‹ Le taoïsmeChapitre 66 sur 99 · Le P. Union, Jésus-Christ, t. I, p · texte numérisé non relu

Le P. Union, Jésus-Christ, t. I, p

3. Tao-leh King, ch. lxui. — Confucius, au contraire, condamnait cette théorie ; et, à la doctrine taoïste suivant laquelle il faut « récompenser les injures par de la bouté », il opposait ces paroles : « Dansce cas, avec quoi récompenserez-vous la bonté ? Répondez à la bonté par la bonté, et au mal par la justice ! » (Voy. Balfour, The Divine Classic of Nan-hua, p. xix).

somme de force morale supérieure à celle qui consiste à éteindre en soi toute sensibilité. Pour bien apprécier cette nuance, il faudrait d’ailleurs définir ce qu’on entend par « la sensibilité ». Dans la doctrine bouddhique, par exemple, la sensibilité est une faiblesse de l’être soumis aux conséquences de la forme et de la condition matérielle ; il ne me semble pas impossible de lui attribuer une plus haute valeur. L’explication des éxégètes du Taoteh King parait toutefois en plein accord avec la théorie du maître ; mais il serait peut-être exorbitant d’en tirer une conséquence de nature à amoindrir le mérite de la formule de Lao-tse. « Le saint homme, dit le célèbre Sou Tseyeou au sujet du passage en question, agit par le non-agir, et c’est pour cela qu’il n’y a rien qu’il ne puisse faire ; il pratique l’inaction, et c’est pour cela qu'il n'y a rien qu’il ne puisse accomplir ; il savoure le non-goût, et c’est pour cela qu’il n’y a rien qu’il ne puisse sentir. Or, parmi les sentiments que l’homme n’arrive pas à maîtriser, le principal est la rancune ; mais s’il est parvenu à se rendre indifférent à l'amour et à la haine, quand bien même il aurait des motifs de rancune, il n’en pratiquerait pas moins la vertu. » Li Sih-tchaï dit à son tour : « Le saint homme marche en dehors des conditions de la forme et de la matière ; il en résulte que les idées de grand ou de petit, de beaucoup ou de peu, se confondent dans sa pensée. A plus forte raison, lorsqu’il est appelé à accomplir les devoirs que lui impose l’altruisme, en présence de la reconnaissance ou de la rancune 1 ». Lao-tse, 1. Lao-tse yih , t. II, pp. 40-41.

se montre ennemi de la rhétorique, du style et de l’éloquence. « Les paroles sincères ne sont pas élégantes; les paroles élégantes ne sont pas sincères. L’homme de bien n’a pas de facilité d’élocution; celui qui a de la facilité d’élocution n’est pas bon ‘. Pour faire comprendre la vérité, un langage simple et sans apprêt suffit toujours; l’éloquence n’est nécessaire que pour induire les esprits faibles dans l’erreur et le mensonge. Posséder le savoir et être convaincu qu’on ne sait point, est la condition des esprits supérieurs ; être ignorant et croire qu’on sait est une maladie 1 2. En d’autres termes, l'homme ne vaut quelque chose, que parce qu’il sent qu’il ne vaut rien ou presque rien. La vertu s’oppose à ce qu’on fasse étalage des talents et de la science qu’on a acquis. Le sage se connaît lui-même et ne se met pas en évidence 3 : il est parfait et semble rempli d’imperfections 4 ; il possède l’intelligence du Tao et il a l’air d’être environné de ténèbres ; son aspect est celui d’un être vulgaire : on le croirait frappé d’incapacité; il paraît vil et dégradé ; il ne se prodigue pas, et c’est pour cela qu’il brille ; il ne s’approuve pas et c’est pour cela qu’il est éclatant ; il ne se fait pas valoir, et c’est pour cela qu’il a du mérite; il ne se vante pas, et c’est pour cela qu’il est supérieur; il ne lutte pas, et c’est pour cela que nul ne peut lutter avec lui5. « Dans le monde, dit Lao-tse, tous me

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