‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 86 sur 220 · LE FORT DE LA CUIL'SA · texte numérisé non relu

LE FORT DE LA CUIL'SA

Un quart d'heure avant que la petite colonne atteignit l'entrée du fort, à l'instant même où le dernier de ceux qui la composaient franchissait le seuil de la maison isolée, trois hommes étaient réunis dans une petite pièce de la forteresse : c'était le commandant Maurice Bellegarde, le comte d'Adoré el notre vieille connaissance Jacquet.

— Je vous répète, disail Jacquet avec des gestes énergiques, que tout cela n'est point l'effet du hasard 1 Que les Vérouais aient voulu massacrer les Fiançais, cela est évident; mais qu'une populace furieuse 86 soit acharnée au poiut que je n'aie pu me livrer a aucune recherche depuis ce matin, quej'aie dû ne songer qu'à ma propre sécurité el que j'aie été contraint à venir chercher ici uu refuge, j • dis qu'il y a là plus que l'effet du hasard, il y a le résultat certain u'une

machination ourdiel

— C'est possiblel murmura le comte.

— Dites que cela est on ne peut plus certain I C'est au moment môme où je (initiais Lucien, alors qu'il venait de me promettre des nouvelle- de la marquise, que je me suis vu assailli, traqué et poursuivi.

LE TAMBOUR DE LÀ 32e DEMI-BRIGADE

— Et, dit Maurice, vous croyez encore que c'est le même homme qui vous a fait poursuivre?

— Encore lui! toujours lui! D'ailleurs, qui avait intérêt à m'empècher de retrouver la marquise, si ce n'est lui?

— Mais comment pouvait-il savoir que votre intention était de rechercher cette femme?

— Et Jonas, mon prisonnier? Oubliez-vous donc cet épisode dont la connaissance a mis Camparini sur les traces de la vérité?

— Cependant Camparini est à Venise, et Venise est loin. Comment a-t-il pu apprendre ce qui se passait à Vérone et arriver à temps pour agir?

— Peut-être n'esl-il pas à Venise.

— Le supposez- vous à Vérone?

— Je ne suppose rien; mais ce que j'affirme, c'est que Camparini est sans cesse où il faut qu'il soit ! Oh ! vous ne le connaissez pas encore, commandant. Cet homme est véritablement la personnification du génie du mal!

Un coup discret frappé à la porte interrompit la conversation.

— Entrez! dit Maurice.

La tète d'un soldat apparut par l'entre-bàillement de la porte.

— Mon commandant, dit-il, on vient de reconnaître une patrouille qui demande l'entrée du fort.

— Une patrouille? dit Maurice avec étonnement.

— Oui, mon commandant. Gringoire, le caporal qui l'a reconnue, dit que c'est une patrouille de la 24", qui s'est égarée dans la nuit et qui ne retrouve plus son chemin pour retourner au grand fort. Il a causé avec le lieutenant qui la commande.

— C'est bien, dit Maurice, puisque cette patrouille égarée est reconnue, qu'on la laisse entrer!

Le soldat salua militairement et disparut. La porte ne se refermait pas sur lui, que le galop précipité d'un cheval résonnait au dehors. La chambre occupée par Maurice ne donnait pas sur la ville, mais au contraire sur la campagne. Située de l'autre côté de la porte à laquelle venait de se présenter la patrouille, celte fenêtre ouvrait sur la route stratégique qui ralliait entre eux les forts. Une autre porte donnait sur cette route par laquelle se faisaient d'ordinaire les communications du général Ballaud avec ses lieutenants.

— Une ordonnance du général! dit vivement Maurice en entendant les pas d'un cheval résonner dans la cour du fort.

11 n'achevait pas que la porte de la pièce se rouvrait et qu'un autre soldat annonçait en saluant :

— Ordonnance du général 1

Un planton couvert de sueur et de boue fit irruption dans la pièce et tendit un pli cacheté à Maurice. Le commandaut déchira vivement l'enveloppe, ouvrit une feuille de papier, et, après avoir lu :

— Mon cheval et quatre hommes d'escorte I dit-il au soldat qui avait introduit le planton.

Puis, déchirant une feuille de papier, il écrivit rapidement le reçu de la dépèche et le tendit au planton qui sortit aussitôt.

— Vous quittez le fort? demandèrent à la fois Jacquet et le comte.

Maurice leur tendit la dépêche tout ouverte.

— Lisez! dit-il. Ordre du général de me rendre sur .'heure, sans perdre une minute, au palais du gouvernement de Vérone.

