LE POSTE DE L'HOPITAL
Eu quittant l'Italie pour s'élancer vers l'Autriche, d i,i il allait menacer la capitale par une marche dont 1 . hardiesse fit frissonner sur son troue le de-ceudaut il 5 Césars, le généra' en chef île l'armée française avait r iiuiené avec lui toute la partie active de ses troupes, D - laissant sur ses derrières non pas ce qu'il fallait m nie pour assurer sa retraite en cas de besoin, mais
al émeut ce qui était nécessaire à maintenir ses re- I ions avec la mère pairie : c'était un long cordon de p ils postes disséminés çà et là qui s'étendait de
ce au Tyrol, postes i Unes à veiller à l'étal des i mies, à servir de relais aux courrier.-, à garder surto t les malades el les blessés qui ne pouvaient suivre de l'année.
Le grandes villes servaient d'entrepôts principaux ;
c'était là que les ambulances s'établissaient dan, les hôpitaux, que se fixaient les comptables, les officiers payeurs, les muniiiounaires, toute celte gent, enfin, des riz-paiii-sel, comme les nommaient les soldats, et à laquelle le général en chef faisait une si rude guerre.
Beaucoup de ces fonctionnaires, moitié civils, moitié militaires, avaient à leur suite, les uns leur femme, les autres leurs enfauts; ceux-ci leur mère, ceux-là leur père ou leur cousin; puis toute une population de commis d'agents, de marchands ambulants, qui formait une autre armée à la suite de la véritable; mais armée sédentaire, pour ainsi dire, voyageant de villeenville ets'établissaut succesivemeutdans toutes, comme si elle dût y passer sa vie.
C'était quelque chose comme dix à quinze mille individus disséminés de tous côtés, que l'armée active laissait derrière elle à mesure qu'elle avançait. Depuis les dernières batailles, qui toutes avaient eu lieu sur le territoire vénitien, les villes de terre ferme comme Vérone et Padoue avaient servi d'entrepôt général, et là, surtout, les blessés et les malades aboudaient.
A Véronne, il y avait deux hôpitaux contenant environ chacun quatre cents blessés el malades. L'un des ces hôpitaux était situé près du palais du Gouvernement, non loin de l'Adige, et, comme l'autre hôpital, il avait à sa porte un petit poste chargé tout autant de veiller au bon ordre que de faire honneur à ceux qu'ils gardaient. Ce petit poste se composait de douze hommes commandés par un sergent, plus deux tambours.
Au moment où le général Ballaud terminait son déjjuiei, et à l'instant où Maurice entrait brusquement dans la salle, la partie de la ville où se trouvait l'hôpital dont nous nous occupons semblait plongée dans la sécurité la plus profonde. Quelques promeneurs parcouraient la place; maisd'après leur air bénin, leur apparence inotTeusive, il était impossible de concevoir quelque crainte à leur endroit.
le soldat était de faction devant la porte de l'hôpital, un autie devant celle du posle. Ceux qui restaient, et dont l'heure était oisive, cherchaient, dans d'attrayantes distractions, une consolation à leur ennui de ne pas faire partie de l'année active : les uns jouaient, les autres fumaieut, d'autres causaient eu se chauffant au soleil; mais tous poussaient de temps à autre un soupir en jetant un coup d'œil sur le ciel dans la direction du nord-est, c'est-à-dire du Tyrol.
— El dire, fit l'un des soldats couchés sur un banc placé le long de la muraille, et dire que les camarades delademi-brigade se repassent peut-être, pour le quart d'heure, un coup de brosse numéro un avec les Quinze- Reliques!
— Ah ! Gringoire, dit uu autre en secouant mélancoliquement sur son ongle le fourneau de sa pipe éteinte, nous avons fait halte sur le chemin de la gloire, comme le dit si bien le major.
— Tiens! dit un troisième, à propos du major, saistu où il est, Romulus?
— Non ; mais le fait est qu'on ne le voit plus depuis deux jour-; qu'est-ce qu'il devient? Hier au soir, il était à l'appel, ce malin à la soupe, el puis depuis, bernique, plus de major; éclipsé 1
— Je connais son affaire, dit Gringoire.
