Lao-tse yih, livr. ii, p
rapports du Taoïsme et du Bouddhisme, provient évidemment de l’incertitude qui règne sur la valeur de certains passages du livre de Lao-tse, et de la facilité avec laquelle une même phrase de ce livre est souvent traduisible de plusieurs façons. Il me semble donc qu'on ne saurait montrer trop de réserve lorsqu’il s'agit de se prononcer sur les affinités réelles ou apparentes des deux philosophies.
Ce n’est guère que dans les endroits où Lao-tse recommande l’indifférence aux choses de ce monde et la répression des désirs comme le souverain bien qu’on peut à la rigueur découvrir, dans le Taoïsme primitif, les vestiges d’un système aboutissant à quelque chose de plus ou moins analogue au Nirvana bouddhique. En tout cas, le Nirvana des taoïstes est exclusivement terrestre et ne dépasse pas la limite de notre existence en ce monde. Là encore, on dirait que l’esprit chinois ne peut se résoudre à franchir les bornes de l’étroite arène où nous nous débattons ici-bas, et qu’il ne voit dans l’enseignement moral rien de plus qu’une sorte de codification pratique de la vie au jour le jour.
Il semble cependant que Lao-tse a possédé une vague aperception de l’idée fondamentale sur laquelle repose l’enseignement bouddhique à l’égard des moyens d’arriver à la Connaissance, c’est-à-dire à la compréhension des phénomènes de l’ordre immatériel. D’après la doctrine attribuée au bouddha Çàkya-mouni, il est des lumières d’une portée immense que l'être en ce monde peut acquérir, mais seulement à la condition de savoir d’abord réformer son cœur, éteindre le feu des désirs et dégager son esprit des influences de « laforme »,
LA PHILOSOPHIE DE LAO-TSE
pour ne plus vivre que de la vie de lame. Lao-tse, au début de son ouvrage, dit à son tour : « Lorsqu’on est exempt de passions, on voit l’essence parfaite du Tao, tandis qu’on n’en aperçoit que la manifestation matérielle (c’est-à-dire la forme bornée) lorsqu’on est sous l’empire des passions1». Malheureusement le sens de cette maxime est des plus équivoques ; et, suivant la manière dont on sépare les éléments de la phrase (qui n’est pas ponctuée dans le texte original), on arrive à lui donner des significations différentes. Les interprètes européens n’ont pas été plus d’accord pour l’expliquer que les commentateurs chinois ; la majeure partie d’entre eux paraît néanmoins avoir adopté de préférence l'interprétation que j’ai choisie 2. Toutefois, c’est en comprenant ainsi l’aphorisme de Lao-tse qu’on peut voir autre chose qu’un paradoxe assez vulgaire dans le dernier chapitre où il est dit que « celui qui possède la Connaissance n’est pas un savant » et que « celui qui est savant ne la possède pas3 ».
En résumé, le texte du Tao-teh King ne nous présente à aucun titre l’exposé tant soit peu méthodique d’un système de philosophie : c’est un recueil de sentences et rien de plus. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisque