'on dit est faux, n'est-ce pas? Lui!... Léopold, accusé d'infamie...
— C'est une fausseté ! s'écria Emmanuel avec force, mais tout était contre lui. Messer-Graude eu l'arrêtant a découvert sur Léopold une double correspondance qui justifiait l'accusation.
— Qui'juslibaU l'accusatiou ? s'écria Uranie en regardant Camparini. Oh! mou Dieu, faut-il donc croire ?...
Camparini détourna les yeux comme s'il n'eût pu supporter la vue de la douleur de la jeune tille.
— Continuez, dit-il en s'airessant à Emmanuel, ne cachez risn; il faut qu'elle sache tout.
— Oui, oui ! s'écria Uranie ave,- véhémence, je veux tout savoir. PdWcz, ne nie cachez lien. Quelque horrible quesoit la vérité, je veux la connaître. Comment Léopold se trouvait-il en possession de ces papiers qui de, aient le perdre ?
Emmanuel délourna la tête : il hésilail à répondre.
— Parlez! parlez ! dit Uranie eu lui saisissant les mains.
— Dites la vérité, monsieur, ajouta Camparini av.mi -le .le résignation.
— Ces papiers, reprit Uranie, comment les avait-il eus?
— On les lui avait fiit remettre une lu ure avant son arrestation, répondit le baron, si ma conviction sincère, c'est que l'en vu de e, s papiers était un piège...
— t il ; lège ! répéta I l'allie en Irciiiis-atll.
Les yous «le la jeune tillo cherchèrent encore ceux
LE TAMBOUR DE LA 32" DEMl-TSIUfiADE
d.> Camparini, mais le Roi du bagne baissa la tête avec une ^pression de profonde amertume.
— lions eur, reprit Uranie en étreignant les mains du baron, par pitié! ne me cachez rien, dites-moi tout ! je veux tout savoir. Qui aceusez-vous d'avoir tendu ce piège infâme sous les pas du vicomte ?
— Hélas 1 mademoiselle, je ne puis accuser qu'une personne, répondit Emmanuel en hésitant; cette personne est celle qui a fait adresser à mou ami les pièces qui l'ont perdu. J'ai lu la lettre qui accompagnait cet envoi ; par cette lettre ou s'adressait à la générosité du vicomte, on se servait de son amour pour vous, ouïe conjuraildegarderles papiers qu'on lui envoyait et de les déclarer comme étant a lui..
Uranie se retourna vers Cainparini et le regarda en face :
— Oh ! dit-elle, vous ne m'aviez pas menti ; c'était donc vrai ?
Campariui ne répondit que par un geste empreint d'un chagrin cuisant.
— Et celte lettre était signée par ma sœur ? s'écria Dranie.
— Oui, mademoiselle.
Uranie se renversa en arrière en portant les deux mains à sou front.
— Oh 1 Lucile ! Lucile I dit-elle entre deux san glots.
Camparini se plaça en face d'elle.
— Maintenant que vous avez entendu le baron, ditil, je le somme, au nom de mou honneur, de parler encore. M msieur de Berval, je vous ai vu bieu souvent depuis l'arrestation du vicomte, quelle a été ma conduite !
Emmanuel lendit la main au marquis.
— Celle d'un ami loyal et dévoué, dit-il. Vous connaissiez à peine Léopold, l'aviez vu deux ou trois fuis au plus, et cependaut tout ce que l'ami le meilleur peut faire pour celui qu'il aime, vous l'avez fait poulie vicomte. Démarches, réclamations, crédit, argent, prières et soins, vous avez tout employé, tout prodigué pour faire rendre la liberté a celui qui l'a si injustement perdue. Aussi, depuis que Léopold est sous les Plombs, depuis que j'ai été à même de pouvoir vous apprécier, monsieur le marquis, je me suis déclaré votre plus dévoué et votre tout reconnaissant.
Campariui s'iuciiua et se contenta de regarder la jeune tille ; celle-ci levait les mains au ciel.
— Mon Dieu ! murmura-l-elle, auriez-vous donc permis que je me fusse trompée à ce point.
— Mademoiselle m'accusait ! dit Camparini.
— Monsieur, dit Uranie, pardonnez-moi.