— Toi? Cou le- nous cela. Est-ce que le major est amoureux ? est-ce qu'il couilise une Italienne?
Les soldats B'em pressèrent autour de celui qui semblait tout Qer d'attirer l'atteulion générale.
— Or doue, commença Gringoire, il taul vous dire qu'avant s'hier le major me dit comme ça :
— Fusiller Gringoire, tontes fois et quantoi que tu m'as demandé uu service, |e te l'ai oclroyé?
— Oui, major, que je lui dis.
LE ÏAM110UII DE LA 32° DEMI-UIUG ADE
Ils disparaissent tous les deux, et je reste là comme un imbécile. (Page 202.)
— Donc, quand, àmon tour, ils'agit de m'obterapérer un service aimable, tu dois marcher-en avant, Tœil sur ma canne ?
— Indubitablement, que je dis eucore, assez étonné du discours de Rossignolet.
— Pour lors, qu'il dit eucore, il doit te rester quelques ducats, sequins et auire monnaie, hein?
— Il m'en reste comme qui dirait qu'il ne m'en reste pus, que je répond:,; car les ducats ont filé l'arme à gauche depuis que nous sommes à Vérone, et...
— Doune-moi tout de même ce que tu as, qu'il me dit.
— Pour lors, c'est uu emprunt, couunj une mauièie de directoire exécutif ?
— Mieux que ra : c'est uu don, comme qui dirait à la patrie ;. car c'est pour une Française pauvre, malheureuse, sau? pain ni toit, sans sou ui maille, et pas jeuue,et malade : tout le tremblement des mnuiements. Comprends! J'ai dunué tout ce que j'aviis; niais je n'ai pi i nen; doue, il faut que les caiiaraJes m'ai-
dent à organiser la gamelle et je commence par toi.
— Présent, que j'ai l'ail , et j'ai donné les ducats.
— Pour lor-, continua Gring >ire, taudis que les sot dats se regardaient le-* uns les autres, cherchant évidemment à comprendre; pour lors, le major m'a dit merci et. il a filé, pour lors, je n'y pensais plus moi, quand voilà qu'hier au soir, sur Je coup de six heures, et commeje flânais sur les quais de ce gue»sard de fleuve, que nous ne faisions que passer et repasser depuis uu laps soigné sans payer les pouls, s'eutcud, je reluque a l'horizon une minière de grand gaillard qui avait l'air d'avoir des mots avec deux quidams.
« Je m'avance, je reconnais un uniforme de la 32», je cours, et j'arrive juste au moment où Rossignolet, eu personne naturelle, était occupé à faire prendre uu bain froid aux deux quidams.
« — Trop lard I qu'il me fait en riant et en se frap» panl les mains, tout eu regardant patauger du* l'Adige les deux olibrius en question.
LE TAMBOUR DE LA 32° DEMI-BItUi A 1> i'.
„ i?|, i qUC je dis, major, cl l'ordre du jour? Le généra) déclare toutes fois el qualités que l'on lirera la moustache à un Vénitien, ou aura deux mots à dire au conseil de guerre.
a L'h hieu! y. n'ai pas touché la moustache, puisque je lésai pris simplement parla peau du cou; et puis, c'est pas des hommes, ça, c'est des lâches; ça attaquait une pauve femme seule.
«El là-dessus I: >ssig lolet s'efface, et je vois derrière lui uue pauvre femme tout eu noir et tout eu pleurs, qui joignait les doux main» comme si elle priait le bon Dieu.
« — Salue, Gringoire, que me dit encore le major ; c'est la madame aux ducats; si jamais lu la trouves dius la peine, que j'y sois pas el que tu aimes ton major, lu le feras couper en morceaux pour elle. »
«El là-dessus, il offre, sou liras à la dame el il me Lut un signe d'amitié, et ils disparaissent tous les deux, et je reste là comme, un imbécile; voilà!
— C'est tout? demanda Romulus.