— Les deux officiers que j'ai envoyés précédemment ne sont pas revenus, dit le comte en lisant la dépêche. C'est une mission périlleuse que je vous confie, commandant, mais c'est une mission d'humanité. Efforcezvous de sauver les familles de ceux qui nous ont confié leurs femmes et leurs enfants. Je reçois la menace des autorités, dans le cas où je refuserais

d'envoyer un chargé de pouvoirs et de cesser le feu, de faire massacrer impitoyablement cent cinquante femmes, trois cents enfants et soixante dix malades ou blessés, réfugiés dans le palais du podestat. Allez sur l'heure à Vérone, commandaut, et efforcez-vous de mettre un terme à cette épouvantable guerre d'extermination!

Le comte regarda Maurice qui agrafait son ceintuturon.

— Les deux premiers officiers ne sont effectivement pas revenus ! dit-il. Si vous allez à Vérone, je vous accompagne, Maurice l

— Moi aussi ! ajouta Jacquet.

— Mais, dit le commandaul, je ne sais si je puis...

— Retourner à Vérone en cet instant peut être pout nous un coup de fortune, dit Jacquet. Qui sait si parmi la foule des réfugiés au palais nous ne retrouverons pas celle que nous cherchons.

— D'ailleurs, ajouta le comte, vous avez demandé quatre hommes d'escorte, nous voici deux déjà.

— Venez! dit brusquement Maurice.

Ils descendirent et alteiguirent la cour; Maurice appela du geste un soldat qui paraissait attendre :

— Caporal Gringoire, dit-il, que personne au fort ne soit instruit de mon absence? Transmets cet avis en mon nom au capitaine Hamelin.

Jacquet et le comte étaient déjà à cheval ; deux soldats attendaient, le pied à l'étrier. Maurice saisit la crinière de son cheval. En ce moment, un bruit sourd, cadencé, semblable à celui d'une troupe d'hommes marchant au pas, retentit de l'autre côté du fort.

— C'est la patrouille de la 24e qui vient se reposer! murmura Gringoire eu allumant sa pipe.

Maurice s'était élancé en selle : la porte était ouverte, il partit au galop, suivi par le comte, Jacquet et les deux cavaliers d'escorte. Faisant un détour dans la campagne, ils arrivaient en vue de la porte de la ville donnant sur la route du grand fort quand de brusques détonations retentirent instantanément. Maurice et ses compagnons se retournèrent par un même mouvement : une énergique exclamation s'échapppa des lèvres du jeune commandant :

— On se bat à la Chiusa! dit-il. Corbleu! que s'est-il passé au fort depuis mon départ?

Et arrêtant son cheval, il allait, obéissant à un mouvement involontaire, faire accomplir à l'animal une tète à la queue, quand d'aulres détonations, éclatant dans une direction diamétralement opposée aux premières, retentirent accompagnées de cris déchirants. Cette rT>is, c'était de Vérone que parlaient les cris et les détonations.

— Au palais! cria Jacquet, le général l'ordonne 1 Maurice poussa un soupir, et, enfonçant les éperons

dans les flancs de sa monture, il pénétra au galop dans la ville aux rues souillées de sang.

C'était une mission réellement effrayante à accomplirende telles circonstances que celle qu'avait reçue Maurice Bellegarde. Les rues étaient encombrées par une foule d'autant plus furieuse et avide de carnage qu'elle n'avait rencontré jusqu'alors aucun obstacle à l'assouvissement de ses passions féroces. C'était quelque chose d'inouï que le coup d'œil que présentaient cette cité entière ivre de sang, ces hommes se gorgeant de meurtres; partout, à chaque pas, des cadavres : là de malheureuses jeunes filles, expirant sur le sein de leurs mères frappées en voulant les défendre; ici des blessés râlant et demandant la mort; plus loin de jeunes enfants mutilés par les barbares.

Depuis le commencement de la campagne, Maurice avait été présent à tous les combats : chaque fois, en sa qualité d'officier d'état-major, il avait visité le champ de bataille, il devait donc être habitué à ce spectacle navrant qui suit une grande lutte à main armée, et cependant, en s'engageaut dans les rues

étroites de celte ville dont la fange était devenue sanglante, l'intrépide soldat se sentit frissonner et pâlir.

Le comte, lui aussi, frémit et sentit son cœur se briser dans sa poitrine; les deux soldats d'escorte fronçaient les sourcils et portaient la main à la poignée de leurs sabres; les chevaux eux-mêmes, semblaient péniblement impressionnés : les nobles animaux, qui hennissaient d'impatience sur le champ de bataille, au son du canon et du tambour, avançaient craintivement la tête et aspiraient douloureusement ces émanations acres et fétides qui s'échappaient des monceaux de cadavres.

Un seul des cinq hommes paraissait ne pas subir la terrible influence : celui-là c'était Jacquet. Couché sur sa selle, le front plissé, l'œil en feu, l'agent du Citoyen Fouché, semblait s'isoler pour se livrer aux pensées qui se heurtaient dans son cerveau : tout à coup il tressaillit.

