‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 54 sur 220 · LES À.UIS · texte numérisé non relu

LES À.UIS

Camparini avait pris les deux candélabres chargés de bougies allumées qui éclairaient la pièce el les avait pi icés sur la petite table, de façon a ce que les rapns lumineux tombassent eu plein sur le visage cicatrisé de Lucien. Celui-ci ne recula lias el ne manifesta aucun désir de rentrer dans l'ombre. Chivasso s'était avancé lentement eu dard. ml ses prunelles fauves sur Lucien Quand il eut terminé sou minutieux examen, il lit un ge.->le négatif. Camparini sourit avec un Ben liment de satifactiou évident, puis- se retournant vers Lucieu :

— On l'envoie à moi comme un homme Intelligent, dit-il. Depuis que lu es arrive je n'ai pu mettre cette. intelligences l'épreuve, aujourd'hui l'occasion se piô-

, es-tu prôi î

— Oui, répondit Lucien. De quoi »'.iy it-il.

— Un homme a été enlevé ce soir, je veux savoir par qui.

— Où cet homme a-t-il été enlevé? demanda Lucien.

— Au palais Foscari, durant la fête.

Lucien sourit.

— Cet homme, dit-il, était vêtu en Arménien, il a été jeté dans une gondole dont les barcaroli masqués pouvaient passer pour muets el il s'est échappé en usant ses liens el en sejelantà l'eau: cet homme, c'esl Roquefort.

— Bien? fit Camparini.

Les trois autres hommes se regardaient avec stupéfaction.

— Comment sais-tu cela? demanda Roquefort avec une vivacité extrême.

— J'étais l'un des barcaroli masqués.

— Toi! Tu étais dans la gondole.

— Heureusement pour toi même, car c'esl grâce à mes fausses indications que l'on a perdu ta trace.

— A tes indications?

— Sans doute! je l'avais reconnu, je voulais le sauver. Camparini fit un geste de la main.

— Explique-toi nettement! dit-il d'une voix impérieuse.

— L'explication sera courte, répondit Lucien. Depuis que je suis venu à Venise, je me suis lié avec plu-

ieurs gondoliers. L'un d'eux m'a proposé, ce soir même, de gagner quelques ducat-;; j'ai accepté sans savoir de quoi il s'agissait. On m'acunduit sur une gondole, ou m'a l'ail masquer, puis la gondole est allée attendre à l'une des issues secrètes du palais Foscari. Quelques iustauts après, Roquefort a été conduit sous la lente par deux hommes masqués et nous sommes partis. Vous savez saus doule le reste.

— El après que Roquefort se lut échappé, qu'advinl-il?

— La gondole accosta près du Iiialto, on nous paya et on nous congédia.

— Qui vous a payes?

— L'un des gondoliers masqués.

— Celui que tu connais?

— Non, un autre.

— Qui?

— J'ignore qui il est ; je ne l'ai pas vu el je n'ai même pas entendu le son de sa voix.

— El l'autre gondolier, celui qui l'avait engagé, que savail-il !

— Rien. Je l'ai interrogé; il n'a pu me répondre, on l'avait pris dans lagondoie en le chargeant de trouver un compagnon.

— Aiusi, tu n'as aucun indice ?

Lucien sourit finement.

— J'ignore à qui j'ai eu affaire, dit-il, mais je le saurai, je reconnaîtrai la gondole.

— Comment?

— C'est mou secret, je ne le confierai qu'à toi

— Pourquoi?

— Pour 'les moiifs que lu connaîtras.

Camparini lit sigue aux autres nom mes do s'écarter,

puis quandil lui seul avec Lucien dans l'embrasure d'une croisée

— J'écoule! dit-il. Qll'as-tU à me dil 1

Lucien lança autour de lui un regard investigateur, puisse penchant vivement, il parla rapidement à l'oreille de Camparini, mais à voix tellement basse,quo le murmure de ses paroles ne se qi même pas entendre. Camparini se redressa brusquiueut comme si un serpent l'eut mordu.

— Comment sais-tu cela? dit-il.

— J'ai été. durant onze mois, valet do confiance CUel M. de Ncoules, répondit Lucien.

— Toi! ht Camparini avec un nouveau geste oVlonnemeul.

Pu . .M" ' nu sileu.ee 1

— Jonas a raisou, reprit-il, tu peux nous être d'une fraude utilité et, si tu le veux, ta fortune est faite. Sache demain à qui appartient la gondole.

— Je le saurai demain au lever du jour.

— C'est bien, Je l'attendrai ici.

Lucien s'inclina et sortit. Campariui courut refermer la porte, puis revenant précipitamment vers ses trois compagnons :

— Cet homme est précieux dit-il, il nous rendra un important service, mais ce service rendu, il faut qu'il meure!

— - Pourquoi ? demanda Cnivasso.

— Il eu sait trop long.

— Qui est-il?

— Je l'ignore et je ne puis le savoir; c'est pourquoi il doit disparaître.

— Certes, dit Pick eu se levant, mieux vaut un ami de moins qu'un euuemi de plus; je me charge de Lucien; qu'il nous renseigne seulement sur cette affaire étrange de la gondole, et ensuite, ou je saurai qui il est, ou nous n'aurons rien à redouter de lui.

('. tin pariai fit un signe affiimatif et Pick sortit aussitôt. Sur ua geste du Boz du bagne, Roquefort se leva ipitamment et s'approcha :

— Pick se charge de Lucien, dit Campariui, toi, Roquefort, charge-toi de Pick.

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