— Oui,
— lit tu n'as pas revu Rossignolet depuis? ajouta Torniquet.
— Ni lui ni sa canne, qu'à l'appel et à la soupe.
— S'il était amoureux de la citoyenne!
— Bah! elle est trop vieille 1
— M lis qu'est-ce que c'est que cette citoyenne?
— A : ! voila, ou n'a jam us pu savoir.
— C'est peut-être sa laule ou sa cousine...
— Ou uue lireuse de caries de l'endroit qui lui aura prédit uu mariage avec une princesse autrichienne.
— Non, dit Gringoire, si vous voulez que je vous dise toute ma pensée, je crois, moi, que la citoyenne est une ci-devaute.
— Uue ci-devanle! s'écria Romulus qui, en sa qualité de républicain du faubourg Saiul-Aiiloiue, affichait des prétentions au sms-culoilisme, bien qu'il fût, au demeurant, le meilleur homme du monde; uue ci-de-<vante! Rossiguolet, le major de la 31", cultiverait des aristocrates! si je le savais!...
— Qu'est-ce que tu lui ferais? demanda une vois rude.
Tous se retournèrent; le major était là, debout, appuyé sur sa canne gigantesque. Romulus le regarda fixement.
— Qu'est-ce que tu ferais, répéta Rossiguolet, si la dtoyeune doul vous parlez éiail uue ci-devauie?
— D'abord, répondit le soldat, faul savoir si c'en est une.
— Suppose-le un peu.
— Tu y tiens?
— Ouil dit sèchement le major.
— Alors, reprit Romulus puisse à bout et ne voulant i>as reculer; je dirais que ce n'est pas à un major dtt la il- ,i aller se faire accuser de modéi'alilismc et a fréqueuter les ennemis 'le la nation.
— Lu bien ! .-i tu il u la, tu dirais une bêtise, ce
qui ll'eli.nuerail (las le CS niai el • -.
— lleli ! hl RutUU'lU ml, ! u i ép gela !
— Où tu voudra-, à une h. neueur de briquet, sj iu veux.
-Convenu! demi in m il in nous eau-., nui s.
liguant qu'i regardai! le nonne/.-» uns coin ml ii»|ir»eul ■ ■ êl , < i . ■ tournant ■ i
lr donc, dil-il d me .u -, i. . i uol l pr i-
| ■ ■ , ' : ■ I 1 1 I ' . I e ; i I urill. 1 'e .i-i-i I ' I II! uns ■ [ i ii* çu * exeî
\), qu ' . |tiol a vee lin
a II iiiquor
I ellull (joli U
il "u i ! i le inajoi o là vaut, tous les coups
,i • il. ■ . ide i 'i ■ u "■• ' ■ i |ue c'est que le et-
devante dont vous parlez? c'est celle qui a donné à manger à ma vieille mère, alors que la pauvre femme me portait dans se* bras et mourait de lai n el de misère dans mi i au bourg de Toulouse. Mon i ère était un bon chasseur, nais, connue il n'avait pa^ de lerres à lui, i) luait des la pi us sur les lerres des autres; il avait braconné, quoi ! Arrêté cl jugé, il avait élé coud en né aux g hue et il laissait sans un sou, sans une en bme, sans une paillasse, sa jeune femm.e et son petit enfant... Ma pauvre femme de mère pleurait donc tout sou eoiilcnl et moi je cri us la hum, quand uue belle daine passe dans sou carrosse avec uue jolie demoiselle. La demoiselle qui voit pleurer ma mère el qui m'entend crier fait arrêter el elle demande ce qu'il y a, et ma mère lui dit lotit. Alors la demoiselle pleure aussi et qu'elle se tourne vers l'autre dame qui était sa mère, et qu'elle lui dit un tas de choses eu gémissant ; si bien que la dame fait monter ma mère el moi dans le carrosse... Le lendemain, la jeune demoiselle avait tant lait de» pieds et des mains auprès des magistrats que mon père élait gracié et qu'il avait une belle \ lace de garde-chasse qu'il a conservée jusqu'à sa mort. Or, la demoiselle s'est mariée à son tour et elle, a vieilli... Elle était riche et heureuse, el puis, va te promener, plus rien !... ni richesse, ni bonheur... Il y avait quinze ans que ie ne l'avais vue, quand je l'ai rencontrée ici, à Veroue, il y a trois jours, manquant de pain et d'abri... Elle ne me reconnaissait pas, mais je l'ai reconnue tout de suite. Quand je l'ai vue, la, je me suis souvenu de toulce qu'elle avaii fait pour ma mère et, dame! je me suis juré à moi-même de tout faire pour elle. C'est uue ci-devanle, c'est uue aristocrate, c'est vrai, mais c'est cel.e qui a empêché ma,nière de mourirdelaimet mou père d'aller aux galères. Maintenant s'il y eu a eueore d'autres, je le repeie, qui trouvent que le major de la 32° a démérité de l'estime d'uu chacun, qu'ils accompagnent Romulus demain malin, et ou verra.
