Libr. citât., p
3. Sou-tse-yeou, de la dynastie des Soung, dont il sera parlé plus loin, a notamment publié un ouvrage en deux livres intitulé Tao-teh King leia'i, dont le but était de démontrer l'origine commune du Bouddhisme et du Taoïsme. (Voy. Sse-kou tsiouen-ehou kien-ming mouh-loh, livr. xiv, p. 59).
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en rapporter les livres du Bouddhisme et faire venir à sa cour des cha-mèn ou prêtres de cette religion. La doctrine bouddhique fut introduite à partir de cette époque dans le Royaume du Milieu \
La date de cet évènement est postérieure de près de six siècles à l’époque probable de la mort de Lao-tse. Toutefois, si le Bouddhisme devint officiellement la religion de la Chine sous le règne de l’empereur Ming-ti, il y avait déjà longtemps qu’il avait pénétré chez les Chinois 1 2. On rapporte, en effet, que cette religion fut introduite dans le Royaume-Fleuri par des missionnaires indiens, 217 ans avant notre ère3, par conséquent sous le règne de Chi Iloang-ti, le célèbre autocrate de la dynastie des Tsin qui s’était montré, comme nous l’avons vu, aussi favorable à la propagation des idées taoïstes, que zélé persécuteur de l’enseignement confucéiste. Il y a néanmoins lieu de penser que, sous ce règne, le nombre des sectateurs chinois du Bouddhisme était peu considérable et que ceux qui adoptèrent cette religion en connurent beaucoup moins la philosophie que les légendes et les images. Sans cela, le Taoïsme officiel n’aurait pas manqué
1. Li-ta'i ti-wang nièn-piao, 8e année du règne de Ming-ti, de la dynastie des Heou-Han. — On lit dans les Annales de cette dynastie: « L’empereur Ming-ti vit en songe un homme d’or, grand de plus de dix pieds et autour de la tête duquel il y avait une auréole lumineuse. 11 interrogea ses ministres à ce sujet. L’un d'eux répondit: « Dans « les contrées occidentales, il y a un Génie qui se nomme Fouh ; sa u taille est de dix pieds six pouces et sa couleur est celle de l'or. » L’Empereur envoya aussitôt des commissaires dans l’Inde pour demander la loi de l’enseignement bouddhique. » ( Heou-Han chou , cité dans le Youèn-kïen loui-han, t. CCCXVI, p. 1).
2. Le Bouddhisme, avant cette époque, avait été déjà embrassé par de petits priDces f'eudataires de l’état de Tchou et par son peuple. tPauthier, Chine ancienne, p. 257).
3. Barthélemy Saint-Hilaire, Le Bouddha et sa religion, Introduction
p. XIII.
de se transformer de fond en comble, ou même de se confondre avec le Bouddhisme. Or il n’en a pas été ainsi. Le Taoïsme de l’époque de Chi Hoang-ti ne se signala que par son amour du merveilleux et par ses pratiques de divination et de sorcellerie. Ses sectateurs avaient même convaincu le puissant despote qui régnait alors sur la Chine de l’existence d’un élixir* avec lequel on pouvait fabriquer de l'or et s'assurer le privilège de l'immortalité 1 2.
Il n'est cependant pas impossible que la prédication de la Bonne Loi indienne ait fait réfléchir plus d’un lettré chinois imbu des idées du Tao-teh King, et que, faute de trouver dans ce livre une base suffisante pour établir un système complet de philosophie en opposition avec les enseignements de Confucius, ces mêmes lettrés aient jugé à propos de faire de l’exégèse à outrance dans le but d’identifier les deux doctrines. L’amour-propre chinois se prêtait assez mal à la pensée de recevoir d’une source étrangère une religion plus parfaite que celle qu’avait su créer le génie national ; et c’était, peut-être une satisfaction à lui donner que d’établir la communauté de principes entre les préceptes de Lao-tse et ceux de Çàkya-mouni. Je ne vois pas d’autre manière d’expliquer comment on a pu soutenir en Chine si non une identité complète,
1. Yoy., sur cet élixir, Mayers, Chinese Reader's Manual, p. 202, et pour plus de détails, le Youèn-kièn loui-hcin. I. CCCXIX, pp. 19 et suiv.
