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Lao-tse yi/t, t. III, p

LE 1 EXTE L)L' TAO-TEH Kl Mi ET SON HISTOIRE

première lois aux presses en l’année 1588 par un nommé Tsiao-hioung , qui avait le surnom de Pi-ching *. Ce personnage s’était fait une grande réputation par sa profonde connaissance du Taoïsme et par ses doctrines sur la métempsycose.

La date de 1588, attribuée à l’édition princeps du Tuo-teh King , est de beaucoup postérieure à celle de la première édition des King de Confucius, laquelle fut tirée sur des planches de bois gravées en l’an 953 de notre ère 2. On connaissait depuis longtemps en Chine (depuis l’an 103 de notre ère, d’après les auteurs les plus autorisés) l’usage du papier qui, d’après Firmin Didot, n’a guère été employé en Europe, pour le tirage des xylographies, à une époque antérieure au xivc siècle3.

L’œuvre de Tsiao-hioung, intitulée Lao-tse yih , renferme de nombreux extraits des principaux commentateurs, des notices sur leurs ouvrages et une liste des variantes constatées sur les diverses copies du Tao-teh

1. Pi-cliing naquit en l'an lî» i 1 de notre ère et mourut eu 1620. Il occupa, durant sa vie, plusieurs postes politiques d'une grand'1 importance et lut, notamment envoyé en mission du gouvernement chinois dans la Corée.

2. Les neuf King, furent imprimés en Chine sur planches de cuivre tonng-pan) entre les années 906 et 943 de notre ère.

3. " Lao-tse, m’écrit un savant philologue chinois, est un ancien livre de la Cour des Tcheou. Depuis le seigneur du Ho-chang, il a été cinq fois transmis de maiuen main jusqu'au moment où il est parvenu dans celles de kaï-koung, de la dynastie des Han. Ce kaï-koung l’a enseigné à Tsao-han. A cette époque seulement, il existait le coinmentaTe de Son Excellence du Ho-chang, et en vérité il n'avait pas été livré à l'impression. Au temps des Weï et des Tsin, Wang-pih le commenta de nouveau, et cette fois encore il n'y avait pas d'édition imprimée. Arrivé à l’époque des Souug, l'art de l'imprimerie fut mis en pratique. Les commentaires du seigneur du Ho-chang et celui de Wang-pih furent l'un et l'autre imprimés. Depuis lors l'ouvrage a été livré cent dix fois aux presses ». Extrait traduit d’une Lettre à M. Léon de Rosny, par l'amiral Tcheou Meou-ki).

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King J'ai dit plus haut, d’une manière générale, ce que je pensais de ces variantes : je me propose d’y revenir.

Une autre question, qui n’est pas sans importance pour l’étude du texte de Lao-tse, est celle de savoir dans quelle mesure on peut admettre l’idée qu’on y a fait usage d’une sorte de prose scandée, et même'de rimes. L’emploi d’un style de ce genre est assez( fréquent dans les ouvrages de l’antiquité, en Chine et ailleurs. On a constaté, par exemple, que la célèbre inscription érigée par Yu-le-Grand sur le mont Heng-chan, en commémoration de l’écoulement des eaux diluviennes, avait été composée « en vers », avec une rime tonique alternative de même consonnance, et* par distiques de quatre caractères, sauf un seul cas où l’on en compte cinq (le 6e) 1 2 3 *.

« Des portions considérables du Tao-teh King , dit M. James Legge, çà et là sont rimées. L’explication la plus simple de ce fait, apprécié diversement par plusieurs savants, est que l’auteur a mis beaucoup de ses pensées en vers, parce que "c’était un moyen avantageux de les graver dans la mémoire 8. »

Je crois qu’on a été un peu loin en disant que l’ouvrage de Lao-tse fut écrit partiellement en vers. C’était le style à peu près général de son époque de parler par aphorismes comprenant chacun un nombre

1. Julien considère le Lao-tse yih comme l'édition la plus étendue et la plus importante du Tao-teh King, parmi toutes celles qui sout parvenues en Europe [Le Livre de la Voie et de la Vertu , p. xli).

2. G. Pauthier, d ms le Journal asiatique de 1868, t. XI, p. 344.

3. Dans la British Quaterly Review de juillet 1883 (p. 10 du tirage à

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égal de mots ou de signes; et les consonnances, qui nous déplaisent tant aujourd’hui dans la prose, étaient au contraire fort appréciées des Orientaux. Laotse ne semble pas avoir fait autre chose que de suivre la mode de son siècle, et il me paraît exorbitant de lui attribuer la pensée d’avoir voulu donner à son œuvre le caractère d’un poème. Ce n’est pas une raison cependant pour ne pas prêter attention aux rimes éventuelles du Tao-teh King ; et, dans certains endroits, leur étude peut apporter quelques utiles éclaircissements pour l’interprétation des phrases douteuses ou inintelligibles. Je crois néanmoins qu’il n’y a pas lieu de s’y arrêter bien longtemps.

On rencontre aussi dans le texte qui nous occupe des passages qui, suivant le goût oriental, renferment de véritables jeux de mots. C’est là encore un terrain qu’il n’est pas absolument sans intérêt d’explorer avec les ressources de la critique moderne, mais sur lequel on peut aussi se lancer dans de bien gratuites élucubrations.

Je terminerai en posant une dernière question qui me semble capitale, lorsqu’il s’agit d’arriver à une appréciation philosophique du livre de Lao-tse. Cette question, la voici :

Le Tao-teh King peut-il être interprété de plusieurs façons assez différentes les unes des autres pour nous fournir plusieurs corps de doctrines distinctes et parfois même de doctrines discordantes et contradictoires ? Y a-t-il enfin, pour un sinologue autorisé, un moyen de nous faire saisir le caractère essentiel du principal monument du Taoïsme, sans y greffer tant bien que

LE TAUiSJlE

mal un système préconçu, plus ou moins subtil et imaginaire, et sans imposer de la sorte au vieil auteur chinois la fâcheuse pression de nos idées européennes ?

Je ne saurais répondre d’une manière formelle à une telle question ; mais je ne pense pas hors de propos de formuler quelques idées qui sont peut-être de nature à l’éclaircir.

Les langues, — surtout lorsqu’on les emploie pour la discussion des matières philosophiques, — sont en général d’une déplorable insuftisance : elles prêtent sans cesse aux malentendus. Ce reproche peut être adressé sans hésitation à nos langues les plus cultivées et en apparence les plus parfaites. La valeur des mots, — des mots techniques comme des autres, — dépend de l’étymologie. L’étymologie est fondée sur le sens attribué aux racines. Les racines ont des sens multiples, d’une précision douteuse, et chacun de leurs sens varie avec le temps, la mode et les milieux. Il en résulte que les éléments même du langage, sont sans cesse variables, incertains. En outre, les mots ne répondent que rarement d’une manière précise et satisfaisante à l’idée que chaque philosophe y applique personnellement pour l’exposition de ses pensées. Bien plus : un même auteur n’emploie pas toujours un même mot dans la même acception. Il en résulte que tel raisonnement, juste dans l’esprit de celui qui le formule, semble faux à celui qui l’entend énoncer ou qui en fait la lecture. Et autant un auteur possède l’esprit synthétique, autant son langage lui est essentiellement personnel ; ce qui revient à dire que son langage n’est guère intelligible que pour lui seul.

LE TEXTE DU 'l’AO-TEH k I N G ET SON HISTOIRE •'»!>

Si ces défauts existent dans les langues de l’Europe, ils existent bien davantage encore dans les idiomes moins étudiés, moins travaillés, des peuples étrangers à notre race, et chez lesquels le vocabulaire et la grammaire se sont le plus souvent compliqués d’une façon exorbitante, sans qu'il en soit résulté un progrès réel au point de vue de la clarté et de la précision. Certains idiomes enfin, sous leur forme antique surtout, laissent perpétuellement subsister dans les expressions une somme de vague ou d'obscurité que l’esprit philologique le plus délicat ne parvient presque jamais à dissiper d’une façon définitive et péremptoire.