— SiCamparini était réellement à Venise, murmurat-il, ce ne pourrait être lui qui m'eût fait poursuivre pour entraver mes plans 1... mais si ce n'est pas lui, qui donc est-ce? Oh t si de Sommes trahissait déjà!...

Des cris furieux, menaçants, assaillaient les Français sur leur passage; Jacquet ne semblait même pas entendre ces cris.

— Cela peut être! reprit-il en se parlant toujours à lui-même.

Puis, après un court moment de réflexion nouvelle :

— Le fort de la Chiusa a été surpris évidemment, se dit-il encore. Cette patrouille annoncée était une fausse patrouille; elle a donné le mot d'ordre cependant... Le mot d'ordre!... mais je l'avais donné à Bimboulà, moi!... Oh! la lumière!... Il nous savait tous trois au fort, il voulait se défaire de nousl

Jacquet était devenu extrêmement pâle.

— Si j'avais encore été joué? murmura-t-il; si cet homme était toujours l'ami du Roi dubagne?... Allons, la Providence veiile sur nous. L'ordre du général est arrivé à temps pour nous sauver et pour m'éclairer!... Bamboula jouerait double jeu!... Mais alors cet acte qu'a signé Maurice Bellegarde et que Roquefort a emporté pourrait devenir contre nous une arme terrible, surtout si on ne retrouve pas le petit-fils des isiorres!... Aurais-je fait une école?

— Mort aux Français! hurlaient des centaines de voix avecdes accents impossibles à rendre.

— Parlementaire ! cria Maurice en secouant le mouchoir blanc qu'il avait attaché au bout de son sabre.

— A mort! à mort! répétait la populace.

Et les ciuq cavaliers s'engageaient au milieu d'un double rang de furieux brandissant leurs armes, et la foule s'amassait derrière eux, leur fermant laretrailej taudi» que des flots se ruaient en avant, débouchant par toutes les rues transversales.

Maurice, calme et intrépide, marchait en tête; Jacquet ne voyait rien, n'entendait rien : son esprit travaillait.

LE PALAIS DU GOUV1 l

Le palais du gouvernement offrait, tout autant que la vi ' l de la

luivur. Là les familles françaises, protégées jum|u',ilors en vertu non de l'humanité, mais de la duplicité des aut"1 étalent entassées sous la

garde de leurs soi-disant défenseurs, attendant de minute en minuté l'instant de leur supplice. Là, les

11 'in , h' cl..'!., .1.

la France, les agenl lalenl en

maîtres, criant, hurlant, menaçant et n'ayant à la boucîi'' que ces mêmes pai

des lemmes, a des cufuuls et à des blessés : ■• A inorll à mort! »

Puis à côté de ceux-là étaient les habitants notables, inquiets pour ce qu'ils possédaient, les Véronais dont les maisons étaient menacées par les boulets partis des forts, ceux qui avaient bien voulu laisser entrer en ville les montagnards et les paysans chargés des massacres, mais qui, en tout état de cause, voulaient laisser les horreurs de ces massacres à ces mêmes paysans et à ces mêmes montagnards qu'ils eussent protégés, acclamés ou désavoués, suivant les besoins.

A huit heures du soir, des nouvelles désastreuses étaient parvenues au sein de celte assemblée eu permanence composée d'éléments si contraires les uns aux autres.

Un courrier arrivé du Tyrol avait appris la défaite des Autrichiens, les nouveaux triomphes de Bonaparte et les préliminaires de paix signés à Léoben ; puis d'autres courriers étaient survenus, l'un annonçant que le général Chabran accourait sur Vérone avec douze cents grenadiers, l'autre que les généraux Victor et Baraguay-d'Hilliers s'avançaient à marche forcée. Aussitôt une même réflexion se fit dans tous les esprits : si les préliminaires de paix étaient signés, le général autrichien Laudon, sur l'appui duquel on comptait si fort, devait, lui aussi, en avoir reçu la nouvelle, et cette nouvelle avait dû l'arrêter forcément dans sa marche sur Vérone.

Alors les plus exaltés parmi les Véronais avaient senti faiblir leur ardeur du meurtre : la peur s'était emparée des misérables ; mais à côté des Véronais il y avait les paysans et les montagnards ; à côté des meneurs qui s'était tenus cachés, il y avait les masses qui avaient agi à ciel ouvert et qui avaient été trop loin pour ne pas comprendre qu'elles n'avaient de chance de salut que dans la continuation des choses. Pour ces derniers, les nouvelles successives arrivées dans la soirée n'avaient été qu'un motif de plus de ne metlre aucun frein à leur rage : elles les avaient poussés jusqu'au paroxysme.

Placé entre deux dangers, le gouvernement avait hésité, et après des délibérations orageuses, le parti prudent l'avait emporté et on avait décidé qu'on sommerait, au nom des malheureux français réfugiés au palais, le général Balland d'envoyer un troisième parlementaire, promettant que ce parlementaire n'aurait rien à craindre.

