Pauthier, Chine, p
3. Lo-pi désigne Pan-kou sous le nom de Hoën-tun chi « l’Être chaotique » ( Lou-chi , livr. i).
LF. TAOÏSME
qui pourrait bien appartenir à la période évolutive durant laquelle les Chinois ont essayé de donner un corps à leurs premières conceptions religieuses. Ce système, où l’on voit combinées les transformations successives du Taï-yih ou Grande-Unité initiatrice et originelle avec le dualisme du Yin et du Yang ou principes femelle et mâle, se retrouve exposé tout au long dans le livre du philosophe Lieh-tsc. Des métamorphoses de la Grande-Unité dérive la Substance universelle, en partie subtile, en partie pesante. La partie subtile, par sa pureté et sa légèreté, s’élève et forme le Ciel ; la partie lourde, par son impureté et sa pesanteur, tombe et forme la Terre ; de leur essence, produite dans des conditions harmonieuses, naît ITlomme, qui complète ainsi la San-tsaï ou série Trinitaire des éléments constitutifs de la création *.
Si l’on peut trouver dans le mythe de Pan-kou quelques linéaments qui le rattachent à la religion des anciens Chinois, il appartient évidemment à un courant d’idées tout autre que celui dont le Chang-ti est la plus haute expression divinisée. On sait que dans ces mots Chang-ti , qui signifient « Suprême souverain », plusieurs sinologues ont vu la personnification du monothéisme de la Chine primitive ; mais il reste à cet égard bien des incertitudes que les longues et savantes disputes des orientalistes ne sont pas parvenues à faire disparaître. La voix autorisée d’un éminent missionnaire américain rend légitimes toutes les hésitations et toutes les réserves : « 11 y a de fortes raisons, dit Wells
1. Lo-pi, Lou-chi, sect. Sien-ki, livr. i; Lieh-tse, Tchoung-yu tchin King , livr. i, p. 3 et sv.
LES ORIGINES DU TAOISME
Williams, pour conclure que les premiers souverains chinois adoraient, sous le nom de Chang-ti, les esprits de leurs ancêtres déifiés et qu’ils leur adressaient des prières pour être secondés. Un Cha)ig-ti était suffisant comme gardien de l’Empire et se perpétuait de dynastie en dynastie, quelque fût la famille qui occupât le trône. Des pouvoirs sans limite lui étaient assignés, tandis que le souverain régnant voulait réunir dans ses dévotions et ses sacrifices tous ses prédécesseurs dont il désirait le concours spirituel. L’idée comprend, en conséquence, beaucoup de monarques qui avaient reçu l’apothéose ; et, en leur qualité de gardiens du trône qu'ils avaient occupé pendant un temps, tous ces monarques étaient et sont encore invoqués pour leur appui spirituel par leurs héritiers jusqu’à ce jour.
« Pour bien saisir le sens de beaucoup de passages du Chi King et du Chou King, ajoute le savant sinologue américain, il est nécessaire de les lire en donnant une telle explication aux mots Chang-ti , et aucune autre ne s’y prêterait aussi bien. Il est hors de doute que l'idée radicale du mot ti entraîne celled’nn souverain du plus haut rang, mais il n’en faut pas tirer cette conclusion que Chang-ti soit l'équivalent de « Dieu » ; et l’on ne saurait traduire par ce terme le « Jéhovah » delà Bible. sans s’exposer aux plus sérieuses erreurs *. »
S’il reste des doutes, à bien des égards justifiés, sur le monothéisme de la Chine antique, il n’en est pas de même au sujet du polythéisme dont l’existence est établie par plusieurs anciens monuments littéraires de
1 . Notice insérée par Wells Williams, dans sou Syllabic Dictionary of the Chinese language, au mot//. Cf. Eitel, dans la China Review, 1878-79, p. 390.
la dynastie des Tcheou et peut-être même par des écrits qui remontent à des temps encore plus reculés. Ce polythéisme s’est traduit par des déifications en nombre illimité à partir de l’époque de la dégénérescence du Taoïsme sous l’empereur Chi Iloang-ti, et probablement un siècle à un siècle et demi avant l’élévation au trône de ce puissant fondateur de la monarchie autocratique en Chine.
Si le culte des ancêtres rentre particulièrement dans le cadre de la doctrine confucéiste, il n’en est pas ainsi du culte des Génies des montagnes, des rivières, des arbres, des plantes, auxquels il est fait allusion dans le ChiKing et dans plusieurs autres livres anciens. Ces génies appartiennent évidemment à la période primitive d’évolution du peuple aux Cheveux-Noirs. La foi dans l’existence d’êtres occultes et surnaturels, doués du pouvoir de punir ou de récompenser les hommes, et même de rompre à leur gré l’ordre établi dans la nature, a été la foi originelle des nations naissantes sous toutes les latitudes.
Les Chili ou Génies, — qu'il ne faut pas confondre avec les Sièn ou Immortels, — sont mentionnés dans les King , mais on sent qu’ils n’y ont conservé une place d’ailleurs assez modeste que parce qu’il était impossible de ne tenir aucun compte d’une croyance profondément enracinée dans l’esprit du peuple. Confucius a fait des efforts évidents, et qui ont réussi dans une certaine mesure, pour leur retirer le caractère qu’ils avaient dans la vieille mythologie de ses compatriotes. Le « Génie » de l’école des Lettrés n’est plus la déification d'une force de la nature, comme dans les
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Védas : c’est la vague qualification de l’état surnaturel des êtres qui ont acquis une somme de vertu supérieure à celle du commun des humains ; souvent même ce n’est rien autre chose que la dénomination des ancêtres appelés aux honneurs de l’apothéose.
Dans le Yih King seul, l’idée de Génie est manifestement rattachée au dualisme qui caractérise une des phases originelles de la religion des anciens Chinois. On y lit, en effet : « Ce qui est inscrutable dans le principe femelle et dans le principe mâle se nomme chin. Dans le Kia-yu , les Génies sont déjà anthropomorphisés ; on les définit « des êtres qui ne mangent pas et qui ne meurent pas ». Suivant un autre ouvrage, « dans les montagnes, les forêts, les rivières, les lacs, les tertres, les collines, ceux qui peuvent produire des nuages ou provoquer le vent et la pluie, tout enfin ce qui paraît extraordinaire est généralement appelé chin »*. Lieh-tse dit à son tour : « Sur les montagnes, il y a des chin : ils se nourrissent du vent et s’abreuvent de la rosée ; ils ne mangent point les cinq espèces de grains. Leur cœur est semblable à la source d’un abîme ; leur forme est celle d’une vierge ; ils n’ont point d’attachement, ils n’ont pas d'amour 2 ».
Parmi les anciens ouvrages chinois qui, en dehors des King de l’école de Confucius, nous ont conservé le souvenir du culte des Génies, l’un des plus importants est peut-être le Chan-haï King 3. Cet ouvrage, qui est