‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 70 sur 220 · LA VEILLE DE PAQUES · texte numérisé non relu

LA VEILLE DE PAQUES

Vérone, ai-je dit précédemment, est certes la ville de l'Italie sep lentriou aie douée des lueslesplus étroites les plus lorlueuses et les plus mal pavées. Cinquante mille habitants sont entassés dans cette vieille cité, et cette nombreuse population remplit saus cesse ces voies insuffisantes pour sa circulation, et que dominent des forts dont le leu peut écraser la ville.

Laissant à Véroue ses hôpitaux, ses blessés, ses malades et ses dépôts, le général Bouapai te avait donné le commandement au général Balland, l'un des officiers les plus énergiques de l'armée d'Iialie.

G i jour du 1S avril, veille de la fêle de Pâques, le général Balland, installé dans le fort, achevait de déjeuner alors qu'un officier d'état-major, portant !e= épauLeltes de chef d'escadron, pénétra précipitamment dans la salle.

Ah! c'est vous Bellegarde! dit le général. Quelles

nouvelles?

— Mauvaises, répondit Maurice; j'ai le regret de vous l'annoncer. Les Autrichiens, sous les ordres du o-euéral Laudon, out quitté le Tyrol, et, profitant de ce que Joubcrt était occupé avec Kerpeu, sont descendus dans la plaine entraînant avec eux la population soulevée des moniagues ; ils marchent sur Vérone 1

Mais Servier ne gardait-il pas les défilés avec douze cents hommes! s'écria le général eu se levaut avec vivacité.

Il a été contraint de se retirer pied à pied devant

! Laudon, et il opère sa retraite sur la ville; c'est son aide de camp que j'ai rencontré et qui m'a charge de vou- transmettre ces nouvelles qu'il venait vous apporter lui-même.

— Mille louuerres! s'écria le général avec une expression lurieuse. 11 ue nous manquait plus que cela! Savez- vous ce que je viens d'apprendre tout a l'heur? par l'un de mes officiers d 'ordonnance, commandant? C'est que les Croates, insurgés comme les Tyroliens uous menacent également!...

— Et é tliieureuscmeul ce n'est pas tout, général! Comment? (Juoi doue eucore?

— Les Lclavons au service des Vénitiens qui étaient a l'adoue se sont portés sur Vérone et, occupant la roule, coupaut toutes communications eutte nous ei le général Kilmainel

lue général frappa du revers de sa main la table devant laquelle il se trouvait, avec une telle vi, 'I qu'une partie de la vaisselle et des crislaui disposas pour le déjeuner roula sur le plancher. Au mèmciiislant la porte s'ouvrit.

— Lu ire/.: citoyen Adore, dil le général. Pat vous ne serez pas de trop pour douuer un bon avis,

,ic ire ia me un moine ut d'audieucc pour quelqu'un

qui est apte a VOUS eu lournir, général, lepi'ouil le comte en s'ell içaiil pour faire -i-ue a quelqu'un qui le -invait de pas er devant lui.

Jacquel se glissa daus la salle,

— Général I 'lit vivement l'ageul de police cl sans atte. die qu'il lût interrogé, plus de vingU mille mon-

tagnards inondent en ce moment lacampague; des capucins prêchent les paysans à chaque carrelour, et on repaud en ce moment daus Vérone un faux manifeste du podestat qui encourage au massacre des Français!

— Général ! cria une vois haletante.

Un ofticier d'ordonnance entrait précipitamment.

— Qu'est-ce donc encore? demanda le général Balland, dont l'impatience commençait à ne plus avoir de limites.

— Deux de nos détachements viennent d'être surpris sur ia roule de Pavie. Assaillis par des forces plus nombreuses, tous les nommes ont été massacrés à l'exception d'un seul qui a pu fuir et qui m'a apporté eetle horrible nouvelle.

— El moi, aiouta le comte d'Adoré, j'ai le double, que voici, d'un avis émané des autorités véronaises, annonçant au général Laudou qu'il peut s'avancer et qu'où lui livreia la ville.