Cette décision qui avait prévalu et qui avait été aussitôt mise à exécution en dépit des avis des exaltés, excitait ceux-ci jusqu'à la démence; aussi lorsque Maurice fit son entrée dans la salle du conseil, fut-il accueilli, ainsi que ses amis et ses hommes d'escorte, par des vociférations inouïes. Le commaudaul, calme et impassible, s'avança comme il se lût avancé sous le feu des batteries ennemies.

Le provéditeur et le podestat se levèreut pour recevoir l'envoyé du général, et tout aussitôt la discussion commença.

Au nom du général, Maurice demandait, avaut de

vouloir rien entendre, qu'on Ht conduire au fort sir-

hamp les malades, les femmes, les enfants, les

blessés échappés au massacre et . dans le

ds. Puis il exigeait encore qu'on lit sortir de ta

Ville les montaguards et li is, que l'on désu-

la populace et qu'on donnât en ot na-

cistrals vénitiens pour garantie de la suunii Vérone.

De Lions furieuses accueillirent les préten-

tions de l'officier français.

— Noue ne voulons pas désarmer, mais rester en armes au contraire I hurlaient les exaltés, et, qui des otages, c'«sl nous qui exlg»

ire les vengeances que le général Bouapart tirer de Vérone.

— La liberté immédiate des femmes, des enfants, des malades et des blessés! reprit Maurice.

— Ceux-là nous répondent de vous ! s'écria le podestat, vous les rendre serait nous livrer; nous les garderonsl la mort suspendue sur leurs tètes sera notre bouclier contre vos coups! Envoyez encore uu boulet sur la ville et le sang coulera ici!

— Lâcbes! s'écria Maurice indigné, je vous parle eu soldat, vous me répondez en assassins!

— A mort! burla-t-on de tous côtés.

Viugt bras menaçants se levèrent à la fois, des cris épouvantables éclatèrent; le comte, Jacquet et les deux soldats s'élancèrent auprès de Maurice qu'ils entourèrent. Au même instant des clameurs déchirantes retentirent à l'étage inférieur du palais, des coups de feu résonnèrent... C'étaient les assassins qui venaient de forcer les portes du bâtiment et qui attaquaient les femmes, les enfants, les blessés et les malades respectés jusqu'alors.

— Sauvez ces malheureux et gardez-moi en otage! cria Maurice au podestat.

— 11 est trop tard! répondit celui-ci.

— Alors, en avant! rugit Maurice en tirant son sabre.

Le commandant volait au secours des malheureuses victimes, ses compagnons étaient sur ses traces. Sabres nus et pistolets au poing, ils se percèrent un passage à travers la foule et ils arrivèrent au moment où les montagnards et les paysans enfonçaient une porte au rez-de-chaussée.

Les battants tombèrent arrachés, mais les misérables, s'arrêtèrent; une barricade, formée à la hâte par tout ce qui avait pu être employé, s'élevait devant eux. Quelques-uns cependant brandirent leurs sabres en voulant s'élancer; trois coups de feu, partis de l'intérieur, eu renversèrent trois ft firent reculer les autres surpris et terrifiés par cette défense inattendue.

Maurice et ses amis atteignaient alors l'entrée des salles basses. Se ruant comme une trombe, ils écrasèrent les premiers paysans. Eu un clin d'oeil ils furent près de la barricade.

— Vive la France! 'cria Maurice en agitant son sabre.

Des clameurs de joie, parties de l'intérieur, répondirent à ce cri aimé et plein d'espérances pour ceux qui souffrent, mais deux jurons d'une énergie impossible à rendre, dominèrent par leur roulement sonore ces clameurs poussées par les femmes, les blessés et les malades.

— Cré mille millions de n'importe quoi, mon commandant ! rugit une voix sonore.

— Romulus! dit Maurice, et Rossignolet !

— El sa canne ! répondit le major. A nous, mon commandant !

Dix mains avaient déplacé un côté de la barricade, et Maurice, Jacquet, le comte et les deux cavaliers s'étaient glissés par l'ouverture dans une sorte de galerie qu'encombraient plus de quatre cents femmes et enfanta poussant des gémissements épouvantables. Cinquante hommes, tous blessés et malades, les uns presque moribonds, les autres se soutenant à peine, avaient cependant fait un appel suprême au peu- de forces qui leur restait. Tous armés à la hâte de tout ce que leurs mains débiles avaient rencontré, formaient une sorte de colonne de défense à l'abri de laquelle se tenaient les femmes.

En têle de celte colonne, deux hommes, deux soldats français, aux vêlements déclarés, ruisselant de sang de la tèle aux pieds, mais non pas du leur, de celui des ennemis qu'ils avaient combattus, animaient les pauvres malades et les excitaient a mourir pour défendre les femmes et les enfants. Ceux-là, c'étaient Romulus et Rossignolet, le bon grenadier et l'intrépide major de la 32".

