Abel Rémusat, Mémoires sur Lao-tse
Le premier traducteur du 7 'ao-ieh Ring, G. Pauthier1, se montra plus enthousiaste encore que ne l’avait été son maître Abel-Rémusat, et il ne craignit pas, dans l’argument du premier chapitre, de dire qu’il s’y trouvait « de la métaphysique la plus haute qui ait jamais été conçue par une intelligence humaine 2 ». Suivant lui, le mot Tao aurait eu le sens de « Souveraine intelligence directrice, Raison primordiale suprême », comme « le Aôycç de Platon, de Philon, de Plotin, de Saint- Jean et d’autres philosophes 3 ».
L’opinion de ces deux savants, bien fondée à plus d’un égard, ne tarda pas cependant à être contestée.
Dans la traduction du Tao-teh Ring qu'il fil paraître en 1842, Julien attaqua avec vivacité non seulement les théories des missionnaires qui avaient voulu voir l'idée de la Trinité dans l’œuvre de Lao-tse, mais encore celle d’Abel-Rémusat qui traduisait le mot Tao par « Raison ». Quant au travail publié par Pauthier quatre ans auparavant, il ne jugea pas même à propos d’en mentionner l’existence. Aux yeux de Julien, Tao doit être rendu par « Voie », qui est une des acceptions habituelles de ce monosyllabe dans la langue vulgaire : elle résulte « clairement », dit-il, de plusieurs passages du texte même de Lao-tse 4.
Cette nouvelle manière de comprendre le Tao n’a été
1. La traduction complète qu'avait faite Pauthier a commencé à paraître par livraisons en 1838 : elle n’a pas été continuée. L’autour y a joint la traduction in extenso du commentaire de Sieh-hoeï et des extraits des autres commentateurs.
2. Pauthier, le Livre révéré de la Raison Suprême et de la Vertu, traduit en francois et publié pour la première fois en Europe. (Paris,
r 1838, in-8), p. 5!