I. Wylie, Noies on Chinese I.ilerature, p
demment intérêt à faire oublier les revendications du Taoïsme et à étouffer toute velléité de l’esprit public de s’en préoccuper.
A l'avènement de la dynastie des Tsin, vers le début du IIIe siècle avant notre ère, il est vrai, un revirement terrible s’opéra dans la manière de voir du gouvernement chinois : la culture des théories de
Confucius fut interdite et ses apôtres eurent à subir de cruelles persécutions, en même temps que leurs écrits devenaient la proie des flammes. Le Taoïsme, en revanche, fut proclamé religion de l’Etat, et la philosophie de Lao-tse parut jouir de la protection à peu près exclusive du souverain.
Loin de voir, dans la faveur que Chi lloang-ti accorda aux taoïstes un argument pour nous faire admettre que le sens original du texte de Lao-tse, s'il n’était pas déjà perdu par les Chinois, a pu se conserver à cette époque dans des conditions avantageuses, je crois que cette faveur n’eut d’autre résultat que d’en dénaturer de fond en comble et les tendances et la portée. Les orientalistes sont unanimes pour reconnaître l’abîme infranchissable qui sépare l’enseignement spéculatif du Tao-teh King , des conceptions grossières des taosses. Or, il n’y a point de doute, suivant moi, que ces conceptions grossières et puériles aient obtenu pour la première fois un grand développement sous l’empire des idées politiques du fameux ministre Li-sse, et que, pendant les années terribles du règne de son maître, on ne se soit bien plus attaché à faire disparaître le souvenir des vieilles dynasties royales de la Chine que de résoudre les problèmes relatifs à la Loi générale de l’univers et aux
LES COMMENTATEURS DE LAO-TSE
principes delà Raison pure. Pour ces motifs, qu’il serait facile de développer, je considère le siècle de Chi- Iloang-ti comme une époque bien autrement funeste que favorable à la conservation de la pensée deLao-tse.
A la chûte de la dynastie des Tsin, les temps furent-ils meilleurs pour l’étude des principes fondamentaux du Taoïsme? Je ne le pense pas. La renaissance des lettres chinoises s’accomplit d’une manière avantageuse à certains égards, mais elle s’opéra avec lenteur ; et nous savons, en ce qui concerne le Taoïsme, qu’elle fut à peu près nulle, les savants de cette époque n’ayant guère d’autre souci que de reconstituer le Confucéisme et l’ensemble des textes fondamentaux, perdus ou égarés, sur lequel repose cet enseignement. Ce n’est qu’assez tard, alors que les érudits chinois delà dynastie des Han eurent retrouvé tout ce qui n’était pas définitivement anéanti des anciens King , que l’attention de quelques-uns d’entre eux se porta sur les autres monuments de la littérature nationale. Ces monuments, par le seul fait qu'ils étaient étrangers à la doctrine confucéiste, devenue l’objet d’un véritable engouement parmi les classes instruites du pays, n’avaient qu’une assez maigre valeur aux yeux du grand parti de la réaction anti-taoïste toute puissante à cette époque.
Même à l’apogée de la renaissance des lettres, les bibliographes chinois ne nous font encore rien connaître d’important sur l’explication exégétique du livre de Lao-tse ; et il faut arriver au IIIe siècle de notre ère, comme nous l’avons dit, pour voir citer le commentaire authentique de Wang-pi que Julien qualifie de « notes
très courtes, obscures à force de concision et de subtilité, jointes à un texte rempli de fautes 1 ». Le savant sinologue admet, il est vrai, l’existence de l'édition critique du Tao-teh King attribuée à l’Ho-chang Koung, laquelle serait antérieure de plus d’un siècle à l’œuvre de Wang-pi, et il n’bésite pas à appeler ce Ho-chang Koung le plus ancien commentateur de Lao-tsc2 3. On a vu plus haut que l’œuvre attribuée à ce personnage hypothétique était une fabrication relativement moderne, dont il n’y a pas lieu de tenir grand compte lorsqu’on cherche à découvrir quels ont été les premiers interprètes indigènes du fondateur du Taoïsme.
L’introduction du Bouddhisme en Chine paraît avoir contribué à faire revivre les doctrines taoïstes qui avaient été un peu délaissées par leurs principaux sectateurs. On crut voir des analogies fondamentales entre renseignement de Lao-tse et celui de Çàkya- Mouni ; et certains enthousiastes chinois n’hésitèrent pas à considérer ces deux grands instituteurs comme étroitement unis d’idées l’un à l’autre2. On sait que la religion bouddhique fut officiellement adoptée par le gouvernement chinois dans les premières années du règne de l’empereur Ming-ti, de la dynastie des IJan Orientaux : « L’Empereur, dit une chronologie indigène, envoya des commissaires dans le pays de Tien-tchouh, c’est-à-dire dans l'Inde, en l’an 6b de notre ère, pour