‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 94 sur 220 · LE PETIT-FILS DES NIORRES · texte numérisé non relu

LE PETIT-FILS DES NIORRES

Charles et Henri avaient fait à la fois un même mouvement en avant, mais ils s'arrêtèrent comme cloués sur le parquet par une force invisible. Des pas précipités résonnèrent au dehors. Tous, sans pouvoir expliquer la cause de ce qui se passait en eux, attendaient avec une anxiété visible. Quelques secondes s'écoulèrent, un côté de la porte s'ouvrit :

— Les deux battants 1 dit une voix ferme.

Les deux battants furent écartés. M. d'Adoré s'avança vivement, mais il n'eut pas le temps de parcourir la moitié do la pièce. Un homme venait d'entrer brusquement et, se jetant de côté comme un introducteur :

— M. le chevalier de Niorresl aunonça-t-il.

Un même cri s'échappa de toutes les poitrines et tous les bras so tendirent à la fois.

Un jeune garçon do douze a treize aus demeurait sur le seuil du salon, la face rougle par une émotion violente et les yeux animés. Les regards de l'enfant rencontrèrent ceux do Maurice : une exclamation joyeuse B'échappa de B68 lèvres et il bondit eu avaut les bras étendus :

— Mon colonel I s'écria-t-il.

— Bibl-Taplnl dit. Miurice en recevaut l'enfant et en le pressant sur sa poili Ine.

— Non pas Bibi-Tapiul dit l'homme qui avait fait la

in mee, mais votre cousin, colonel Belle-

Le Roi du bugnç rugit connue un animal féroce, (l'ugc 209.)

garde, l'unique descendant de la famille de Niorres Et s'avançantau milieu du salon :

— Ehbien, citoyens, conlinua-t-il, Jacquet a-l-il tenu sa parole?

Tout le monde entourait l'enfant et Jacquet, tout le monde embrassait l'un et serrait la main de l'autre.

— Ainsi, dit le comte d'Adoré, le vampire a pu rendre sa proie ?

— Il l'a vendue! répondit Jacquet. Je vous avais bien dit que je le contraindrais au marché. La liberté du dernier des Niorres a coûté la restitution des papiers de Toulouse et la grâce entière de Pick. Campariui a consenti, il ne pouvait refuser sans se perdre, car nous avions entre les mains toutes les preuves de ses crimes, et à celte heure ces preuves sont anéanties. J'ai dû faire un sacrifice à la justice en faveur de l'humanité ; niais il en est d'autres, messieurs, qui ont fait un sacrifice plusgrand encore. Ceux-là sont les citoyens Bonchemin elle Bienvenu. Dans les papiers cachés par

madame de Cantegrelles el que j'ai su retrouver à Toulouse, étaient, en même temps que les preuves de la culpabilité de Gamparini, les preuves de l'innocence complète de MM. d'Herbois et de Renneville dans l'affaire de Niorres. Ces papiers mis en lumière, c'était la réhabilitation complète des deux condamnés, c'était l'honneur pur et éclatant rendu à leurs noms. Ces papiers, avais-je dès lors le droit de les livrer, même en échange de la vie d'un enfant, sans l'autorisation du marquis et du vicomte? Je le crus pas : au moment d'agir je les ai fait prévenir, et il y a deux heures, quand je les vis, je leur expliquai nettement la situation : deux mots furent leur seule réponse: « Sauvez l'enfant! »

Le comte d'Adoré, Maurice et M. de Signelay s'inclinèrent à la fois, et obéissant à un même noble mouvement, devant les deux corsaires:

— Grandeur d'âme et générosité ne sauraient nous étonner de votre part, messieurs I dit le comle d'Adore.

— Pouvions-nous dooc hésilei'? répondit vivement Charles. La vie de cet enfant, du petit-fils de l'oncle de nos femmes, dépendait de ces papiers. Quanta la réhabilitation que nous poursuivons depuis tant d'au nées nous avons été prêts à y renoncer pour sauver ce cher petit être. C'est un hommage de plus rendu au tendre sentiment que nous inspirent celles dont nous avons été si lougtemps séparés, car le sang qui coule caus leurs veines coule aussi dans celles de cet enfant. D'ailleurs, si nous avons perdu de nobles noms, nous nous sommes fait des noms célèbres, et si nous ne sommes plus des descendants, nous pouvons être des ancêtres!

Charles n'achevait pas, qu'un otlicier général entrait dans le salon sans permettre qu'on l'annonçai.

— Le général Junot 1 dit Maurice en marchant vivement vers le nouveau venu.

— Ali! ah I Bibi-Tapia est retrouvé, dit le général. Jacquet avait dit vrai. Tiens, tambour, voici ce que t'envoie le général Bonaparte.

Et Juuot tendit uu pli cacheté à l'enfant, qui le déchira d'une main tremblante. L'enveloppe contenait une lettre et une copie d'acte moitié imprimé, moitié manuscrit.

— Ma réception à l'école de Mars! s'écria l'enfant avec une émotion joyeuse.

Et prenant la lettre, il la parcourut avec des yeux humides : celte lettre contenait ces simples mots écrits d'une façon presque illisible:

— Courage, honneur et travail sont les poteaux indicateurs de la route à suivre pour arriver à la gloire.

Marche enfant! Dieu te soutiendra!

La signature se composait d'un simple B., tracé plus mal encore que les caractères de la letlre. L'eufant pressa la lettre contre ses lèvres.

— Oh! dit-il d'une voix émue, merci, mon général. Voilà une letlre que je mettrai avec ma pièce d'or de Cherasco, mou morceau de drapeau de la 3î« et ma baguette d'honneurl Vive le général Bonaparte!

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