Tout ce que nous venons de rapporter s'était accompli avec une rapidité telle que personne n'avait pu s'y opposer. La fière réponse de Maurice aux membres du gouvernement vérouais, l'attaque des paysans, l'action des cinq Français s'élançant au secours de leurs compatriotes menacés, leur arrivée devant la barricade, leur entrée dans la salle avaient eu lieu dans l'espace d'une seule et même minute. Les assaillants stupéfiés avaient reculé sans oser agir. Les assassins avaient constaté que cinq hommes seulement venaient prêter le secours de leurs bras aux victimes désignées, qu'ils étaient quinze cents au moins, eux, et que, par conséquent, ces cinq hommes, dont ils avaient eu peur un moment, n'allaient qu'augmenter le nombre de ceux qu'il fallait tuer. Honteux de leur lâcheté, ils se précipitèrent vers la salle avec un même élan de rage.

Un feu assez bien nourri les accueillit et les fit reculer encore. Maurice, le comte, Rossignolet, Romulus, les deux cavaliers, défendaient avec l'énergie du désespoir les malbeureux qu'ils voulaient sauver. Les blessés encore capables de manier une arme, sentant leur courage augmenté par le renfort inattendu qu'Us pouvaient croire tombé du ciel, avaient puisé de nouvelles forces dans leur énergie morale.

Les femmes, pressant sur leurs poitrines les pauvres enfants qui sanglotaient, priaient et imploraient la miséricorde du Seigneur. Jacquet marchait parmi elles, regardant, examinant tous ces visages décomposés, avec l'active sollicitude du chasseur indien cherchant à relever une trace.

— Elle n'y est pas! elle n'y est pas! murmurait-il avec une sorte de rage sourde et sans paraître le moins du monde avoir conscience de la situation critique où se trouvaient toutes celles qui l'entouraient et le regardaient sans le voir.

Maurice et les siens déployaient ce courage éblouissaut, superbe, entraînant, qui est véritablement le propre des Français; ce courage si commua dans notre chère patrie et dont le représentant est aussi bien le grand seigneur aux illustres ancêtres que le paysan appelé de son chaume pour aller endosser l'uniforme. Soutenant les faibles, arrêtant les exaltés, se multipliant, se dévouant, Maurice était partout, et la défense héroïque de celte poignée de braves et de ces faibles blessés était telle que les quinze cents assassins qui se ruaient dans la cour et sous ie vestibule du palais n'avaient pu faire uu pas en avant.

— Nous mourrons tous ici ! criait Maurice, mais nous combattrons jusqu'au dernier et pas une femme, pas un enfant ne sera touché par ces misérables taut que l'un de nous sera encore debout.

— Tenons ferme! hurlait le major, le général Chabran sera ici dans deux heures, et la 32° ne laissera pas massacrer ses enfants sans vengeance! En avant les conscrits d'Italie!

La salle basse était remplie de fumée. Cette salle, qui servait d'ordinaire aux fêtes données parles autorités véronaises et qui n'était qu'à bien dire la salle de bal du palais, était garnie sur tout son pourtour de larges banquettes de velours rouge frangé d'or. C'était à l'aide de ces bauquettes que Rossignolet et les blessés avaient construit leur barricade, et eussentils pu avoir la faculté de choisir, ils n'eussent certes pas rencontré mieux pour se former un rempart solide. Les banquettes, bourrées de crin et faisant matelas, n'étaieut que très difficilement traversées parles balles, et posées les unes sur les autres elles présentaient ça et là des vides réguliers formant meurtrières et dont les assiégés pouvaient tirer un excellent parti.

Depuis deux heures, la lutte continuait avec une rage sauguiuaire d'un côté, avec une froide et sublime résolution de l'autre. Par un hasard providentiel, les

fenêtres de la salle étaient grillées et les barreaux de fer s'étaient opposés à ce qu'une attaque fût dirigée de la cour; de plus, il n'y avait pas d'autre issue à défendre que la porte... La nuit s'avançait, les paysans et les montagnards ne se lassaient pa«... Maurice, le comte, les deux cavaliers et les deux soldats de la 32« combattaient presque seuls. Blessés et malades, épuisés et sans force, ne pouvaient plus être d'aucune utilité pour la défense.

Les femmes et les enfants, dont le désespoir avait atteint son paroxysme, dont la terreur n'avait plus de Hom, demandaient à grands cris la fin de leur torture; et cette foule, qui depuis la nuit précédente avait tout fait, tout tenté pour échapper à la mort, semblait maintenant regretter la vie.

Plus de cinquante paysans ou montagnards gisaient étendus devant la barricade, qu'aucun n'avait pu parvenir à franchir; plus de cent avaient dû se retirer pour aller panser leurs blessures tant la défense avait été énergique et rude; et cependant le nombre des assaillants, loin de diminuer, augmentait de minute en minute. Le palais du Gouvernement avait été envahi.

