‹ Le taoïsmeChapitre 3 sur 99 · XXV · texte numérisé non relu

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de Y éducation l. Puis, entre la doctrine optimiste de Mencius et la doctrine pessimiste de Siun-tse, se plaça une troisième doctrine, celle de Yang-tse, qui prétendit à son tour que le bien et le mal, dans des proportions variables, existait à l’état latent chez l'homme, et qu’il fallait chercher par l’étude les moyens de maintenir ou de développer la somme de bien, et en même temps de diminuer ou de faire complètement disparaître la somme de mal.

Ces théories divergentes, — et ce ne sont pas les seules qu’il serait possible de signaler en Chine, — décèlent de fâcheuses lacunes dans l’esprit des philosophes asiatiques qui les ont énoncées. Elles sont cependant intéressantes à connaître, parce qu’elles donnent à réfléchir, et qu’en faisant usage des ressources de la critique moderne elles permettent peut-être de mieux poser le problème et dans une certaine mesure de le résoudre.

La conclusion à laquelle aboutissent tous ces penseurs chinois est au fond la même. Tous, en effet, arrivent à croire que la vertu chez l’homme dépend exclusivement de l’action des sages : Si l’homme est vertueux d’origine, ce sont leurs préceptes qui le maintiendront dans la

1. Voy. les curieuses remarques de Le Play, à l’appui 'de cette doctrine (La Réforme en Europe et le Salut en France, p. 59).

bonne voie, en lui montrant les dangers d’en sortir ; si d’origine il est pervers, ce sont encore leurs conseils qui le ramèneront au bien, en le persuadant des avantages de les suivre.

Mais alors une autre question, une question capitale, s'impose, et nos bons asiatiques n’ont pas songé à lui faire une place dans leurs disputes. D’où vient la supériorité des sages sur la foule, d’où vient la puissance de l’éducation? En d'autres termes, d’où dérivent les principes salutaires qui donnent à l’éducation les moyens de maintenir le bien existant, ou de transformer le mal en bien ?

Il y a deux réponses possibles à cette question, mais j'estime que l’une est de beaucoup supérieure à l'autre. La moins bonne, la voici : Si

l’on admet comme une règle que la nature de l’homme est mauvaise, ainsi que le soutient Siun-tse, on n’est pas en présence d’une règle générale. Si, en effet, tout le monde était méchant, qui eut jamais pu faire sortir de la méchanceté les germes du bien et détourner les méchants du crime? Il faut qu’il y ait eu des exceptions dans l’humanité, c’est-à-dire des hommes dont le naturel était bon et qui ont tiré d’eux mêmes le sentiment et le mobile du bien, des hommes enfin qui différaient de leurs semblables d’une manière essentielle,

PRÉFACE

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quoique doués d’un même organisme et provenant de la même source que les autres.

L’hypothèse de Mencius, suivant laquelle les hommes sont bons par nature, mais fragiles et corruptibles, ne résoud guère mieux le problème ; car elle suppose que des hommes d’une vertu chancelante ont profité de quelques éclaircies de conscience pour sauver ceux qui trébuchaient dans la vie, sauf à recourir ensuite à ceux qu’ils avaient délivré du mal, pour se sauver à leur tour aux heures de défaillance.

La meilleure réponse me semble celle-ci : Le bien réel est un effort constant vers la perfection absolue et ne peut dériver du mal ; donc le bien existe au début de l’existence, comme on doit le retrouvera la fin. Seulement il y a un bien originel et un bien final ; et le « bien originel » n’est pas la même chose que le « bien final ».

Je vais essayer de définir cette théorie dont on peut à la rigueur trouver des traces dans la philosophie taoïste comme dans la philosophie brahmanique, mais des traces à tous égards insuffisantes si nous ne nous efforçons pas de les faire apparaître d’une façon plus nette, plus soutenue et plus accentuée.

A l’origine, — pour me servir d’un terme qui facilite l’énonciation de la pensée mais qui est défec-

tueux en ce sens qu’il provoque une question de temps inapplicable à la loi suprême de la Nature, — Dieu était unique, solitaire, dans le calme de son existence impassible. Tout existait en lui, immobile, improductif. Créateur, il l’avait été de toute éternité, car la création était une chose bonne puisqu’elle émanait de lui ; et du moment où elle était bonne, il n’avait pu hésiter ni différer d’accomplir ce qui était bon. On ne saurait objecter sérieusement que, dans sa sagesse absolue, il avait découvert un moment particulièrement favorable pour créer, alors que d’autres moments ne l’auraient pas été. Il y aurait là une argutie sur laquelle je crois inutile de m’appesantir. Dieu a fait son œuvre dans un instant sans durée, car sa toute puissance exclut l’hypothèse d’un espace de temps plus ou moins long pour réaliser ce qu’il avait tous les moyens de produire instantanément. Son œuvre était, en outre, complète : il n’y avait rien à y ajouter, rien à y soustraire, car la supposition d’un oubli quelconque est incompatible avec la perfection divine. Tout était donc bien fait, définitivement fait, sans qu’il soit admissible qu’il restât quelque chose à faire.

Ce raisonnement sur le système de la création ne peut être considéré comme décisif, s’il n’est pas com-

PRÉFACE

plétépar l’adjonction d’unesubséquence. Autrementl’absolue perfection, une fois l’œuvre créatrice accomplie, n’aurait été rien autre chose que l’inactivité sans fin, — la mort éternelle, l’inutile à jamais ! La subséquence nécessaire se trouve dans la loi du Devenir. La loi du Devenir, qui est essentielle à la nature de Dieu et le complément inévitable de l’idée de perfection absolue, se manifeste par le principe de mouvement et de liberté : c'est, dans le langage de Platon ou dans celui duVédanta, la résultante de l’acte de Dieu voulant être « plusieurs » ; c’est, en d’autres termes, la puissance infinie produisant les êtres pour se compléter elle-même par la réabsorption continue, éternelle des éléments émanés de son sein, alors que ces éléments, rendus eux-mêmes parfaits par le travail et la pratique volontaire du bien, viendront lui apporter l’appoint sans lequel il ne saurait y avoir de perfection absolue.

Si j’ai réussi à bien faire comprendre ma manière d’envisager l’idée que je cherche à établir, il en résulte, je crois, une explication plausible des phases d’évolution des êtres dans la nature :

La perfection créatrice fait sortir d’elle-mème tous les êtres, par le fait de sa puissance fatale. De cette source de perfection, jusque là virtuelle, les êtres naissent doués d’une réminiscence de leur divine

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