La langue chinoise ancienne est de ce nombre. Les savants qui l’ont étudiée consciencieusement peuvent souvent établir que tel sens attribué par un sinologue inexpérimenté à une phrase est un sens inadmissible. Dans bien des cas aussi, ils sont obligés de reconnaître qu’une phrase est susceptible de plusieurs interprétations différentes.

Lorsqu’il s’agit d’un livre du genre du Tao-leh King, le sens des mots sur lesquels repose la doctrine du Maître ne peut être compris presque toujours que par la comparaison minutieuse des divers passages où ils sont employés ; et, presque toujours aussi, le sens des passages où de tels mots sont employés ne peut être entendu qu’à la condition de connaître préalablement la signification des termes dont l’auteur fait usage. Il en résulte un cercle vicieux, en apparence du moins. Ce cercle vicieux, il est excessivement diflicile d’en

sortir1; je ne crois pas cependant qu’il soit impossible d’en sortir. Examinons.

Julien a donné une traduction française du livre de Lao-tse qui est une œuvre très remarquable au point de vue philologique. Il a rendu les phrases avec une connaissance solide des lois de la syntaxe chinoise ; il a expliqué enfin les idées fondamentales contenues dans le Tao-teh King d’après l’opinion de quelques savants exégètes du pays. Il n’en est pas moins vrai que latraduction du célèbre sinologue français ne présente souvent, au point de vue où se place le philosophe, qu’un tissu do non-sens et d’absurdités 2. Les personnes étrangères à la connaissance de la langue chinoise ne sont pas à même de s’assurer si l'interprétation de Julien est la seule qui puisse ressortir de l'étude du texte original. Faute de pouvoir recourir à la source, elles acceptent cette interprétation sans réserve ; et alors elles se martellent le cerveau pour donner une explication tant soit peu raisonnable à des phrases qui ne signifient rien ou qui ne fournissent que des insanités. Dès lors, le livre de Lao-tse ne nous offre plus guère qu’un mélange bizarre d'idées décousues et parfois même d’idées contradictoires. Il faut faire appel à toutes les ressources de l’imagination pour en tirer une doctrine plus ou moins concordante, plus ou moins compréhensible.

1. Le texte de Lao-tse, a dit Abel Rérausat, est «i plein d’obscurité, nous avous si peu de moyens pour en acquérir l'intelligence parfaite, si peu la connaissance dès circonstances auxquelles l’auteur a voulu faire allusion : uous sommes, en un mot, si loin à tous égards des idées sous l’influence desquelles il écrivait, qu’il y aurait témérité à prétendre retrouver exactement le sens qu’ii avait en vue, quand ce sens nous échappe. [Mémoire sur Lao-tseu , p. 35).

2. Voy. à ce sujet les observations de M. Reinhold von Plaenckner Der Weg zur Tugend, 1870, préface, p. xii.

Convaincues que telle avait été la manière de procéder des lecteurs de la traduction de Julien, quelques personnes adonnées à l’étude du chinois, et avec un savoir linguistique parfois insuffisant, ont résolu de reprendre en sous-œuvre la version du célèbre sinologue français1. En ce qui concerne ce qu’on peut appeler le travail de l’orientaliste proprement dit, la tâche était énormément simplifiée par la savante ébauche de Julien; comme œuvre de philosophie, les tentatives nouvelles n’étaient peut-être pas entreprises dans des conditions absolument satisfaisantes.

Les personnes en question ont commencé, comme il convenait d’ailleurs, par lire la traduction de Julien ; puis elles ont tiré de leur lecture quelques idées générales sur le caractère de la doctrine de Lao-tse. Partant de ces idées d’une solidité discutable, elles ont imaginé un système de philosophie à leur goût et se sont évertuées à en découvrir l’expression dans le texte du Tao-teh King. Inutile de dire que leurs efforts ont eu pour conséquence de torturer ce texte et d'y apercevoir une foule de pensées étrangères à la tendance réelle et au génie de son auteur. Une étude persévérante du livre de Lao-tse et de l’œuvre de ses traducteurs, étude que j’ai poursuivie pendant plusieurs années consécutives, — m’a conduit à cette fâcheuse conclu-