Effrayés des conséquences de ce qui allait se passer, les magistrats qui avaient, eux, répondu sur leur parole écrite au général Ballaud de la vie de son parlementaire, et qui croyaient déjà ce parlementaire massacré, les magistrats avaient disparu, abandonnant leur poste.

Puis subitement, dominant le tumulte, le canon des forts retentit plus terrible. Le général, croyant lui au;si à la mort de Maurice Bellegarde, et rendu furieux par cette lâche infraction au droit des gens, veuaif de donner l'ordre de tirer à toute outrance. Une avalanche de fer et de feu traversa l'espace et vint déchirer Vérone.

Alors les assassins, redoublant de fureur, continuèrent leur œuvre, tandis qu'une partie des habitants courait dans les églises, et que les cloches, sonnant à toute volée, répondaient au grondement du cauoD, au ciique'.is des armes, aux plaintes des mourants et aux blasphèmes des meurtriers.

Quatre heures du matin sonnèrent; par l'un de ces hasards étranges, et comme si le fort et la ville eussent éprouvé à la fois un même besoin de repos, les feux et les cris cessèrent à la fois sur tous les points et un silence régna dans les airs. Sans nul doute ce silence devait être de courte durée; sans nul doute cris et boulets allaient de nouveau traverser l'espace; mais durant quelques secondes le silence fut réel, imposant.

Tout à coup un bruit sourd troubla ce silence; ce bruit ne provenait ni des canons des forts ni des massacres de la ville, et cependant il faisait frissonner la lerrp. Chacun écoutait, inquiet, anxieux, quand une foule hurlant, frémissant, en proie à une terreur extrême, se précipita par l'une des portes de la ville, venant de la campagne et s'élançant comme une troupe affolée. Un même cri jaillissait de toutes les bouches, cri empreint d'un triple sentiment de rage, de peur et de respect.

— Les Français! les Français! criait-on.

Deux minutes après, par l'effet d'une de ces nouvelles qui se répaudeul plus rapidement qu'une traînée de poudre qr s'euQamme, Vérone tout entière savait que la colonne du général C.habrau était à ses portes, et qu'à celte colonne venait de s'unir la garnison des forts commandée pu le général Ballaud.

Alors, par une réaction naturelle Chez les natures viles et infâmes, les assassins de.-. Fiançais passèrent

■subitement de la plus atroce violence à l'abattement le plus grand. La Douvelle était survenue tout d'abord au pal, us du Gouvernement.

— Los Français I les Français! criait-on en désignant

du geste le côté des portes de la ville par lesquelles ou devait supposer qu'entreraient les troupes.

En un instant la panique fut à son comble; et chaque meurtrier, croyant voir devant lui un vengeur de ses victimes, se prit à fuir sans avoir conscience de sa lâcheté. Ces mêmps hommes, qui tout à l'heure avaient la parole arrogante; ces mêmes hommes, qui menaçaient des blessés, des femmes, des enfants, qui frappaient sans pitié ni merci, commençaient à trembler maintenant en face de leurs victimes.

Maurice avait entendu les cris; il voyait l'anxieuse incertitude de ses ennemis; il comprit que des secours inespérés arrivaient, sinon pour sauver la ville eutière, au moins pour arrêter l'effusion du sang dans le quartier du palais. Sa première pensée fut de s'élancer en avant et de faire une trouée dans la foule qui, à demi terrifiée, n'eût opposé qu'une molle résistance; mais un regard rapide lancé sur les femmes. les enfants, les malades qui l'entouraient, lui fit rejeter tout projet de fuite. 11 ne fallait pas songer à entraîner avec soi ce cortège de malheureux; il fallait encore moins songer à abandonner les pauvres victimes. Les assassins ne pouvaient-ils obéir à un suprême retour de rage folle?

Maurice s'était rapproché du comte ; tous deux, sans se parler, s'étaient compris; tous deux, se regardaient et hésitaient sur un parti à proposer. Les cris continuaient au dehors; l'attaque avait cessé au dedans; mais si les Véronais ne tiraient plus ni ne cherchaient plus à forcer la barricade toujours debout, ils étaient là néanmoins, n'abandonnant pas la place, obstruant toute issue. Un temps d'arièt était brusquement survenu; mais ce temps d'arrêt pouvait être court, la lutte pouvait recommencer d'une minute à l'autre plus furieuse et plus acharnée.

Rossignolet et Romulus, profitant de cette espèce de suspension d'armes, cherchaient à augmeuter encore les moyens de défense. Maurice et le comte sentaient redoubler l'anxiété qui leur dévorait le cœur. Les femmes, les enfants, les malades, qui étaient loin encore de se croire sauvés, étaient toujours en proie au plus effrayant désespoir; l'attente était plus cruelle encore peut-être que la sanglante réalité.