— Vous pardonner ! s'écria le Roi du baijne avec une émotion admirablement jouée; pouvez-vous prononcer un pareil mot !... Hélas ! chère et malheuieuse enfant, qui dune a voire place n'eût pas agi ainsi que vous l'avez fait ? Vous m'accusiez ! Eh ! sans doute, toutes les circonstances ne paraissent-elles pas être contre moi? N'ai-je pas été obligé d'employer la violence pour vous contraindre à demeurer près de moi? N'ai-je pas refusé constamment de vous laisser avoir des nouvelles de votre sœur ? N'ai-je pas joué en effet, près de vous, le rôle du plus odieux tyran? Vous refusiez de comprendre alors pour quel motif j'agissais, car vous refusiez de cro.reà la culpabiliié de celle...
— Lucile! interrompit Uranie avec un éclat violent elle, la cause de la perte de Léopold I Est-ce p Ssible?
— J'ai vu la lettre signée de sa main, écrite de sa main, répondit le baron.
— Mai- celte h tire, où e.-t-elle?
— Léopold l'a anéantie aptes l'avoir lue et me l'avoir fuit lire ; votre sœur ordonnait à mon ami d'agir ainsi.
— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit Uranie eu se tordant les mains, que croire?... Lucile!... ma sœur !... mais pourquoi avoir voulu le perdre?
— Pourquoi ? répéta Camparini avec force. Eh bien I je vais vous le dire; votre sœur a voulu perdre le vicomte parce qu'elle était jalouse de lui et de vous, parce qu'elle l'aimait.
Uranie poussa un cri déchirant.
— Ce n'est pas ! ce n'est pas! s'écria-t-el!e.
— Comment expliquer sa conduite alors? reprit Camparini. Jeu appelle à monsieur de Berval.
Uranie regarda Emmanuel, celui-ci détourna la tèle comme ne voulant pas répondre.
— Monsieur ! dit la |eune fille, parlez ! Dites que cela est faux, que vous ne le croyez pas! Donnez des nreuves.
— Hélas! mademoiselle, reprit Camparini, ces preuves, je les possède. Jusqu'ici, je n'avais point voulu
ous les présenter: vous me regardiez comme un eniemi, j'ai attendu... Maintenant que vous consentez à me voir enfin sous mon véritable jour, je vous remettrai celte lettre.
Et Camparini, fouillant dans la poche de son habit, on tira un papier qu'il tendit à Uranie.
— Vous jouiiaissez l'écriture de votre sœur ! ajoula-t-îl.
— Une lettre de Lucil-e... dit la jeune fille. Adressée au vicomte... oh!... mon Dieu!... pretésez- i oi !
Uranie déplia le papier et le parcourut ,ivee des regards avides; à peine en eul-elle lu quelques lignes qu'elle devint d'une pâleur extrême et qu'elle lit un mouvement comme pour s'affaisser sur elle-même, mais se redressant vivement par suite d'un énergique effort :
— Lucile! ma sœur! s'écria-t-elle. Oh! c'est horrible !
Et se tournant vers Camparini ;
— Pardouuez-moil dit-elle. Je vous avais méconnue !
Puis se dressaut, comme mue par un ressort, elle demeura un moment immobile, les traits contractés, le visage empourpré, avec une expressiou de colère virile :
— Lui perdu par elle! fit Uranie avec une explosion d'indignation. Oh ! si cela est, je me vengerai. Ma sœur ! elle !... jamais!... nou ! non ce n'est pas ma „œur ! Mon père avait raison ; elle ne l'a jamais été !
— Que dites-vous ? s'écria Emmanuel avec élonuement.
Camparini s'étail reculé et son œil fauve s'élait illuminé d'éclairs rapides. Uranie passait ses mains . ur ses yeux comme quelqu'un qui se réveille après m songe pénible.
v Rien ! rien! murmura-t-elle. Je n'ai rien dit!
El elle to i ba épuisée sur un fauteuil, Camparini se rapprocha d'Emmanuel.
— Pauvre enfant ! lui dit-il à l'oreille. Il fallait tout lui apprendre... t'était un devoir pénible à accomplir, mais il le fallait... Voulez-vous vous trouver demain à deux heures chez moi ? J'espère avoir ebienu enfin la permission de visiter le vicomte, nous irons ensemble.
Emmanuel saisit les mains de Camparini elles serra avec uue expression de len Ire reconnaissance. Campariui ne le laissa pas parler.
— Ne pouvous-uous quitter le palais sans passer par les salons ? ilem.uida-l-il.
— Si fait! répoudit Emmanuel. Cette seconde porte en m m uni |ue avei' les a p par1 e ment s pari icu hors. Un escalier dérobé vous conduira sur le vestibulo principal. Voulez-vous que je fas>e demander ma gondole?
— Bieu volontiers ; je veux emmener d'ici au plus vile cette pauvre eul.nit.
Et Campai"..: dé-igna d'un geste paternel Uranie