2. Les livres des taossés recommandent une foule de panacées qui ont non seulement le privilège de prolonger la vie, mais encore de donner aux hommes toutes sortes de qualités. « Ceux qui se nourrissent de végétaux, dit le Tou-na King, jouissent de la vigueur ; ceux qui se nourrissent de viande sont courageux ; ceux qui se nourrissent de grains sont sages ; ceux qui se nourrissent d’air sont immortels. »
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du moins des analogies fondamentales entre deux systèmes aussi différents en réalité que le Taoïsme et le Bouddhisme.
A vrai dire, il s’en faut de beaucoup que les exégètes chinois du Tao-teh King , aient soutenu la conformité des théories du Taoïsme et du Bouddhisme autant qu’on pourrait le croire en lisant les écrits publiés jusqu’à ce jour par les orientalistes. La plupart des ressemblances signalées par les exégètes chinois- n'ont trait qu’à des questions doctrinales absolument secondaires ; et nulle part on ne saurait découvrir dans l’enseignement de Lao-tse ce merveilleux ensemble de conceptions puissai.tes et toujours logiques qui caractérise le système de Çàkyamouni. On pourrait même soutenirque les affinités entre les deux doctrines ne reposent guère que sur l’emploi commun d’un certain nombre de termes philosophiques dont la valeur, insuffisamment déterminée dans les écrits taoïstes, laisse la porte ouverte aux interprétations les plus diverses. De part et d’autre, par exemple, on fait un fréquent usage du mot « le vide », qu’on nous présente comme la formule d’une condition supérieure chez les êtres. Ce mot, dans les livres de l’Orient, est de nature à nous induire sans cesse en erreur, si l’on n’y prend garde ; car il ne répond nullement à l’idée que nous en avons acquise en Occident. Au point de vue bouddhique, c’est l’état où peuvent parvenir les créatures, lorsqu'elles se sont délivrées des servitudes inhérentes à la forme et à la matière. Au point de vue taoïste, c’est l’état d’indifférence pour tout ce qui peut agiter l’esprit, faire naître dans le cœur de vains désirs et éloigner l’homme de la condition de nature
dont une activité malsaine et d’ailleurs inutile est parvenue à le faire sortir.
Le peu que nous savons jusqu'à présent sur la manière de voir des commentateurs bouddhistes du Tao-teh King nous confirme pleinement dans la pensée que l’identification des deux doctrines par quelques auteurs ne résulte que d’un manque de données précises sur ces commentateurs. Au début de la liste qu’il nous a donnée des exégètes bouddhistes du livre de Lao-tse, Julien cite un personnage nommé Tchang Tao-ling. Ce personnage légendaire, que les taoïstes placent en tête de la dynastie de leurs pontifes, n’était à aucun égard un Bouddhiste. S’il est vrai qu’il ait jamais existé, il ne fut jamais rien de plus qu’un charlatan de bas étage. Je ne connais pas l’interprétation du Tao-teh King qu’on lui attribue; mais je doute qu’on puisse en tirer un parti sérieux, et il est fort probable que cette interprétation serait absolument insuffisante pour établir dans une mesure quelconque la communauté d’origine du Taoïsme et du Bouddhisme.
Je possède, en revanche, un commentaire bouddhique ou prétendu tel de Lao-tse, commentaire que j’ai étudié dans toute son étendue1. C’est celui qui a été publié en 1098 par Sou tcheh, célèbre écrivain de la dynastie des Sonng, plus connu sous le nom de Sou Tse-yeou 2.
Or ce Sou Tse-yeou est évidemment un des interprètes
1. Je ne suis pas sûr cependant de posséder ce commentaire d’une façon complète, et il est possible que dans l’édition dont je me suis servi, il ne soit reproduit qu'en abrégé.