Maurice, comprenant enfin qu'il fallait prendre un parti, quel qu'il fût, Maurice appela à lui Rossignolet.

— Rassemble les hommes qui peuvent encore marcher, lui dit-il, et tentons une sortie qui nous débarrasse le passage; maîtres de l'escalier uous pourrons nous maintenir plus longtemps.

Rossignolet fit un signe afïirmatif, et il tournait sur lui-même pour exécuter l'ordre reçu, lorsqu'un cri rauque retentit dans la rue; puis à ce cri succéda une clameur immense accompagnée d'un bruit sourd, incessant comme celui que font les eaux d'un torrent en roulant sur des cailloux. La clameur s'étendit, se propagea, monta, et atteignit l'escalier encombré par les assassins. Alors ce fut uu même mouvement de retrait, semblable à celui du Ilot. Une terreur panique s'était emparée de la foule entière; eu un clin d'œil l'escalier et le palier furent dégagés; paysans et montagnards s'enfuyaient en désordre.

Maurice et ses amis se regardaient avec uu sentiment de surprise inexprimable; deux minutes avant, ils avaient la mort en face d'eux ; deux minutes après, le péril avait cessé : plus uu ennemi ue s'opposait a leur sortie. L'événement s'était accompli avec une rapidité telle, que personne, parmi les Français, ne put pousser un cri de joie; le saisissement rendait muettes toutes les bouches. Tous demeuraient là, ue pouvant en croire leurs yeux.

Au même instant, dominant le bruit sourd qui éclatait toujours au dehors, un roulement lointain

Le vieux gabier se mit à attaquer la porte à coups redoublés. (Page 252.)

retentit. Rossignolet poussa un hurlement de triomphe eu brandissant sa canne gigantesque.

— Les caisses de la 32e! s'écria-l-il.

Effectivement on pouvait distinguer la batterie sèche et vibrante qui avait tant de fois conduit nos soldats à la victoire : la charge retentissait battue au loiu. Maurice se tourna vers le grenadier :

— Romulus, dit-il, cours vers le détachement qui entre dans la ville : préviens le commandant de notre situation. Qu'il envoie sauver ces femmes, ces enfants et ces malades; dis-lui, que, quoi qu'il arrive, nous tiendrons jusque-là !

Romulus partit comme un trait, mais il n'avait pas atteint la cour, que les roulements du tambour s'étaient rapprochés avec une rapidité attestant de la part des soldats un pas de course vigoureusement accentué; la foule des Italiens fuyait dans toutes les directions. Presque au même instant un peloton de grenadiers débouchait sur la place du palais. C'était l'avant-garde du régiment. Un homme marchait près de l'officier commandant le peloton. En apercevant Ro-

mulus qui s'était arrêté, cet homme courut vers lui avec une précipitation extrême.

— Le commaudant Biillegarde! s'écria-t-il. Sais-tu ce qu'il est devenu?

— Là! répondit simplement Romulus en désignant le palais.

L'homme se précipita :

— Sauvons le commandant! s'écria-t-il.

Quelques soldats le suivirent : le régiment envahissait la place.

Dans la galerie barricadée, les cris d'allégresse avaient succédé aux cris de terreur : la joie la plus folle remplaçait l'horrible angcdsse du supplice. Les soldats se précipitaient, l'homme qui avait arrêté Romulus marchant toujours à leur tète.

— Vive la France! hurla Rossignolet en brandissant sa canne.

Jacquet, demeuré dans un angle, toujours indifférent en apparence à ce qui s'accomplissait, Jacquet laissa sortir de ses lèvres un silûement aigu, et, se

glissant rapidement, il saisit par le bras l'homme dont nous avons parlé.

— Bamboula! dit-il à voix basse. Où étais-tu durant les massacres?

— A la recherche de ceux qui pouvaient vous sauver! répondit froidement l'autre.

Le capitaine des grenadiers commandant la compagnie qui venait d'envahir le palais serrait les mains de Maurice :

— Le général nous avait ordonné de tout faire pour vous sauver s'il en était temps encore, disait-il, ou de vous venger sans pitié ni merci. Heureusement, nous sommes arrivés à point, commandant; mais sans le citoyen qui nous a renseignés sur la roule à suivre pour vous trouver et atteindre le palais, nous fussions peut-être arrivés trop tard !

Le capitaine désignait l'homme auquel venait de parler Jacquet. Bamboula regardait froidement son interlocuteur, supportant sans sourciller le coup d'œil profondément scrutateur de l'agent de Fouché.

— La femme dont tu devais suivre les traces? demanda brusquement Jacquet. Elle a été massacrée, n'est-ce pas?

— Non ! répondit Bamboula.

— Ah ! fit Jacquet avec un étonnement joyeux qu'il ne put pas dissimuler.

