‹ Le taoïsmeChapitre 16 sur 99 · Sse-ma Tsièn, Sse-ki, livr. lxiu · texte numérisé non relu

Sse-ma Tsièn, Sse-ki, livr. lxiu

I. Ou plutôt ce nom était celui de sa mère. Au moment où naquit Lao-tse, celle-ci se promenait sous un prunier, arbre qui s'appelle li en chinois, de sorte qu'on lui donna le nom de Li. Ce serait d'ailleurs l'enfant lui-même qui, sachant déjà parler à sa naissance, aurait demandé à sa mère de le nommer Li. (Vov. Youen-kièn loui-han, t, CCCXVIII, p. 5.

а. Suivant un commentateur, le nom de Tan signifiait « qui a l’ouïe dure » ( Tao-teh King tsih-tchu, Prolégomènes, p. 1 .

б. Le Livre de la Voie et de la Vertu, p. xix.

7. Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici quelques dates de naissances surlesquelles il subsiste d'ailleurs des incertitudes, mais qu'il convient peut-être de rapprocher de celle du philosophe Lao-tse. < >n fait naître le bouddha Çâkya-mouni vers 622 avant notre ère ; — Zoroastre vers 6o0 avant notre ère (et suivant quelques auteurs beaucoup plus tôt) ; — Pythagore vers 608 ou 572 avant notre ère :

pas clans l’œuvre de l’historiographe Sse-ma Tsièn. C'était un homme du royaume de Tsou, province actuelle du Ho-nan , district Kou-hièn , territoire de Laï, village de Kioh-jin. Ce district Kou-hièn aurait été une dépendance du royaume de Tc/iin *, suivant le Ti-Ii tc/ii; cette déclaration est erronée. Le Kou-hièn était bien à l’origine une annexe du royaume de Tchin ; mais, à l'époque du Tchun-tsieoii, ce royaume fut anéanti par celui de Tsou, de sorte qu’il faut dire qu’il était une dépendance de Tsou. Le Ta-kang (i ki ajoute : « A l’Est de ce district lvou-hièn, se trouvait le village de Laï, où est né Lao-tse ». Ce personnage remplissait les fonctions de gardien du palais des Archives Royales, à la cour des Tcheou.

Comme on le voit, l’état civil de Lao-tse est établi avec précision dans l’histoire de la Chine. Les commentateurs de Sse-ma Tsièn ajoutent que la taille de ce philosophe était de huit pieds et huit pouces chinois, qu’il avait le teint jaune, de beaux sourcils, des oreilles longues, de grands yeux, un front large, des dents écartées, une bouche carrée, des lèvres épaisses, etc. Ces mêmes commentateurs, qu'il me parait inutile de citer plus au long, prétendent que sa mère lui donna le jour alors qu’elle était âgée de 81 ans2, et se font un

Confucius en .'loi a~ant notre ère. — Le fait que Lao-tse a été le '■ontemporain de Confucius est établi par le témoignage du Li-ki i, 24 ; n, 22, 24, 28 , des Kia-yu, (art. II, 24), du côté confucéiste ; et par Lieh-tse, Tchouang-t^e et Sse-ma Tsièn i Biographie de Lao-tse), du côté taoïste (Dr Lenge, dans la British Qualerhj Review, de juillet 1883).

1. Le chef-lieu du département actuel où se trouvait ce royaume est situé, d’après les observations des missionnaires, par 33° 46m delat. N., et par 112° 42m 30s de long. E.

2. Ou de 72 ans, suivant une autre tradition. ( Youèii-kièn loiti-han , t. CCCXVIII, p. 6).

LA VIE DE LAO-TSE

devoir de raconter toute une série d’événements extraordinaires sur les temps qui ont précédé et suivi sa naissance. Les taosses, à leur tour, ont noyé le peu de renseignements authentiques ou tout au moins vraisemblables que l’on possède sur les premières années de la vie de ce personnage dans un océan de contes merveilleux dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Le fait le plus important qu’on puisse recueillir dans la notice du grand historiographe Sse-ma Tsièn, et celui qui d’ailleurs prend place immédiatement après les quelques indications onomastiques que nous venons de rapporter, est le récit de la visite de Confucius à ce philosophe *. On y voit, d’une part, un témoignage de la haute réputation dont jouissait Lao-tse, et, de l’autre, le dédain, pour ne pas dire le mépris, qu’il témoigna au célèbre moraliste de Lou qui n’avait pas cru pouvoir se dispenser de lui demander un moment d’audience.

Voici ce récit, tel qu’il se trouve dans les Mémoires historiques de Sse-ma Tsièn :

« Confucius se rendit dans le pays de Tcheou pour pour interroger Lao-tse au sujet des Rites.

« Lao-tse lui dit: « Les hommes dont vous parlez, aussi bien que leurs os, ont tous disparu et sont tombés en pourriture. Leurs paroles seules subsistent. Lorsque les temps sont favorables pour le Sage, il est en honneur ; lorsqu’ils lui sont défavorables, il erre au hazard.

t. On prétend que cette visite eut lieu à Lo-yaug, province de llo-nan, près de la ville de Loh, en l'an 502 avant notre ère, alors que Confucius était âgé de 49 ans et Lao-tse de 102 ans (!). Il y a des motifs pour croire que cette date est fautive et qu’il vaut mieux reporter l’événement à l'année 521 avant notre ère. (Cf. Puini, // Rucldha, Confucio e Lao-tse, p. 437). Le D'1 Legge a adopté la date de 517, époque à laquelle Confucius avait 35 ans et Lao-tse 88 ans. (Brilish Quaterhj Review, juillet 1883, et extrait, p. 8).

J’ai entendu dire qu’un habile marchand cachait soigneusement ses richesses de façon à laisser croire qu'il ne possédait rien. Le Sage, dont la vertu est accom plie, a les allures de l’ignorance sur son visage.

« Chassez votre air orgueilleux et vos nombreux désirs, vos manières insinuantes et vos vues déréglées : tout cela ne sert à rien à votre personne. C’est là tout ce que j’ai à vous dire 1 2 ».

Confucius, congédié de la sorte et quelque peu abasourdi, se trouva sans doute fort embarrassé lorsque ses disciples le prièrent de leur communiquer sa manière de voir à l’égard de Lao-tse. La grande réputation de sagesse dont jouissait l’homme qu’il venait de visiter, et peut-être plus encore le respect pour la vieillesse que le moraliste de Lou recommandait comme un devoir solennel dont il n’est jamais permis de se départir, ne lui permettaient point des critiques formelles. Il tourna la difficulté et répondit à ses interrogateurs un peu indiscrets dans un langage énigmatique qui était à la mode en Chine à cette époque :

« Les oiseaux, je sais qu’ils peuvent voler; les poissons, je sais qu'ils peuvent nager ; les quadrupèdes, je sais qu’il peuvent courir. Celui qui court peut être saisi dans un piège ; celui qui nage peut être pris à la ligne; celui qui vole peut être atteint par une flèche. Quant au dragon, j’ignore comment il monte sur le vent et les nuages pour s’élever jusqu’au ciel. Aujourd'hui, j’ai vu Lao-tse : il est semblable au dragon ! - » Ces paroles ont été comprises par les uns comme un

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