‹ Le taoïsmeChapitre 32 sur 99 · Julien dit par mégarde : « A l’àge de 40 ans · texte numérisé non relu

Julien dit par mégarde : « A l’àge de 40 ans

3. Nom que portait, sous la dynastie des Tan g, le département actuel de Choui-tcheou fou, dans la province de Kiang-si (San-tsui tou-hoei, édit, jap., livr. lxiii).

4. En chinois : Hoanq-pek chan (Julien lit : Hoang-nie). — Cette montagne, célèbre par ses monastères, est située dans la circonscription de Nan-tchang fou, arrondissement de Yun-tcheou (vide supra . Le célèbre Sou Toung-po, frère de Sou Tse-yeou, y composa une pièce de vers. (Voy. Pin-tse loui-pièn, livr. cxxxv, p. 36.

3. 11 s’agit de Nan-koung, du pays de Tsou, dont il est parlé dans les .Mémoires historiques de Sse-ma Tsièn (Sse-ki, sect. Hiang-yu là).

6. Julien traduit : « En gravissant ensemble les hauteurs, nos deux coeurs s’entendirent ».

7. Pour plus de clarté, j’ai cru devoir reproduire cette conversation sous la forme dialoguée qui n'est pas celle de l’original chinois.

Sou Tse-yeou : Ce dont vous voulez bien m’entretenir, je l’ai déjà trouvé dans les livres des Lettrés, (c’est-à-dire dans les écrits de l’École de Confucius).

Tao-tsiouèn : Mais cette doctrine est celle du Bouddha! Comment les Lettrés l’auraient-ils découverte par eux-mêmes?

Sou Tse-yeou : Pas précisément. J’ai honte d’entendre dire qu’il y a eu des idées qui ont fait défaut aux Lettrés. Mais est-il vraiment raisonnable de prendre de la peine pour le leur reprocher ? La vérité, suivant moi, est qu'ils ont eu ces idées, mais que le monde n’en a rien su ! Les Lettrés et les Bouddhistes ne se sont pas compris : ils ont été comme les Tartares et les Chinois qui n’arrivent pas à converser les uns avec les autres. Vous, maître, dites-moi d’où vous avez tiré votre conviction.

Tao-tsiouèn : Ayez l’obligeance de me donner vousmême un aperçu de votre manière de voir.

Sou Tse-yeou : Le petit-fils de Confucius était Tse-sse. Ce Tse-sse a écrit un livre intitulé « L’Invariabilité dans le Juste-Milieu 1 ». On y lit ce qui suit : « Tant que le plaisir, la passion, la tristesse et la joie ne se sont pas manifestés, la condition se nomme Juste-Milieu. Lorsque ces sentiments se manifestent dans la mesure qu’ils ne doivent pas dépasser, la condition s’appelle Harmonie. Le Juste-Milieu est la grande assise du monde ; l’Harmonie en est la voie ouverte 2. Du

1. Cet ouvrage, intitulé Tchoung-young , fait partie des Quatre-Livres dits « classiques » de l'École de Confucius. Il a été traduit en français par Abel-Rémusat et par Pauthier.

2. Le Juste-Milieu et l'Harmonie sont parfois identifiés par les philosophes chinois (Yoy. Grube, Tung-su îles Ceu-tsi, Wien, 1880, p. 37).

LES COMMENTATEURS DE LAO-TSE

moment où les conditions de Juste-Milieu et d’Harmonie ont été réalisées, le Ciel et la Terre sont dans leur état normal et tous les êtres se développent régulièrement 1 ». Si telle n'est pas la doctrine bouddhique, que peut-on alléguer pour soutenir que ces paroles lui soni étrangères ?

Tao-tsiouèn : Qu’est-ce qui vous amène à parler de la sorte ?

Sou Tse-yeou : Le sixième patriarche bouddhique, Lou Hoeï-ning2, a prononcé cette parole : « Lorsqu’on ne pense pas au bien, et qu’on ne pense pas au mal, c’est le moment vrai de l’existence3. » Qu’est-ce que cela peutsigniiier? A l’expression de votre physionomie, je vois que votre pensée est que, depuis le sixième patriarche, la majeure partie des hommes a pénétré le sens d’une telle parole. Or quand on dit « Ne pas penser au bien, ne pas penser au mal », on exprime évidemment l’idée d’un état dans lequel le plaisir, la passion, la tristesse et la joie ne se sont pas encore manifestés. L’expression « Juste-Milieu 4 » n’est qu’une manière différente d’énoncer la condition excellente suivant le Bouddhisme ; et par Harmonie, il faut entendre la désignation générale de toutes les actions aux six

1. Siun-tse, philosophe du IVe siècle, connu surtout pour avoir soutenu contre l’opinion de Mencius que la nature humaine était mauvaise à l’origine, a dit: « Le Tao est la doctrine du Juste-Milieu et de l’Harmonie; c’est celle que pratiquent les Lettrés » (s. Tching-ming).

2. Ce patriarche vécut de 638 à 713 de notre ère ; il habita quelque temps dans le pays même où Sou Tse-yeou fit la connaissance du bonze Tao-tsiouèn.

3. « Quand on ne réfléchit pas au monde extérieur, c’est-à-dire au bien et au mal, la pensée originelle se produit. C’est ce qu’on nomme la pensée du Néant sans aucune attache » (Bodhidharma, cité par Fudi-sima, le Bouddhisme Japonais, p. 101). Voy. également le passage de la Bhagavat-Gita cité par.M. Fera. Hù (Dhammapada, 1878, IntroL, p. xxxvrii.

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