‹ Le taoïsmeChapitre 61 sur 99 · Tao-teh King, loc. cit · texte numérisé non relu

Tao-teh King, loc. cit

dans cette pensée commune que la vie est un mal et que les désirs, sans cesse renouvelés, jamais assouvis, sont les plus funestes des fléaux. « En fait de crimes, dit Lao-tse, il n’y en a pas de plus grand que d’être capable de désirs ; en fait de malheur, il n’y en a pas de plus horrible que de ne pas savoir se suffire ; en fail de calamités, il n’y en a pas de plus affreuses que le besoin d’acquérir 1 ». C’est par l’absence de tout désir, qu’on obtient la quiétude 2. Aussi le sage n’a-t-il d’autre ambition que de ne rien ambitionner3.

Le Taoïsme est également du même avis que le Bouddhisme lorsqu’il soutient que la cause de nos malheurs vient de ce que nous avons un corps 4 ; mais il ne se demande pas pourquoi nous avons un corps, et quelle peut être la raison qui explique et justilie le fait de notre organisme matériel. Les conséquences de ce mépris du corps deviennent excessives dans la pratique et elles sont évidemment fausses, si l’on admet une logique dans l’univers où la matière joue un rôle si considérable. Du moment où la possession d’une charpente corporelle est un malheur pour les êtres, nous n’avons qu’à y renoncer : le suicide n’est que trop facile et nous trouvons sous nos pas une foule de moyens de l’accomplir. Ensuite la propagation de l’espèce est non seulement une faute, mais un crime ; et

1. Tao-teh King , ch. xlvi. — « Celui qui ne sait pas se suffire, quand bien même il aurait de la superfluité, il ne s’y arrêterait pas ». Une situation égale produit le bouheur ; la possession du superflu fait le malheur. C’est pourquoi il est dit qu'en fait de malheur, il n’y en a pas de plus grand que de ne pas savoir se suffire. (Comment, de Liu Kih-fou, dans le Lao-tse yih , livr. ir, p. 16).

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