— Elle vit, elle est sauvée.

— Mais lu ignores où elle est réfugiée?

— Je le sais.

Un court silence suivit ce rapide échange de paroles; il eût fallu comprendre tout ce qui se passait dans l'esprit des deux hommes, pour pouvoir interpréter ce silence si gros de pensées.

— Où est-elle? demanda brusquement Jacquet.

— Près d'ici, au couvent voisin, répondit Bamboula. Auprès d'un moine qui l'a recueillie.

Jacquet courut au coin le d'Adoré et à Maurice.

— Lucien a découvert l'endroit où nous trouverons la marquise de Cautegrelles, dit-il. Il va vous conduire sur l'heure, suivez-le!

Et se penchant vers l'oreille du comte :

— Que le commandant veille sur la femme, et vous sur l'homme! ajouta-l-il à voix basse.

Maurice et le comte suivis de Rossignolet et de Romulus se précipitèrent avec Jacquet et Lucien. Sur la place, Maurice fut salué par les soldats qui le reconnurent.

— Quelques grenadiers pour nous aider àsauverde pauvres femmes ! s'écria-il.

Vingt hommes s'élancèrent sur les traces du jeune commandant. Les rues que traversa le petit peloton étaient désertes, mais dans les autres quartiers de Vérone que n'avait pu envahir la poignée de braves qui vouait d'arriver au secours de la garnison, les massacres continuaienl toujours plus furieux. Au loin, on entendait encore le bruit de la fusillade et les clameurs sinistres indiquant que les bourreaux s'acharnaient après leurs victimes. Au reste, la situation des Français était plus que jamais précaire. Douze cents hommes arrivés inopinément et se joignant aux quelques centaines de braves dont pouvait disposer le général Balland, avaient pu un moment faire une diversion heureuse, mais que. pouvaient ces quelques franchi contre les vingt nulle montagnards ou paysans di scendus des campagnes, contre 1 intemilleha-

bitauts de Vérone qui, i unes, femmes et enfant .

prenaient presque tous part aux mai ores?

Il était évident que les ai as in allaient revenir furieux aprèi un moment de pauique, reprendre pos sion du quartier qu'il ai denl abandonné, et que Fo serait aux Français de regagner le ; irl aaltendantde

nou\ Iroupi i. Il n'\ avaltdoncpaa un instant a

perdre pour agir.

Maurice et ses compagnons avaient atteint enfin le

carrefour sur lequel s'ouvrait le couvent d'où Rossignoletet Romulus avaient été chassés si cruellement la veille.

— C'est là dedans que nous allons, mon commandant? demanda tout à coup le tambour-major eu désignant la porte du couvent.

— Oui! répoudit Maurice.

— Ah ! cré mille millions de n'importe quoi ! en voilà une chance! Entends-tu, Romulus! nous allons pouvoir sauver du même coup la pauvre ci-devante et son moine!...

— Hein? fil Jacquel en se rapprochant. De qui parles-tu?

Rossignolel loisa l'agent de police.

— Je parle d'une pauvre vieille femme, répondi'. enfin le major, à qui Romulus et moi nous avons rendu un fier service hier et pour qui je me ferais couper en morceaux sans l'offenser, citoyen muscadin.

Jacquel saisil le bras de R-ossignolet :

— La femme dont tu parles, dit-il, sais-tu son véritable nom?

— Un peu beaucoup, citoyen 1

— C'est la marquise de Cautegrelles?

— Ah ! cré mille millions de...

— Lui as-lu donc sauvé la vie hier? interrompit Jacquet en coupant court à l'élonnement du major.

— Oui !

Jacquet désigna Bamboula qui marchait eu avaut :

— Quand tu as sauvé la marquise, coutiuua-t-il, u'astu pas remarqué cet homme qui est là devant nous, soit parmi ceux qui la poursuivaient, soit parmi ceux qui voulaient la sauver.

Rossiguolet secoua la tête :

— Quelle bêtise! dit-il. La vieille brave femme était dans sa chambre : or donc, personne ne la poursuivait, c'est par rapport au quidam que recueillit Romulus que les choses se sont gâtées. Quant à ce qui est de ceux qui la défendaient : il y avait Romulus et me voilà!

On atteignait la porte du couvent. Maurice, Lucien, le comte en franchissaient le seuil.

— Allons! murmura Jacquet. Je me serai trompé 1 Il est fidèle!

Puis, après un moment de silence :

— Cependant... reprit-il en s'arrètant.

Au loin ou entendait toujours l'horrible tumulte. Ce tumulte devenait d'instant eu instant plus terrible et plus saisissant : il se rapprochait. Les assassins, un moment repoussés el honteux de la lâcheté de leur premier mouvement, revenaient en foule pour cerner les Français el augmenter le nombre de leurs victimes.

Page 1