1. Nous possédons plusieurs traductions européennes du Tao-teh King. La première (1838), dont il n’a paru qu’une livraison, est due à G. Pauthier ; la seconde, et la première complète, est celle de Julien (Paris, 1812). Le savant sino ogue anglais, RI. John Chalmers, adonné eu 1868, une version anglaise du livre de Lao-tse. Dans un petit volume de xx-62 pp. Enfin il a paru plus tard (en 1870) deux traductions allemandes qui ont été laites à l'aide de celle de Julien ; l’une par RL Reinhold von Plaenckncr, l’autre par Victor von Strauss,

sion. Pouvons-nous espérer parvenir un jour à mieux comprendre le livre fondamental du Taoïsme que n’ont, pu le faire nos devanciers? J’en suis absolument persuadé ; mais les résultats ne seront atteints que par le concours de nombreux travailleurs, et alors que des philosophes autorisés joindront à leur savoir dans l’art de réfléchir une connaissance approfondie de la vieille langue chinoise. Pour aboutir à ce but, il ne faudra pas seulement cherchera mieux rendre qu’on ne l'a fait jusqu’ici les mots à sens multiples et les phrases ambiguës du Tao-teh King : il faudra de plus se livrer à un examen critique du milieu où vécut le célèbre contemporain de Confucius, lire et traduire les ouvrages de ses successeurs immédiats, ceux surtout de Lieh-tse et de Tchouang-tse' , discuter phrase par phrase le texte de Lao-tse et les interprétations d’une valeur inégale qu’en ont donné ses principaux commentateurs. C’est seulement lorsque cet ensemble de recherches aura été accompli, qu’il deviendra possible de reconstituer la doctrine du grand philosophe chinois, de façon à laisser à son œuvre le caractère d’unité, d’homogénéité qui manque dans les travaux d’érudition publiés aujourd’hui sur son compte.

Après tant d’efforts, il faut le reconnaître, ce sera encore une idée préconçue, — ail moins dans

1 . J'ai donné, le premier, un spécimen de l'ouvrage de Tchouangtse en insérant la traduction du fameux chapitre Siao-yao-yeou dans mes Te.rtes chinois anciens (Paris, 1 874, p. 71 et suiv.). Depuis lors, M. Balfour a fait paraître une version anglaise complète du Nan-hoa Kiny. — Quant à l’ouvrage de Lieh-t«e, il n'a encore été traduit dans aucune langue européenne. Je me propose d'en publier une version française avec un grand commentaire emprunté aux sources originales. J'en ai déjà expliqué plusieurs fragments à mes élèves de l'Ecole pratique des Hautes-Etudes.

une certaine mesure, — qui présidera à toute nouvelle traduction du livre de Lao-tse ; mais les inconvénients de cette idée préconçue seront atténués par la mise en œuvre d’une foule d'éléments d’interprétation et d’exégèse qui nous font défaut dans l’état actuel de la science sinologique.

Malgré l’accomplissement d'un tel labeur, il n'est pas impossible qu’il se produise encore des opinions divergentes sur les théories de Lao-tse; mais elles ne porteront désormais que sur des points de détail. Le fond de la grande philosophie taoïste ne restera plus douteux pour la critique, et l'histoire des idées, dans la haute antiquité chinoise, nous apparaîtra sous une somme de lumière suffisante pour nous permettre d’apprécier sainement une des manifestations les plus remarquables du génie de l’Extrême-Orient.

LES COMMENTATEURS DE LAO-TSE

Le Tao-teh Kinr/, seul ouvrage authentique du philosophe Lao-tse, est en général un livre obscur, d’un style concis à l’excès et qui nous est parvenu d’une façon inexacte dans certains endroits1. Bien des passages eussent été intraduisibles, non seulement pour les sinologues mais pour les savants chinois eux-mêmes, si une tradition plus ou moins sûre, plus ou moins véridique, ne nous en avait transmis le sens réel ou supposé ! Cette tradition, maintes fois altérée, tantôt à dessein, tantôt par ignorance, nous a été conservée par des commentateurs dont le plus ancien est de neuf siècles postérieur à la date de l’ouvrage qu’il avait la prétention de nous faire comprendre.

