Lib. citât., introd., pp. vi-vm
5. Voy. cependant M. J. Edkins, dans la China Review, 1884-85,
contemporain de Pythagore *, s’il ouvre le champ à de curieuses hypothèses, ne nous autorise pas davantage à assigner une origine étrangère aux doctrines de l’illustre contemporain de Confucius. Faut-il maintenant conclure de l’absence d’indices positifs sur les relations supposées entre le pays des Tcheou et le reste du monde, que Lao-tse a créé de toutes pièces, sans y avoir été conduit, par aucun travail intellectuel antérieur, les étonnantes théories spéculatives auxquelles on a donné son nom? Ou bien peut-on découvrir, dans les plus anciens livres de la Chine, des précédents qui expliquent la manifestation, au VIIe siècle avant notre ère, de ce génie tout à la fois profond, bizarre et original ? Telle est la question qui se pose avant toute autre, lorsqu’on aborde l’étude du Taoïsme et de scs origines.
11 m'a toujours paru que le Tao-teh King, malgré de fâcheuses obscurités et d’apparentes contradictions, reposait sur un ensemble trop complexe d’aperçus philosophiques pour qu’il soit vraisemblable de l’attribuer au labeur d’un seul homme. Le système de Lao-tse témoigne en effet d’une puissance de conception qu'on chercherait en vain dans l’enseignement de Confucius, qui vivait cependant à la même époque et dans le même milieu. Les Taoïstes, dans leurs luttes avec les Lettrés, n’ont pas omis de faire valoir cette supériorité de leur Maître % et les savants du monde occidental ont pour la plupart ratifié cette appréciation. L’hypothèse suivant laquelle Lao-tse aurait eu des précurseurs est donc
1. Ou rapporte que Pythagore naquit à Saraos vers 608 avant notre ère, ou suivant d'autres autorités en 572. La date de sa mort est également incertaine ; on la fixe tantôt à l'aD 509, tantôt à l’an 472.
2. Chantepie, Lehrbuch der lieligionsgesc/iichlc, t. I, p. 251.
TES ORIGINES Dü TAOÏSME
vraisemblable, mais elle a besoin d’être démontrée. Malheureusement les textes qui constituent la littérature préconfucéiste sont fort rares, et bien des doutes subsistent encore au sujet des interpolations qui ont pu être introduites dans ceux dont l’au thenticité est généralcmen t reconnue. Les progrès des études sinologiques commencent à peine à projeter de faibles lueurs sur ce problème en apparence inextricable de critique philosophique et religieuse. C’est seulement par l’étude de la civilisation chinoise dans la haute antiquité et par la lecture de quelques philosophes taoïstes antérieurs à notre ère, dont il n’existe pas encore de traduction européenne, qu’il sera possible d’entrevoir comment ont pu se produire en Chine les conceptions en apparence si primesautières du fondateur de la grande école du Tao.
La Chine antérieure au VIIe siècle avant notre ère ne nous est connue jusqu’à présent que par les ouvrages de Confucius, ou du moins par les livres antiques dont il ne nous a transmis le texte qu’après lui avoir fait suhir de regrettables mutilations. Le célèbre moraliste de Lou, on le sait, n’hésita pas à supprimer dans ces livres ce qui lui semblait de nature à corrompre l’esprit public et, sans doute aussi, ce qui s’accordait mal avec les principes qu’il avait à cœur de répandre parmi ses compatriotes. On rapporte, par exemple, que, sur plus de 3000 pièces de vers recueillies dans ses voyages et surtout dans les archives royales desTcheou, Confucius n’en conserva qu’un dixième '. Des doutes ont été