El, s'appuyaut sur la pomme de sa canne gigantesque, P.ossiguolel promena lentement autour de lui un regard piovocaleur.
— El c'est pour celle-là que tu m'as demandé mes ducats! s'cci ia Gringoire,
— Qui, répondit le major, je n'avais plusun liard. Grnigoire luuilia dans sa poche el en lira quelques
menues monnaies qu'il tendit au major.
— J'avais yardé cela pour acheter du laine et de l'eau-de-vie, d,i-il simplement, mais cette eau-de-vie-là s'arriérait à la gorge et ma pipe se casserait si j'avais le cœur de fumer et de boire, tandis qu'une pauvre chère leinme comme celle-ci manque de tout, Prends, Rossiguolet, et la première paye y passera encore.
Il la'ut le dire, à l'a gloire de l'espèce humaine, rien ne se ci un m unique plus facilement ni plus i a pi demenl que l'attendrissement cause par une bonne u lieu accomplie avec simplicité. I e . -le de i .Mneoii" n'était pas accompli qu'une émotion profonde se lisait sur toutes ces physionomies que le ieu des Au ne: n'avait pu faire pâlir. D'un u â ne mouvemenk, a vee un
même élan, tOUtOS les mains se plongèrent dans les poches ei se l'end in ni ensuite vi rs lUissii iiol'et, — 'liens1 tu n '. lui criait ou, prends loulh.. c'est
| la el-i|(>. nul !
|,e ma iî, pi nl.ilnlenielil eu' u. l . I n'It-
choir déplii louli ci i fl i ndi s. M roi t c u m iV-il'. Mais c'est r!t>9sigw>let
qui le le m 1 1 e il ; elle Ç.I VOUS l'a de i | il \ e. !
i u m rleineui ■ i i i undiiie 1 1 silencieux : c'él dl
Boni lu.-. Le. dus li e, les ri«*ux mains
auxquels il cherchait à cacher s-ugneusom ni
i . .mi ri i ' oinent
sa louchante historietb . i; his avait n pi i
LE TAMBOUlt DE LA 3:2* DEM1-I! H [G ADE
torts, et l'acie fie ses camarades avait été un" nouvelle épine enfoncée dans sou cœur. Lui aussi avait été sur le point de leudre sou offrande, mais uu sentiment d'aniour-propre l'avait retenu.
— Rossianolft ne voudra pas, murmura-t-il eu laissant ses deux mains enfouies dans ses .poches.
Alors les paupières du soldat s'étaient confiées, ses yeux s'étaient lougis, deux larmes avaient glissé sur ses joues bronzées et étaient venues s'enfouir dans sa moustache épaisse. (Tétait alors que Romulus s'était détourné brusquement pour cacher sou émotion. Après avoir reçu les offrandes des soldats, Rossignolet s'approcha de Romulus et, lui frappant doucement sur l'épaule :
— Je te connais, dit-il, ta main a envie de s'ouvrir aussi pour uue pauvre femme, donne, je ne te refuserai pas!