Il existe en Chine un grand nombre de commentaires différents du texte de Lao-tse. Trente ont été mentionnés par Julien qui n'a pas cru devoir en citer trente-quatre autres dont il possédait la liste, parce qu’ils expliquent « constamment Lao-tse suivant les idées particulières à l’Ecole de Confucius, au risque de dénaturer la pensée

1. Ou a vu plus haut (chap. iii) que des suppressions de signes avaient été opérées dans le livre de Lao-tse, afin de ne pas dépasser le nombre de caractères qu’il était censé contenir, d’après un passage mal compris des Mémoires historiques du grand historiographe de Ssema Tsièu.

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de l’auteur et dans l’intention formelle d’étouffer son système philosophique l. »

Jusqu’à présent tous ces commentaires sont à peu près inconnus en Europe ; et bien que Julien ait fait usage de huit d’entre eux pour rédiger les notes de sa traduction publiée en I8i2, on peut dire sans trop s’avancer qu’il n’en est pas un seul qui ait été jusqu’à présent l’objet d’une véritable étude exégétique. Une telle étude serait fort désirable pour nous apprendre comment a été entendu le système de Lao-tse dans le pays où il est né, et dans quelle mesure la critique européenne, avec scs procédés délicats, dont l’Orient n’a jamais eu qu’une intelligence rudimentaire, peut arriver à une interprétation supérieure de la philosophie taoïste, cette interprétation fût-elle en désaccord avec la manière de voir des exégètes indigènes.

L’examen consciencieux des principaux commentaires du Tao-teh King est une entreprise de longue haleine qu’un seul orientaliste aurait grand peine à mener à bonne fin ; cependant il est hors de doute que tant qu’un examen de ce genre n’aura pas été accompli, il ne sera guère possible de mettre en lumière plusieurs points obscurs de l’antique philosophie taoïste qui semblent, autant qu’on en peut juger jusqu’à présent, d’une importance réelle pour l’intelligence de tout le système. La question des commentateurs de Lao-tse ne peut donc être traitée qu'à titre provisoire et sous bénéfice d’inventaire. Il y a néanmoins un

1. Le Livre de la Voie et de la Vertu, Préliminaires, p. xxxvm. — On trouve la liste des 64 commentaires en question dans le Lao-tse i, p. 13. J'ai étudié plusieurs d'entre eux qui ne me paraissent pas mériter le reproche peut-être un peu sévère de l’éminent sinologue.

LES COMMENTATEURS DE LAO-TSE

fait capital que nous pouvons envisager dès aujourd’hui dans ses conséquences au point de vue du sujet qui nous occupe : nous ne connaissons pas de commentaire absolument authentique qui soit plus ancien que celui de Wang-pi, auteur du IIIe siècle après notre ère En admettant même que le grand philosophe de la dynastie des Tcheou ait vécu plus de cent ans, comme le rapporte la légende, il ne se serait pas écoulé beaucoup moins de mille ans entre sa mort et le premier travail d’interprétation rédigé sur son ouvrage. Un pareil intervalle ouvre à coup sûr la porte à bien des doutes sur l’exactitude avec laquelle il peut nous fournir fidèlement la pensée de Lao-tse et les moyens de comprendre l’ensemble de ses théories. Ces doutes s’accroissent encore, quand on se rappelle les évènements qui se sont écoulés pendant ce laps de temps.

.Notons d’abord que, contrairement à Confucius, Lao-tse n’a pas eu de disciples immédiats pour conserver l’esprit de sa doctrine aux générations postérieures, et que les deux plus anciens partisans de ses théories, Lieh Yu-keou et Tchouang-tcheou, étaient en somme des écrivains indépendants, plus enclins à raconter des anecdotes qu’à approfondir le système de celui qu’ils avaient plus ou moins franchement accepté pour leur maître.

Au contraire, la nombreuse Ecole des Lettrés, qui voyait de jour en jour s’accroître la foule de ses adeptes et qui, grâce à la protection impériale, jouissait d’une sorte de suprématie religieuse en Chine, avait évi-

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