Le général Ballaud porta la maia à sa gorge comme pour en chasser le sang qui interceptait la respiration. Une série d'effroyables jurons s'échappa enfin de ses lèvres comme un ûot qui rompt sa digue, et laissant retomber une chaise qu'il avait soulevée eu la brandissant :

— Ah ça! s'écria-t-il, que s'est-il passé à Vérone depuis vingt-quatre heures? On me trompe donc? ou me trahit donc? Je ne sais rien, je crois tout calme, tranquille, et au momentoù je m'y attends le moins, ou m'annonce à la fois un soulèvement daus les montagnes, une marche de l'ennemi, des assassinats, une e inspiration, enhu, sur le point d'éclater.

— C'est que vous venez de dire le mot, général, répondit vivement Jacquet en s'avançait. C'est une conspiration qui va éclater. Ne reprochez rien à personne, n'ai ense/. personne de trahison parmi ceux qui vous entourent. Les Vénitiens avaient bien pris leurs mesures, car je n'ai rien su, moi, que cette nuit, etje suis accouru vers vous. Demain les Français seront attaqués dans la campagne et peut-être dans la ville même.

— Dans la ville ! s'écria Balland en étendant la main vers la fenêtre, à travers laquelle on voyait se dérouler le panorama de Vérone que le fort dominait entièrement. Qu'ils boug* ni, el je les' foudroie sans miséricorde !

— El les hôpitaux? s'écria Maurice.

— El les fonctionnaires habitant la ville, et leurs femmes et leurs enfants? ajouta le comte.

— Cela e.-« l vrai! dit le général avec un accent de cHrateur profonde. Lesbles-és, les femmes, les enfants seraient les victimes de ces brigands qui se vengeraient sur eux. Impossible de faire évacuer les hôpitaux eu une nuit. Si us quel prétexte. il'aiMeuisVcex rail provoquer l'aiiapie. Puis la p ace manque pour loger tout ce inonde. Le fort e-l trop petit, à peine si la garnison peui y tenir. Curbleul que faire?

— Essayer d'imposer a ces Italiens et les empêcher d'agir en les retenant par la crainte! dit le comte.

— Oh! ht Maurice. Si nous avions seulement un millierde soldais valides!... mais à peine quelques centaines d'honnnes qui doivent garder les forts. Tout le reste est malade ou blessé.

. — Et p sde seeouis possible à espérer avaut quatre jouis au ni .in*! ajouta le comte n" Adore.

Legeneia) balland réfléchis-ail proloudémeut —• Commandant! iiii-il loul à coup an ch f d'escadron Maurice Bellegarde, vous aile/, faire mouler à cheval un de nos meilleurs courtier-, il parlera a Mauloue au général Kilmaine la leilre que je vais écrire.

El s 'approchant d'un pelil bureau placé près de la fenêtre, le général se mil à écrire rapidement ; puis

uue première lettre tracée, il eu flommenea une seconde.

— Celle-ci au général Baraguey-d'Hilliers, à Milan! conlinua-t-il. Que les courriers crèvent leurs elrevaux, mais qu'ils arrivent sans une seconde de relard.

Maurice s'élança au dehors.

— Oiïest le général Beaupoil? demanda Balland.

— Me voici, général! répondit un chef de brigade qui venait d'entrer.

— Faites donner à toutes les troupes l'ordre de se leuir sur leurs gardes et de se retirer daus les CorUau premier signal! Faites distribuer des cartouches, que les artilleurs couchent daus les batteries.

— Oui, général.

— Quant à moi, je vais me rendre auprès des autorités véuilieuues, leur demander des explications et faire organiser des moyens de défense dans les hôpitaux.

Le général, en achevant ces mois, congédii du geste ceux qui l'eutouraieut. Tous s'éloignèieut, les uns empressés d'aller exécuter les ordres qu'ils venaient de recevoir, les autres, le front soucieux, le regard trisie. Le comte d'Adoré et Jacquet quittèrent le' fort les derniers.

— Oui, dit l'agent en secouant la tète, toutes cps précautions sont sans doute bonnes a prendre, niais ily a ici, y coin) ris les malades, deux mille Français, et dans la ville dix mille égorgeurs pièls à frapper, et dans la campagne vingt mille paysans qui ne demandent que carnage.

— Mais nous sommes tous perdus, alors! dit le comte avec éclat.

— Je le crois, rép- ndit froidement Jacquet, un miracle peut seul nous sauver.

— Eh bien?

— Eh bien ! il s'agit de provoquer le miracle, voilà tout : « Aide-toi, le ciel t'aidera! » Doue, commençons par nous aiier et avant que les Vénitiens agissent agissons.

