‹ Le taoïsmeChapitre 20 sur 99 · I.V VIE 1)E L AO-TSE · texte numérisé non relu

I.V VIE 1)E L AO-TSE

pu les obtenir qu'en abusant de ses forces physiques et de son intelligence. Le brillant pelage des tigres et des léopards n’a d’autre résultat pour eux que d’appeler l’attention du chasseur et de l'exciter à les poursuivre , l’habileté que montrent les singes et les chiens n’aboutit qu’à les faire enchaîner. Auriez-vous donc l'idée de comparer un prince éclairé à de tels animaux?

Yang Tse-kiu demanda alors en quoi consistait la supériorité d'un prince éclairé.

Lao-tse répondit : Le prince éclairé a des mérites qui planent sur tout l'empire, et il ne fait point reposer son gouvernement sur sa personne. Il civilise tous les êtres et répand sur eux ses bienfaits, sans que pour cela le peuple dépende de lui. Sa valeur est accomplie, et il n’en a pas même le sentiment. Jamais il n’est question de sa renommée. Il agit de façon à ce que les êtres soient heureux par eux-mêmes. Son attitude est inscrutable ; du moment où il a fondé le corps de sa doctrine politique sur le peuple, il n'a plus qu'à se promener dans le vide 1 ».

Un autre passage du Nan-hoa King nous fournit quelques détails qui ne sont peut être pas sans intérêt pour compléter la biographie de Lao-tse.

Un jour Confucius fit un voyage dans l'ouest, à l'effet de déposer un livre dans les archives royales des Tcheou. Tse-lou lui rappela à cette occasion que Lao-tse avait été bibliothécaire des Tcheou, mais que depuis quelque temps il s’était démis de ses fonctions et vivait dans la retraite. Peut-être le Maître jugerait -il à propos de

1. Ta-sse-koung ping-lchu Nan-hoa tchin King, livr. m, p. 21.

profiter de son voyage pour faire une visite au vieux philosophe.

Confucius accueillit cette idée avec empressement, et se rendit à la demeure de Lao-tse ; mais celui-ci refusa de le recevoir. Le moraliste de Lou, eut alors la pensée d’écrire quelques observations1 sur les douze King , en vue d’appeler l’attention du maître.

Lao-tse prit à peine le temps de parcourir ces annotations et s’écria: « Quelle grande erreur! je voudrais vraiment bien savoir quelle est la chose la plus importante en ce monde.

— C'est l’Humanité et la Justice, répondit Confucius.

— Permettez-moi de vous demander alors, ajouta Lao-tse, si l’Humanité et la Justice sont les sentiments essentiels de la nature humaine ?

— Certainement, répartit Confucius. Si le sage n’avait point d’Humanité, il ne serait pas accompli ; s’il ne possédait pas la Justice, il serait incapable de remplir sa mission. L’Humanité et la Justice constituent la véritable nature rationnelle de l’homme.

Confucius exposa ensuite ce qu’il entendait par l’Humanité et la Justice ; mais il ne parvint pas à convaincre Lao-tse qui l’engagea à se conformer simplement aux lois immuables de la nature et à ne pas chercher ailleurs la base de son enseignement. Celui qui professe l’amour du prochain, veut évidemment que le prochain l’aime à son tour : or c’est là le comble de l’égoïsme.

— Votre manière d’agir, dit en terminant Lao-tse,

1. Écrire quelques développements ou amplifications ( hirogeru ), suivant l’édition japonaise de Tchouang-tse (livr. v, p. 11).

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est comparable à celle d’un homme qui, pour attraper un fuyard, battrait du tambour de façon à le faire courir plus vite. En réalité, vous apportez le trouble dans la condition morale des hommes1.

Tchouang-tse nous fournit aussi le compte-rendu d'une visite que Confucius, alors âgé de 51 ans, fit à Lao-tse qui en avait I0G, dans une localité appelée Peï. Ce compte-rendu, beaucoup plus développé que celui dont nous trouvons la mention dans les Mémoires historiques de Sse-ma Tsièn, ne semble pas se rapporter à ce même événement. Une particularité cependant pourrait faire croire qu’il s’agit d’une version différente de l’entretien consigné dans l’ouvrage du grand historiographe. A la suite de l’entrevue racontée par Tchouang-tse, Confucius retourna chez lui et demeura trois jours sans parler à personne2. Lorsque ses disciples lui demandèrent ensuite quelles représentations3 4 il avait faites au vieux philosophe, Confucius se tira d’embarras, comme dans le récit rapporté plus haut, en comparant Lao-tse à un dragon insaisissable à l’homme. « En sa présence, dit-il, ma bouche est restée béante, et je n’ai pu souiller mot. Comment aurais-je pu de la sorte faire des représentations à Lao-tse ? 1 ».

Plusieurs autres entrevues des deux philosophes sont encore rapportées par Tchouang-tse ; et, dans l’une d’elles 3, Lao-tse finit par se mettre d’accord

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