Romulus se retourna d'un seul bond : des larmes inondaient son visage. Ses deux mains vidant à la fois ses poches eu jetèrent le conteuu dans le mouchoir du m. jor; puis, d'un môme élan, il saisit Rossiguolet par le eu et l'embiassa énergiquemeut sur les deux joues. Alors, se, rejetant en arrière, il tira son sabre, et montrant aux soldats uue physionomie à la fois émue et menaçante, des regaids de provocation brillaui sous des larmes :
— S'il y eu a un qui dit que Romulus a peur d'un coup de sabre, qu'il vienne tout de suite! s'écria-t-il avec des gestes furieux.
Mais le major se jeta au-devant de lui.
— Miuute! fit-il, situ te bats avec quelqu'un, ce sera avec moi; rengaine ton E\:slache et donne-moi la maiu.
Romulus obéit. Les autres soldats entourèrent le major.
— Et la pauvre femme, dit Gringoire, ousqu'elle est à cette heure ?
— Daus une petite chambre que je lui ai louée, répondit Hossiguolet; mais voyez-vous, camarades, c'est pas encore Uni la misère qui toiture la chère âme, c'est d'être -é. aiée de ses eniants .. Et pais, il y a uu tas de gueulards de je ne sais qui, ni je ne sais pourquoi, qui lui eu veulent, parailrait-il, et qui te la pourcha--Hni depuis des temps sans lui laisser une minute de repos. Les deux propres à rien dont auxquels j'ai fait prendre un bain froid dans l'Adige, c'en était...
— Amène-la ici, dit Romulus, que la 32e la preune sous sa protection, et on verra qui qu'osera lui faire quelque chose.
— Tonnent}! sY-cria Rossignolet en se donnant un nd coup oc poing sur le fi ou L, c'est une fi "ce idée,
ci; je suis joliment bète de ne pas l'avuir èmitl R imulus, ça efface tout, cela! Donne-moi la main et à nous dt-ux à la vie z'à la mort !
— l'o- m a ni èw île cant nue e qui n'aurait rien à faire; voila l'ailair ! hurla Gringoire.
— On la donnera en double a la mère Tobie, dit Romulus; ei quand tous les camarades sauront que c'est notre proHèVém, elle n'aura rien à era ndre.
— Superbissime, l'idée, reprit le major eu brandissaut sa ca ue.
•— El e un'oeut qu'elle se nomme, ta citoyenne? demanda H Moulus.
Ros>iL'Uo!.-t mit un doigt sur ses lèvres.
— Tous n'en direz lien ? Ht-il.
— N n, •liiviila la fois tous les soldats en s'appro- «chaut a vec inruisiié.
— Elie .-e nomme la ci-dovanle marqui-e de Canlegrelles.
— Eh bh»n! .m Romulus, ou la nommera la marquise île a v><>.
•— Osi d i ! inic eut les soldats.
Lu ce moment des cris furieux retentirent dans une
rue voisine, el un homme s'élança sur la place poursuivi par une foule furieuse : cet homme avait les traits contractés, le visage pâli, les yeux démesurément ouverts; ses vêtements étaient eu lambeaux.
— Eb! fît Rossiguolet en l'apercevant, c'est le fournisseur de la pharmacie; qu'est-ce qu'il a donc?
— A mort le Français ! hurlait la foule; à l'Adige! à l'Adige 1
— Hein ? dit Romulus.
— A vos armes, mes enfants 1 commanda le sergent, chef du petit poste.
Le malheureux pousuivi venait d'atteindre la moitié de la place ; eu apercevant le petit poste, placé devant l'hôpital, il sembla reprendre des forces nouvelles, et, s'élauçaut avec uue vitesse inouïe, il atteignit l'endroit où se tenait sur ses gardes la première sentinelle.
— Entre au poste 1 lui cria Rossignolet eu le poussant.
L'autre se précipita et disparut comme un trait dans l'intérieur. Les soldats, leurs fusils à la main, se rangeaient devant le corps de garde avec celte contenance martiale qui intimide si fort les masses. Le peuple s'était arrêté a distance, grondant, mais n'osant eucore se ruer sur les soldats.