Puis, se penchant vers l'oreille du comte :

— La marquise de Canlegrelles est à Vérone 1 dit-il.

Le comte fil un bond tellement violent qu'il faillit tomber de sa hauteur; il était devenu subitement plus pâle qu'un cadavre, ses mains tremblaient, sesjawbes le soutenaient a peine.

— La marquise... balbulia-t-il.

— Oui ! dit Jacquet.

— Elle... est vivaule?... Impossible !

— ELe existe et elle est à Véronue depuis six mois! dit Jacquet, je vous l'affirme 1

— impnssiide! impossible! vous dis-je.

Jacquet tit un geste d'impatience.

— Ne discutons pas! dit-il. J'afiirme, je suis certaindo ne , croyez !

— Mais où est-elle? demanda le comte comme eu proie à un accès de frénésie subite.

•-Ah! voila, où est-elle, dans Vérone?Telle est la question à résoudre et nous n'avons que quelques heures pour réussir.

— Oh! nous réussirons; nous la trouverons !

— Corblou! je l'espère bien, caria marquise retrouvée, c'est la ruine de Camparini, c'est sa punition el notre Inomphe.

— Il laut prévenir Maurice.

— Pourquoi? que fera- L-il ? Sou général a besoin de lui, aibbims seuls; j'ai mon plan, voui verrez. D'ailleurs, j'ai a nia disposition, ici même, quelqu'uu dont l'aide nous sei'a u'un grand secours!

— C'est possible! di le comte eu insistant, mais dans les circonstances actuelles, je' ne veux rien faire san-. que M innée soii instruit. Donc, voyous-le et coniniuuiquous-lui vos intentions.

LE TAMBOUIl DE LA ^2° DEMI-BRIGADE

— Soil dit Jacquet. Voici sa demeure, entrous et alternions qu'il soit rentré.

Jacquet et le comte veuaient de pénétrer dans l'inlérieurde la ville et ils longeaient les murailles de l'une de ces rues tortueuses et fangeuses que nous avons décrites. Le quartier dans lequel ils se trouvaient était ex- Im moment animé; des groupes se formaient çà et là, et au milieu de ces groupes des hommes parlaient, péroraient, gesticulaient avec une violence inouïe.

Tout à coup un grand bruit se fit entendre : des cris, des chant", des hurlements retentirent et les pas d'une l'oule agitée résonnèrent sur le pavé; puis, par l'une des rues trauversales, on vit déboucher une bande nombreuse d'hommes, d'enfants, de femmes vêtus en gins de la campagne, vociférant et brandissant des armes nues :

— Mort aux Français! mort aux Jacobins! hurlaiton avec des accents effrayants.

Jacquet et le comte s'étaient effacés pour laisser passer les furieux; dissimulés derrière une porte coclu re a demi fermée, ils avaient pu voir le menaçant cortège sans être remarqués par lui. Quand la foule des pa\ sans fut dissipée :

— Allons chez Maurice 1 dit le comte avec une agitation extrême.

Et il allait s'élancer pour traverser la rue, quand Jacquet le retint brusquement par le bras et le cloua sur place.

— Attendez ! dit-il.

— Qu'est-ce donc? demanda le comte en obéissant au geste qui le rendait immobile.

Jacquet ne répondit pas; glissant doucement sa t -le fine, il parut suivre de l'œil avec attention un événement s'accomplissant dans la rue; le comte se pencha et explora à son tour l'horizon borné qui s'offrut a lui: un homme venait de déboucher d'une rue Oj posée à celle qu'avaient prise les paysans, et mari nt rapidement tournant le dos à Jacquet et au comte. A' rivé devant la porte d'une maison d'assez belle ap- I nence, cet homme en franchit le seuil et disparut t! nis l'intérieur.

Jacquet se retourna sans lâcher la main du comte et le regarda fixement:

— Le commandant occupe seul cette maison? d l-il.

— Oui, répondit le comte.

— Alors, c'est chez le commandant, que vient d'enh r Roquefort!... chez le commandant, et Roquefort ni rehaut à visage découvert, sans déguisement, dans e le ville où cependant on doit savoir que je suis!... Qu'est-ce quecela veut dire?Oh ! voilà ce qu'avant tout il ! tut savoir!... Venez!

l'A, ne quittant pas sou compagnon dont il tenait touj i:rs le bras, Jacquet l'entraîna rapidement.

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