‹ Le taoïsmeChapitre 35 sur 99 · Pauthier, Loc. cit · texte numérisé non relu

Pauthier, Loc. cit

4. Julien, Le Livre de la Voie et de la Vertu , Introduction, p. xiu.

LA DEFINITION DU TAO

admise que par un très petit nombre de savants. Le baron d’Eckstein l’a considérée comme « irrévocablement » établie, parce que seule, suivant lui, elle rend compte « du caractère de cette doctrine, de l’opposition tranchée entre la voie de l’esprit et celle du monde, entre la route sacrée et la route profane ». Le môme critique pense que « toute interprétation du mol Ton par Logos serait un contre sens 1 ».

Les orientalistes qui, depuis Julien, nous ont donné de nouvelles traductions du Tao-teh King ou qui en ont discuté le contenu, n’ont généralement pas partagé la conliance du baron d’Eckstein, et ils ont proposé toutes sortes d’autres explications. L’usage du mot « voie » laissait évidemment beaucoup à reprendre. Si l’intention du traducteur était de ne pas donner une acception précise à un mot obscur et dont il ne parvenait pas lui-même à bien saisir le sens, il n’y avait alors rien de mieux à faire que de le laisser sous sa forme indigène ; s’il voulait, au contraire, par l’explication du mot, faciliter l’intelligence de la doctrine du vieux philosophe, il était indispensable que la traduction expliquât quelque peu la grande idée qu'il s’agissait défaire connaître. Or, malgré l’ingénieux développement donné par le baron d’Eckstein au mot « voie », ce mot est à une foule d’égards insuffisant. Traduire par « voie », c’était passer outre sur la difficulté et à aucun égard l’amoindrir. La majeure partie des critiques du Taoïsme qui ont écrit depuis cette époque l’ont fort bien compris, et s’ils ne sont pas

I. D’Eckstein, dans le Journal asiatique de 1842, t. XIV, pp. 304-305.

complètement parvenus à rendre l’idée chinoise, on ne peut se refuser de reconnaître que. beaucoup d’entre eux l’ont pressentie, sinon dans son ensemble, au moins dans quelques-uns de ses aspects les plus importants.

Le danger pour les orientalistes qui ont essayé de définir le mot Tao était d’abord de vouloir lui attribuer un équivalent exact dans la terminologie philosophique du monde européen ; c’était ensuite de trouver un terme qui indiquât à la fois une logique créatrice et un élément moteur de cette logique. Le Dr James Legge 1 propose de remplacer « voie » par « méthode ». Mayers 2 3 hésite à faire usage du mot « le monde » dans le sens de logos, parce que ce serait répondre ainsi à une question qu’il juge préférable de laisser pendante. M. de Ilarlez \ qui considère Lao-tse comme un prédécesseur de Schelling, se révolte à la pensée de rendre Tao par « Raison » et y voit « une intelligence éternelle et infinie, productrice des êtres qu’elle illumine ». M. Mayers 4, sans offrir une traduction, le considère comme le Premier Principe, vaste, intangible, impersonnel de la Création, existant par soi-même, se développant par soi-même, mère de toutes choses. M. Balfour 5 propose beaucoup d’interprétations différentes : il rattache finalement le Tao à l’Aj-cs to ajTo de Platon, et pense qu’il faut le traduire simplement par « Nature », considérée comme âme ou principe actif de l’univers, et comme

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