Lao-tse Khren-tcha'i keov-i, t. F. P
grande doctrine du Tao. Je veux parler du nombre de caractères que renfermait le texte primitif de l'ouvrage ; car c’est à ce calcul puéril que se rattache intimement le problème des altérations qu’a pu subir le Tao-teh Kincj.
L’histoire rapporte que, dans plusieurs manuscrits découverts au vc et au vie siècle de notre ère, c’est-à-dire plus de mille ans après la mort de Lao-tse, on comptait, dans l’œuvre de ce grand philosophe, le nombre de 5722 mots. Un texte considéré comme officiel, celui de Loh-yang, en renfermait 5630. D’autres textes anciens en contenaient 5683 et 5610. Cette différence suffirait déjà pour nous montrer que l’ouvrage original ne nous est pas parvenu dans des conditions telles que nous puissions avoir pleine confiance sur l’exactitude de certaines phrases obscures et même contradictoires dont les exégètes indigènes se sont préoccupés à juste titre. Notre défiance ne peut que s’accroître, lorsque nous savons que c’est de propos délibéré et par un zèle malentendu qu’on a opéré des suppressions de mots dans les plus vieux manuscrits qui sont tombés entre les mains des éditeurs chinois. Le fait auquel je fais allusion avait été déjà signalé par Julien ; mais sa gravité m'a paru telle que je n’ai pas cru inutile de recourir aux sources originales pour en vérifier l’exactitude.
Or voici ce que nous disent à cet égard les auteurs indigènes : La suppression d’un certain nombre de mots dans le Tao-teh, King vient d’une interprétation malheureuse du passage où le grand historiographe Sse-ma Tsièn indique le nombre des signes qui composaient le livre original. Des éditeurs peu éclairés se
TAOISME
permirent d'effacer du texte autant de caractères qu'il en fallait pour le mettre d’accord avec la donnée du célèbre auteur des Sse-ki. On lit, en effet, dans ses Mémoires1, que « Lao-tse écrivit un ouvrage en deux sections sur le Tao et la Vertu, et que cet ouvrage renfermait [plus de] 5000 mots. »
On pourrait faire remarquer tout d'abord que le mol yen « mot » n’est pas absolument synonyme de tse « caractère » ; mais cette remarque serait discutable et ne ferait guère avancer la question. En revanche, le mot yu, joint au chiffre ou tsièn « cinq mille », indique qu’il s’agit d’un nombre supérieur à ce chiffre, mais non pas un nombre précisément déterminé 2. Que penser alors d’éditeurs chinois qui n’ont pas compris le sens de cette phrase aussi claire et aussi simple que possible, et qui ont tiré de leur méprise la conséquence qu’il fallait effacer une certaine quantité de signes du texte, afin de ramener le total au chiffre de 5000 ? Il y a évidemment là un de ces racontars fréquents dans la littérature chinoise, sur lesquels il est inutile de s’appesantir. Le texte de Lao-tse a certainement subi des altérations, mais il semble bien peu raisonnable de les attribuer à ce récit de mauvais aloi ;t.
On a donné une autre explication pour justifier l’hypothèse d’une suppression arbitraire de signes dans le texte original de Lao-tse : ce motif, emprunté